ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Dread Sovereign – Alchemical Warfare


Il est des genres de metal qui se renouvellent plus que d’autres. Le doom est rarement de ceux-là : l’esprit conservateur voire régressif et l’aspiration aux sensations primaires, viscérales sont quasiment inscrits dans son ADN. Cependant, la recherche de l’expression d’un instinct élémentaire n’enlève en rien l’exigence requise à la parfaite maîtrise de cet art. C’est ce que prouve Alan Averill alias Nemtheanga, chanteur de Primordial, qui a rassemblé dans Dread Sovereign deux de ses compatriotes irlandais, Bones (Eoin H., guitare) et Con Ri (Johnny King, batterie), pour servir un doom précis et passionné, infusé de heavy voire de rock n’ roll et de black racinaire. Son troisième album, Alchemical Warfare, est une proposition nourrie à la vieille école, aux influences datées mais néanmoins fondamentales, terreau du développement de l’arbre des genres aux ramifications multiples que l’on connaît aujourd’hui.

Si « Venom rencontre Hawkwind, qui rencontre Hellhammer », le doute est impossible : on va avoir envie de rouler vite sur l’autoroute, fenêtres ouvertes, et de taper en rythme sur le volant. C’est exactement ce qui se produit à l’écoute d’Alchemical Warfare qui, s’il propose des plages d’agonie mélancolique dans la plus pure tradition du genre, est aussi généreux en riffs galopants, en refrains fédérateurs et en soli de guitare enflammés. Soucieux d’offrir à son auditoire une expérience où les canons du doom rencontrent un « rock’n’roll intrépide », Dread Sovereign excelle dans la construction d’ambiances puissantes et lourdes, en faisant usage de tempos plus rapides que dans ses précédents opus, quitte même à complètement délaisser ses racines doom pour s’inspirer du rock exalté de Motörhead (le punkisant « You Don’t Move Me (I Don’t Give A Fuck) »). Passé l’introduction qui annonce une esthétique démoniaque entre rires et cris dignes d’une promenade en maison hantée, les dix minutes du premier morceau « She Wolves Of The Savage Season » nous font traverser monts et vallées et regorgent de leads et solos déchirants. Presque chaque morceau de l’album contient son passage « guitar hero », intensifiant l’atmosphère qui l’entoure. Épique, énigmatique (« Her Master’s Voice »), émergeant peu à peu de sons bruitistes (« The Great Beast We Serve ») ou s’imposant clairement en partie principale (« Devil’s Bane »), cette guitare se comporte en élément fort de l’inflexion dramaturgique d’Alchemical Warfare. Car chaque morceau est le tableau d’un récit, articulé en musique et en mots, narré aussi précisément qu’un conte. Et si le lexique utilisé dans les textes est majoritairement d’ordre fantastique et méphistophélique, les thèmes abordés et les messages, eux, sont bien ancrés dans une réalité historique humaine. En accord avec l’actualité, Dread Sovereign est « prêt pour la fin du monde ! »

Outre les esthétiques claires qui sont radicalement mises en avant, le trio n’hésite pas à prendre parfois le contrepied de l’attendu. Le choix d’une musique guidée par une narration forte leur confère une certaine liberté. Pour convoquer des images autrement que par ses textes et des stéréotypes du genre, Dread Sovereign permet l’instauration de plages musicales évocatrices. Tous les morceaux sont liés entre eux par des sons nappants, des textures qui se prolongent et se transforment, plus dans l’usage du progressif et des post-genres que dans celui du heavy metal. Un interlude instrumental ambiant figure également au compte de la tracklist (« Viral Tomb »), il met en scène des sonorités plus aiguës et évoque comme un paysage dévasté baigné d’un rayon de lumière. Et au cœur des morceaux s’imbriquent quelques atmosphères introspectives, qui ramènent la pensée épique des riffs acérés vers une sphère émotionnelle, plus proche de l’humain, plus intime (l’intro et l’outro de « Nature Is The Devil’s Church », « Her Master’s Voice » avec ses deux premières minutes instrumentales poignantes et son refrain aux allures de complainte). En maintenant ainsi un certain équilibre entre les grandes cavalcades heavy, les ralentissements doom et des fresques musicales distendues, avec un travail conséquent sur les sonorités malgré ses apparences rustiques (différentes saturations, effets recherchés, arrangements parcimonieux de claviers, etc.) et sur l’éloquence (Alan Averill toujours aussi possédé), Dread Sovereign dirige fermement son histoire et s’illustre en maître de son propos.

Mais que celles et ceux qui sont venus chercher l’intensité des grandes batailles foncent dans la mêlée sans chercher à parer les coups. Alchemical Warfare est avant tout une démonstration de puissance brute, affutée pour gonfler les esprits d’adrénaline et qui saura combler toutes les aspirations à la délivrance. Entre les inspirations fantasy, comme les chœurs évoquant des chants de nains sous la montagne (« The Great Beast We Serve » et sa fibre heavy-doom conquérante à la Grand Magus), ou les alternances de guitare et de voix construites comme des questions-réponses (« Her Master’s Voice »), on imagine aisément les déflagrations d’entrain que provoqueront ces morceaux en live, après une année de concerts en berne. A défaut d’un vent de renouveau, Dread Sovereign insuffle une joie salvatrice, doom’n’roll et en apparence chaotique, en montrant la voie de la liesse collective. Le trio fait un choix catégorique qu’il s’emploie à nous transmettre : en attendant des jours meilleurs, « don’t give a fuck ».

Clip vidéo de la chanson « Nature Is The Devil’s Church » :

Album Alchemical Warfare, sortie le 15 janvier 2021 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3