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Interview   

Dusk Of Delusion : les forains partent en live


Le contraste dans l’art se développe plus ou moins consciemment. Il peut être travaillé volontairement par un artiste souhaitant réaliser une oeuvre aux visages multiples ou présentant un certain équilibre. Ou bien le contraste peut naître d’un besoin plus profond, comme celui de se démarquer d’un vécu. En l’occurrence, si la musique de Dusk Of Delusion est ce qu’elle est, c’est en majeure partie en réaction à un autre projet d’une partie de ses membres, Elvaron. D’une musique progressive exigeante techniquement, Matthieu Morand et ses collègues sont passés à un metal bien plus direct, un projet pleinement dédié à la scène.

Le groupe a aussi fait le choix de travailler ses contrastes au sein même de son album, afin de mieux représenter la réalité et de coller à sa trame narrative et son imagerie hautes en couleurs.

« C’est une condition que nous avons fixé : de tester tous nos morceaux en live pour voir justement s’ils passaient l’épreuve de la scène. »

Radio Metal : Ce projet n’est pas votre premier puisque tous les membres du groupes avaient déjà eu des projets chacun de leur côté, et vous vous connaissiez déjà un peu d’avant. Du coup, à quel moment l’idée de travailler ensemble est-elle née ?

Matthieu Morand (guitare) : En fait, Julien, le bassiste, et moi nous nous connaissons depuis que nous sommes au collège donc nous avions monté notre premier groupe ensemble quand nous étions jeunes. Un groupe qui existe toujours et qui s’appelle Alvaron et avec lequel nous avons sorti cinq albums. Dans Alvaron nous faisons plutôt quelque chose qui est de l’ordre du metal progressif. Nous avions envie, Julien et moi, d’aller vers quelque chose de plus direct, de plus taillé pour la scène, on va dire. Et nous avons évoqué il y a à peu près deux ans l’idée de monter un groupe qui serait clairement orienté vers la scène. Nous avons donc contacté Romuald, le batteur, qui était partant pour monter un groupe avec nous. Romuald avait déjà joué avec Benoit, notre chanteur, dans un autre groupe qui s’appelle Red Line. Nous avons commencé à travailler tous les quatre sur un certain nombre de compos, et au bout de quelques semaines, nous nous sommes dit qu’il y avait besoin de l’apport d’une deuxième guitare et voilà, nous nous sommes retrouvés tous les cinq, membres du groupe actuel, fin 2016 pour travailler sur Dusk Of Delusion.

Comme tu viens de le dire et comme la petite biographie promotionnelle du groupe le précise, ce groupe est aussi né d’une volonté de votre part de retrouver le public et de « ressentir la masse organique du son live. » J’imagine donc que pour ce projet-là, la scène c’est la finalité principale ?

Totalement, ouais ! C’était notre objectif premier. Nous nous sommes rapidement attelés à l’écriture de morceaux pour pouvoir rapidement aller sur scène. L’objectif a été atteint assez rapidement. Donc c’était effectivement plutôt de chercher cette finalité de jouer live.

Et du coup, comment est-ce que vous travaillez l’énergie scénique de chaque morceau quand vous êtes en phase d’écriture ou de répet’ ? Est-ce que les morceaux sont par exemple testés en live ou en résidence avant d’être finalisés ?

Ça c’est vraiment une condition que nous avons fixé : de tester tous nos morceaux en live pour voir justement s’ils passaient l’épreuve de la scène. Chaque morceau qui est sur l’album a été testé de nombreuses fois en conditions live pour voir si ça se passait bien. Chaque morceau est bien évalué en conditions live avec du public pour voir comment ça réagit, s’il y a des ajustements à faire, quels types d’arrangements nous pouvons nous autoriser sans forcément nous mettre en danger sur notre prestation scénique, etc.

Est-ce que cette envie d’écrire des choses plus directes est née d’une forme de frustration que vous aviez de projets précédents et notamment ton projet progressif ? Est-ce que tu sentais que tu ne pouvais pas vraiment te lâcher en live et tu avais besoin d’un projet plus orienté scène pour te faire un peu plaisir ?

C’est exactement ça ! Dans Alvaron, en plus, je fais la guitare et le chant en même temps, donc c’est une musique qui est très exigeante en termes de technicité et de rendu, qui ne permet pas forcément de pouvoir tout jouer sur scène avec les arrangements qui sont produits. Effectivement, c’était une frustration de ne pas pouvoir jouer sur scène les morceaux que nous écrivions. Donc oui, totalement, c’est tout à fait ça.

Votre album est décrit comme oscillant entre mélodies et screams, entre violence et accalmie, il y a clairement une volonté de jouer sur les contrastes. D’où vient-elle ?

Elle vient de la vie en elle-même. La vie est un contraste perpétuel entre plusieurs sentiments, entre plusieurs situations, l’amour, la haine, l’attente, les moments plus remplis de nos vies… C’est assez contrasté en fait.

L’album a pour fil rouge une sorte de fête foraine qui fait intervenir différents personnages tels qu’un banquier qui jongle avec l’argent des gens, un dompteur qui collectionne les conquêtes, un mime qui est enfermé dans sa dépression ou encore des frères siamois schizophrènes. D’où vous est venu ce concept ?

Avec Julien, le bassiste, nous avons toujours été très attachés à faire des disques conceptuels, qui tournent autour d’une thématique identique pour tout un disque. Mais là, Julien a eu cette idée qui lui est venue comme de décliner des personnages ou des stands d’une fête foraine de vers la fin du XIXème siècle et de les mettre en parallèle avec des vices de notre société actuelle. Ce qui était inspirant, c’est justement la multiplicité des stands qui ont aujourd’hui disparu dans les fêtes foraines. On ne voit plus de siamois, de mimes, de jongleurs, des diseurs de bonne aventure, des freaks shows… Cette ambiance a totalement disparu de nos jours, et c’est assez intéressant parce que cette ambiance-là est quelque part très ancrée dans l’inconscient collectif, dans la représentation des fêtes foraines de l’ancien temps. C’était quelque chose qui nous parlait et qui pouvait aussi faire résonner un certain nombre de thématiques derrière ça. C’est donc un concept qui est venu assez naturellement.

« On ne voit plus de siamois, de mimes, de jongleurs, des diseurs de bonne aventure, des freaks shows… Cette ambiance a totalement disparu de nos jours, et c’est assez intéressant parce que cette ambiance-là est quelque part très ancrée dans l’inconscient collectif, dans la représentation des fêtes foraines de l’ancien temps. »

L’album s’appelle (F)un Fair, avec le F qui est entre parenthèses et fait donc un jeu de mots avec “unfair”. C’est un adjectif plutôt sombre évidemment et le F apporte une petite touche humoristique finalement assez discrète mais qui est quand même là. Quel est le rôle de l’humour dans votre manière d’écrire des textes et de la musique ?

Tu l’as bien relevé, il y a en effet un aspect soit humoristique, soit second degré, soit carrément grotesque, dans le sens littéral. Après, cette démarche, c’est peut-être aussi parce que notre propos n’est pas du tout accusateur. Nous nous posons en tant que spectateur de notre société, nous ne sommes pas là pour donner des leçons, ce n’est pas moralisateur, si tu veux. Donc je pense qu’à un moment donné, il ne faut pas édulcorer le propos mais il faut savoir le prendre à différents degrés. Je pense que l’humour permet aussi ce genre de choses, cela ouvre des portes d’accès qui sont aussi intéressantes. L’accès à l’art par le biais d’un peu d’humour ça peut aussi être intéressant, surtout lorsque l’on est dans un style un peu de niche comme dans le metal.

Musicalement, ce que vous faites c’est un neo-metal assez brut, assez originel, ça rappelle les premiers Korn, les premiers Slipknot, les premiers Drowning Pool… Est-ce qu’il y avait une volonté pour vous de renouer avec cet état d’esprit direct et provocateur qu’avait le neo-metal ?

Je ne pense pas qu’il y ait chez nous une volonté d’être provocateur, dans le sens de provoquer quelque chose. Ce n’est pas le propos là. Après, il y a d’autres influences qui viennent dans notre musique. Il y a un peu de thrash, un peu de heavy, un peu de prog, et je pense que tout ça, combiné, fait qu’on a peut-être aussi que nous avons eu envie, dans notre musique, de faire quelque chose de plus direct. Alors dans notre volonté de faire quelque chose de plus direct, est-ce que cela peut aller vers quelque chose de plus brut, de plus violent ? Oui, certainement, je pense que c’est possible.

Si on prend les premiers albums du genre et qu’on les compare avec les disques qu’ont sortis tous ses artistes récemment, il y a quand même un énorme chemin qui a été parcouru. Quel est le regard que tu jettes sur cette évolution-là ?

Après, moi je ne suis pas le plus neo de la bande, je dois bien l’avouer. Mes influences principales dans le groupe sont amenées par Avenged Sevenfold et Slipknot, on va dire. Je trouve que l’évolution de Slipknot sur les cinq albums studio est relativement constante. Il n’y a pas eu de gros bouleversement à mon sens dans la musique de Slipknot. Dans Avenged Sevenfold, l’évolution est quand même clairement plus assumée, sur l’abandon maintenant quasi total du scream, sur le style beaucoup plus mélodique, arrangé, harmonisé. Après, l’évolution est obligatoire pour un groupe qui veut un peu durer sans se répéter infiniment. Donc je suis assez mitigé. Je pense que cela dépend vachement des groupes. Il y a eu aussi une grosse évolution au niveau du son. Korn a été un précurseur au niveau de la production sonore de leurs albums.

Est-ce que tu arrives à t’imaginer l’évolution de Dusk Of Delusion, dans quelle direction vous voulez aller ? Est-ce que tu as déjà quelques premières idées en tête ?

Ouais parce que c’est le genre de choses que nous évoquons régulièrement, parce que nous ne sommes pas toujours cent pour cent d’accord sur l’orientation que nous voudrions prendre. Moi j’aimerais profiter plus du fait qu’il y ait deux guitares pour aller faire des choses un peu plus arrangées pour deux guitares, un peu comme le faisait Maiden ou comme le fait Trivium ou In Flames sur les premiers albums, voire même quelque chose qui se rapprocherait plus d’Avenged Sevenfold avec beaucoup plus de solos. C’est comme ça que j’envisagerais l’évolution du groupe, mais disons que le fonctionnement depuis le départ a toujours été très démocratique et on verra ce qui sortira des prochaines séances de composition.

Interview réalisée par téléphone le 6 mars 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : François-Xavier Gaudas.

Site officiel de Dusk Of Delusion : www.duskofdelusion.com.

Acheter l’album (F)Unfair.



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