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Interview   

Dream Theater, The Spirit Carries On – Episode 1 : John Petrucci


Deux hommes, deux positions, deux ambiances. Le départ de Mike Portnoy de Dream Theater est un tournant. Qu’il soit musical ou non, ça, nous le verrons dans quelques mois. Mais compte tenu de l’importance que Mike revêtait dans le groupe – ce n’est pas pour rien si Dream Theater était vu comme « le groupe de Portnoy » – les problématiques et les conséquences de ce départ sont nombreuses. Nous avons voulu prendre la température. Tout d’abord chez l’un de ceux qui était déjà là et qui a décidé de continuer, à savoir John Petrucci, guitariste et membre fondateur. Puis chez celui avec qui l’aventure va continuer : l’heureux nouveau élu Mike Mangini.

John Petrucci est quelqu’un de naturellement serein, voire par moments flegmatique. En conséquence, il s’exprime toujours très posément, donne des réponses mesurées et a un œil constamment positif sur les choses. Et bien entendu, son statut médiatique n’aidant pas, il fait attention à ce qu’il dit. Vous verrez d’ailleurs qu’il a été impossible d’aborder la sujet de la communication avec Mike Portnoy à propos de son départ du groupe. Petrucci déclarant même n’avoir même pas suivi les déclarations et les accusations de ce dernier dans la presse.

Du reste, rassurez-vous, il n’en reste pas moins sincère et – pour ceux qui voyaient déjà venir une interview lisse et ennuyeuse – intéressant dans son regard sur le groupe, sur les auditions pour un nouveau batteur, mais aussi sur d’autres thématiques plus générales telles que la pratique de l’instrument et la notion de musicalité.

Les interviews, ce n’est visiblement pas là où il est le plus à l’aise. Pas étonnant, donc, que Mike Portnoy, lui très à l’aise en tant que communiquant, ait été le représentant médiatique du groupe pendant des années. Parmi les conséquences de son départ en septembre 2010, il y a notamment une redistribution des rôles à ce niveau-là : « Maintenant, les autres membres vont simplement devoir s’affirmer, donner plus d’interviews, parler davantage et faire plus de séances photos ». Parmi les fans, nombreux étaient ceux qui pensaient que la mainmise de Mike Portnoy était pesante sur les autres membres du groupe. La réponse de John Petrucci, vous le verrez, dénonce cette croyance comme une idée reçue.

Nous avons également profité de cet entretien pour essayer d’en savoir plus sur l’orientation musicale du nouvel opus à paraître le 13 septembre 2011, A Dramatic Turn Of Events. Un titre d’album qui, d’après le guitariste et contrairement à ce que l’on pourrait supposer, ne se réfère pas à la séparation avec Mike Portnoy.

« Certains se concentrent beaucoup sur la technique et travaillent énormément, et d’autres pas. Ça n’en fait pas de moins bons musiciens pour autant. »

Radio Metal : Parlons tout d’abord du documentaire The Spirit Carries On réalisé pour relater les auditions du nouveau batteur de Dream Theater. Vous êtes-vous inspirés de reality shows pour réaliser ce documentaire ? D’où vous est venue cette idée ?

John Petrucci (guitare) : L’idée était que nous savions que cet événement, à savoir tester tous ces batteurs, allait être très particulier. Nous voulions disposer d’un moyen de revoir toutes les auditions. Au début, nous voulions simplement les enregistrer. Mais quand nous en avons parlé à notre manager et au label, ils ont pensé qu’il serait intéressant de les enregistrer de façon professionnelle. C’est ce que nous avons fait et tout est parti de là.

Ce genre de reportage filmé façon télé-réalité n’est pas forcément très populaire auprès du public metal. Aviez-vous peur des réactions ?

Non. Ce n’est pas une émission de télé-réalité, seulement un documentaire. L’objectif était de filmer les auditions. Nous n’avons absolument pas pensé à autre chose. Ce n’est pas de la télé-réalité, ce n’est pas passé à la télé, c’est un simple documentaire des auditions. Partant de là, nous n’avions aucune inquiétude. Je n’y ai même jamais pensé ! (rires)

Ce qui était amusant dans le documentaire, c’est ta façon de regarder Mike Mangini au tout début de la première audition. L’expérience d’auditionner un nouveau batteur était toute nouvelle pour toi, on avait presque l’impression de regarder un guitariste qui joue pour la première fois de sa vie avec un groupe. T’es-tu senti comme à tes vingt ans ?

Oui, carrément ! (rires) C’était drôle. C’est vraiment une expérience très différente que de jouer avec un nouveau musicien et de découvrir une alchimie. On se sent sourire et on ne peut pas s’empêcher de penser que tout ça est franchement sympa. C’est la même chose que de jouer ou de jammer avec un très grand guitariste ou avec quelqu’un qu’on admire. On a effectivement l’impression de rajeunir. On se surprend à sourire et à apprécier tout le processus. C’était vraiment sympa.

Thomas Lang et Virgil Donati n’ont pas été retenus car ils avaient tendance à trop interpréter et à modifier les parties originelles. Aviez-vous précisé, au départ, que vous ne vouliez pas que ce soit le cas lors de ces auditions ?

Nous avions seulement dit aux candidats que nous voulions qu’ils apprennent les chansons pour que nous puissions jouer quelque chose tous ensemble et voir ce que cela donnait. Nous n’avions pas donné d’instructions spécifiques. Ils devaient simplement apprendre ces trois titres. Ensuite, ils se sont présentés et les ont joué. Certains les avaient appris parfaitement, tandis que d’autres… Tous ces gars avaient appris les chansons, c’est évident. Tout le monde était très préparé et très professionnel. La différence, c’est que certains ont joué les titres de façon exacte.

Virgil Donati s’est démarqué de ces auditions par son côté « alien ». En imaginant que vous l’ayez choisi, penses-tu que vous auriez été capables de contrôler un tel personnage qui n’en faisait déjà qu’à sa tête lors de l’audition ?

(rires) J’aime beaucoup Virgil. C’est un type très cool, très sympa. Je me souvenais de lui pour l’avoir rencontré pendant la tournée G3, où il jouait avec le groupe de Steve Vai. J’ai eu des conversations particulièrement agréables avec lui. C’est très facile de s’entendre avec ce gars-là. C’est un monstre derrière sa batterie et un vrai showman. Je n’ai eu aucun problème avec lui, je l’ai trouvé formidable.

Mike Portnoy l’avoue lui-même : cela fait des années qu’il ne travaille plus la technique. Compte tenu de vos exigences pour ces auditions, si Mike Portnoy avait été un des candidats, aurait-il eu sa chance face aux autres prétendants ?

Mike Portnoy est un batteur formidable, l’un des meilleurs du monde. Je l’aime beaucoup et j’adore sa façon de jouer, alors oui, je suis certain que nous l’aurions choisi ! (rires) Je joue avec Mike depuis toujours, j’adore son style. Tout le monde a une approche différente de son instrument et une façon différente d’en jouer. Les guitaristes ne sont pas différents : certains se concentrent beaucoup sur la technique et travaillent énormément, et d’autres pas. Ça n’en fait pas de moins bons musiciens pour autant.

« Quand on tombe sur un musicien si parfait et qu’en plus de cela, c’est une personne adorable, c’est beaucoup plus facile pour le public d’accepter le changement. Je pense que ça a rendu les gens plus tolérants. Ce n’est pas comme si nous nous contentions de dire : ‘Voilà ce que nous avons décidé, c’est à prendre ou à laisser’. Au lieu de ça, le public peut voir tout le processus de réflexion, et tout prend soudain un sens. »

Il apparaît clairement dans ce documentaire que Mike Mangini était celui qui voulait le plus rentrer dans le groupe. Est-ce ce qui vous a décidé ?

Absolument. Le plus important, c’est l’alchimie, et le jeu doit sembler bon et coller comme il faut. C’est le principal. Et c’est exactement ce qui s’est passé avec Mike dès la première chanson que nous avons jouée avec lui. Mais à côté de ça, il y a beaucoup d’autres facteurs. Nous sommes un groupe, une bande de gars unie, et tout chez Mike Mangini est… Son passé, sa vie privée, son attitude lors des auditions, tout cela a joué un rôle dans notre choix.

Le choix était-il unanime ? James LaBrie avait par exemple l’air vraiment enthousiaste vis-à-vis de Minneman…

Les auditions étaient passionnantes. Les entretiens qu’on peut voir dans le documentaire ont été réalisés juste après l’audition de chacun des candidats. Marco était génial, vraiment intéressant, tout comme quelques autres. Mais au final, il a fallu mettre tout ça de côté et prendre une décision. Et cette décision était bel et bien unanime.

Au regard du plaisir que vous avez semblé avoir avec Marco Minneman, avez-vous un avenir avec lui ? Un projet de collaboration parallèle à Dream Theater, par exemple ?

Oh oui, absolument. J’adorerais. C’est un batteur formidable. J’adorerais travailler avec tous ces gars ! (rires)

Il a été annoncé que ce documentaire sortirait en DVD. Doit-on s’attendre à le voir en DVD bonus sur le prochain album ? Y aura-t-il de nouvelles vidéos, par exemple des extraits plus longs de chaque audition ?

Il fera partie d’une édition spéciale. Je pense qu’il sortira tel quel. Beaucoup de choses ont été tournées, alors nous pourrions sans doute ajouter quelques scènes. Mais le montage et le mixage ont pris beaucoup de temps, alors je pense que le documentaire sortira en DVD sans ajout.

Lorsqu’un nouveau membre est présenté aux fans dans un groupe, les réactions peuvent être négatives, voire agressives par rapport au fait qu’il remplace un membre aimé de tous. Cependant, il semble que sur les forums Mike Mangini ait été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme. À ton avis, pourquoi ? Penses-tu que The Spirit Carries On, qui présente le caractère indéniablement sympathique de Mike, y soit pour quelque chose ?

Je pense que c’est un batteur particulièrement respecté. Son talent à la batterie est indéniable. En plus de cela, c’est quelqu’un d’extraordinaire, de très sympathique et très facile à aborder. Quand vous le regardez jouer, c’est à couper le souffle. Je comprends les fans d’un groupe qui ne veulent pas voir tel ou tel membre remplacé. Je le comprends totalement, je penserais sans doute la même chose. Mais d’un autre côté, quand on tombe sur un musicien si parfait et qu’en plus de cela, c’est une personne adorable, c’est beaucoup plus facile pour le public d’accepter le changement.

Le documentaire a donc vraiment joué un rôle important auprès des fans.

Peut-être. Je pense que oui, effectivement. C’est en partie pour ça que nous avons fait ce documentaire. Nous nous sommes dit : « C’est plutôt cool que le public comprenne pourquoi nous avons pris cette décision et quel était le processus derrière tout ça ». Je pense que ça a rendu les gens plus tolérants. Ce n’est pas comme si nous nous contentions de dire : « Voilà ce que nous avons décidé, c’est à prendre ou à laisser ». Au lieu de ça, le public peut voir tout le processus de réflexion et tout prend soudain un sens. N’importe quel individu logique se dira : « Oh, j’aurais pris la même décision ».

Tout groupe qui change de line-up se voit ensuite harcelé par les fans puristes obsédés par le concept de « la reformation du line-up originel ». C’est le cas avec Kiss ou Guns N’ Roses et les propos sont parfois franchement irrespectueux pour les nouveaux membres. Comment comptez-vous gérer cette demande à laquelle vous ferez forcément face ?

On ne peut évidemment pas contrôler ce que les gens disent et pensent. Dream Theater existe depuis vingt-cinq ans. Au départ, j’ai fondé le groupe avec John Myung, puis nous avons eu différents chanteurs et différents claviéristes. Il se passe beaucoup de choses dans un groupe, surtout quand on a une carrière aussi longue que la nôtre. Le plus important, c’est que la direction musicale, le style et l’intégrité de la musique ne changent pas. Il faut que ça vienne du cœur, et je crois que le public l’accepte assez bien. Si les gens veulent voir un ancien membre revenir dans le groupe, je ne peux rien y faire. Je suppose que ça arrive. Mais il suffit d’avoir confiance en soi et en ce qu’on fait, ce qui est mon cas. Je pense que le nouvel album est génial et que Mike Mangini va être vraiment formidable. Le public va adorer le voir jouer.

« Tous les membres du groupe jouent un rôle et ont une grande importance. La seule différence vient de la perception du public. Rien n’a vraiment changé mais les gens ont commencé à penser que les choses allaient être différentes. Tu vois ce que je veux dire ? Mike Portnoy était très bon pour se mettre en avant dans la presse. Le public peut penser que les autres membres étaient en retrait mais ce n’était pas le cas. »

Comment la répartition des rôles a-t-elle évolué au sein du groupe ? Il semblerait que Jordan Rudess ait pris plus d’importance dans le processus de création et de décision…

Jordan a toujours été important. Tous les membres du groupe jouent un rôle et ont une grande importance. La seule différence vient de la perception du public. Rien n’a vraiment changé mais les gens ont commencé à penser que les choses allaient être différentes. Tu vois ce que je veux dire ? Mike Portnoy était très bon pour se mettre en avant dans la presse. Le public peut penser que les autres membres étaient en retrait mais ce n’était pas le cas.

Mike Mangini n’a pas participé à l’écriture du nouvel album car celui-ci était déjà écrit. Qu’en sera-t-il pour les suivants ?

Je ne sais pas trop. Cette fois, j’ai pensé qu’il était important d’écrire avec les compositeurs de base : guitare, basse et claviers. J’ai beaucoup écrit sans batteur pour Dream Theater et pour mes projets solo, et je suis plus habitué à faire les choses comme ça. Ça se passe beaucoup plus facilement pour moi. Je ne voulais pas faire appel à quelqu’un de nouveau, qui aurait une dynamique et une personnalité différentes. Je ne voulais pas partir sur cette base-là. Je voulais vraiment revenir à l’essentiel, aux bases de la composition. Mais qui sait ? Peut-être qu’il participera à l’écriture du prochain album. Je n’en sais rien.

Mike Portnoy était incontestablement garant de l’image de Dream Theater. Cette situation était-elle difficile pour le groupe à l’époque où il en faisait encore partie ?

Je pense que c’est uniquement un problème de perception. Encore une fois, Mike était très bon quand il s’agissait de se mettre en avant et de vendre le groupe. Il a donné beaucoup d’interviews et fait beaucoup au nom du groupe. Maintenant, les autres membres vont simplement devoir s’affirmer, donner plus d’interviews, parler davantage et faire plus de séances photos. Que des bonnes choses ! Il s’agit simplement de modifier un peu les rôles.

Beaucoup de choses ont déjà été dites par rapport à cette séparation avec Mike Portnoy, mais d’autres restent malgré tout floues. Comment est-on passé de « je veux faire une pause » à « je m’en vais » ? Ce cheminement reste assez étrange.

Effectivement. Je pense qu’il faudrait que tu lui poses la question. Je ne peux pas répondre pour lui, je ne sais pas ce qui lui est réellement passé par la tête. Encore une fois, je ne peux pas contrôler les gens, ni ce qu’ils décident de faire. C’est une question qu’il faut lui poser. Je n’en sais rien.

Lorsque Mike a tenté de revenir au sein du groupe et que vous avez refusé, celui-ci vous a accusé de n’avoir pas répondu directement mais par le biais de votre avocat. Est-ce vrai ?

Là aussi, demande-lui. Je ne sais pas ce qu’il est allé raconter dans la presse. Ces questions sont pour lui !

« Cet album-là est vraiment spécial. Il y a quelque chose d’unique et de spécial dans le contenu et dans l’atmosphère qu’il dégage. »

OK. A Dramatic Turn Of Events est le titre du nouvel album. Dans beaucoup d’interviews et dans le documentaire, tu parles du départ de Mike comme étant un véritable traumatisme. Est-ce que ce titre fait référence à cette séparation ?

Le titre de l’album fait référence aux paroles. Les chansons parlent toutes d’événements parfois dramatiques qui ont bouleversé des vies, que ce soit dans l’Histoire ou en ce moment même, d’un point de vue politique, religieux ou spirituel. Tout tourne autour d’événements qui ont changé le monde et la vie des gens. Voilà de quoi parle le titre. C’est une vraie coïncidence, on dirait que ça parle de la situation du groupe. Tu peux interpréter ça comme ça si tu veux, mais en réalité, le titre se réfère aux paroles.

Cet album fait suite à Black Clouds And Silver Linings, un album qui se voulait « safe ». Doit-on s’attendre à une évolution marquante ?

Chaque fois que nous faisons un album, nous injectons toute notre énergie et tous nos efforts dans le projet. Pour une raison quelconque, certains albums ont un côté spécial, alors que d’autres non. Je ne sais pas pourquoi, c’est simplement un état de fait. Cet album-là est vraiment spécial. Il y a quelque chose d’unique et de spécial dans le contenu et dans l’atmosphère qu’il dégage. Je suis impatient qu’il sorte et que le public puisse l’écouter. J’en suis très fier.

Est-ce que les nouveaux riffs que l’on entend lors du documentaire sont extraits des nouvelles chansons ?

Non, ils sont là uniquement pour le documentaire.

Interview réalisée le 8 juin 2011 par phoner
Retranscription et traduction : Saff’
Site internet Dream Theater : www.dreamtheater.net



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  • J’attend avec impatiente l’album dan son intégralité !

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  • A quand l’interview de mike portnoy? ^^

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  • Dites c’est un bisounours Petrucci en fait? Parce que là à le lire tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, il veut jouer avec tout le monde, les fans aiment Mike Mangini, y’a aucun problème nulle part, le nouvel album va être une tuerie… moi je suis content pour eux si tout est aussi rose mais j’ai quand même du mal à y croire.

    Ah au fait, pour ceux qui auraient pas encore été prévenus un titre du nouvel album, « On the Backs of Angels » est écoutable sur toitube. Après quelques écoutes je le trouve plutôt bon, mais pas forcément exceptionnel, j’attend donc d’écouter le reste pour voir si c’est vraiment « le meilleur album de leur carrière » comme dit Rudess (meilleur que SFAM donc, c’est pas gagné…)

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  • oui, quand tu parles de Mike à John, on sent qu’il n’est pas vraiment ouvert à la discussion sur le sujet de son départ

    Sinon, j’ai beaucoup cette interview, ça raconte beaucoup par rapport à ce qui va suivre et tout

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