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Chronique   

Dragonforce – Reaching Into Infinity


Dragonforce revient avec le successeur de Maximum Overload au titre tout aussi sobre : Reaching Into Infinity. Si on devait s’arrêter à ça pour anticiper le contenu de ce septième album studio du groupe aux mille mélodies, on saurait tout de suite à quoi s’en tenir. Mais en réalité, outre que ce soit le premier album avec le nouveau batteur Gee Anzalone, Reaching Into Infinity est marqué par un parti pris, celui du bassiste Frédéric Leclercq qui poursuit sa montée en puissance dans la composition, signant cette fois l’intégralité des chansons, à l’exception de deux apportées par le guitariste Sam Totman, mais également posant quantité de parties de guitare rythmiques, acoustique et même solos. L’objectif du Frenchie est clair : casser les codes de Dragonforce pour aérer et diversifier un propos habituellement réputé pour ses excès, poursuivant le travail initié sur Maximum Overload.

Mais ça, c’est sur le papier, car les faits ne sont pas aussi radicaux dans le changement. L’intro instrumentale éponyme confirme le côté théâtral que peut parfois emprunter Dragonforce. Des leads guitares en fond, soutenues par une batterie aux allures martiales : Dragonforce embraye directement le pas sur « Ashes Of The Dawn ». Le titre respecte la formule Dragonforce : batterie cavalière inépuisable, voix heavy aux accents prononcés et mélodies de guitares qui ont fait les beaux jours de Guitar-Hero, si ce n’est pour un break mid-tempo simili-symphonique au milieu qui effectivement offre une respiration avant le solo. Certes Dragonforce est exubérant, avec des chansons qui défilent à cent à l’heure, mais au-delà de la démonstration technique, subsiste plus que jamais une recherche dans l’écriture et les arrangements. En témoigne l’enchaînement de riffs accrocheurs d’ « Astral Empire » qui viennent parfaitement se conjuguer avec les lignes de chants de Marc Hudson. Lorsque Dragonforce se laisse emporter par la virtuosité de ses deux guitaristes, Reaching Into Infinity, là encore, se montre maîtrisé. Ainsi, le pont de « Judgement Day » rappelle les premières heures d’un Dream Theater, l’énergie Dragonforce en plus.

Mais là où ce dernier arrive à nous prendre au dépourvu, c’est lorsqu’il se permet de soudains ralentissements de rythmes, à l’instar de « Curse Of Darkness » où débarque un mid-tempo pour se transformer en un délicat duo entre chant et guitare acoustique, avant de repartir progressivement. « Our Last Stand » est elle-même, dans sa globalité, emblématique de cette aspiration à la variation des plaisirs. Dragonforce se permet même un pont groovy sur « Astral Empire » où Frédéric Leclercq se lance dans un solo de basse, respiration, là encore, bienvenue. Il y a également le cas de « Silence », une ballade heavy à prendre au premier degré, à défaut de la trouver un peu kitsch, que ce soit dans les paroles (« Now the time has come for a last goodbye… ») ou la grandiloquence des riffs. « Silence » remplit à merveille la feuille de route de la ballade traditionnelle du genre : un refrain mielleux et accrocheur, des arrangements au clavier plutôt discrets et les interventions de guitare cheveux au vent.

Le point d’orgue de Reaching Into Infinity est sans aucun doute le titre de onze minutes « The Edge Of The World », inspiré directement du « Seventh Son Of A Seventh Son » d’Iron Maiden. La composition bénéficie justement d’une véritable approche progressive, nous gratifiant d’un pont faisant hommage au heavy des années 80 soutenu par un chant growl. « The Edge Of The World » se veut une mosaïque qui sort presque totalement du sentier habituel de Dragonforce et, à la fois, met en avant ce que le combo fait de mieux : revitaliser des méthodes éprouvées avec une aisance insolente. La conclusion du titre rappellera d’ailleurs sans parodie aucune un certain Bruce Dickinson… Dragonforce n’aura en outre pas seulement Iron Maiden en ligne de mire, mais aussi les groupes de thrash de la même décennie à travers l’inattendu « WAR! ». Le temps de cinq minutes, il se mue en formation de la Bay Area, en particulier lorsque Hudson s’adonne à ses chants les plus agressifs à ce jour, méconnaissable, entre deux envolées habituelles. Ainsi on peut se réjouir de voir un Dragonforce multiplier les registres. La cover de Death, « Evil Dead », en témoigne de manière éloquente.

Reaching Into Infinity n’est pas l’incarnation de la « monotonie Dragonforce », au contraire l’album propose une meilleure gestion des éléments qui font la renommée du groupe, en brisant opportunément la routine. Certes, à bien y regarder, il prend assez peu de risques (« Midnight Madness » reste très classique pour Dragonforce, par exemple), juste assez pour proposer occasionnellement quelque chose qui vient faire respirer les chansons et l’album. Surtout Reaching Into Infinity ne devient pas une copie où des musiciens virtuoses s’exaltent dans des compositions décharnées. Les chansons de Reaching Into Infinity ont du sens, que ce soit dans les interventions savamment distillées et les lignes de chant. Sans surprendre autant qu’on l’aurait imaginé, au vu de ce qui a été annoncé, il faut au moins reconnaître à Dragonforce son élan de remise en question, et ce Reaching Into Infinity devrait lui donner confiance pour poursuivre en ce sens.

Avec la contribution de Nicolas Gricourt.

Clip vidéo de la chanson « Ashes Of The Dawn » :

Chanson « Curse Of Darkness » en écoute :

Chanson  » Judgement Day » en écoute :

Album Reaching Into Infinity, sorti le 19 mai 2017 via earMUSIC. Disponible à l’achat ici



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