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Interview   

Dream Theater : les images et mots du passé


Images And Words, le second album de Dream Theater paru en 1992, est sans conteste l’un des albums les plus emblématiques du metal progressif, celui qui à défaut d’avoir posé les bases du genre (Fates Warning, Queensrÿche et autres Watchtower étaient passés avant), les a largement popularisées, fort d’un succès commercial encore jamais égalé à ce jour dans la discographie du quintette, le propulsant au sommet de la montagne et l’installant sur un trône.

Infatigable, après n’avoir cessé de tourner pour promouvoir son dernier album en date, The Astonishing, Dream Theater repart demain sur les routes pour célébrer les vingt-cinq ans d’Images And Words – c’est même la seconde fois qu’ils organisent une telle tournée, puisqu’ils avaient déjà fêté les quinze ans de ce même album en 2007 -, avec un passage ce dimanche 12 février au Zénith de Paris, puis un autre le 2 mai au Zénith de Toulon.

Nous avons profité de ces événements pour, en amont, nous entretenir avec le guitariste John Petrucci et revenir sur cet album incontournable.

« Encore aujourd’hui, lorsque nous jouons les chansons [d’Images And Words] en concert, je ressens très bien la communication qui a lieu et le plaisir entre les gens qui nous regardent et nous qui jouons. »

Radio Metal : Ce sera la seconde fois que vous faites une tournée anniversaire pour Images And Words. Qu’est-ce qui fait que cet album est à part dans votre discographie ?

John Petrucci (guitare) : Pour plein de gens, c’est la première introduction à Dream Theater. Même si nous avions un album avant ça, je pense que le monde a vraiment découvert Dream Theater avec Images And Words. Et nous avons également démarré notre carrière internationale avec cet album. C’était la première fois que nous avons commencé à tourner, non seulement en Amérique du Nord mais aussi en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. De bien des façons, ça marque un peu le début pour nous et c’est un album très spécial et important pour plein de fans.

Est-ce que ce vingt-cinquième anniversaire te semble différent de lorsque vous avez célébré les quinze ans en 2007 ?

Ouais, ça semble un peu plus substantiel. Vingt-cinq ans, c’est long, vingt-cinq ans c’est la moitié de ma vie. Plein de choses se sont produites entre temps et je pense que c’est un temps qui nous a permis de gagner plein de nouveaux fans qui ne nous ont jamais vu jouer les chansons d’Images And Words. Donc c’est assez palpitant de regarder le public et voir un mélange de gens qui sont plus âgés, qui sont familiers, et de nouvelles personnes qui voient tout juste ces chansons jouées en live pour la première fois.

A l’époque, avant de faire Images And Words, la carrière de Dream Theater était très incertaine. Peux-tu nous parler du contexte et de votre état d’esprit à l’époque ?

Ouais, à l’époque, nous avions auparavant sorti When Dream And Day Unite, et après avoir sorti cet album, nous n’avons pas vraiment fait quoi que ce soit pour le soutenir en termes de tournée ; nous n’avons pas vraiment tourné. Et peu après avoir sorti l’album, nous avons en fait viré notre chanteur et quitté le label. Donc il y avait une période entre When Dream And Day Unite et Images And Words d’environ un an et demi où nous n’avions pas de label, pas de carrière de tournée, pas de chanteur, et nous ne faisions que répéter, composer des chansons et auditionner des chanteurs. C’était un moment difficile parce que nous devions conserver nos boulots principaux, quels qu’ils fussent, et répéter le soir. Et aussi, à cette époque, il y avait la guerre et donc la possibilité, aux Etats-Unis, même si elle était mince, d’être mobilisé. Donc c’était une époque effectivement très incertaine, et il est clair que nous doutions, c’est certain. Et donc, lorsque nous avons eu James dans le groupe et que nous avons signé sur ATCO Records, nous avions vraiment faim et nous étions surexcités.

Penses-tu qu’à un moment, dans cette période d’incertitude, Dream Theater aurait pu jeter l’éponge ?

Non, parce que nous étions très… Nous adorons jouer ensemble, quoi qu’il arrive. Et même si c’était dur, rien en nous ne disait « il faut que nous arrêtions. » Nous avons toujours plus ou moins été de l’avant, nous avons toujours avancé. Même si c’était difficile, nous n’avons jamais douté de la force que nous avions ensemble en tant que musiciens et amis.

Est-ce important, même avec la reconnaissance dont jouit Dream Theater aujourd’hui, de ne jamais oublier d’où vous venez et ce que vous avez traversé au départ ?

C’est toujours important. La chose à se souvenir, ce que nous faisons toujours, c’est pourquoi on joue de la musique, pourquoi on écrit et on compose, qu’est-ce qui nous motive en tant qu’artiste et en tant que musicien. Et il faut toujours se souvenir de ça. Tu ne peux pas courir après des choses qui vont à l’encontre de ce en quoi tu crois ou ton identité en tant que musicien, et il faut toujours avoir faim, avoir envie d’apprendre et de faire mieux. Et nous nous souvenons tous les jours de ceci.

Images And Words était donc le premier album avec James LaBrie au chant. Dirais-tu que ça a changé la donne ?

Absolument ! Ouais, nous avions auditionné énormément de chanteurs avant que nous trouvions James, et certains d’entre eux n’étaient pas très bons et leur audition ne s’est pas bien passée, et certains étaient très bons et, d’ailleurs, nous avons failli intégrer certains d’entre eux au groupe. Mais lorsque nous avons découvert James, que nous l’avons entendu pour la première fois, que nous l’avons rencontré et qu’il est venu là où nous répétions et a chanté avec nous, nous savions qu’il y avait quelque chose de différent chez lui, ça a tout de suite collé, nous savions qu’il fallait qu’il soit un membre du groupe. Nous le savions, tout simplement ! Tout d’abord, il avait une voix extraordinaire qui était nettement supérieure à celle des autres gens que nous avons auditionnés. Je veux dire que sa voix est incroyable et il pouvait grosso-modo chanter n’importe quoi. Et du point de vue de sa personnalité, il allait extrêmement bien avec nous, et son look et la façon dont il se comportait… Il avait tous les ingrédients que nous recherchions.

Il était prévu au départ que l’album soit un double mais la maison de disques l’a refusé. Regrettes-tu de ne pas l’avoir sorti en tant que double album, avec la chanson « A Change Of Seasons » ?

A l’époque, nous étions furieux. Lorsque nous étions en studio et que la maison de disques a dit qu’ils ne voulaient pas que « A Change Of Seasons » soit sur l’album, nous étions clairement énervés, mais en y repensant, je ne le regrette pas. Je pense que c’était une décision intelligente. Car ça a fait d’Images And Words un album d’une heure, huit chansons, et ça l’a rendu plus classique. Avec le recul, probablement que si nous avions ajouté « A Change Of Season » là-dedans, ça aurait fait trop, je pense.

Donc j’imagine que les maisons de disques sont parfois de bons conseils…

Effectivement ! Il y a partout des gens qui travaillent dans des maisons de disques qui sont intelligents, qui sont des passionnés de musique, qui ont de l’expérience, et parfois, ils ont de très bonnes suggestions, parfois pas, mais… Tu sais, lorsque tu es un jeune groupe, tu n’as pas tellement le choix. Lorsque tu es un groupe plus expérimenté, tu peux discuter de ces choses avec la maison de disques et tu es plus dans une sorte de partenariat, je trouve, où tu peux prendre des décisions sur la base d’un respect mutuel et de conversations. Mais ouais, à l’époque, lorsque nous étions un jeune groupe, nous n’avions pas tellement le choix, mais c’était une bonne décision !

« C’était assez inhabituel que nous ayons pu avoir un quelconque succès commercial à cette époque, car les plus grands groupes en 1992/1993 étaient Nirvana et Pearl Jam, et ça ne ressemblait pas du tout à ce que nous faisions. »

En 1992, lorsque l’album est sorti, le grunge explosait, et c’était un style qui n’avait rien à voir avec le genre de metal sophistiqué et complexe que vous jouiez. Est-ce que vous aviez le sentiment d’aller à contre-courant ?

Eh bien, nous n’y pensions pas trop, car nous jouions le genre de musique que nous aimions. Nous jouions le genre de musique qui était naturel pour nous, et nous étions surexcités d’avoir signé sur une maison de disques, de pouvoir retourner en studio et faire ce que nous aimons faire. Donc nous ne pensions pas vraiment au climat musical. Mais c’est intéressant maintenant, avec le recul, tu as absolument raison, la musique qui était populaire dans le monde du rock n’avait rien à voir avec ce que nous faisions. Nous étions à part. C’était assez inhabituel que nous ayons pu avoir un quelconque succès commercial à cette époque, car les plus grands groupes en 1992/1993 étaient Nirvana et Pearl Jam, et ça ne ressemblait pas du tout à ce que nous faisions.

Images And Words est encore à ce jour votre album le plus populaire commercialement. Comment expliquer que vingt-cinq ans plus tard, aucun de vos albums n’ait réussi à le surpasser ?

Le plus gros truc par rapport à Images And Words, c’est qu’il a eu un hit en radio, qui était « Pull Me Under ». Ce qui signifie qu’en 1992/1993, si tu mettais une radio de rock, il y avait de grandes chances que dans l’heure tu entendes « Pull Me Under ». Donc l’album a bénéficié d’une bien plus grande portée commerciale, et en conséquence, il s’est vendu bien plus d’albums. C’était donc la seule fois où Dream Theater a eu un hit commercial [petits rires], ce qui est assez drôle. Et c’est probablement la plus grande raison, parce que ça fait vraiment la différence.

Avais-tu le sentiment que cette chanson avait ce genre de potentiel ou bien c’était une surprise totale ?

C’était une surprise. Je veux dire que c’était une chanson spéciale, rien que pour nous ; c’est juste qu’elle sonnait vraiment cool. Mais, tu sais, c’est une chanson de huit minutes ! Nous n’avions aucune intention d’en faire un single, nous n’avions aucune idée qu’elle deviendrait un succès commercial, ça s’est fait un peu par accident, et par la volonté des fans qui, à l’époque, appelaient les stations de radio et disaient : « Je veux entendre à nouveau la chanson ‘Pull Me Under’, je n’ai jamais entendu quelque chose de semblable ! » Ca a donc été motivé à un niveau basique par notre fan base, qui s’est avérée être quelque chose d’extrêmement puissant pour nous. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants d’avoir des fans aussi extraordinaires partout dans le monde et pouvoir faire carrière avec ce que nous faisons, depuis plus de trente ans maintenant, c’est assez incroyable !

De quoi es-tu le plus fier, artistiquement, à propos de cet album ?

La composition. Je pense que les chansons sont vraiment solides, et encore aujourd’hui, lorsque nous jouons les chansons en concert, je ressens très bien la communication qui a lieu et le plaisir entre les gens qui nous regardent et nous qui jouons. Elles sont toujours amusantes à jouer, la musique est très plaisante. Donc je trouve que la composition est très bonne sur cet album.

Est-ce que encore aujourd’hui, vous gardez en tête la composition que vous aviez à l’époque ? Même, est-ce qu’Images And Words a défini ce qui serait un « processus standard » pour Dream Theater ?

D’une certaine façon, oui. Parfois nous gardons ça en tête. Pas tout le temps. Parfois, lorsque nous faisons un album, nous regardons en arrière et disons : « Hey, c’était intéressant la façon dont nous avons écrit à l’époque, regardons un peu ça. Qu’avons-nous fait différemment à l’époque de ce que nous faisons maintenant ? » Et parfois nous analysons un peu ce que nous avons fait et le prenons en considération. Mais pas à chaque album parce que nous aimons les approcher différemment ; chaque album est différent. Chaque album que nous faisons a son propre lot de circonstances qui l’entoure. Que ce soit le fait de l’écrire sur une longue période de temps, que ce soit le fait de l’écrire en studio, comme dans le cas de Scene From A Memory ou Six Degrees [Of Inner Turbulence]… Ça dépend vraiment de chaque album. Nous essayons simplement de faire de chaque album sa propre expérience créative unique. Le dernier album, The Astonishing, a été écrit de façon complètement différente de n’importe lequel de nos albums précédents. Et donc, ça n’aurait vraiment eu aucun sens de regarder en arrière pour voir ce que nous avons fait avec Images [And Words] avec The Astonishing, car tout le concept était complètement unique et différent. Donc ça dépend vraiment de ce que nous faisons.

Si tu pouvais revenir en arrière et tout recommencer, que changerais-tu sur cet album ?

Il y a certaines choses dans la façon dont l’album a été mixé qui étaient des décisions qui ont été prises par le producteur [David Prater] à l’époque, et qui n’étaient pas du tout l’intention du groupe. Il y a différentes choses dans différentes chansons où… Par exemple, ce n’est qu’un truc mineur mais sur la chanson « Learning To Live », lorsque la guitare entre dans la chanson, c’était à l’origine censé apparaître en fondu, et lorsqu’ils ont mixé l’album, ils ont fait démarrer la guitare à plein volume, directement sur le premier temps de la mesure. Donc l’intention de composition a été changée. Mais, en fait, je m’y suis fait maintenant. C’est vingt-cinq ans plus tard et ça ne me dérange plus, mais à l’époque, c’étaient de petits trucs comme ça dans le mix qui nous embêtaient. Donc ce serait sympa de peut-être avoir un peu plus d’implication dans le processus de mixage, car nous n’y étions pas du tout impliqués. Mais d’un autre côté, l’album n’aurait peut-être pas été le même, donc c’est difficile à dire.

Et la fin abrupte de « Pull Me Under », c’était bien votre intention ?

Oui. Nous l’avons écrite ainsi.

Par le passé, vous aviez invité d’anciens membres du groupe, comme Charlie Dominici ou Derek Sherinian, pour des concerts spéciaux. N’avez-vous pas songé à faire la même chose pour l’anniversaire de cet album avec Kevin Moore et Mike Portnoy ?

Non, pas pour celui-ci. Ce sera uniquement les membres du groupe tels qu’ils sont aujourd’hui. Il n’y aura aucun invité. Je ne crois pas qu’il y ait un quelconque désir de faire ça, non.

Pourquoi ?

Je ne peux pas l’expliquer, il n’y a pas… il n’y a pas de sentiment de vouloir faire ça, tu vois. Je ne peux pas le dire plus clairement que ça.

Interview réalisée par téléphone le 8 février 2017 par Nicolas Gricourt.
Fiche ce questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription : Aline Meyer.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Dream Theater : www.dreamtheater.net



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  • quetzalcoatl dit :

    Même pas une petite référence à Mike, John?!… Histoire de lui rendre un petit hommage pour tout ce qu’il a fait pour DT!

    I&W… grand disque, c’est là où tout a commencé pour beaucoup de gens! Les 4 albums sortis par DT dans les 90’s étant de toutes façons excellents! Ca a décliné après amha, mais question de goût certainement.

    Le concert du Zénith se tient à l’heure où j’écris ces lignes… Dommage que le groupe ait délaissé Lyon depuis presque 20 ans.

    Vive Dream Theater 😉

    [Reply]

  • un album culte du métal progressif et une tournée à savourer pour cet anniversaire (25 ans déjà)

    [Reply]

  • Oui, enfin d’un autre côté, un David Prater pour remixer la batterie sur les derniers albums, je signe!!

    Long Live DT!!

    [Reply]

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