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Interview   

Double dose d’Arch Enemy


Que de chemin parcouru par Arch Enemy depuis sa percée en 2001 avec le désormais classique Wages Of Sin. Un album qui a secoué les puces d’un microcosme death metallique avec non seulement des chansons, des vraies, avec de la mélodie et des riffs mémorables, mais également avec l’introduction d’une hurleuse : Angela Gossow qui, malgré son prénom, n’a rien d’un ange. Un choix qui – même s’ils n’étaient pas les premiers à le faire (on se souvient notamment d’Opera IX et Cadavera) et qu’il s’est démocratisé aujourd’hui – avait provoqué sa petite polémique il y a dix ans.

Dix ans ! Eh oui, déjà ! Et quelques albums à leurs actifs ainsi qu’une belle notoriété. Bien qu’on aurait tort d’occulter la période pré-Angela et son lot de perles. Le groupe lui, en tout cas, n’a pas oublié comme l’atteste The Root Of All Evil sorti en 2009, un album qui remet au goût du jour les trésors du passé.

Lorsque l’on regarde la carrière d’Arch Enemy, ce qui frappe, c’est que le groupe a su très tôt se construire une réelle identité. Un fait rare qui a, à n’en pas douter, contribué à son succès. A tel point que le groupe ne semble pas vouloir s’éloigner le moins du monde de cette identité : « opter pour un son différent, ça a du potentiel, mais généralement, on court le risque de perdre son identité. […] Je ne pense pas que nous changions un jour de façon d’écrire. Et on ne m’entendra jamais chanter clean ou utiliser des boucles techno ou virer industriel. Ça n’arrivera pas » affirme Angela. Chez Arch Enemy, les atouts on les garde bien au chaud, en faisant juste ce qu’il faut pour éviter (de justesse) l’immobilisme. Mais comme l’avoue Angela elle-même, lorsqu’il s’agit de musique : « je suis du genre traditionaliste ! »

Alors, c’est bien un album d’Arch Enemy traditionnel que nous accueillons cette année, Khaos Legions, avec cette fois-ci des riffs un peu plus death metalliques, d’autres un peu plus « slayeriens », d’autres un peu plus power metalliques… Bref, c’est l’album qui va un peu plus un peu partout, là où le groupe est déjà allé.

Mais trêves de bavardage car, chers lecteurs, il vous en reste encore beaucoup à lire sur cet incontournable de la scène metal actuelle. En effet, c’est ni plus ni moins qu’une double interview avec Angela Gossow et Michael Amott que nous vous offrons. Les propos sont particulièrement riches en infos et anecdotes sur des sujets variés. Si vous appréciez Arch Enemy, nul doute que vous y trouverez votre compte et plus encore.

Bonne lecture.

Angela Gossow (chant) à propos de Michael Amott (guitare) : « Il passe son temps à écrire ! C’en est presque de l’autisme. […] Lui et sa guitare sont pratiquement inséparables. En tournée, je l’ai déjà vu aller aux toilettes avec sa guitare ! »

Radio Metal : Voilà déjà quatre ans que le dernier album de titres originaux est sorti, ce qui fait long, pour Arch Enemy. Pendant ces quatre ans, vous n’avez jamais ressenti le besoin d’écrire de nouvelles chansons ?

Angela Gossow (chant) : Si, c’est ce qu’on a ressenti en 2010. On a sorti Rise Of The Tyrant en 2007, puis on est partis directement en tournée. On a ensuite sorti le DVD Tyrants Of The Rising Sun en 2008, ce qui représente aussi beaucoup de travail, parce qu’il faut visionner des millions de vidéos, mixer le son… C’est un vrai projet, mais nous avions toujours voulu le faire. Ces vidéos du Japon sont très cool. Après cette sortie, nous n’avions pas envie de faire un album. Nous étions lassés d’être assis en studio pour travailler, alors nous avons continué à tourner. En 2009, nous avons sorti The Root Of All Evil, qui regroupe de vieux titres d’Arch Enemy réenregistrés. Ce projet nous a évidemment lui aussi contraints à passer du temps en studio, environ six semaines. Après ça, une fois de plus, on ne voulait pas faire d’album. Alors on est repartis en tournée ! Mais mi-2010, alors qu’on faisait la tournée des festivals européens, on a fini par se dire : « Cette setlist devient super chiante ! Arch Enemy doit sortir de nouvelles chansons ». C’était la première fois qu’on ressentait le besoin de faire un nouvel album. À ce moment-là, on avait déjà rassemblé pas mal de nouvelles mélodies parce qu’on n’arrête jamais d’écrire quand on est en tournée. On passe notre temps à écrire, qu’on soit en backstage à Sao Paulo, au Mexique, en Belgique ou en France. On enregistre des trucs, des idées, on chante de petites mélodies ou ce qui nous passe par la tête. On a aussi pas mal jammé. En 2010, on pouvait jammer pendant les répétitions, parce que le rythme de la tournée n’était pas très intense. Et dès qu’on a commencé à jammer, on a aussi commencé à écrire des chansons. C’est là que ça a commencé, mi-2010. Nous avons décidé de nous concentrer sur l’écriture pendant l’été, de juillet à octobre. En novembre, nous sommes partis en tournée au Royaume-Uni, puis nous sommes entrés en studio début décembre pour commencer l’enregistrement. Ça nous a pris un moment pour retrouver l’envie, parce que nous avions sorti plein de choses entre-temps. On n’a pas eu l’impression qu’il s’était écoulé quatre ans.

Michael Amott (guitare) : On enregistre toujours quelques trucs, on a toujours nos guitares avec nous. On ne peut pas s’en empêcher ; on trouve une idée, et on se dit qu’il faudrait l’enregistrer tout de suite. On a amassé pas mal d’idées, mais on n’écrivait pas vraiment de chansons, et encore moins en tant que groupe. Effectivement, nous avions hâte de nous y remettre et de nous replonger dans le processus créatif. Dès que nous avons terminé la tournée en novembre, nous nous y sommes mis. Et nous avons écrit en sessions l’été dernier. Tout assembler, c’est beaucoup de travail. Mais on n’y pense pas vraiment parce que, en même temps, on passe un bon moment. J’apprécie mon boulot, surtout le processus créatif ; on ne remarque jamais le temps qu’on passe dessus. Ça doit se compter en paquets d’heures !

Pensez-vous que cette attente ait donné une inspiration supplémentaire au groupe ?

Angela Gossow : Ça nous a donné une grande variété de riffs, de mélodies et de chansons parce que tout ça a été écrit sur une période de quatre ans. En gros, le son d’un groupe est très influencé par l’état mental des musiciens, le type de musique qu’on écoute, les groupes avec lesquels on tourne. Quand on écrit un album en trois mois, les chansons reflètent seulement ces trois mois et ce qu’on aime à ce moment-là. Si on est dans une phase thrash intense, on finit avec un album comme Anthems Of Rebellion. Cet album était très orienté thrash. Mais cet album-ci s’inspire du thrash, du death et du speed, du heavy metal et même de la bossanova. Christopher était à fond dans la bossanova pendant un moment. Tout ça se retrouve dans l’album. Il couvre une période plus longue et ça s’entend. C’est très profond et il y a une très grande diversité musicale. Attendre a vraiment influencé le matériel, c’est sûr.

Rickard Bengtsson s’est chargé de la production, comme il l’avait fait pour Doomsday Machine. Sur ces deux albums, l’approche est similaire, plus brute peut-être, avec des guitares plus modernes. Est-ce que ce sont les caractéristiques que vous recherchiez ?

Michael Amott : Un peu, oui. Mais ça vient aussi beaucoup de notre ingénieur du son, Andy Sneap, avec qui nous avons travaillé en Angleterre. Nous avons tout enregistré avec Rickard. Il a un super studio près de là où on vit, alors on a pu tout enregistrer là-bas. Nous avons ensuite tout emmené en Angleterre pour le mixage. Le son vient du travail de ces deux gars. C’est aussi auto-produit, nous avons produit l’album en tant que groupe. Nous avons aussi pas mal participé aux enregistrements, nous nous enregistrions les uns les autres. Tout le monde a apporté sa touche, alors c’est difficile de dire d’où vient ce son. Il y a eu pas mal d’aspects différents dans le processus. Mais je suis très satisfait du résultat, je le trouve très cool. Nous voulions quelque chose de similaire à Doomsday, voire meilleur si possible. Le son sur Doomsday était excellent et nous voulions quelque chose d’au moins aussi bon, si ce n’est meilleur. Je crois que nous avons réussi. Mais je n’ai pas vraiment de recul sur tout ça : nous étions encore en Angleterre pour mixer l’album la semaine dernière, alors tout est encore très frais. Nous avons pris du retard dans la livraison à la maison de disques et ils le diffusent à toute vitesse aux journalistes maintenant. C’est encore tout neuf, je n’ai vraiment aucun recul ! (rires)

Angela Gossow : Le son, c’est surtout le travail d’Andy Sneap, qui a mixé et masterisé l’album. Mais Rickard Bengtsson est un type très bien. Il vit près de chez nous, ce qui veut dire qu’on peut balader tout notre matos de dingue. On a du matériel vintage, des tape echoes, des trucs énormes, de vieux amplis… Quand on enregistre dans un autre pays, on ne peut pas vraiment apporter tout ça en studio parce que c’est très cher à transbahuter. Tout ce matériel nous permet d’obtenir des sons très bizarres. C’est peut-être à ça que tu penses quand tu parles de « production moderne », parce qu’il se passe beaucoup de choses. On a tout ce matériel chez nous et on peut l’apporter en studio parce qu’on enregistre pour ainsi dire au coin de la rue. Rickard Bengtsson n’a pas beaucoup influencé le son lui-même. Ça, c’est nous, et Andy Sneap, qui avait également mixé Doomsday Machine. La similarité est là. C’est plus le résultat de la collaboration entre Andy Sneap et nous.

Le fait que Rickard ait coproduit le dernier album de Spiritual Beggars a-t-il joué un rôle dans votre décision de lui faire produire Khaos Legions ?

Michael Amott : Effectivement. J’ai eu une bonne expérience lors des séances d’enregistrement dans son studio, et j’ai pensé que nous pourrions y retourner avec Arch Enemy. Mais Angela a enregistré ses parties vocales dans un autre studio, tout près de chez elle. Elle pouvait y aller à pied et enregistrer quand elle le voulait, de jour comme de nuit. C’était ce dont elle avait besoin. C’est comme ça qu’elle fonctionne : si elle a envie de hurler un jour, elle peut le faire, et sinon, elle n’y est pas obligée. Elle avait carte blanche. Mais j’ai une très bonne expérience de ce studio. En plus, il est très récent et la batterie sonne très bien là-bas. Il y a une salle super pour enregistrer la batterie.

Angela, était-ce important pour toi d’être près de chez toi, d’avoir ce genre de confort pour donner le meilleur de toi-même ?

Angela Gossow : Les deux studios sont très proches de là où je vis. Celui où le groupe a enregistré est à environ vingt minutes en bus, peut-être dix en voiture. Celui où j’ai enregistré mes parties vocales est littéralement au coin de la rue. Ils sont tous les deux très proches. On a enregistré beaucoup de choses en même temps : pendant que Chris et Michael se chargeaient de la guitare ou de la basse, je m’occupais des parties vocales. Nous avions beaucoup de choses à enregistrer, vingt-et-une chansons, et nous n’avions que six semaines ! On faisait les trois-huit, tous en même temps. C’est la raison principale. L’endroit où j’ai enregistré n’était pas vraiment un studio. C’était la maison de quelqu’un qui possède un ordinateur portable et une radio dans son grenier, juste au coin de la rue. Quand on pense « studio », on imagine un endroit très classe mais ce n’était pas ça du tout ! C’était seulement un endroit où je pouvais enregistrer mes parties vocales parce que ce gars n’avait pas de voisins pour se plaindre ! (rires) Quand on hurle, c’est vraiment fort. Ce n’était qu’un petit studio à domicile et c’était pour des raisons pratiques. Sans cette solution, j’aurais dû utiliser le grand studio et on n’aurait pas pu enregistrer les guitares en même temps. Ils avaient besoin du grand studio pour enregistrer les guitares car il y a de plus gros amplis là-bas et ils ont besoin de beaucoup de place.

On dirait que vous aimez alterner entre Andy Sneap, Fredrik Nordstrom et Rickard Bengtsson. Andy s’est chargé de Anthems Of Rebellion et de The Root Of All Evil, tandis que Fredrik s’est occupé des quatre premiers albums et de Rise Of The Tyrant. Est-ce une façon pour vous de changer d’approche d’un album à l’autre tout en garantissant un résultat qui vous plaira ?

Michael Amott : Ces gens connaissent très bien Arch Enemy. Andy Sneap comprend vraiment le groupe, par exemple. On n’a pas besoin d’un producteur qui change le groupe, nous ne voulons pas changer le groupe. On est heureux comme ça ! C’est le truc vraiment cool avec la musique qu’on fait : on est un groupe underground mais un groupe underground très important. On écrit, on joue, on produit exactement comme on en a envie, sans aucun compromis. Dès que t’essaies d’être le plus gros groupe du monde, tu penses à la radio, à la télé et à peut-être rendre les guitares moins agressives ou de faire des parties vocales plus mélodiques. Nous, on ne veut pas de ça. On joue ce que l’on veut jouer, point. Ces gens connaissent vraiment notre son et ils ne nous barrent pas la route. Ils mettent en valeur ce que nous faisons en tant que groupe, ils n’essaient pas de le changer.

Michael Amott (guitare) : « Il y a des tas de groupes qui ont des parties vocales du genre bon flic/méchant flic. […] Ils sonnent plus comme des ados, pas comme de vrais chanteurs puissants. […] En fait je crois que beaucoup de groupes essaient de faire plus que ce dont ils sont réellement capables ! »

Est-ce que ton retour dans Carcass a eu un impact sur Khaos Legions, musicalement parlant ?

Michael Amott : Je pense que oui. Il y a eu des trucs qui m’ont ouvert les yeux quand j’ai réappris ces chansons, du genre : « Wow, c’est une combinaison de notes de malade ! » ou « Ça, c’est un riff ! ». Alors tu commences à te dire : « Je devrais peut-être écrire des trucs comme ça à nouveau ». Et c’est ce qu’il s’est produit. Ça a vraiment été une super expérience de se retrouver après toutes ces années et tous ces concerts. On s’est fait plaisir, c’était positif.

Angela Gossow : Le truc, c’est qu’au bout du compte, les riffs de Carcass sont similaires à ceux d’Arch Enemy. Je ne sais pas du tout à quoi ressemblerait un album de Carcass aujourd’hui. Le dernier a été écrit il y a vingt ans, je ne sais pas du tout ce que serait leur son aujourd’hui. Je pense que Michael écrirait comme il le fait pour Arch Enemy, simplement parce que c’est son style extrême. Je ne pense pas qu’il ait un style Carcass. Mais je ne sais pas… Je veux dire, ils n’ont encore rien vraiment testé. Mais si Michael veut le faire, ça ne me pose aucun problème. J’adore Carcass. Mais je pense qu’il attend que Jeff et Bill fassent le premier pas et qu’ils commencent à écrire.

Puisque tu es une fan de Carcass, n’as-tu pas essayé de pousser Michael à écrire des riffs dans cette veine pour cet album d’Arch Enemy ?

Angela Gossow : Je n’ai pas besoin de le pousser, il passe son temps à écrire ! C’en est presque de l’autisme, il a toujours sa guitare dans les mains ! Il faudrait plutôt le pousser pour qu’il fasse une pause et fasse autre chose pendant un moment ! (rires) Lui et sa guitare sont pratiquement inséparables. En tournée, je l’ai déjà vu aller aux toilettes avec sa guitare ! Pas besoin de le pousser !

D’ailleurs est-ce qu’une tournée avec Arch Enemy et Carcass est envisageable ?

Michael Amott : Je ne voudrais pas vraiment faire ça, c’est trop crevant ! (rires) Je l’ai déjà fait quelques fois au cours des dernières années, pour des festivals. Je crois qu’on a déjà partagé l’affiche en Espagne et en Tchécoslovaquie, en 2008. En gros, je monte sur scène avec l’un des groupes, je change de t-shirt, de guitare et c’est reparti pour un autre concert ! Je ne sais pas… On donne vraiment tout ce qu’on a sur scène. Ça ferait un peu trop de faire ça une tournée entière. Peut-être pour un concert de temps en temps, mais non, pas pour toute une tournée.

Le riff « Through The Eyes Of A Raven » a un côté très Obituary, tandis que l’atmosphère et les mélodies de « Cruelty Without Beauty » ne sont pas sans rappeler Slayer. Quel est l’impact de la scène death de Floride et du thrash de la Bay Area sur la musique d’Arch Enemy et plus particulièrement sur Khaos Legions ?

Michael Amott : Je ne dirais jamais qu’Arch Enemy est un groupe de death metal, ni même un groupe de death mélodique. Je ne pense pas non plus que nous nous considérions comme un groupe de thrash. Il y a tellement d’aspects différents dans notre musique. Mais, ouais, Slayer est une influence pour nous, c’est un de nos groupes préférés. C’est un groupe sur lequel nous sommes tous d’accord, ils sont vraiment excellents. On adore leur musique. Il y a quelques riffs de death metal dans cet album, plus que depuis un bon moment. Angela en est d’ailleurs, bien entendu, très contente, car son style de metal préféré c’est le death des années 90. Tu as raison à propos de ces riffs, ils sont vraiment dans ce style. L’intro, en particulier, c’est un de mes riffs. J’imagine que j’ai dû y laisser un peu de death transparaitre, probablement à cause du fait d’avoir joué à nouveau avec Carcass.

Angela Gossow : Le riff de « Through The Eyes Of A Raven » a été écrit par Daniel, qui est un très grand… Il est comme moi, il adore le death metal. Et quand on aime le death, on ne peut pas ignorer la scène death de Floride. Il aime aussi le death metal suédois, alors il y a aussi un petit côté suédois. Ça sonne un peu comme du Amon Amarth, du vieux In Flames ou du vieux Dark Tranquillity. Et bien sûr, on adore la scène thrash de la Bay Area. Nous sommes les plus grands fans de Slayer au monde ! Ils ont écrit des albums géniaux. Si on écoute Reign In Blood, c’est l’album parfait. J’aimerais avoir écrit ça. Tout le monde aimerait avoir écrit ça ! (rires) Ce sont des influences qu’on utilise en guise de références parce que c’est sympa. Arch Enemy et toutes les parties mélodiques de nos chansons ne sont pas influencés uniquement par Europe, Van Halen ou Foreigner. Nous avons le death et le thrash dans le sang et ça ressort. On adore ce son alors on veut l’utiliser dans notre propre musique.

Dans l’interview que Michael nous a accordé l’année dernière, il nous avait dit que le nouvel album d’Arch Enemy aurait des chansons rapides, beaucoup de mélodies et que ce serait du metal extrême. Et c’est bien ça, un très bon album d’Arch Enemy classique qui porte la marque de fabrique du groupe. Mais à un moment, après tous ces albums, vous n’avez pas ressenti un besoin de prendre des risques en introduisant des éléments ou des approches inattendues dans votre musique ?

Angela Gossow : Pour se retrouver avec un ou deux albums expérimentaux qu’on ne voudra plus jamais jouer en live ? (rires) C’est ce qui s’est passé pour plusieurs autres groupes. Opter pour un son différent, ça a du potentiel mais généralement, on court le risque de perdre son identité. Et Arch Enemy a une véritable identité, tant dans ses chansons que dans la façon dont nous les écrivons. Nous sommes très fiers d’avoir trouvé notre son, c’est un vrai accomplissement en soi. Quand l’auditeur entend une de nos chansons, il se dit tout de suite : « Ah, ça, c’est du Arch Enemy ». Je pense qu’il est très important de garder ce son. Nous voulons garder notre identité et sonner comme du Arch Enemy 24 heures sur 24 et sur tous nos albums. Nous voulons simplement écrire des titres cool dans notre propre style, qui est assez large quand on y pense. Nos influences vont du jazz et de la bossanova au heavy metal, en passant par le rock classique, le thrash, le death, le doom et le black metal. À peu près tout ce qu’on peut imaginer dans cette plage, en gros. Nous n’avons pas non plus peur de nous essayer au power metal et aux mélodies plus douces. On ne se sent pas du tout limités. Mais je ne pense pas que nous changions un jour de façon d’écrire. Et on ne m’entendra jamais chanter clean ou utiliser des boucles techno ou virer industriel. Ça, ça n’arrivera pas.

Michael Amott : Cet album a été écrit sur une période de quatre ans, je peux donc y entendre une profondeur musicale bien plus importante que sur Rise Of The Tyrant qui fut écrit dans un temps plus condensé. Celui-là a été écrit sur un période plus longue et je crois que ça l’a rendu plus dynamique. Les différentes parties viennent d’endroits et de moments divers. J’ai écrit « Under The Black Flag We March » en 2006 mais je ne l’avais pas finie. J’ai vraiment terminé cette chanson pour cet album. Celle-là est vieille, mais les autres sont très fraîches, très neuves pour ainsi dire. On a pris un peu de risques, beaucoup de nos mélodies viennent de musiques qui ne sont pas vraiment du metal. On a écouté et joué de la bossanova d’Amérique du Sud ou du tango argentin. On a ensuite trouvé des enchaînements d’accords ou des motifs issus de ces genres et nous les avons joués pour Arch Enemy. Au final, le résultat est très metal mais aussi mélancolique en quelque sorte. Nous aimons avoir des mélodies pleines de mélancolie. Pour moi, cet album comporte beaucoup d’éléments différents. Comme on l’a déjà dit, il y a plus de thrash et de death que depuis un moment. Mais en même temps, une chanson comme « Secrets » aurait aussi bien pu être écrite pour Burning Bridges ou pour Wages Of Sin. C’était un peu comme remonter le temps. Je pense que cet album est l’un des plus variés que nous ayons jamais fait.

Angela, penses-tu donc que le Load de Metallica et le Risk de Megadeth étaient de mauvaises idées ?

Angela Gossow (chant) : Oui ! (rires) Je n’ai jamais écouté Load et quand j’écoute du Megadeth, c’est plutôt So Far, So Good, Rust In Peace et Peace Sells. Ça, c’est Megadeth, pour moi. Je suis du genre traditionaliste ! (rires)

Michael Amott (guitare) : « J’ai été témoin d’un sacré changement en vingt ans. Quand j’ai rejoint Carcass, personne ne nous prenait au sérieux. Ce que les gens prenaient au sérieux, ce sont les groupes de thrash qui pompaient sur Metallica, des groupes comme Anthrax. »

Michael, ton frère Christopher avait chanté des parties vocales en chant clair sur Anthems Of Rebellion mais ça ne s’est jamais reproduit. Comment se fait-il que vous n’ayez jamais développé ça par la suite ?

Michael Amott : Les deux chansons sur lesquelles il a chanté ont été écrites dans cette optique-là. Ça collait totalement avec le concept de ce que nous voulions sur ces deux titres. Mais depuis, nous n’avons jamais vraiment ressenti que nous voulions faire ça à nouveau ! (rires) La voix d’Arch Enemy doit être agressive et dure, c’est ce qui colle le mieux à notre message. Il y a des tas de groupes qui ont des parties vocales du genre bon flic/méchant flic. Les groupes américains sont très bons là-dedans. Personnellement, je déteste ça ! (rires) C’est comme si tu essayais de rentrer dans un format « radio » en restant un peu énervé. Je ne crois pas que beaucoup de chanteurs soient capables de faire ça bien. J’aime le chant metal traditionnel, je suis un gros fan de Rob Halford, de Ronnie James Dio et de Bruce Dickinson. Ce sont des chanteurs exceptionnels. Je suis désolé mais on ne trouve pas de chanteurs de cette trempe dans le metal emo/screamo ! Et puis Angela n’est pas une très bonne chanteuse en voix claire. Par contre, elle sait excellemment crier, c’est son point fort, sa grande force ! On se bâtit sur nos forces. On veut rester extrême et, comme je l’ai déjà dit, on ne veut pas devenir le plus gros groupe du monde, on ne veut d’aucun compromis. On veut faire du metal rapide, « epic » et extrême, avec un tas de solos de guitare et avec une femme charmante hurlant par-dessus tout ça. (rires) Ce n’est pas fait pour que tout le monde écoute mais c’est ce qui nous botte. On adore ça, on vit pour ça et les gens qui nous suivent sont toujours plus nombreux. On a beaucoup de fans, on a vraiment de la chance. On fait ce qu’on a envie de faire, sans aucun compromis.

Donc pour toi, l’opposition entre voix chantée et hurlée relève plus du marketing que d’une réelle approche artistique ?

Michael Amott : Je ne sais pas. Ce n’est simplement pas pour moi. Je n’aime pas le type de voix claires que beaucoup de ces groupes utilisent. Ils sonnent plus comme des ados, pas comme de vrais chanteurs puissants. Phil Anselmo pouvait chanter d’excellentes parties claires puis ensuite hurler de toutes ses forces. Lui, il était bon. Mais je ne vois pas énormément de groupes dans le même cas. Quand ils chantent clair, ça sonne faible et traité de manière artificielle. Après, en live, ça ne sonne pas si bien, ils chantent faux ou autre. En fait je crois que beaucoup de groupes essaient de faire plus que ce dont ils sont réellement capables ! (rires) Arch Enemy est supposé être du metal extrême qui tabasse, qui est très agressif et vicieux. Depuis le début, notre idée a été que toutes nos mélodies proviendraient des guitares. On a parfois un vrai travail de mélodie à la gratte. C’est comme ça qu’on introduit les mélodies dans notre musique, avec des guitares, la plupart du temps.

Angela, est-ce également ton opinion ?

Angela Gossow : Chris a une très bonne voix chantée mais elle est trop douce et n’a pas vraiment d’ampleur. Je suis sûre que tu as déjà écouté ses projets solos. Il n’a pas ce côté metal, il n’est pas Ronnie James Dio ou Rob Halford, il a une voix plus douce. Effectivement, cette tendance a eu énormément de succès dans le metal, avec des groupes comme Killswitch Engage, Soilwork et Times Of Grace ou quel que soit le nom de ces groupes de nos jours. Mais cette histoire de bon flic/méchant flic, où quelqu’un hurle tandis que le refrain est plus mélodique, est devenu une véritable formule. C’est quelque chose du genre : « Ouais, on est extrêmes mais pas trop parce qu’on veut parler à un public plus large ». On n’aime pas cette vision des choses. On commence à se sentir un peu révulsés par les vocaux clean dans le metal ! On pense que le metal doit être dangereux. Il y a beaucoup d’éléments mélodiques dans la musique, c’est la raison pour laquelle les lignes vocales se doivent d’être très, très agressives. Pas de compromis là-dessus. Les vocaux de Chris sur Anthems Of Rebellion sont sympas mais ils sont mixés en arrière-plan parce qu’ils ne se mélangent pas très bien aux miens. Ma voix est assez rauque, la sienne est plus douce et on a eu des problèmes pour mélanger les deux. Elles sont trop différentes. Et Chris n’est pas motivé pour les faire en live, alors à quoi bon inclure des vocaux clean sur un album si c’est pour ne pas les reproduire sur scène ? Finalement, on s’est dit : « Et merde, on se contentera de hurler ! »

J’ai lu quelque part qu’Angela avait dirigé un atelier vocal à l’Université de musique de Cologne, l’an dernier, devant un public international. Penses-tu que cela soit le signe que les techniques vocales extrêmes sont mieux reconnues à l’heure actuelle ?

Michael Amott : Oui, tout à fait. C’est ce qui est en train de se passer, l’oreille des gens commence à y être habituée.

Angela Gossow : J’ai reçu tellement d’invitations pour ces ateliers vocaux mais je n’ai tout simplement pas le temps. J’ai participé à cet atelier et fait un peu de coaching vocal ici et là et il y a un énorme intérêt pour le sujet. Beaucoup de groupes pop utilisent des hurlements de temps en temps, de nos jours, et dans les comédies musicales, ça se fait tout le temps. Les gens finissent par se détruire la voix, parce que c’est un élément de style et qu’ils ne savent pas s’y prendre. Et puis les professeurs de chant reçoivent beaucoup de gamins qui veulent hurler et ils ne savent pas leur apprendre. Ça a vraiment fait son chemin dans les écoles de musique et dans la musique moderne mais il n’y a pas beaucoup de connaissances sur le sujet. Cette connaissance ne se trouve que dans le monde du metal. Et encore, peu de gens s’y connaissent parce que le metal est une communauté d’autodidactes. La plupart des gens n’ont pas un gros bagage théorique. Tout ce que je fais, je le fais méticuleusement. J’en connais un rayon sur les techniques, j’ai eu des cours de coaching vocal moi-même et j’ai essayé pas mal de choses. En plus, ça fait plus de vingt ans que je fais ça, alors j’ai une belle expérience. L’atelier vocal a connu un énorme succès et j’ai reçu beaucoup de demandes par la suite, mais jusqu’ici, je n’ai pas eu le temps. Il y a beaucoup d’intérêt pour le sujet, ça devient quelque chose d’important.

Michael Amott : Les guitares saturées ont eu besoin d’un long moment pour qu’elles soient acceptées, mais aujourd’hui, ce n’est plus considéré comme extrême. Je crois que les gens deviennent habitués au chant crié, au growl. Je fais ça depuis longtemps, j’étais là, dans les années 80, quand le death métal a vraiment pris forme, avec son chant hurlé. Même avant Carcass, je faisais du death en Suède. C’était carrément underground, personne n’aimait ça et ce type de chant. Ce n’était vraiment pas respecté, on n’en parlait pas dans les magazines ou quoi que ce soit. J’ai été témoin d’un sacré changement en vingt ans. Quand j’ai rejoint Carcass, personne ne nous prenait au sérieux. Ce que les gens prenaient au sérieux ce sont les groupes de thrash qui pompaient sur Metallica, des groupes comme Anthrax. Tout ça a bien changé. Maintenant il y a des groupes vraiment massifs comme Amon Amarth, Arch Enemy, Immortal. Ils ont un son très extrême, très brutal mais touchent un large public. Les gens ont finalement accepté cela. Ça a commencé avec des fans, puis les journalistes et les médias ont dû l’accepter. Il y a aussi des choses comme ce séminaire qu’Angela a fait. Pour chaque chose nouvelle, il faudra du temps avant qu’elle soit acceptée par la scène musicale. Je me rappelle quand on s’est accordé en Si avec Carcass, c’était vraiment très grave, mais aujourd’hui c’est devenu une sorte de standard. Les groupes de néo-metal comme Korn ont commencé à faire pareil et après ça chaque groupe de néo américain à la mode était accordé en Si grave. Au final, c’est devenu un son accepté mais ça a pris du temps. Quand on a commencé à faire ça avec Carcass, je me rappelle que les gens ont vraiment halluciné et qu’ils n’avaient pas vraiment aimé. Certaines personnes n’étaient pas d’accord avec cette manière de jouer. Ça a pris du temps. J’ai vu pas mal de modes arriver puis disparaître. Quand tous ces trucs de programmation sont arrivés dans le metal, c’était très populaire, puis ça a disparu. Après il y a eu le néo-metal… On a vu des tas de modes, d’évolutions, mais moi je suis resté avec le même truc ! Des fois, ce que je fais est reconnu, des fois moins. Ce n’est pas toujours ce qui est le plus populaire, mais en ce moment ça va pas mal, les gens ont l’air excité par ce que l’on fait ! (rires)

Et le fait d’avoir une fille qui chante en hurlant ? Est-ce que c’est plus accepté aujourd’hui ?

Michael Amott : Une nouvelle fois, je ne veux pas être trop égocentrique, mais je pense que nous avons un peu ouvert la voie sur cet aspect-là. Maintenant on en voit, mais il y a dix ou onze ans, c’était très controversé. C’est arrivé très vite, et maintenant on en voit de partout. Avant, les filles dans le metal, c’était limité à des filles en robes longues et avec des gants blancs qui chantaient style opéra avec un type qui gueulait par-dessus. Mais Angela est arrivée, elle a retourné la scène et a botté pas mal de culs ! On pouvait voir le cerveau des gens fondre juste en face de nous lors des premières tournées avec elle. Ça arrive même encore parfois, quand on joue dans des festivals où il y a plein de genres musicaux différents, devant un public très varié. On commence à jouer des passages instrumentaux et les gens pensent : « OK, c’est rapide, c’est extrême… », puis Angela arrive, se met à hurler et là on voit les gens perdre la boule, du genre : « Putain, qu’est-ce que c’est que ça ! ». C’est marrant d’être toujours capable de choquer les gens aujourd’hui. Je n’ai pas souvent vu quelqu’un arriver sur scène et faire ce qu’Angela fait. Avec Arch Enemy, on a des musiciens de classe internationale, et là tu y rajoutes Angela qui est vraiment unique en son genre. Elle ressemble à ce qu’elle ressemble, elle sonne comme elle sonne, elle a le talent et l’intelligence pour rassembler tout ça. Elle est spéciale, en quelque sorte, je ne sais pas si on verra ça à nouveau. Parfois, je vois des filles qui savent chanter en criant, mais elles n’ont pas de charisme, ou alors c’est l’inverse. C’est dur mais je suis sûr que les filles en sont capables. Pour la communauté féminine, ça a été très encourageant de voir Angela faire ça. Mais elle n’a jamais voulu être un modèle. Je crois qu’elle a grandi en trainant avec des mecs de la scène metal, en étant fan de groupes où il n’y a que des mecs (Morbid Angel, Death…) puis essayer de gueuler comme eux dans sa chambre. Elle s’est brusquement rendu compte qu’elle pouvait le faire et elle a rejoint des groupes de mecs. Je pense que… Je ne sais pas, c’est vraiment bizarre ! (rires) C’est un peu étrange mais c’est vraiment cool, ça nous donne un aspect différent. J’apprécie vraiment cela et, bien sûr, ça a attiré un public féminin plus important. D’un autre coté, beaucoup de gens sont contre les femmes dans le metal, anti-Angela. Il y a beaucoup de gens qui la détestent d’ailleurs, des gens qui n’écouteraient jamais Arch Enemy seulement parce que nous avons une chanteuse. Nous, on s’en fout, comme je l’ai dit : on est heureux en étant ce que l’on est. Si on arrive à générer un peu de polémique, je pense que c’est tout juste génial !

Angela, aimerais-tu assurer plus de cours de coaching vocal à l’avenir ?

Angela Gossow : Oui, je pense faire ça dans le futur, quand Arch Enemy ralentira un peu. Mais je manage déjà Arch Enemy, alors j’ai déjà deux boulots en même temps ! Il faut préparer le travail correctement, s’adresser au public approprié, il faut voyager… Je m’apprête à partir en tournée sans une pause pendant les deux prochaines années. Alors je m’y mettrai peut-être dans cinq à dix ans. L’opportunité ne va pas disparaître. Plus je vieillis et plus je serai célèbre. C’est une bonne chose ! Pas besoin d’être jeune et résistant pour faire du coaching vocal mais il faut être costaud pour supporter les tournées. Tant que je suis suffisamment costaude, j’ai envie de tourner. Plus tard, quand je serai vieille et fatiguée, je me mettrai au coaching vocal ! (rires)

Angela Gossow (chant) : « Je n’aime pas les gouvernements, je trouve qu’ils sur-gouvernent le peuple de nos jours. Il devrait y avoir moins de règles et plus de liberté parce que les gens sont tout à fait capables d’assumer leurs responsabilités. »

Tu es le manager de l’autre groupe de Michael Amott, Spiritual Beggars, et tu as même écrit les paroles du titre « The Chaos of Rebirth », tiré de leur dernier album. Aimerais-tu écrire d’autres paroles pour Spiritual Beggars, voire chanter sur un de leurs titres à l’avenir ?

Angela Gossow : Je ne chanterai pas parce que c’est le genre de musique qui nécessite une voix metal classique, je trouve. Mais s’ils me demandaient d’autres paroles, je le ferai. J’ai écrit ces paroles parce que j’avais des idées vraiment cool. Le son de ce titre me rappelle un peu la fin de la période Dio et j’avais des paroles sympas que Dio aurait pu chanter. C’est plus ou moins dédié à Ronnie James Dio, je crois qu’il aurait pu chanter sur les dragons et ce genre de trucs. J’ai eu l’idée parfaite pour ce titre, c’est pour ça que je l’ai fait. Mais ce groupe, c’est le bébé de Michael et il s’en occupe quand il en a envie. Ce n’est pas un projet continu. Le prochain album ne sortira sans doute pas avant dix ans ! Je ne pense pas qu’on en parlera avant cinq ans. Il va donner quelques concerts cette année, pendant des festivals où Arch Enemy jouera aussi parce qu’il peut combiner les deux. Mais ce projet, c’est un peu un jeu. Je lui ai dit : « J’ai de super paroles pour ce titre, je te les donne si tu veux ». Mais je n’ai pas prévu de continuer à écrire des paroles. Comme je l’ai déjà dit, d’ici cinq à dix ans, quand je m’éloignerai du rythme fou des tournées, je pourrai aussi faire ça, parce que j’aime écrire. J’ai souvent plus d’idées que de chansons pour aller avec ! C’est quelque chose que je pourrais faire.

Voudrais-tu faire un album solo un de ces jours ?

Non, je suis du genre à bosser en équipe. Je veux un groupe autour de moi. Je suis chanteuse et auteure de paroles, pas instrumentiste. La musique devra forcément être écrite par quelqu’un d’autre et j’ai déjà ce groupe parfait appelé Arch Enemy pour faire ça. J’ai vraiment le sentiment d’avoir trouvé le groupe parfait. Si je devais chercher d’autres musiciens, je passerais mon temps à les comparer aux gars d’Arch Enemy. Ce serait difficile d’être comparé à Christopher et Michael Amott à la guitare, à Sharlee D’Angelo à la basse et à Daniel Erlandsson à la batterie, parce qu’ils sont super bons !

Tu es diplômée en marketing en ligne. Quelle est l’importance d’Internet pour la promotion du groupe ?

Internet, aujourd’hui, c’est le must, c’est ce sur quoi les labels capitalisent. Évidemment, il y a toujours des magazines, mais le format papier est en train de mourir. Comme les CD physiques. Presque tout passe par Internet. Et il est beaucoup plus facile d’entrer directement en contact avec les fans en ligne, avec les réseaux sociaux comme Facebook ou MySpace. Vous pouvez aussi aller sur notre site Internet sur lequel on organise des concours. On peut twitter des messages au jour le jour, poster des nouvelles de la tournée, de petits films, des commentaires, n’importe quoi. C’est un média qui permet de communiquer au quotidien et c’est également un outil promotionnel et de marketing. Aujourd’hui, c’est la pierre angulaire de l’industrie de la musique. Voilà quelle est l’importance d’Internet. Si on retirait Internet, le monde s’effondrerait ! Le monde des affaires se casserait la figure ! Et c’est la même chose pour le monde de la musique parce que tout ou presque se passe sur Internet.

En France, beaucoup de maisons de disques et de représentants de ces dernières prennent les médias Internet professionnels moins au sérieux que leurs homologues papier. Ils ont peur de mettre de l’argent dans de la publicité sur Internet. Que penses-tu de cela ?

Oh, waouh ! Ils sont à côté de la plaque ! Ils font une énorme erreur ! Ils vont rester sur le carreau, voilà ce que j’en pense ! (rires) C’est dingue. C’est un point de vue très traditionaliste et le traditionalisme n’est pas une bonne chose dans un monde où tout va très, très vite. C’est la même chose avec l’industrie musicale : ils ont ignoré Internet pendant des années au lieu de s’en servir. Aujourd’hui, ils agonisent de façon très moche parce que, pour la plupart des gens, la musique est devenue quelque chose de gratuit. Ils se contentent de la télécharger. L’industrie musicale n’a jamais trouvé de moyen de retourner la situation et d’en faire une source de revenus. C’est pour ça que tous ces labels sont en train de mourir. Si c’est comme ça que ça se passe en France, ces gens-là vont très rapidement devoir se réveiller de façon brutale. Je reçois toujours beaucoup de magazines parce que la plupart me sont envoyés gratuitement et parce que je veux voir où en est le paysage médiatique. Mais mes infos quotidiennes – et à jour – je les tire d’Internet. C’est le média du futur.

Tout autre sujet : j’ai lu que tu te considérais comme anarchiste et athée. J’en déduis que tu n’aimes pas que qui que ce soit, qu’il s’agisse d’un politicien ou d’un dieu, régisse, juge ou te dicte tes décisions. C’est bien ça ?

Oui, je n’aime rien de tout ça. Je suis une anarchiste verte libérale mais je ne veux pas voir le chaos destructeur s’installer. Je ne parle pas de ça. Je n’aime pas les gouvernements, je trouve qu’ils sur-gouvernent le peuple de nos jours. Il devrait y avoir moins de règles et plus de liberté parce que les gens sont tout à fait capables d’assumer leurs responsabilités. Je n’aime pas les groupes organisés. Je n’aime pas non plus la religion qui n’est qu’un outil utilisé pour effrayer les gens et les gouverner par la peur. Voilà ce que c’est. Je n’aime pas la pression sociale : les gens autour de toi qui essaient de te dicter ta conduite, ce n’est jamais qu’une forme de gouvernement. La façon dont Arch Enemy fonctionne est un peu anarchique, en fait. On s’occupe de nos propres affaires. Je m’occupe du management, nous n’avons pas de manager extérieur. Nous n’avons pas de contrat pour des albums, seulement un accord de licence avec Century Media. On fait tout nous-mêmes, c’est très autonome. Un peu dans le vieux style punk ! On réserve nos tournées nous-mêmes, on fait donc uniquement les choses qu’on veut faire. Avec mon état d’esprit actuel et avec la façon dont je travaille depuis des années, je suis irrécupérable pour la société normale. Je ne peux pas accepter l’autorité. Par exemple, j’ai toujours de l’herbe sur moi. Je ne peux pas encadrer cette loi, alors je les emmerde !

Arch Enemy doit pourtant rendre des comptes à un label…

Nous sommes sous licence. Nous avons tous les droits sur notre musique, mais elle est sous licence afin qu’ils puissent l’utiliser pendant quelques années. Mais les droits sur tout ce que nous faisons nous appartiennent.

De nos jours, beaucoup de groupes ont tendance à se séparer de leurs labels et à s’en remettre à Internet. Est-ce quelque chose qui vous intéresse ?

Ça dépend du niveau auquel on est. Nous sommes un groupe assez important dans le milieu du metal, alors il nous faut une équipe autour de nous pour s’occuper de la promotion. Je n’ai pas envie de m’occuper de ça moi-même, ça me retirerait beaucoup de ma liberté de partir en tournée et de faire ce que j’aime le plus. Ce qu’on préfère, c’est être sur scène. S’il fallait qu’on se mette à traiter avec les distributeurs, organiser nos interviews et trouver des artistes, on n’aurait plus le temps pour les trucs marrants. Et les trucs marrants, ce sont les tournées. Notre musique est donc sous licence chez Century Media et ils peuvent l’utiliser pendant dix ans, ou quelle que soit la durée du contrat. En fait, ce n’est pas si long. Seulement trois à cinq ans par album, il me semble. Et ce sont eux qui font tout le travail ! On travaille avec eux depuis des années, on les connaît bien et ils font exactement ce qui nous convient. Ça n’empiète pas sur notre liberté, ils nous laissent tranquilles. Ce que nous voulons avant tout, c’est monter sur scène et voir le monde. Je ne veux pas sacrifier tout ça sous prétexte que je dois discuter avec EMI pour que notre album se retrouve dans un quelconque magasin en France. Tu vois ce que je veux dire ? Ce serait aller trop loin dans le détail et ça nous empêcherait d’être créatifs.

Angela Gossow (chant) : « Pendant ma première répétition avec Arch Enemy, j’ai vomi, c’est dire si j’étais nerveuse ! (rires) […] Ce dont je me souviens ensuite, c’est de me retrouver sur scène à L.A., devant une salle comble, et j’ai à nouveau ressenti l’envie de vomir tandis que je me tenais là, sur scène, avec l’intro. »

La popularité d’Arch Enemy a bondi quand tu as rejoint le groupe. Te sens-tu un peu responsable du succès du groupe aujourd’hui ?

D’une certaine façon, oui, mais c’est un mélange de plusieurs choses. En 2000, j’étais une vraie nouveauté ; il n’y avait pas beaucoup de femmes dans le milieu, surtout dans les groupes extrêmes. C’était vraiment nouveau pour les médias. Il y a aussi le fait que Wages Of Sin est un excellent album. Il est très bon, vraiment génial. Le talent musical y est et il comporte de super chansons : « Enemy Within », « Ravenous », « Dead Bury Their Dead »… On joue toujours ces titres sur scène, c’est dire à quel point ils sont bons. Ils ont passé l’épreuve du temps. Et puis il y a eu les réactions des gens : « Oh putain de dieu, c’est une nana, j’y crois pas ! » À l’époque, c’était énorme. Il fallait juste trouver le bon groupe avec le bon message au bon moment. C’est un mélange de choses qui nous ont vraiment aidés. Ça nous a donné un coup de pouce supplémentaire. Par la suite, nous n’avons pas connu de baisse de régime : nous avons continué à sortir de bons albums et à tourner. Nous n’avons pas pris de vacances, nous avons travaillé en continu depuis 2001, sans nous arrêter. Wages Of Sin aurait pu être notre unique succès et le groupe aurait pu se dégonfler par manque de travail. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé, nous avons au contraire poursuivi dans la même voix. C’est donc vraiment un mélange de plusieurs choses. Mais, évidemment, mon arrivée chez Arch Enemy à l’époque était ce dont le groupe avait besoin pour renaître de ses cendres. En 1999, Arch Enemy était mort. Ils n’avaient aucun succès, ils n’avaient fait qu’une tournée au cours de leur carrière avec Johan [Liiva], et tout ça ne menait nulle part. Ils envisageaient de tout laisser tomber. C’était la tentative de la dernière chance. Personne ne pensait que mon sexe aurait un impact tellement incroyable mais c’est ce qui s’est passé et, pour nous, c’était génial. On s’est juste dit : « Et merde, on le tente ! » À l’époque, le moindre signe d’intérêt était bon à prendre parce que nous voulions faire d’Arch Enemy un grand groupe. Et c’est ce qui est arrivé.

Justement, cette année marque le dixième anniversaire de Wages Of Sin. Allez-vous fêter ça d’une certaine manière ?

Angela Gossow : On y réfléchit. On donnera peut-être des concerts spéciaux Wages Of Sin.

Michael Amott : Je ne sais pas, j’aimerais bien car cet album est un monument pour nous. J’en ai déjà parlé, j’ai dit que j’aimerais faire ça car c’est un disque spécial. Il me semble qu’il est sorti en 2002 en Europe… Je n’arrive pas à m’en souvenir mais cet anniversaire arrive bientôt de toute façon. J’aimerais commémorer ça, peu importe la forme que cela pourrait prendre, parce que cet album est une tuerie. Il n’y a que des bonnes chansons, l’album tout entier est génial ! Je n’ai pas de recul sur le nouvel album mais je peux dire avec certitude que celui-là est un de nos chefs-d’œuvre ! Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, ni comment on l’a fait ! Il s’est juste révélé être brillant et le fait que c’était le premier album avec Angela le rend très spécial à nos yeux. On aimerait vraiment faire quelque chose mais comme on vient de sortir un album… Si on avait été entre deux albums, il aurait été plus facile de faire quelques concerts « Wages Of Sin ». Mais, avec un peu de chance, on pourra essayer de faire quelque chose. Par exemple, si on joue deux soirées au même endroit, ou quelque chose dans le genre, ça pourrait être cool de jouer Wages Of Sin le deuxième soir. On y réfléchit mais ça reste toujours à travailler et à organiser.

Angela, quels sont les souvenirs que tu gardes de ton arrivée dans le groupe et de l’enregistrement de Wages Of Sin ?

Angela Gossow : Pendant ma première répétition avec Arch Enemy, j’ai vomi, c’est dire si j’étais nerveuse ! (rires) Je me souviens ensuite m’être retrouvée en studio, à enregistrer « Enemy Within ». On voulait vérifier la façon dont ça sonnait, si je collais au groupe. C’était ma première chanson-test et c’est d’ailleurs la version qu’on retrouve sur l’album. Je n’arrivais pas à réaliser que j’entendais ma voix sur un enregistrement professionnel avec Arch Enemy. Ça sonnait bien ! Voilà un autre de mes souvenirs. C’était euphorisant, comme prendre du LSD ou un truc comme ça. Je n’ai jamais essayé, mais c’était l’impression que ça donnait. C’était surréaliste. Ce dont je me souviens ensuite, c’est de me retrouver sur scène à L.A., devant une salle comble, et j’ai à nouveau ressenti l’envie de vomir tandis que je me tenais là, sur scène, avec l’intro. Mon deuxième concert avec Arch Enemy a eu lieu à Tokyo devant des milliers de personnes. Arch Enemy a toujours eu beaucoup de succès au Japon, et quand je suis arrivée, ce succès a doublé. C’est le plus gros concert que j’aie jamais fait. C’était comme un trip totalement dingue mais dans le bon sens du terme. Je n’ai pas beaucoup de bons souvenirs parce que je ne suis pas douée pour ça ; je suis quelqu’un qui vit dans le présent. Mais je ne risque pas d’oublier ma première année chez Arch Enemy ! (rires) Je passais mon temps à me dire : « putain de merde ! »

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Interview de Michael Amott réalisée par Saff le 4 avril 2011 en face à face.
Interview d’Angela Gossow réalisée par Spaceman le 26 avril 2011 par téléphone.

Fiche de questions et introduction de Spaceman.

Transcription : Saff
Traduction : Saff & Lucas

Site Internet d’ARCH ENEMY : archenemy.net



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  • Boby Lacrasse dit :

    Je confirme, l’ « anarchisme libéral » existe, y’a pas qu’un seul courant dans l’anarchisme. Et c’est vrai qu’ils ont l’air de bien aimer leur propre groupe, mais bon on va pas leur reprocher d’être enthousiastes :p

    [Reply]

    Denver

    Je savais pas le cout de l’anarchisme merci d’apporter de corriger mon inculture (j’ai surtout trainer avec des disciples de Tonton Kropotkine dans les manifs et les réunions^^ du coup ça me semblait bizarre)
    Mais sinon, pour revenir sur leur dernier album, j’ai achetée leur dernier album en version limité, le visuellement il envoie et musicallement c’est vraiment bien, c’est pas non plus révolutionnaire (enfin sauf dans les textes^^), mais j’ai vraiment beaucoup aimée cet album

  • Ce groupe est parfait à tous les niveaux ! L’interview est longue et bien pertinente. Que demander de mieux ? … Rien !

    [Reply]

  • Super groupe sur albums, mais ça manque de sincérité (les laius identiques au mot près d »Angela) et de punch/communication sur scène, ce qui ne m’empêchera pas d’aller les revoir encore.
    Un petit truc qui m’a fait bondir, Anthrax qui pompe sur Metallica… j’ai eu la chance de voir éclore Metallica, Slayer, Megadeth et Anthrax (tiens ça me rappelle un truc) et je pense qu’il n’était pas sorti de sa période ado à ce moment là le Micheal.

    [Reply]

  • « anarchiste verte libérale » Mélange contradictoire, (enfin surtout avec le libéral), mais bon dans les textes on sent plus le côté anar que libéral et ça c’est chouette.
    Sinon l’interview était intéressante, et j’attends Khaos Legion avec impatience, les deux chansons déjà sortis donne vraiment envie d’écouter tout le reste

    [Reply]

  • Samlebassiste dit :

    j’ai une chose a dire , arch enemy sont les meilleurs 🙂

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  • Moi ce que j’adore c’est « Je suis du genre traditionnaliste ! » puis après « C’est dingue. C’est un point de vue très traditionaliste et le traditionalisme n’est pas une bonne chose dans un monde où tout va très, très vite. » Y a pas contradiction? ^^

    PS : et au passage oui ça s’écrit bien avec un seul n « traditionaliste » y a une erreur dans la première quote!

    [Reply]

  • Ils tarissent quand meme pas d’eloges pour leur propre groupe, c’est un peu ridicule, surtout quand ils osent dire « notre groupe n’est ni vraiment death, ni vraiment death melo, etc… » Ahahah. Par contre, le reste de l’interview sur les medias et internet est plus captivant.

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