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Interview   

Dragonforce : sans compromis


C’est l’heure du changement pour Dragonforce. Changement de management pour le côté gestion du groupe. Changement de line-up avec le départ d’abord du claviériste Vadim Pruzhanov, puis celui du bassiste Frédéric Leclercq parti rejoindre Kreator. Changement d’orientation musicale pour renouer avec l’exubérance après deux albums où le groupe avait mis de l’eau dans son vin en diversifiant son propos. Extreme Power Metal devrait ravir les fans de la première heure – comment auraient-ils pu en douter avec un titre et une pochette pareils ? Fantasy, jeux vidéo, films d’action et… Céline Dion. Dragonforce y va à fond, s’éclate et ne s’excuse pas.

C’est ce que nous explique le guitariste Herman Li, qui revient avec nous sur ces divers changements, mais aussi met les points sur les i quant à la philosophie et le mode de fonctionnement radical et sans compromis de Dragonforce. Herman nous donne également ses bons conseils pour aborder la guitare, qui pourraient se résumer en un mot : le plaisir.

« Il s’agit pour nous de ré-établir ce que nous sommes. Je pense que c’est un peu une renaissance de Dragonforce. […] Valley Of The Damned, Sonic Firestorm et Inhuman Rampage. Ils ont tous le même genre d’attitude. Nous avons fait exactement ce que nous voulions. Si quelqu’un se plaignait, nous leur disions d’aller se faire foutre. Nous nous en fichons. Je pense que là c’était pareil, ce qui n’était pas le cas de nos deux derniers albums. »

Radio Metal : Le claviériste Vadim Pruzhanov a officiellement quitté Dragonforce en mai 2018, alors qu’il n’était déjà pas impliqué dans la tournée de Reaching Into Infinity. Pour expliquer sa non-implication dans la tournée, il avait déclaré à l’époque : « Nous avons discuté l’an dernier et on m’a dit qu’en raison d’obligations contractuelles et tout le business, je peux seulement soit faire toute la tournée sur ce cycle d’album, soit rien du tout. Evidemment, j’ai choisi la seconde option », car pour des raisons familiales, la tournée était trop longue pour lui. Pourquoi était-ce aussi important pour Dragonforce de maintenir cet intense rythme de tournée, au risque d’y perdre un membre ?

Herman Li (guitare) : En fait, c’est plus compliqué que ça. C’était notre ancien manageur qui nous a imposé ça et il n’est plus notre manageur. Donc nous faisons ce que nous voulons maintenant. Mais c’était une situation très compliquée. Je ne suis pas vraiment en position pour pouvoir commenter sur ce type de chose et vraiment en discuter en détail, pour être honnête. Et en fait, je n’ai pas tout suivi tout ce dont tu parles [petits rires]. Je ne peux pas parler à la place de Vadim. Evidemment, il a ses raisons pour ne plus être dans le groupe et je ne peux pas en parler pour lui. Je veux dire que, de toute façon, ça faisait un petit moment qu’il n’était plus impliqué dans le groupe.

Le groupe a tout récemment connu un autre changement avec l’annonce du départ de Frédéric Leclercq. Ça a pu surprendre vu la place importante qu’il a prise dans Dragonforce au fil des années. Mais il a dit qu’il avait reçu une super opportunité musicale. Quel est ton sentiment par rapport à ce départ amical mais soudain ?

Je n’étais pas surpris que Fred quitte le groupe. Je l’ai vu venir. Je suppose que c’est soudain pour les fans parce qu’ils ne sont pas dans le groupe, ils ne savent pas ce qui s’y passe, n’est-ce pas ? Mais pour moi, c’est très naturel. Fred a toujours voulu faire différents types de choses. Je comprends qu’il travaillait sur un certain nombre de projets différents, il a son propre groupe Sinsaenum, et le son de Dragonforce n’a jamais vraiment été son truc. Tu sais, la musique de Dragonforce n’est pas son type de musique préféré, et je pense qu’il est important de suivre ses rêves et de faire le genre de musique qu’on a envie de faire. Ce n’est pas vraiment un problème pour moi. Je trouve bizarre, au contraire, que les gens pensent qu’il faille vivre et mourir dans le même groupe pendant le reste de notre vie et qu’on ne peut rien faire d’autre – c’est même carrément étrange ! Une opportunité s’est présentée à lui et ça ne nous pose aucun problème. Donc tout va bien.

Comment décrirais-tu la contribution de Frédéric au groupe durant toutes ces années ? Je veux dire qu’il semblerait que sa contribution n’a cessé de croître au fil du temps, jusqu’à Reaching To Infinity où elle est devenue prédominante.

Il a officiellement rejoint le groupe en 2006, même s’il a fait un concert en 2005. Il a écrit des chansons très sympas sur les deux derniers albums, en fait. Mais il n’a pas écrit de chanson avant, je suppose, le quatrième album sur lequel il a écrit une chanson, et sur le cinquième, il a écrit deux chansons, et sur le sixième, c’est quelque chose comme quatre ou six chansons. Il a donc de plus en plus été impliqué dans la composition sur les deux derniers albums, et ils sont cool. J’aime beaucoup une grande partie des morceaux qu’il a faits, comme « Symphony Of The Night ». Certaines chansons qu’il a écrites, de toute évidence, sont un peu plus heavy, c’est un autre type d’approche que nous. Fred a toujours eu une approche différente du groupe en termes de musique, de son, d’image et d’artwork. Donc je pense que les deux derniers albums sont un petit peu plus sérieux, et si on compare avec celui-ci où il a été moins impliqué… Fred a bien joué dans l’album, ne te méprends pas, et il a écrit trois chansons sur l’album, mais c’est plus, disons, un retour au Dragonforce classique, de manière même encore plus exagérée et marrante.

Pour le remplacer le temps de la tournée, vous avez embauché Stevie T, qui est à la fois un musicien et une personnalité YouTube. Compte tenu de la proximité du groupe avec le monde informatique, j’imagine que c’était le choix idéal…

En fait, je ne l’ai rencontré qu’une seule fois, mais voilà ce qui s’est passé : C’est un super guitariste, j’ai été en contact avec lui pendant quelques années. Je me suis moqué de lui, en fait, sur ma chaîne Twitch. Car je plaisante souvent sur mon live stream sur Twitch, je fais ça trois fois par semaine, généralement. J’ai dit : « Je recherche un musicien. Tu devrais rejoindre le groupe et jouer du triangle ! » Et ça a pris une tournure sérieuse et il a fait une autre vidéo, pour plaisanter dessus, et les fans n’ont pas arrêté de hurler et d’écrire des messages : « Où est Stevie T ? Où est votre joueur de triangle ? » Pour ceux qui ne l’ont pas vue, il faut absolument que vous voyiez la vidéo du joueur de triangle, elle a obtenu plus d’un million de vues ! Une fois que vous la verrez, tout ceci fera sens. C’est le meilleur joueur de triangle que vous ayez jamais vu, où que ce soit ! Et il jouera du triangle et de la basse, et il a même une guitare vingt cordes, donc nous allons aussi peut-être emmener ça en tournée. Ça va donc être super marrant de l’avoir avec nous sur la tournée. Nous allons faire quelque chose que personne n’a jamais vu auparavant, ce sera cool. Mais les gens doivent regarder la vidéo, peut-être que ça les inspirera et qu’ils diront : « Je vais jouer du triangle ! » Jouer du triangle l’a mené à jouer dans Dragonforce ! Eh, ce n’est pas si mal ! [Rires]

« Les fans ont pu échanger avec nous pendant que nous faisions l’album et les chansons, pendant la création. […] Evidemment, parfois il y a des gens qui font juste les trolls et disent des trucs stupides qui n’ont aucun sens, mais plein de fans ont de super idées. »

Avez-vous déjà pensé à ce que vous ferez ensuite pour le poste de bassiste ? Penses-tu que Stevie T pourrait rejoindre le groupe de manière permanente ?

Stevie T va seulement jouer sur la tournée de cet album. Donc nous cherchons un autre bassiste. Je n’ai même pas encore eu le temps de contacter ou répondre à qui que ce soit. Je reçois plein d’e-mails de gens offrant leurs services. Je vais essayer de m’y mettre à un moment donné, mais pour l’instant, je m’occupe d’une chose à la fois.

Pour Reaching Into Infinity, Frédéric a dit qu’il voulait diversifier la musique de Dragonforce, apporter plus de dynamique et montrer autre chose que votre capacité à jouer vite et en faire des tonnes. On peut entendre qu’il y a encore un peu de ça sur Extreme Power Metal – par exemple, la chanson « Cosmic Power Of The Infinite Shred Machine » précède deux chansons mid-tempo, « The Last Dragonborn » et « Heart Demolition » – mais de façon bien moindre. Penses-tu que vous ayez été trop loin dans Reaching Into Infinity et que vous vouliez trouver un compromis avec Extreme Power Metal ?

Je pense que le dernier album est la seule fois où quelqu’un d’autre a écrit plus de chansons que Sam Totman sur un album. Il s’est avéré que Fred a écrit plus de chansons sur le dernier album, mais du point de vue de la dynamique, nous avons davantage de chansons mid-tempo depuis l’album The Power Within. Nous avons été de plus en plus rapides et de plus en plus fous au début, puis en 2012, avec The Power Within, nous avions « Cry Thunder », qui est notre chanson la plus populaire et qui n’est pas rapide, c’est plus une chanson mid-tempo. C’est donc une constante évolution. Au final, si tu écris une chanson pour Dragonforce, elle sera soumise au traitement de Dragonforce. Ça ne devient pas juste une chanson d’Hammerfall, de Sabaton, ou de Helloween. Ça sonne comme Dragonforce à partir du moment où nous commençons à la jouer et à l’arranger. Tu poses la question à un membre fondateur du groupe, qui a donc créé le groupe et est là depuis le départ, donc je peux te dire l’histoire [petits rires]. Depuis le début, Sam et moi avons toujours été les créateurs du son Dragonforce et les décisionnaires, c’est comme ça que nous avons commencé le groupe, et c’est comme ça que ce groupe a été construit et créé. C’est de là que vient notre son Dragonforce qui est unique. Je peux dire qu’en gros, en dehors des enregistrements des instruments des autres, tout le concept de l’album provient de Sam Totman et moi, que ce soit l’artwork, tout ce qui est lié à production scénique de la tournée, le groupe, la tournée elle-même, etc. Je veux dire que c’est comme au début. Fred a écrit trois chansons ; ce sont d’ailleurs de super chansons, ne te méprends pas, mais la façon dont nous avons géré l’album, c’est comme nous avons commencé, c’est ce qui a fait Dragonforce dès le départ. Pas que nous l’ayons empêché, lui ou quiconque, d’écrire des chansons, mais c’est ce qui s’est passé, nous sommes ceux qui ont fait l’album, et créé son concept, son artwork, les textes et tout.

Mais penses-tu que Reaching Into Infinity n’était pas suffisamment Dragonforce, au regard de l’histoire du groupe ?

Non, c’est juste que c’est un album un peu à part. Il a une approche différente et un feeling différent. Enfin, si tu écoutes « Ashes Of The Dawn », c’est une chanson qui sonne très Dragonforce, même si c’est Fred qui l’a écrite, et l’artwork et tout, ça reste très Dragonforce. Je peux comprendre qu’à moins d’avoir assidûment suivi le groupe depuis le départ, les gens qui ont surtout en tête le dernier album peuvent voir ça sous un autre angle.

Est-ce compliqué parfois de trouver le bon équilibre entre le fait de créer des albums plus variés sans sacrifier la nature radicale de votre musique ?

Pas vraiment. Nous faisons ce que nous voulons. C’est vraiment le jeu. Il n’y a aucun intérêt à essayer de satisfaire quelqu’un juste pour une question de diversité. Nous faisons ce que nous voulons et ce qui, selon nous, correspond à la direction que doit prendre un album. Ça ne va pas bien plus loin que ça. Ce que les gens disent n’a aucune importance.

Coen Janssen d’Epica a enregistré les claviers sur Extreme Power Metal. On peut d’ailleurs entendre quelques surprises, niveau son, avec les claviers ; un bon exemple étant les sons à connotation japonaise sur « The Last Dragonborn ». Tu as déclaré que vous avez « travaillé étroitement avec Coen sur ce nouvel album ». Peux-tu nous en dire plus sur son implication et votre collaboration ?

En gros, il nous a demandé si nous voulions un claviériste, car il était heureux de se proposer. Et il connaît le groupe, nous avons tourné avec Epica avant et nous le connaissons. Donc nous avons pensé : « C’est super, faisons ça ! » Nous avons travaillé étroitement parce qu’un album de Dragonforce ne se fait pas en un mois. Ça prend beaucoup de temps. Nous écoutons les choses, nous revenons en arrière, nous changeons et nous peaufinons. C’est une évolution continue pendant ces six mois avant que les chansons ne commencent à être enregistrées. Donc oui, il a passé beaucoup de temps avec nous, à s’échanger des idées, procéder à des changements et des ajouts. Il a vraiment donné cent pour cent de son temps et de son énergie pour jouer, pour faire ses parties dans les chansons, et c’est quelque chose qu’il nous a promis avant que nous commencions à travailler, il a dit : « Je vais consacrer cent pour cent de mon temps sur cette période afin de réaliser cet album. » Il a même coécrit « The Last Dragonborn ». Je ne me souviens pas exactement, je n’étais pas dans les discussions quand ça s’est passé, j’étais sur autre chose, mais je pense que c’est effectivement lui qui a choisi ce son de clavier.

« C’était naturel de transformer quelque chose comme [« My Heart Will Go One » de Céline Dion], possédant un gros refrain épique et du chant mélodique accrocheur, en Dragonforce. En fait, c’est très proche de ce que nous faisons. »

L’année dernière, vous avez sorti Re-Powered Within, une version remasterisée de The Power Within. Penses-tu que le fait de replonger dans cet album a eu un impact sur la façon dont vous avez abordé Extreme Power Metal ?

Non. La différence est que notre producteur Damien Rainaud, qui a travaillé avec nous sur cet album, s’est aussi occupé de Re-Powered Within. Donc ça lui a donné un avant-goût de Dragonforce, de la difficulté que ça représente de mixer et masteriser un album de Dragonforce. La difficulté est autrement plus grande : la vitesse, toutes les mélodies, tant de choses qui se passent. Ce n’est pas facile de faire un album de Dragonforce et ça lui a donné un bon avant-goût pour la véritable bataille qu’était Extreme Power Metal. Il a passé beaucoup de temps à faire cet album avec nous. Je ne dirais pas que c’était un processus difficile mais il y avait beaucoup à faire, et il comprend comment nous fonctionnons ; nous fonctionnons différemment de la plupart des groupes avec qui il a travaillé. Nous avons besoin d’un producteur de classe mondiale pour faire un album de Dragonforce. C’est un producteur français très talentueux qui officie à Los Angeles. Ce n’est pas encore un grand nom mais je pense que cet album va le faire sortir du lot et montrer ce qu’il vaut. Nous sommes très contents de lui. Il a déjà reçu plein d’appels de gens disant : « Wow ! Je n’arrive pas à croire que tu as réussi à faire sonner aussi bien cet album de Dragonforce ! »

Une particularité d’Extreme Power Metal est que l’enregistrement a été retransmis sur ta chaîne live stream sur Twitch avec la participation des fans. Quelle était l’idée derrière ça ?

L’idée était d’impliquer les fans. Nous pouvions leur parler et faire qu’ils soient plus proches afin de comprendre ce que nous faisons dans Dragonforce. C’est pourquoi les sessions d’enregistrement étaient diffusées en ligne et les gens pouvaient nous voir faire l’album en temps réel, au lieu d’avoir ce qui a déjà été fait des millions de fois : « Voilà une vidéo de la réalisation de l’album qui est déjà fini depuis des mois. » Nous avons opté pour du direct, nous l’avons diffusé, et les fans ont pu échanger avec nous pendant que nous faisions l’album et les chansons, pendant la création. Il y avait un chat, donc les gens pouvaient écrire : « Oh, ce solo est mieux que l’autre. » Je faisais un solo en plusieurs versions, parfois je disais : « Qu’est-ce que vous dites de cette technique ? » Et ils disaient : « Oh non, je préfère l’autre. » Aussi les rimes dans les paroles : « Quel mot je devrais utiliser ? » Sur « The Last Dragonborn », nous avons fait une session d’écriture de texte en ligne avec les fans qui nous regardaient écrire et essayer d’améliorer les paroles. C’est dingue ! Je trouvais ça vraiment marrant et les fans ont adoré. Des milliers d’entre eux se sont connectés pour y assister. C’était une expérience extraordinaire ! Et ce n’est qu’une chose parmi d’autres que je fais sur ma chaîne Twitch ; nous passons en revue le matériel, nous avons fait une session d’écriture de texte avec Sam et tant d’autres choses, y compris le fait de jouer à des jeux vidéo et autres. Nous avons également diffusé un concert donné en Allemagne. Le dernier concert, nous l’avons diffusé depuis la scène et depuis différentes parties du public. Donc si vous ne connaissez pas ma chaîne Twitch, allez la découvrir !

Est-ce qu’il n’y a pas trop de pression lorsque les fans vous regardent, commentent et vous dirigent d’une certaine façon ?

C’est plus dur de le faire comme ça qu’en étant juste entre nous, sans nous soucier d’autre chose, car on s’expose, y compris quand on fait des erreurs. Est-ce qu’on peut le gérer ? Est-ce qu’on peut jouer face à… On ne joue pas face à un producteur, on joue face à des fans, des milliers d’entre eux en même temps [petits rires]. Ça crée un nouveau défi, mais aussi de nouveau gains. On peut résoudre des problèmes. Parfois on doute parce qu’on a fait tellement d’albums qu’on ne sait pas si ça sonne suffisamment bien, donc on demande simplement aux fans et ils disent : « Ouais, ça sonne vraiment nul. » Ou alors : « Ça sonne extraordinairement bien. Laisse comme c’est, n’y touche plus. »

Est-ce qu’ils suggèrent toujours de bonnes idées ?

Evidemment, parfois il y a des gens qui font juste les trolls et disent des trucs stupides qui n’ont aucun sens, mais plein de fans ont de super idées. C’est pareil que pour nous. Donc nous leur demandions : « Qu’est-ce que vous pensez de cette idée ? Et de celle-là ? » Et ils sont d’accord pour dire laquelle est la meilleure. Donc c’est bien. Nous avons fait de nombreuses sessions d’enregistrement, mais il y a des clips sur internet, des vidéos, sur Twitter, où j’ai posté à ce sujet, où on nous voit créer quelque chose avec les fans. Je crois qu’aucun fan n’avait fait ça avant. Je pense que nous sommes les tout premiers à avoir fait ça.

Le nom de l’album est la meilleure façon de décrire la musique de Dragonforce. Est-ce que cet album est pour vous une manière de réaffirmer votre identité musicale ?

Je pense que d’une certaine façon, oui. Il s’agit pour nous de ré-établir ce que nous sommes. Je pense que c’est un peu une renaissance de Dragonforce, en fait, car beaucoup de choses ont changé. Pas qu’en termes de line-up, mais aussi nous avons complètement changé de management. Donc tout est très différent, dans la façon dont le groupe opère, et ça va bien mieux. Je pense que nous avions beaucoup de problèmes avant qui devaient être résolus. Gérer le business du groupe n’est pas facile, donc il faut que ce soit fait correctement. Selon nous, des choses n’ont pas été faites correctement. Maintenant que nous faisons ça comme il faut, ça nous libère et ça facilite notre expression artistique. Nous ne sommes pas contraints par certaines barrières que, selon moi, nous avions précédemment. Je n’ai pas envie d’être trop spécifique sur ce sujet, mais disons que sur cet album, Sam et moi nous sommes pleinement exprimés, à cent pour cent. Nous n’avions pas à nous soucier de quoi que ce soit. Nous fonçons tête baissée et n’y réfléchissons pas. Que les gens aiment le résultat ou pas, qu’ils se plaignent, ça n’a pas d’importance, on y va. Si vous n’aimez pas, vous savez quoi ? Dur. Mais nous avons pris notre décision.

Tu as dit que cet album était une sorte de renaissance : établirais-tu un parallèle entre cet album et votre premier, Valley Of The Damned ?

Valley Of The Damned, Sonic Firestorm et Inhuman Rampage. Ils ont tous le même genre d’attitude. Nous avons fait exactement ce que nous voulions. Si quelqu’un se plaignait, nous leur disions d’aller se faire foutre. Nous nous en fichons. Je pense que là c’était pareil, ce qui n’était pas le cas de nos deux derniers albums.

« Pour être honnête, je ne suis pas devenu le guitariste que j’espérais devenir. J’aurais aimé être meilleur [petits rires]. Mais c’est comme ça ! Car en musique, il n’y a pas de ‘mieux’. Il n’y a pas de compétition. Donc faites-vous plaisir. »

Extreme Power Metal est aussi un hommage évident à la culture rétro des jeux vidéo, que ce soit avec les visuels ou certains sons. La chanson « Highway To Oblivion » est même apparu en tant que niveau dans le jeu de réalité virtuelle Audica. Peux-tu nous en dire plus sur cette autre passion pour le jeu vidéo ?

Dragonforce est probablement le groupe le plus connu à être associé aux jeux vidéo. Nous avons aussi des inspirations tirées de jeux vidéo depuis la toute première chanson que nous avons écrite jusqu’à maintenant. Je m’intéresse aux jeux vidéo depuis la Game & Watch de Nintendo. Je ne sais pas si tu en as entendu parler, c’est très vieux. Ça remonte au début des années 80. Et là tout de suite, je suis assis dans ma voiture, mais juste à côté de ma voiture, il y a un simulateur de conduite en réalité virtuelle. J’aime tout type de jeu, vieux comme nouveau. Ça fait donc partie de ma vie ainsi que de celle de Sam depuis un moment. En fait, nous nous intéressons tous aux jeux vidéo dans Dragonforce. C’est pourquoi certaines chansons… Comme « The Last Dragonborn », ça a été écrit à propos des jeux vidéo The Elder Scrolls: Skyrim. Et on peut voir le côté graphique et tout le reste qui se rejoignent. C’est pour ça aussi que j’ai une chaîne Twitch, car je joue aussi à des jeux vidéo avec des fans, nous faisons des batailles en ligne [petits rires], genre avec Fortnite ou Quake. Ce sont de gros jeux. Je joue même avec des fans contre d’autres gens. Audica est un jeu vidéo très sympa. Quand j’ai vu pour la première fois un aperçu, j’ai pensé : « Wow, c’est génial ! » Donc j’ai contacté les gars qui ont fait Audica pour inclure la musique de Dragonforce. Et en fait, je sais que les gens qui ont fait Audica ont travaillé sur la publicité des casques de réalité virtuelle Occulus Rift que nous avons faite avec eux pour la télévision américaine. Nous en avons donc parlé et avons dit : « Intégrons Dragonforce dans le jeu. » Donc nous y voilà. Nous avons la chanson la plus difficile dans Audica et Dragonforce va continuer à donner du fil à retordre avec ses chansons dans les jeux vidéo.

L’album comprend en bonus une reprise de « My Heart Will Go On » de Céline Dion. Non seulement vous avez pris une chanson pop romantique considérée comme étant un peu cul-cul et dont tout le monde se moque pour en faire une chanson de metal, mais vous avez également pris un slow pour en faire une chanson de speed metal. Etait-ce difficile à faire ?

Non, pour être honnête, ça ne l’était pas ! [Petits rires] C’était naturel de transformer quelque chose comme ça, possédant un gros refrain épique et du chant mélodique accrocheur, en Dragonforce. En fait, c’est très proche de ce que nous faisons. C’est plus proche que lorsque nous avons repris la chanson de Death sur l’album précédent. C’est une belle chanson mémorable et accrocheuse, c’est un gros hit ! Les gens peuvent se moquer de ce qu’ils veulent.

Penses-tu qu’il serait tout aussi facile pour Céline Dion de faire une reprise de Dragonforce ?

Oui ! Je pense qu’elle peut sans problème faire une chanson de Dragonforce. Pour tout dire, elle devrait être dans le clip avec nous pour cette reprise, je pense. Nous y travaillons [rires].

Penses-tu que rien ne peut résister à Dragonforce ? Tout peut être accéléré par le groupe ?

Non. Pas tout. Il faut que ça ait du sens. On ne peut pas prendre n’importe quelle chanson et l’accélérer pour que ça devienne du Dragonforce. Les mélodies et les accords, la façon dont le rythme et les mélodies sont construits, etc. il faut que ça ait du sens afin de pouvoir être « dragonforcisé ». Celle-ci fait partie des chansons qui fonctionnent, mais ce n’est pas le cas de toutes les chansons. On ne peut pas faire ça avec Rick Astley, par exemple, ça ne marche pas comme ça. Car nous avons pensé à reprendre « Never Gonna Give You Up » de Rick Astley, mais ça ne colle pas. Désolé, nous n’avons pas pu faire une reprise de celle-là !

Extreme Power Metal accentue aussi vos affinités avec la musique des années 80, comme le démontrent des chansons telles que « Heart Demolition » ou « Strangers ». Qu’est-ce que les années 80 représentent pour toi ?

Je pense que c’était une époque où on s’éclatait pas mal. Enfin, je n’étais pas assez âgé pour l’avoir vécu, mais on dirait que les gens s’amusaient beaucoup à l’époque. Les gens ne s’amusent plus autant aujourd’hui, il semblerait, je ne sais pas. Ils sont plus stressés. Mais j’adore l’atmosphère, le côté graphique, les images de cette époque, et c’était cool d’incorporer ça à notre façon dans Dragonforce. Oui, ces chansons que tu as mentionnées renvoient davantage à ce feeling. Elles ont un peu le style Dragonforce mais pas autant, évidemment, qu’une pure chanson de Dragonforce comme « Highway To Oblivion ». Mais ça collait au concept global de l’album et de l’illustration. Je ne dirais pas que ces chansons sont typiques du style de Dragonforce, pour être honnête, mais ce sont de bonnes chansons !

Que penses-tu du revival années 80 dont on est témoins aujourd’hui, dans le cinéma, les séries et la musique ?

Je trouve ça cool ! Tu sais, nous ne nous attendions pas à ce que… Nous le faisions mais sans nous dire : « On va être tendance. » Nous faisons ce que nous faisons simplement parce que nous aimons le faire. Mais on dirait que c’est vraiment en train de revenir avec, comme tu l’as dit, les films et les séries télé comme Stranger Things, SOS Fantôme et tous ces trucs. Donc je trouve que c’est sympa. On a le choix en ce monde : si on n’aime pas, on n’écoute pas ou on ne regarde pas. On peut s’en plaindre sur internet, mais tout le monde s’en fiche ; il y en a qui passent leur temps à se plaindre. Ils feraient mieux de passer du temps sur des choses qu’ils préfèrent. Mais il semblerait que personne ne s’est trop plaint de l’illustration que nous avons faite pour l’album ; en tout cas, je n’ai vu personne se plaindre de la pochette, et les gens ont beaucoup aimé le clip de « Heart Demolition ». La pochette est en fait inspirée par un tas de films et de vedettes du cinéma d’action des années 80. Il y a un petit peu du film Starship Troopers, du jeu vidéo Chase H.Q. avec la Lamborghini… Il y a un côté vieux jeu vidéo et vieux film d’action, je suppose, et aussi des trucs plus récents.

« Je ne comprends pas cette histoire de kitsch, ringard et toutes ces conneries dont parlent les gens. C’est complètement absurde. […] Je pense que les gens parfois ne comprennent pas du tout le groupe. Nous ne nous sommes jamais pris au sérieux, à penser que nous sommes des gros durs. »

Dragonforce est surtout connu pour ses plans de guitare presque inhumainement rapides. Peux-tu expliquer aux guitaristes qui aspirent à jouer vite comment entraîner leurs doigts et leur cerveau pour de telles vitesses ?

La partie mécanique, il n’y a pas de secret. Il faut simplement s’entraîner. Et il n’y a pas de secret parce que tout est sur internet de nos jours pour qu’on puisse apprendre. Mais ce n’est pas ça qui est important. Il ne s’agit pas d’être le plus original, le plus rapide, etc. Même si vous ne devenez pas le guitariste véloce que vous avez envie de devenir, vous devez vous éclater à faire de la guitare. Pour être honnête, je ne suis pas devenu le guitariste que j’espérais devenir. J’aurais aimé être meilleur [petits rires]. Mais c’est comme ça ! Car en musique, il n’y a pas de « mieux ». Il n’y a pas de compétition. Donc faites-vous plaisir. C’est tout ce qu’il y a à dire sur le secret de la guitare. Si vous vous faites plaisir, si vous passez de bons moments avec votre guitare, alors vous êtes parvenus à vos fins ! C’est suffisant. Pour être honnête, nous jouons vite parce que les chansons sont rapides, donc il faut jouer plus vite, mais… Ce que je préfère dans la musique, ce sont les solos de guitare. Donc quand je me suis intéressé à Steve Vai, Joe Satriani, ces mecs mélodiques… C’est ce que j’aime, les solos. Je ne suis pas si rapide que ça. Enfin, regardez Steve Vai ou Joe Satrinai, ils font pareil, je dirais. En termes de lead, je ne suis pas plus rapide qu’un autre, je suppose, mais nous le faisons sur une durée plus longue, avec le rythme et tout.

Comparerais-tu l’endurance que requiert ton jeu, ainsi que le côté physique et l’entraînement qui vont avec, à ceux d’un athlète de haut niveau ?

Ça demande du temps et du travail d’entretenir la vitesse, la dextérité et tout. Donc c’est difficile quand on est en tournée ; il y a plein de choses à faire. Quand on est occupé, c’est dur. Donc je ne peux pas m’entraîner comme ça et entretenir ce jeu tous les jours. Je ne peux le faire qu’avant les tournées, pour me remettre au niveau. J’en parle sur ma chaîne Twitch, pour expliquer aux gens. Je leur montre comment s’entraîner, et je répète les chansons sur Twitch, pour leur montrer mes différentes approches, en termes d’entraînement, que ce soit assis, debout ou dans l’optique d’un concert ; il y a différentes circonstances. C’est comme les athlètes, ils ne peuvent pas entretenir constamment leur forme physique. Ils le font surtout quand ils se préparent à une compétition. Quand ils n’ont pas de compétition, je suis sûr qu’ils se détendent, tout en s’entraînant quand même. Ceci dit, la musique n’est pas du tout un sport : nous avons besoin des outils pour faire ce que nous faisons, mentalement et physiquement. Nous aimons jouer une mélodie à de telles vitesses, nous aimons les sensations que ça procure, et ça nécessite… Pour être honnête, c’est vraiment stupide. Nous ne jouons pas vraiment si vite. Les gens n’arrêtent pas de dire que nous jouons vite, mais je ne crois pas. Je connais plein de guitaristes qui jouent plus vite que moi, mais c’est un tout autre type de musique. Il y a des guitaristes jazz qui sont là [imite une partie de guitare jazz très rapide].

Dragonforce est devenu très populaire dans la communauté des jeux vidéo depuis que les chansons de Dragonforce sont devenues les plus dures à jouer sur Guitar Hero. Parviens-tu toi-même à jouer tes propres chansons sur Guitar Hero ?

Je n’ai pas le temps de me poser et de m’entraîner sur un jeu vidéo pour devenir à cent pour cent un expert, donc non. J’aime bien le jeu. Je trouve son concept très cool. Guitar Hero, j’y ai joué depuis le premier sur Play Station 2. Donc je connais mais, évidemment, je ne serais pas comme ces gars qui font la compétition pour être le meilleur joueur sur la manette en plastique.

Une des dernières fois où on a parlé à Frédéric, il nous avait dit qu’au départ, il s’en fichait un peu du groupe. Mais au bout d’un moment, il a commencé à se prendre au jeu. N’est-ce pas le symbole du succès de Dragonforce ? Pour beaucoup de gens, le speed/power metal est trop kitsch, trop ringard, mais certaines de ces personnes ont fini par aimer Dragonforce…

Ouais. Certaines personnes aimaient le groupe au début, et d’autres l’ont aimé plus tard. Mais je ne comprends pas cette histoire de kitsch, ringard et toutes ces conneries dont parlent les gens. C’est complètement absurde. Enfin, je pourrais presque dire qu’un tas de groupes sont puérils de chanter à propos de certaines choses, par exemple : « Je suis un gros dur, je vais te cogner, je vais te botter le cul. » Ça aussi c’est kitsch et ringard, si tu vas par là [petits rires]. On peut dire : « C’est assez puéril, t’as quel âge ? » Mais ce qui compte, c’est de s’amuser. Je pense que les gens parfois ne comprennent pas du tout le groupe. Nous ne nous sommes jamais pris au sérieux, à penser que nous sommes des gros durs. Nous nous amusons toujours, nous écrivons à propos de fantasy et de différents thèmes, nous passons de bons moments avec ça. Ça ne va pas plus loin. Nous n’essayons pas de faire passer de quelconques messages politiques ou quoi que ce soit de trop sérieux dans Dragonforce. On peut déjà entendre ça aux informations. Toute l’idée, c’est de s’amuser en faisant ce que nous faisons et faire de la musique que nous aimons entendre. Donc ringard ou autre, je ne sais pas de quoi ils parlent, pour être honnête [petits rires]. Soit on aime la musique, soit on ne l’aime pas. Si on ne l’aime pas, tant pis. Et souvent, les gens jugent la musique et ensuite ils jugent l’image, ou ils jugent autre chose, ou suivant ce qui est à la mode… Je ne sais pas. Peut-être que c’est ringard. J’aime ce que je fais. Je suppose que c’est tout ce qui compte. Toutes ces étiquettes et descriptions, c’est un peu absurde. Surtout aujourd’hui, on peut aller sur YouTube ou Spotify et écouter une chanson et juger par soi-même. Donc je trouve que les critiques d’albums sont presque redondantes maintenant.

Reaching Into Infinity était votre plus grosse tournée. Penses-tu que vous allez continuer sur ce rythme ?

En réalité, Extreme Power Metal sera notre plus grosse sortie d’album et notre plus grosse tournée, c’est certain. Enfin, je suis en train de regarder le calendrier, et je me dis : comment peut-on couvrir tous les pays ? Les fans pleurnichent en disant : « Je ne vois pas où j’habite ! » C’est genre : « Vous devez nous laisser respirer. On ne peut pas vivre dans un tour bus pour le restant de nos jours. » Donc oui, je pense que cet album, si on compare aux précédents… Je crois qu’avec les trois derniers albums, c’est un tout autre niveau, en termes de tournée. Reaching Into Infinity, la tournée n’était pas si longue, par rapport à celles que nous avions faites pour Ultra Beatdown et Inhuman Rampage, car nous l’avions comprimée, c’est-à-dire que ça a été non-stop. D’une certaine façon, ce que j’en ai retenu, c’est que ce n’est pas forcément une bonne chose. Pour la tournée de cet album, nous allons faire plus de pauses, afin de pouvoir repenser aux concerts effectués et améliorer notre show, avant de repartir, au lieu d’y aller sans s’arrêter. Ça n’a plus aucun sens de faire ça.

Interview réalisée par téléphone le 31 août 2019 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Dragonforce : dragonforce.com.

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