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Interview   

La dystopie écologique d’Asylum Pyre


Asylum Pyre a connu au cours de sa carrière d’importants changements de line-up et y a survécu en préservant son identité. Johann Cadot, guitariste/chanteur fondateur du projet, voit même ces bouleversements comme des étapes positives ayant permis de progresser, comme par exemple l’intégration de la nouvelle chanteuse Oxy dont il admire la polyvalence et qui peut laisser augurer l’apparition de nouvelles couleurs.

Asylum Pyre, au-delà de sa musique, c’est également une saga, comme nous le rappelle d’ailleurs le titre même du disque. Pour ce « N°4 », référence directe à la numérotation des illustres parfums Chanel, c’est donc non seulement d’un nouvel album que nous parlons dans cette interview, mais aussi d’un nouvel épisode liant écologie, psychologie et sociologie, pour à leur façon tirer la sonnette d’alarme sur le monde de demain.

Interview garantie sans spoilers.

« Le changement n’a apporté que du positif pour la musique d’Asylum. »

Radio Metal : Depuis le dernier album, parmi les changements, il y a eu un changement de chanteuse. Peux-tu revenir là-dessus et nous dire ce qu’il s’est passé ?

Johann Cadot (guitare, chant) : Tout simplement, nous n’avions plus vraiment les mêmes envies en termes musicaux, et en termes de show ou de façon de voir le groupe. À un moment donné, ça ne correspondait plus. Nous avons rencontré assez rapidement Oxy, et ce qui était amusant, c’est que contrairement au passé où nous avons parfois auditionné jusqu’à trente chanteuses pour trouver la bonne personne, là, c’est avec la première personne que nous avons vue que ça l’a fait directement. Nous en avons vu une ou deux autres après pour être sûrs, puis finalement, nous sommes restés sur notre choix, qui était une sorte de coup de cœur artistique et humain. Donc aujourd’hui, nous sommes très satisfaits de ce changement.

Qu’a-t-elle apporté concrètement d’un point de vue artistique, ou tout simplement dans sa manière de travailler ?

Elle est assez impressionnante car elle sait tout faire ou presque, et elle a un vrai groove dans la voix, une sorte de chant très naturel. Ce qui est difficile pour elle, c’est d’être trop froide, elle est toujours dans une façon de chanter hyper chaleureuse, hyper puissante, et il y a une vraie ouverture, une sorte de lumière lorsqu’elle se met à chanter, même en live, ce qui fait que ça ouvre la musique du groupe à l’auditoire plus que ce que nous faisions avant. Je ne saurais pas dire comme ça. Après, c’est juste une chanteuse extraordinaire qui arrive à atteindre des notes fantastiques sans se fatiguer, et qui arrive à chanter comme ça pendant des heures et des heures. Elle a ce côté presque jazzy par moments que nous n’avons pas encore trop exploité là, parce que lorsqu’elle est arrivée, une partie de l’album avait déjà été écrite, mais nous avons quand même coécrit certains titres. Je dirais que c’est surtout ce groove, cette voix chaleureuse et ronde qui a été apportée sur les titres. Elle a aussi de très bonnes idées harmoniques pour les chœurs.

Penses-tu que ce côté jazzy soit quelque chose qui puisse vous inspirer par la suite, même si ce n’est pas tout à fait votre identité musicale ?

Complètement. Je pense que dans le côté blues, jazz, voire même rnb à certains moments, ça peut apporter des touches supplémentaires pour s’amuser dans les titres. Nous avons toujours fait ça dans le groupe, essayer de changer l’atmosphère à chaque titre. Clairement, ce sont des choses qui peuvent amener de la richesse supplémentaire au groupe, sans tomber dans le jazz pur, bien sûr, mais d’avoir des passages où il y a cette couleur blues-jazz qui puisse ressortir. Elle sait aussi bien faire quelques voix que l’on pourrait qualifier de « tribales », comme ce que l’on entend dans « Into The Wild », qui est un peu d’inspiration chant bulgare. Elle aime bien jouer avec sa voix pour faire des choses qui pourraient rappeler des chants d’ethnies différentes, comme les voix africaines, et ça, c’est aussi intéressant. C’est quelque chose qui peut nous donner des idées pour la suite.

Plus que n’importe quel instrument, la voix est quelque chose de très personnel, donc qu’on le veuille ou non, quand on change de chanteur et de voix, il y a forcément un petit changement d’identité. Est-ce que c’est quelque chose qui vous a fait peur lorsque vous avez changé de chanteuse ?

Oui. Forcément, on s’interroge sur la façon dont les choses vont sonner. Après, au final, avec le recul, le changement n’a apporté que du positif pour la musique d’Asylum. Heidi était une très bonne chanteuse, mais là, il y a une autre dimension, je dirais. Finalement, quand Oxy se réapproprie les anciens titres, ça le fait tout autant qu’avant, voire mieux. Donc bien sûr il y a eu une appréhension, mais au final, ça passe comme une lettre à la poste !

Tu es la tête pensante du projet, c’est vraiment toi qui amènes la première impulsion pour chaque nouvel album. Comment cette répartition s’est-elle faite au départ ?

C’est toute une suite de hasards. Il n’y avait pas forcément de volonté là-dedans, c’est juste que si on reprend l’histoire du groupe, nous étions quelques-uns à amener des idées, puis j’avais un peu plus d’idées que les autres, puis au fur et à mesure, j’avançais un peu plus vite sur les compos. Pour l’instant, nous avons gardé ce fonctionnement sur cet album-là, c’est vrai que j’ai maquetté les toutes premières versions tout seul, mais ensuite, naturellement, les gens qui font partie du line-up aujourd’hui viennent s’intégrer et apportent une réelle plus-value. Nous nous parlons beaucoup, et ils comprennent bien l’état d’esprit des morceaux, et y apportent toute leur expérience. La section rythmique que nous avons sur l’album avec Thomas Calegari à la batterie et Pierre-Emmanuel Pélisson à la basse, ce sont des gens qui ont une réelle expérience et qui savent comment faire sonner des passages rythmiquement, et ça donne tout de suite une autre dimension. Maintenant, il n’y a absolument rien d’écrit et de figé, donc si demain quelqu’un arrive avec un, deux ou trois morceaux qu’il veut proposer au groupe, il n’y a aucun problème à ça, au contraire. Par exemple, la toute première version de « (D)ea(r)th » a été totalement modifiée grâce aux parties de batterie qui ont été faites. Nous avons revu tout le morceau à partir d’un gimmick de batterie ! Et au niveau du chant, nous avons coécrit certains passages avec Oxy, donc ça se fait au fur et à mesure. Donc aujourd’hui, c’est vrai que c’est moi qui amène les premières moutures, mais ce n’est pas gravé dans le marbre.

Comment évolue cette répartition avec le temps ? Trouves-tu que ces dernières années tu lâches un peu plus de choses et que tu laisses un peu plus les autres amener leur impulsion ?

Honnêtement, je n’en sais rien. Il y a toujours la difficulté de proposer des idées assez abouties pour que les gens comprennent où l’on va, sans trop imposer. Par moments, par le passé, j’amenais tout, jusqu’à l’arrangement précis de basse-batterie-guitare. Parfois, certaines personnes se sentaient un peu lésées en disant que c’était déjà écrit et qu’il n’y avait rien à faire. Il y a des gens qui se contentent très bien d’être interprètes, et d’autres pas. Et par moments, si on n’en donne pas assez, les gens peuvent dire : « Je ne comprends pas trop l’idée. » Donc c’est une recherche d’équilibre dans ce que je veux proposer. Ce qui est sûr, c’est que c’est différent par rapport à d’autres personnes qui arrivent par exemple à ne proposer qu’un riff et qu’une ligne de chant. Moi, c’est vrai que j’aime bien arriver avec une première version d’un titre complet, avec une structure. Même si tout change à la fin, j’aime bien arriver avec un truc où on sait où l’on va. Ce n’est pas juste une seule idée. Pour répondre à ta question de base, je n’en ai aucune idée, je ne saurais pas dire. Par contre, ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui je peux faire cent pour cent confiance aux musiciens avec qui je suis sur ce qu’ils vont pouvoir proposer comme idée, comme arrangement. C’est un plaisir.

« Ce qui est en train de se répandre, c’est l’anxiété ou la dépression liée au fait de s’inquiéter sur l’avenir de la planète et son état écologique. […] Sur ce N°4, nous avons un peu un mélange de thèmes purement écologiques, et de thèmes autour des problèmes mentaux, mais qui peuvent avoir des lectures différentes. »

À l’écoute du disque, ce qui prédomine, c’est le côté accrocheur de toutes les compos, même celles qui ont un côté un peu plus extrême. Est-ce que c’est un mot d’ordre lorsque vous écrivez, ce côté catchy ?

Déjà merci, je le prends comme un beau compliment ! Oui, c’est peut-être quelque chose qui évoluera dans le futur, mais jusqu’à aujourd’hui, quand je compose une chanson, je pars toujours du refrain. Je trouve un bon refrain, et à partir de ça, je construis tout autour. Donc effectivement, c’est ce côté accrocheur des refrains qui me tient vraiment à cœur, surtout avec le fait qu’aujourd’hui, malheureusement, je ne suis pas musicien à temps plein, et quand je fais un morceau, c’est aussi pour le plaisir et pour le côté partage. C’est vraiment le côté « je me lâche et je me fais plaisir ». La musique est pour moi comme pour beaucoup de gens une sorte d’échappatoire, et si le refrain est accrocheur et si j’ai envie de le chanter, ça va me faire plaisir, comme une thérapie, et c’est clairement quelque chose d’important pour moi, oui.

Il y a quelques invités sur cet album, et à l’écoute, on se rend compte que ce ne sont pas juste des noms que l’on a mis sur l’album. Parce qu’il y a une vraie plus-value puisque cela amène une grosse diversité vocale sur le disque. Qu’est-ce qui a inspiré cette idée ? Est-ce qu’il y avait au départ cette recherche de diversité vocale ?

Nous avons toujours essayé de faire beaucoup de voix différentes dans Asylum, depuis le début. Quasiment toutes les chanteuses qui ont travaillé avec nous aimaient bien jouer avec leur voix, s’amuser à aller dans l’extrême, faire des trucs un peu fun, faire des choses un peu ethniques, et moi aussi j’aime bien m’y amuser. Donc déjà, de base, nous avons cette envie de faire un gros travail sur les voix. Je ne sais même pas si c’est une envie en fait, parce que ça vient naturellement sur les différents passages, parce que nos morceaux sont des histoires, et quand nous racontons une histoire, par moments, nous avons besoin de telle ou telle ambiance, telle ou telle ligne mélodique, telle ou telle intention qui peuvent faire appel à telle ou telle voix. Ensuite, il s’avère qu’avec Raf [Pener] de T.A.N.K., nous sommes quasiment voisins, nous nous connaissons bien, nous nous apprécions, et ça a été un plaisir de lui proposer ça, il a accepté tout de suite, et il y avait une réelle plus-value d’avoir sa voix sur « (D)ea(r)th ». Après, pour Yannis [Papadopoulos], ça a plus été un concours de circonstances. J’allais voir Rhapsody, avec qui nous avions tourné, ils passaient en France et ils avaient Beast In Black en première partie. Et nous avons discuté juste quelques minutes avec Yannis, et je lui ai dit : « Demain, je t’envoie un message sur Facebook ! » En fait, il y avait un passage sur « Sex, Drugs And Scars », le morceau existait déjà, je me suis dit : « Mais en fait, il faut absolument que ce soit lui qui le chante ! » Et il a aussi accepté de suite, donc ça s’est fait comme ça.

Est-ce que ça a été un challenge, compte tenu de la diversité vocale que l’on entend sur l’album, déjà de maintenir une cohérence, mais aussi de maintenir une qualité d’accroche ?

Nous avons beaucoup travaillé sur les pré-productions, justement pour essayer de maintenir cette cohérence, d’une part. Ensuite, le travail fait par Angelo Emanuele Buccolieri, l’ingénieur du son, a été vraiment très important sur le mix final. Il a su prendre énormément de temps pour nous, et passer beaucoup de temps à tout mixer et homogénéiser à tous les détails près, donc je pense qu’il a une bonne part d’importance dans cette cohérence vocale également. Il a aussi su nous guider quand nous faisions les prises. Je pense que c’est aussi dû à ça.

Actuellement, sur le paysage musical metal, l’heure est clairement aux accordages très graves au niveau des guitares, et ce que l’on constate sur l’album d’Asylum Pyre, c’est que ce n’est pas le cas. Vous êtes restés sur un accordage assez proche de l’accordage standard. Qu’est-ce que cette manière de s’accorder apporte comme couleur, et est-ce que tu dirais que c’est plus facile de faire ce style de musique et de faire quelque chose de plus accrocheur et de plus coloré avec un tel accordage ?

En fait, je dirais que c’est par flemme et par facilité, parce que je n’ai pas forcément le temps de tester vingt accordages différents, pour l’instant [rires]. Donc nous sommes quand même en sept cordes, ce qui permet d’aller chercher des notes un peu plus graves quand il y en a besoin, pour libérer de l’espace pour les claviers ou pour les voix. Par contre, nous sommes en sept cordes en accordage standard, aussi parce que nous n’avons pas envie de sonner comme tout le monde. Donc il y a des choses que nous faisons qui sont quand même dans les codes. Je ne pense pas que pour Asylum, on puisse parler d’originalité, nous ne réinventons pas la musique. Par contre, nous avons une identité musicale. Peut-être que cela participe aussi à cette identité, mais c’est plus par défaut. Je n’ai pas vraiment envie de me dire : « Tiens, je vais m’accorder comme ça parce que c’est comme ça aujourd’hui dans le paysage musical. » Il y a déjà beaucoup à faire dans cet accordage-là ! Peut-être qu’un jour, nous aurons besoin d’autres accordages plus graves pour faire passer d’autres ambiances ou d’autres choses, je ne l’interdis pas. Mais aujourd’hui, c’est plus parce que la guitare s’est accordée comme ça, et que ç’a été composé comme ça. Il n’y a pas plus d’explication que ça !

Sur l’album précédent, il y avait un thème défini qui inspirait un peu toutes les paroles des chansons, c’était l’esprit. Quel est le thème de celui-là, s’il y en a un ?

En fait, il y a tout un concept que nous avons dévoilé qui réunit tous les albums depuis le début. Donc là, le premier album était sur le constat de l’état de la Terre, on va dire. Le deuxième album était un constat plus appuyé en se projetant cinquante ans plus tard, et en parlant d’autres thèmes. Sur Spirited Away, c’était surtout lié aux problématiques mentales, ce qui pouvait être également relié à l’éco-anxiété – je ne sais pas si c’est un phénomène que tu connais, mais c’est ce qui est en train de se répandre, c’est l’anxiété ou la dépression liée au fait de s’inquiéter sur l’avenir de la planète et son état écologique –, et donc les impacts que ça pouvait avoir sur l’esprit humain. Aujourd’hui, nous réunissons les deux, et nous dévoilons ce concept où chaque personnage, chaque membre du groupe a une double vie en 2050, donc une vie officielle, et une vie dans la résistance. Et aujourd’hui, c’est le début de la résistance, c’est l’album qui s’appelle N°4, avec une sorte de sous-titre qui est le Réveil Obligatoire. C’est le début de la lutte, qui sera prolongée sur le cinquième album, dont je connais déjà les thèmes, ainsi que quelques titres ! Et là, sur ce N°4, nous avons un peu un mélange de thèmes purement écologiques, et de thèmes autour des problèmes mentaux, mais qui peuvent avoir des lectures différentes. C’est un peu compliqué par téléphone et en si peu de temps, mais ça pose les bases de cet univers dans lequel nous avons un double rôle, et dans lequel nous commençons la résistance en 2050, avant l’apocalypse.

« La drogue, ce n’est pas forcément la beuh, la cocaïne, l’héroïne, ça peut aussi être les antidépresseurs, les anxiolytiques, toutes les choses qui sont prescrites officiellement par la médecine. […] [On finit par] soigner les effets et non les causes, et puis parfois tomber dans des dérives, sexuelles ou autres, et puis au final, se retrouver avec des cicatrices psychologiques qui sont peut-être pires que celles d’avant. »

À propos de cet engagement écologiste, comment vous impliquez-vous en tant que personnes et en tant que musiciens ?

Nous essayons de faire à notre niveau. En tant que musiciens, nous essayons déjà, avec Asylum, de répandre le plus possible ces messages-là. Ou par exemple, pour l’album, nous avons entamé les démarches pour faire une compensation carbone des déplacements que nous avons effectués pour la création de cet album-là. Après, dans ma vie personnelle, j’ai récemment changé de voiture car j’ai besoin d’une voiture pour ma vie privée, et j’ai acheté une hybride, qui n’est a priori pas la solution idéale mais la solution la meilleure actuellement en termes d’impact écologique. Et par exemple, comme j’ai d’autres activités car la musique n’est malheureusement pas mon occupation principale, au sein de mon entreprise, je développe aussi la prise de conscience environnementale auprès des employés, et également les démarches pour travailler dans le milieu environnemental, par exemple.

Il y a un morceau dans l’album qui s’appelle « Sex, Drugs And Scars ». Le « rock’n’roll » de la phrase a été remplacé par « scars » (« cicatrices »), donc qu’y a-t-il derrière cette version plus sombre du « sex, drugs and rock’n’roll » ?

C’est toutes les débauches dans lesquelles on peut entrer quand on n’est pas bien. Nous le relions notamment au problème des quantités, mais ça peut aussi être le fait d’aller mal à plein d’autres niveaux. Finalement, et c’est la référence qui est faite dans les paroles, la drogue, ce n’est pas forcément la beuh, la cocaïne, l’héroïne, ça peut aussi être les antidépresseurs, les anxiolytiques, toutes les choses qui sont prescrites officiellement par la médecine. Finalement, c’est une sorte de cycle dans lequel on peut entrer, à essayer de se soigner mais pas avec les bonnes choses, et soigner les effets et non les causes, et puis parfois tomber dans des dérives, sexuelles ou autres, et puis au final, se retrouver avec des cicatrices psychologiques qui sont peut-être pires que celles d’avant, et continuer dans un cercle vicieux.

Avec le titre de l’album, N°4, il est difficile de ne pas penser au N°4 de Chanel. C’est fait exprès ?

Exactement. C’est exactement ça. Nous sommes passés par plusieurs titres possibles, et au final, nous nous sommes arrêtés sur celui-là, où l’on voit sur la pochette le personnage d’Oxy, qui dans le monde officiel est mannequin top model, et donc l’égérie d’une marque, et notamment d’une marque de masques à gaz, parce qu’en 2050, les masques à gaz sont devenus tellement répandus qu’on en a fait des accessoires de mode. Et finalement, on peut aussi faire le parallèle avec les parfums. C’était un peu l’idée de la pochette, de faire une pochette comme une pub de parfum que tu pourrais voir dans le métro, et donc le clin d’œil avec N°4 et N°5.

Le N°4 fait clairement référence au parfum, donc il y a ce côté un peu glamour. Et en même temps, sur la pochette, il y a ce personnage avec le masque à gaz. Il y a vraiment une ironie noire dans ce mélange des deux. Dirais-tu que c’est le sentiment qui prédomine sur le disque ?

C’est un peu ça. Ça représente assez bien le personnage d’Oxy.

Quelles ont été les directives que tu as données à Gustavo Sazes, avais-tu déjà l’idée du masque à gaz au départ ?

Oui. Nous avions un peu cette idée-là, et c’est vrai que le processus a été long. Toutes les pochettes de Gustavo sont magnifiques. Par contre, nous l’avons un peu sorti de sa zone de confort, où il était dans un monde très metal, avec tous les genres et les codes du metal. Et les premières versions pouvaient ressembler à une pochette gothique, black, dark standard. Et finalement, pour réussir à aller vers ce côté un peu plus comme ce que tu as décrit là, une ironie noire, ça nécessitait du temps. Il a aussi fait le nouveau logo « AP », qui était une idée de faire comme le logo d’une marque. C’était vraiment l’idée de faire comme une campagne de pub et d’avoir le « AP » comme le « LV » de Louis Vuitton, avec ce même côté un peu cynique, avec ce luxe qui est tout ce que nous détestons. Nous voulions jouer sur les deux plans.

Au-delà du concept pur de cet album-là, c’est mine de rien votre quatrième album. Ce n’est quand même pas anodin d’appeler son album N°4. Il y a quand même une référence à votre carrière, il y a la référence aux autres albums, avec un côté où ça fait partie d’un tout. Que représente ce chiffre pour vous, et que représente ce disque par rapport à ses prédécesseurs ?

C’est intéressant, ce que tu dis là. Je n’avais pas forcément pensé à ça dans ces termes-là. C’est peut-être inconscient et je trouve ça assez intéressant. Effectivement, comme je te disais, c’est la suite ; les quatre albums se suivent dans le texte, et suivent quelque part l’évolution de nos réflexions. C’est moi qui ai écrit tous les textes jusqu’ici, donc c’est un peu « mon » évolution. Après, il y a certainement aussi ce côté où nous tenons bon malgré les problèmes, malgré les changements de line-up. Beaucoup de gens auraient baissé les bras, et finalement, nous avons quand même continué. Là, je sais que tout le monde dit ça, mais nous sortons l’album dont nous sommes le plus fiers. C’est clairement le cas aujourd’hui dans le sens où je pense que c’est le premier album que j’écoute avec autant de plaisir. Alors que nous sommes sortis du studio, ça m’arrive de le mettre et de l’écouter juste pour le plaisir, alors que les autres, j’avais du mal à les mettre et les écouter derrière. Pour moi, aujourd’hui, nous ne pouvions pas faire mieux que cet album-là en termes d’interprétation, de son. Je ne vais pas dire que c’est un aboutissement, car ça voudrait dire qu’il n’y aurait peut-être plus rien derrière, et ce n’est pas le cas, mais c’est le fruit d’une évolution, d’une expérience et d’un parcours. Ça représente effectivement beaucoup de choses. Le fait d’avoir réussi à faire ces changements de line-up et d’arriver à un produit comme celui-là, c’est une fierté aussi.

J’ai regardé l’histoire du Chanel N°5 pendant que je préparais cette interview, et Coco Chanel, quand elle a préparé ce parfum, voulait vraiment créer un parfum très artificiel. Ce que je trouve drôle, c’est finalement le paradoxe avec votre album qui, au contraire, a ce message purement environnemental…

C’est intéressant, merci pour l’info ! C’est intéressant parce que – je vais peut-être dire des bêtises – l’album n’est quand même peut-être pas celui qui a le moins de sonorités naturelles, parce que je pense que les guitares sonnent assez naturellement. Par contre, c’est l’album sur lequel il y a le plus de sonorités artificielles également, le plus de boucles indus, de bruits, et finalement, on pourrait peut-être faire ce parallèle-là. Puis, dans le livret de l’album, nous expliquons un peu le concept, et justement le parallèle et le paradoxe dont tu parles, nous expliquons pour le personnage d’Oxy que, finalement, comme elle est l’égérie de choses très artificielles et très superficielles, personne ne peut la soupçonner d’être en réalité la leader de la résistance derrière, en second plan. On peut faire ce parallèle aussi.

Interview réalisée par téléphone le 11 avril 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel d’Asylum Pyre : www.asylumpyre.com

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