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Conférence De Presse   

DOSSIER GOJIRA : THE WAY OF ALL FLESH



Evénement : Gojira – Ecoute de l’album
Ville : Paris (France)
Date : 10-09-2008
Horaire : 18H

L’écoute du dernier album de Gojira, « The Way Of All Flesh » s’est tenue à la Cantada, un café Rock/Metal situé dans le onzième arrondissement de Paris. La décoration est pour le moins étonnante. Des peintures, aux murs et sur le bar, mélangent affreusement la pâte H.R. Giger et l’esprit d’un cartoon aux couleurs acidulées ! C’est dans une cave aux allures d’une grotte que l’écoute a eu lieu. 89 décibels en moyenne, l’écoute commence…


Voici l’ordre des morceaux :

1. Oroborus
2. Toxic Garbage Island
3. A Sight To Behold
4. Yama’s Messengers
5. The Silver Cord
6. All The Tears
7. Adoration For None
8. The Art Of Dying
9. Esoteric Surgery
10. Vacuity
11. Wolf Down The Earth
12. The Way Of All Flesh

1. L’introduction commence avec un riff répété et dédoublé, la sonorité est pareille à celle d’un orgue. La rythmique est saccadée et rappelle un peu la folie du groupe Meshuggah. La voix semble encore plus lointaine que d’habitude et étoffée d’échos. Au terme de la chanson, il y a comme un petit ralenti qui aboutit à une fin brute. Ce premier titre est troublant et lancinant ; l’album va être mirifique…

2. Première surprise, l’introduction de la seconde chanson est articulée autour d’un orgue qui donne une atmosphère sombre analogue aux airs de Dead Can Dance. Les guitares ont poussé leur technique très loin. Lorsque l’intro se termine, la rythmique se veut plus claire pour revenir à des rythmes syncopés. Joe pousse un cri empli d’échos sur un rythme plus classique et plus lent. C’est une fin apocalyptique avec la voix encore plus lointaine qui clôt cette très bonne chanson.


3. Seconde agréable surprise, « A Sight To Behold » a des sonorités industrielles ; la voix de Joe, quasi mécanique, est semblable à celle d’un robot. La chanson groove et nous pouvons nous imaginer Joe, avec sa guitare, balançant son manche à droite puis à gauche. La batterie tabasse de plus en plus, alourdissant la voix au fur et à mesure du morceau.

4. Les riffs se placent avec la lourdeur d’une enclume. Nous entendons les roulements habituels, martiaux avec un petit crochet toutes les dix mesures qui rend le titre encore plus accrocheur. Le tempo s’accélère pour aboutir à deux mesures jouées en boucle avec au loin une sirène.

5. L’atmosphère de « The Silver Cord » est aquatique, liquide. Les cymbales et les cloches retentissent pour donner un fluide plus calme à l’ensemble. Il n’y a pas de voix, c’est un interlude. Elle prépare la tempête…

6. Une rupture éclate au bout de trente secondes. Une montée s’empare des guitares, la batterie soutient le tout. L’apogée de la chanson est vite atteinte. C’est de la violence classique Gojiresque avec des « mion » et des « fiou » à la guitare. Ce titre est le symbole de l’exutoire.

7. Une entrée en matière brutale avec des descentes de guitare enluminées de ruptures graves de la batterie. Un cri long et lointain se fait entendre sur des riffs dédoublés. La fausse fin avance comme un train et se déroule. Gojira reprend, ce n’est pas fini ; ils n’en resteront pas là. Des descentes se bousculent alors pour aboutir sur une fin en decrescendo.


8. « The Art Of Dying » a un nom qui lui colle aux courbes. Des beats techno accompagnés d’un didgeridoo et d’un bambou nous embrassent. Cette introduction sonne à la fois tribale et électrique. Le tout explose sur un riff soutenu avec au loin une sorte de « ohm » soutenu escorté par un cri Hitchcockien. La batterie se livre à un slapping. Le milieu du morceau est calme et met l’accent sur des cordes de guitares frottées. Joe chante et semble souffrir dans et par ses mots. Céleste …

9. L’intro aurait pu figurer dans la Bande Originale de « La Reine Des Damnés » par ses sonorités orientales. La suite se veut très violente avec des riffs d’une lourdeur incroyable repris par des guitares claires et mélodiques. C’est une chanson plus simple que d’ordinaire ; certaines rythmiques très binaires emportent nos têtes. Cette petite mélodie à la guitare est accrocheuse. L’outro du morceau n’est autre que l’intro, c’est une chanson palindrome. Un orage résonne à la fin. Voilà sûrement l’une des chansons les plus brillantes de l’album.

10. Le son est groovy, carré et impérial. Elle peut être comparée à une sorte de marche. Les riffs ralentissent pour préparer les cris de Joe. C’est un titre simple et compliqué qui méritera plusieurs écoutes.

11. Plus classique, le chant arrive après une minute trente. Le tempo est très syncopé parfois jazzy. La fin aussi rentre dans des schémas classiques avec quatre mesures à la batterie qui swinguent et une fin aux affiliations légèrement, très légèrement, symphoniques.


12. « The Way Of All Flesh” clôture cet opus tout en sensualité. Le début carillonne de manière progressive, il a un côté répétitif, hypnotisant qui rappelle beaucoup « Global Warming ». Il y a encore beaucoup de violence appuyée par des cris de rage. C’est une chanson qui annonce bien la fin. La voix devient mécanique, lente sur une batterie très « tsing tsing ». Le tout se conclue sur un larsen. C’est une noble fin…

C’est ainsi que se termine l’écoute de ce dernier album. Nous sommes assommés par tant de lourdeur et demeurons, déjà, dans la frustration d’une unique écoute.

Est-il possible de se fier à une seule écoute ?

Gojira a une nouvelle fois pris des initiatives qui évoluent parfois en risques. Cependant, les nombreuses et éblouissantes surprises qui vous attendent sont colorées par des titres plus classiques. Gojira a toujours évolué et s’est transformé ici pour nous livrer un excellent album. Préparez-vous…

LE CONTEXTE

En cette journée où la météo (mété’o phil ! hahaha !) avait choisi le pénible consensus entre le chaud et le froid, Papa Duplantier décida d’emmener ses petits au Zoo. Et pas n’importe quel zoo. Pas le genre d’endroits où l’on peut narguer courageusement les éléphants et les singes, protégés par quelques barrières et autres vitres de sécurité. Pas le genre d’endroit où l’on peut se persuader qu’on est un amoureux des animaux en lançant quelques cacahuètes dans le mètre carré alloué au tigre de Chine méridionale.


Gojira a eu le courage de rentrer sans protection dans la pire des cages aux fauves : une cage remplie de journalistes, affamés de critiques et en manque de prétextes pour râler. Mettons nous en situation, comme le prônaient brillamment les grands Eric et Ramzy : vous êtes un groupe qui vient de composer un nouvel album. Vous êtes dans une salle glauque avec une batterie d’experts rassemblés pour décortiquer chaque arpège et dénicher chaque bave de charley. Alors heureusement, vous n’assistez pas à ça en direct. Mais vous prenez le risque d’affronter non pas un, mais 20 journalistes dans la pire des conditions. Car, oui, on leur a en plus servi des bières…

Après que nous autres carnivores ayons digéré la cacahuète « The Way Of All Flesh », Joe Duplantier (guitare/chant) son frère Mario (batterie), Jean Michel Labadie (basse), et Christian Andreu (guitare) entrent, affichant une décontraction et une insouciance enfantines. La conférence durera 1 heure et demie. Une heure et demie réjouissante qui est passée à vitesse grand V, mais qui a eu raison de nos dictaphones, comme nous en avertira gentiment Joe au bout de 20 minutes (« ah celui là s’est éteint ! »). Voici le descriptif de cette entrevue.

LE FOND

Il y a eu tout type de discussion : du point de vue purement musical à l’analyse psychologique d’un groupe en passant par les anecdotes, les souvenirs et autres réflexions sur la culture française ou la notion d’art. Et comme d’habitude, les traditionnelles questions « tiroir » inintéressantes, cela va de soi !

L’actualité du groupe nous intéressait et a été balayée en quelques questions : Et à ces questions, il y a eu des réponses (oui, les mecs de Gojira ils sont gentils) et des informations :

– Le groupe va élargir son cercle de tournée en s’attaquant à l’Australie ou au Japon. De plus, comme Gojira nous manquait en tête d’affiche, la charmante tourneuse (sans mauvais jeu de mots) du quartet nous confirme une tournée dès février 2009. Cette dernière dont la présence aura déconcentré la plupart d’entre nous. De ce fait, il est possible que certaines informations nous aient échappé. Vraiment mesquins, ces Gojira…

– Quant à un cinquième album studio, alors que le quatrième n’est même pas sorti, il y aurait d’ores et déjà quelques riffs en rab ! Productifs !


Joe répond aux questions des journalistes.

Suite logique de la séance d’écoute, l’entrevue permet au groupe de revenir tout naturellement sur son dernier album. Celui-ci s’articule autour d’une réflexion originale sur la vie à travers l’idée de la mort. Pour plus d’éléments de réflexion, je vous renvoie directement à l’interview. L’idée principale est de pratiquer une espèce d’exorcisme sur la mort afin de la rendre moins effrayante. C’est pourquoi Joe en plaisante : « Nous 4 commençons à nous faire vieux, j’ai passé il y a quelques temps le cap de la trentaine, c’est donc normal qu’on pense à la mort ! ». Un album qui garde cette dimension introspective propre à Gojira. Pour l’anecdote, Joe serait allé assister à un enseignement d’un moine bouddhiste non loin de la salle de répétition.


Le groupe reste attaché à son message environnemental, message qui devrait supplanter les autres : « Il s’agit d’une priorité absolue en matière de politique. C’est bien de faire de l’humanitaire et du social, mais si la mer se met un jour à monter, tout cela n’aura servi à rien. L’être humain est en train d’abuser sérieusement de la planète sur laquelle il vit ». La pertinence du discours Joe Duplantier ne s’arrête pas au domaine environnemental puisqu’il sait soulever en quelques phrases des clés de compréhension de la culture musicale française. « Notre pays a été profondément meurtri par la 2nde Guerre Mondiale ; pendant que nous reconstruisions nos villes, les pays anglo saxons ont eu le loisir de s’adonner à la culture et des groupes cultes en sont nés. Ce n’est pas pour rien que brandir un drapeau français en France a une connotation fasciste. Cela vient du fait que notre moral commence à peine à remonter. »

Gojira brille par son accessibilité, son humilité, l’intelligence de son message ainsi que par son ouverture d’esprit. Une grande ouverture d’esprit musicale qui leur permet d’utiliser tout leur environnement. Musical ou pas. « Même une boîte de conserve qui tombe peut nous inspirer ! ». On entendra donc dans l’album des bambous que Mario aurait récupérés dans une forêt et entassés dans la salle de répétition. Bambous que l’on peut d’ailleurs entendre sur les premiers opus (« Connected » sur The Link par exemple). Gojira va encore plus loin. En effet, il s’inscrit dans une démarche artistique complète qui comprend le dessin, la photographie et à l’avenir peut-être plus (danse ?). Le groupe ne ferme aucune porte en ce qui concerne son évolution future (chant féminin, album acoustique…). Il est d’ailleurs intéressant d’apprendre que le groupe a participé à la réalisation de la bande son d’un film muet (« Maciste aux Enfers » film italien muet datant de 1926) : une heure et demie de musique écrite en une semaine. Respect.

LES ANECDOTES

Mais ne volons pas la vedette à l’interview ! Toutes les questions de fond y sont traitées. Profitons de ce moment de partage qui nous est offert. Gojira a un réservoir à souvenirs et à anecdotes impressionnant. Et Papa Duplantier est bien plus sympa et généreux que ce connard (canard ! hahahaha !) de Picsou. Entre les tournées avec Slayer, Children of Bodom, les concerts avec Metallica, les collaborations avec les frères Cavalera qui « en étaient arrivés à un point où ils ne savaient plus pourquoi ils se détestaient », il y a le choix ! Cela va d’un Rob Flynn (Machine Head) qui fait sa lessive en compagnie de Jean Michel à la passionnante et aventureuse traversée américaine et ses changements de température éprouvants. Vous voulez en savoir plus sur l’inaccessibilité de Metallica dans les backstage ? Demandez à Jean Michel, vert de n’avoir pu échanger qu’un signe de la main avec James Hetfield ou ne voir qu’un centimètre carré du visage de Lars Ulrich entouré de ses molosses. Son seul privilège fut celui d’entendre une répétition du groupe, ce qui n’est pas si mal.

L’anecdote la plus touchante pour nous et la plus marquante humainement pour le groupe reste celle de la rencontre avec Lamb of God. Cela commence par un batteur du nom de Chris Adler qui tombe amoureux du groupe. Et ça finit par un Randy Blythe qui, après s’être comporté en mère poule avec eux (« ils venaient nous border tous les soirs dans le tour bus ! »), insiste pour avoir la permission de « venir gueuler sur l’album ».


N’ayez pas le malheur d’aller aux Etats-Unis sans connaître Gojira : « Randy agresse les journalistes pour leur parler de nous » !

L’HUMILITE : VALEUR ESSENTIELLE

Cela dit s’il n’y avait qu’un seul aspect de cette entrevue à retenir, c’est l’accessibilité du groupe. Cette image de prestance et de fierté affichée sur scène s’envole immédiatement. En concert, Gojira semble inaccessible. Ici, le contact est facile et la barrière professionnelle artiste/journaliste disparaît. On sent que l’on pourrait passer la journée avec eux à discuter de tout et de rien. A cette accessibilité se couple un regard modeste sur leur carrière. Une telle humilité de la part d’artistes renommés, c’est du jamais vu. Nous parlions de ces nombreuses anecdotes de tournées. Elles ont été racontées sans prétention, comme l’aurait fait un grand père à son petit fils. Elles ont été comptées avec une flamme et une lueur d’émotion dans les yeux. Joe et ses comparses répondent comme répondrait un footballeur amateur de Passy sur Eure ayant eu la chance d’échanger quelques passes avec Johan Cruijff. Gojira impressionne car il ne cherche pas à impressionner :

– Lorsque je m’interroge sur le succès du groupe malgré l’extrême violence de leur musique, Mario répond sérieusement en mettant en avant le message universel, l’aspect musical contrasté, l’aura, le groove… mais au final, il avoue ne pas comprendre. Tout comme Joe qui répond en plaisantant : « c’est surtout le charisme qui fait ça ! ».

– Un journaliste souhaite comprendre le choix du single, Vacuity. Sans aller chercher une explication métaphysique, Mario et Joe se lancent un regard complice et avouent ne pas se rappeler…

– Lorsque Virginie insiste sur le statut de figure de proue du metal français, Christian en est presque gêné et peine à répondre. Nous avons là un groupe qui se sent dépassé par son succès. « Nous avons surtout été là au bon moment » affirme Joe.

– Une première critique survient sur le manque de cohérence du début de l’album. La réaction est immédiate, mais surprenante. Le groupe se défend tout en se nourrissant de cette critique. « Nous aimerions bien avoir la possibilité d’avoir une première écoute, en oubliant tout le travail qu’il y a eu derrière, afin d’avoir un regard plus objectif. Nous aimons ce genre de retours, car les journalistes voient et entendent plus de choses que nous. ». C’est gentil !

– Comble de tout, lorsque le lendemain, notre matériel nous fait des misères, c’est Mario qui s’excuse !!!

CONCLUSION

C’est sous le signe de la bonne humeur, de l’improbable modestie et de la gentillesse que cette conférence s’achève par quelques photos ainsi que par de longues conversations « off the record » auxquelles le groupe se prête volontiers. C’est d’ailleurs ainsi que Virginie aura récupéré le numéro de téléphone de Joe, mais passons.

J’insiste et je rabâche sur l’humilité de Gojira. Ce groupe que nous considérons comme grand et emblématique est constitué de 4 personnes qui gagnent à peine leur vie avec ce projet. Cette conférence et les discussions qui s’en sont suivies nous rappellent ce décalage. Et ne vous voilez pas la face, il en va de même à l’étranger. Les Nevermore, les Lamb of God ou encore les Soilwork sont aussi des Gojiras. Nos « gros noms » sont en général à peine smicards.

NB : Merci à Victor Lazarovici, http://www.rockingtown.com, pour son aide.




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