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Nouvelles Du Front   

Du rock et des filles à Kaboul


Lorsque l’on voit des images du festival Sound Central qui s’est déroulé ce week-end à Kaboul, on sourit sans vraiment savoir pourquoi. La restriction des libertés (pour ne pas parler d’oppression dans certains cas) dans les pays du Moyen-Orient est une image tellement ancrée dans notre inconscient que le plus inculte des téléspectateurs se satisferait de ces images. Et à raison !


Le festival Sound Central a accueilli samedi près de 500 personnes venues de l’Afghanistan tout entier afin d’assister à plus de six heures de musique dans des registres allant de l’électro au death metal en passant par le blues. L’affiche était composée de groupes australiens, ouzbèkes, kazakhs et afghans et pour la plupart des fans de musique présents ce soir là, il s’agissait d’un des, voire du tout premier concert de leur vie. Et indiscutablement, dans le contexte politique actuel afghan, l’événement a fait du bien à beaucoup de monde : d’après Reuters, « certains [policiers] ont [même] été surpris en train de hocher la tête et de se balancer au rythme de la musique ». Une dimension libératrice ayant provoqué un enthousiasme insoupçonné par les groupes : « Nous ne nous attendions pas une telle affluence, c’est surprenant une telle énergie », déclare la chanteuse de Tears Of The Sun dont nous parlerons plus bas.

Il paraît que le meilleur moyen de connaître l’état des droits de l’homme dans un pays est d’observer comment sont traitées les femmes. Loin de nous l’idée de ne penser le monde qu’à travers notre spectre de journaliste musical. Mais si le rock, connu pour sa dimension rebelle, était aussi un bon moyen de prendre la température de l’application de ces droits ?

Auquel cas cet événement représenterait un début d’espoir. Il s’agît de la première édition de ce festival, le rock faisant son retour à Kaboul après trente ans d’absence. Les traditions culturelles et religieuses du pays ont interrompu l’événement à deux reprises lors de l’heure de la prière, l’alcool était interdit et les kebabs, le seul repas proposé aux spectateurs. Parmi les groupes présents, Tears Of The Sun, groupe ouzbèke avec une femme, Sabrina Ablyaskuna au chant, s’adressant ainsi au public : « Kaboul, mes nouveaux amis, let’s rock ! ». Avouez qu’une frontwoman sur une scène à Kaboul, haranguant le public, c’est un symbole fort. Nikita Makapenko, le guitariste du même groupe semble lui aussi croire aux bienfaits du rock : « Le rock’n’roll va changer le monde et nous espérons qu’il changera également l’Afghanistan. C’est historique et ce n’est qu’un début ».

Sans aller, comme lui, jusqu’à attribuer au rock un quelconque pouvoir de changement politique (en tout cas, rien d’aussi radical), nous pouvons néanmoins nous permettre un parallèle entre la situation du rock et l’évolution des libertés en Afghanistan. Le rock – et plus généralement la musique – souffre (à l’instar d’autres pays tels que l’Iran) de nombreuses interdictions tout ce qu’il y a de plus officiel depuis des décennies. Au point, dans les années 90, de voir des musiciens arrêtés et des instruments détruits par le régime taliban. Et le peuple n’est pas d’accord : la musique est désirée et l’enthousiasme national généré par ce festival en est une preuve. Et si le rock, musique considérée comme l’une des plus rebelles et libérées parvient à s’exprimer là-bas, certes avec des limitations, mais se permettant d’envoyer via Tears Of The Sun et sa frontwoman un message fort dans un pays où il est encore difficile d’être une femme libre, même après la chute du régime Taliban, c’est bien que l’on assiste à un début de changement.



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