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Metalanalyse   

Dream Theater s’élève au carré


« Est-ce bien raisonnable ? » Voilà la question que l’on aurait inlassablement pu poser à Dream Theater ces dernières années. Est-ce bien raisonnable de refuser une pause comme l’a voulu Mike Portnoy et alors que de nombreux fans étaient convaincus que cela aurait été une bonne chose ? Est-ce bien raisonnable de laisser partir son leader, membre fondateur, force motrice et batteur emblématique pour si peu ? Est-ce bien raisonnable de lui octroyer un refus lorsque seulement quelques mois plus tard il revient sur sa décision ? Et aujourd’hui, est-ce bien raisonnable, à ce stade, d’intituler le nouvel album du nom du groupe ? Il s’agit là du second opus du groupe depuis le changement le plus bouleversant dans sa carrière, alors il est déjà trop tard pour marquer ce changement (comme a pu le faire Queensrÿche cette année). Mais il est, évidemment, aussi trop tôt pour appuyer un retour. Pourquoi ne pas avoir réservé l’exercice de l’éponyme pour célébrer le retour de Mike Portnoy au bercail ? Ben quoi ? Il va bien revenir un jour, non ? Il y a eu dans le monde de la musique des choses hautement plus improbables qui se sont pourtant bien produites…

Non, Dream Theater ne veut pas regarder en arrière. Dream Theater veut avancer, c’en est même presque devenu maladif cette obsession de vouloir sortir un nouvel album tous les deux ans, très exactement, à une cadence rigoureuse, aussi métronomique que sa propre musique. Aujourd’hui, chez Dream Theater, ça doit filer droit, il n’y a pas de place pour les tergiversations. Et c’est peut-être ce côté « mécanique » qui lui a été le plus reproché ces dernières années, autant dans sa gestion de carrière que dans son art qui, en proposant des versions quelque peu génériques de sa propre musique, peine à surprendre, là où, fut un temps, ses partis pris musicaux tranchés provoquaient l’excitation de ne pas savoir à quoi s’attendre à chaque album.

Mais voilà, Dream Theater a beau avancer sans sourciller, il n’a pas pu passer à côté du bouleversement auprès des fans qu’a représenté un album sans Mike Portnoy. Des fans qui, déjà connus pour sur-analyser et décortiquer chaque parcelle de musique, aujourd’hui sont en effervescence, divisés sur le changement de poste et ses conséquences. Alors le groupe met les choses au clair avec cet album éponyme : qu’ils le veuillent ou non, Mike Mangini est désormais le batteur de Dream Theater et il n’est pas prévu que ça change à court comme à moyen terme. Là où A Dramatic Turn Of Events pouvait encore laisser planer des doutes, avec une batterie un peu moins démonstrative et surtout nettement sous mixée et moins pêchue que ce à quoi le précédant cogneur avait habitué, désormais il n’y en a plus. Dream Theater a pris une attention toute particulière à mettre en avant son nouveau batteur. Dans la production tout d’abord : la batterie est explosive et grasse, comme avait pu l’être celle de Portnoy, et nettement mise en avant dans le mixage, presque de manière exagérée si l’on compare aux précédentes productions du groupe. Une production qui donne l’illusion d’un Mangini à la frappe lourde, là où il paraissait si léger sur le précédent opus. Et puis dans le jeu même de Mangini, qui a cette fois-ci participé au processus de composition. C’est comme si ses collègues lui avaient dit : « Vas-y lâche toi, mets leurs en plein les oreilles, prouve leur qu’on a fait le bon choix. » Et il ne s’en est pas privé, enchaînant les plans ébouriffants dans la plus pure tradition du groupe.

Et justement de tradition il est grandement question avec cet opus. Il faut croire que c’est là plus qu’une simple question de faire rentrer Mangini, presque aux forceps, dans les oreilles des fans. C’est une question de montrer que Dream Theater est plus que jamais Dream Theater. Tout, ou presque, ce que Dream Theater a pu être par le passé se retrouve catapulté dans cet album. A commencer par l’intro instrumentale orchestrale et cinématique, « False Awakening », faisant écho au travail du groupe sur Six Degrees Of Inner Turbulence. L’exercice de l’instrumentale qui revient dix ans après « Stream Of Consciousness », avec un « Enigma Machine » démonstratif et aux multiples facettes. La courte ballade « Along For The Ride » qui, à n’en pas douter, en exaspérera plus d’un comme d’autres avant elle. Le morceau épique, bien entendu, avec un « Illumination Theory » de près de vingt-cinq minutes en forme de montagnes russes, depuis ses passages heavy et techniques jusqu’à son très calme développement orchestral central (façon scène de romance du cinéma des années 60). Dream Theater offre son lot de passages complexes, plutôt concentrés aux extrémités de l’album puisque son noyau affiche des titres globalement plus lisses et posés, mais aussi de gros riffs, parfois bien rock’n’roll, sans en faire pour autant une composante dominante.

Bref, voilà ce que l’on peut appeler un résumé de carrière, comme pour réaffirmer son identité en empruntant tout, ou presque, à son passé. En conséquence, les amateurs du décorticage s’en donneront à cœur joie, dans la mesure où de nombreux passages font écho à des riffs ou mélodies de leur discographie sans toutefois explicitement les reprendre. Et donc, encore une fois, nombreux seront ceux à se poser la question du clin d’œil conscient ou de l’auto-plagiat. Tout comme les influences historiques du groupe se font plus que jamais évidentes. En particulier Rush dont l’aura transpire à grosses gouttes dans le riff principal de « The Looking Glass » et sur « Surrender To Reason », dont le riff d’intro, les sonorités de clavier et même le passage acoustique façon « Closer To The Heart » renvoient tous de manière confondante à l’œuvre du trio canadien.

Au-delà de l’orientation musicale de l’album, celui-ci dénote également une volonté à la fois d’unifier le groupe et de mettre en exergue chaque individu le composant. Hormis une batterie très présente, la production semble vouloir mettre chaque musicien à égalité. C’est ainsi que Jordan Rudess confirme sa prise d’importance mais aussi que la basse de John Myung n’a jamais été aussi bien traitée dans le mix. Au niveau des performances, James Labrie se permet un peu de zèle en poussant sa voix au milieu de « Illumination Theory ». John Petrucci a, quant à lui, légèrement mis de côté ses chromatismes pour proposer des solos aux allures moins improvisées, plus mélodiques et donc plus accrocheurs.

Dream Theater, l’album, voit le groupe plus que jamais se reposer sur ses acquis et les exploiter. Certains apprécieront sans doute les effets nostalgiques qu’il pourra procurer, d’autres regretteront encore et toujours le Dream Theater aventureux qui, il fut un temps, surprenait par ses partis pris souvent inattendus. Toujours est-il que le quintet continuera à diviser une base de fans que le groupe lui-même a poussé à l’exigence.

Album Dream Theater, sortie le 24 septembre 2013 chez Roadrunner Records



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  • Album mou du genou. « A Dramatic Turn Of Event » et le départ de Portnoy me laissaient espérer que DT allaient lâcher les chiens et se remettre à faire de vrais bon morceaux de tueur, mais non. On a de la pop moisi, de gros riffs qui n’ont de gros que le son, un LaBrie qui chiale derrière son micro. L’instru tant attendu est une blague. La dernière instru digne de ce nom est, pour moi, « The Dance Of Eternity ». Ça c’était une instru couillu. Maintenant, il semble qu’on est pas près d’avoir un digne successeur à « Erotomania ».
    Enfin, dans ce dernier album, ce que tout le monde appel « clin d’œil au passé », est pour moi juste de l’auto plagiat et un manque d’inspiration flagrant.
    Plutôt que de s’efforcer à faire un album tous les deux ans à tout prix, une pause, comme Portnoy l’envisageait, n’aurait pas été du luxe. Il serait temps que Petrucci arrête la gonflette et de se mater la quequette pour refaire de vrai morceaux de DT. C’est quand même pas un branquignole le bonhomme!
    Évidemment cet avis ne tient qu’à moi. Ça me met juste en rogne qu’un groupe aussi balaise, qui a sortie des albums fantastiques et des morceaux complètement dingue, se contente d’un album aussi plat.

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  • Pour ma part je reste sur le dernier Fates Warning nettement plus inspiré et plus classe !
    Comme le reste de leur discographie d’ailleurs.

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  • il faut être de mauvais poil ou de mauvaise foi pour condamner un album excellent de qualité dans le genre métal progressif à l’image d’ « illumination theory » qui est un petit bijou :cet album est certainement un condensé des albums précédents avec comme le souligne l’article la recherche de mettre en avant tous les musiciens jusqu’au chanteur.
    pour le reste ,sur le fait de donner de l’ émotion et de la créativité ,c’est à chacun de juger selon ses gouts et ses couleurs…

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  • Un mélange de six degrees, images, awake, scènes, soit les meilleurs albums. A part along for the ride que du bon

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  • J’ai écouté cet album 3-4, fois d’affilées, en espérant en tirer quelque chose. J’étais positif et tout, me disant que je pardonnerai beaucoup.
    Et non, définitivement non ce disque est daubé jusqu’à la moelle.

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  • Aprés deux écoute c’est que cet album est super agréable a écouter c’est bon album de Dream Theater . alors certe il y a des impressions de déjà vu par moments mais quand même c’est de trés bonne facture comme l’opus precedent c’est bien plus digeste que les derniers albums avec portnoy. on ce doute maintenant que le groupe ne nous offriras plus de  » images and works » « metropolis 2 » etc etc mais si on fait abstraction de cela je trouve que dream theater ce fait plaisir et nous fait plaisir depuis le depart de portnoy. je suis tout de meme d’accord avec la chroniques sur le fait qu’il manque ce coté aventureux des années 2000

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  • En tout cas le morceau sur le sampler du magazine Hard Force est excellent.

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  • Bon, je vais jeter une oreille à ce disque pour en juger sur ce qu’il vaut vraiment.

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  • Ben c’est pas avec cet album que je vais raccrocher à DT…

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    sylvrock

    Ben écoute arroway, continue de te repasser le mauvais BC&SL en boucle – comme 80% des fans du groupe d’ailleurs – , c’est tout ce que je peux te conseiller.

  • attendons le 24………

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