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Interview   

L’éclosion symphonique d’Aephanemer


Après le succès de son deuxième album Prokopton paru en 2019, rencontré par le public et salué par la critique, les jeunes Toulousains d’Aephanemer se sont offert une signature chez Napalm Records pour dévoiler leur nouvel opus A Dream Of Wilderness très attendu par leurs nouveaux fans. Il faut dire que la subtile recette bien dosée entre les inspirations death mélodique et metal symphonique, très en vogue ces derniers temps, a de quoi séduire un auditorat étendu en quête de nouveautés. Mais cette ascension légitime est surtout due à la recherche d’une identité sonore caractéristique qui s’entend et se perçoit sur l’ensemble de ces trois opus. Si les inspirations de la musique extrême des pays nordiques est évidemment palpable dans les compositions de Martin Hamiche, celui-ci a mis un point d’honneur à développer davantage les aspects plus grandiloquents et épiques de la musique symphonique.

En accompagnant cet ensemble instrumental, la chanteuse Marion Bascoul intervient avec son growl et quelques passages de chants lyriques, les thématiques derrière les paroles s’appuyant bien souvent sur la mythologie, la littérature et les arts pour évoquer le monde d’aujourd’hui et les inquiétudes qui portent autour du changement dans notre époque. Nous avons pu nous entretenir avec les deux musiciens pour parler du passé, du présent et du futur d’Aephanemer, qui pour sûr continuera à gravir les échelons pour se faire une place de choix dans la scène de demain.

« Une autre étape a vu le jour sur Prokopton et ça s’est probablement accentué sur A Dream Of Wilderness : nous avons donné de plus en plus de place aux arrangements symphoniques. L’objectif est de donner une « vraie » place aux instruments classiques dans les morceaux, d’aller au-delà de l’ornement juste là pour améliorer des morceaux qui pourraient exister sans. »

Radio Metal : Martin, quel est ton rôle au-delà de la guitare lead ? Composes-tu les morceaux seul ou chacun a-t-il un peu la main sur l’ensemble des instruments ?

Martin Hamiche (guitare) : Non. À sa création en 2014, Aephanemer était un projet solo et depuis le début je compose la musique seul, parce que c’est ce que je préfère. Lorsqu’il a été question de recruter des membres, l’idée était de trouver des personnes pas particulièrement intéressées par la composition. Ça fait que jusqu’à présent, j’ai composé toute la musique que nous avons sortie – le nouvel album inclus – seul. J’écris les morceaux entièrement, avec la guitare, les parties au clavier, les arrangements, la basse, la batterie, mais pas les lignes de chant ni les paroles : Marion s’en occupe. Je me charge de tout ce qui concerne les instruments et j’envoie les morceaux aux autres lorsqu’ils sont plus ou moins terminés. En général, notre batteur Michaël me dit si telle ou telle chose n’est pas jouable. Même si je sais comment fonctionne une batterie, il y a forcément des passages que je vais imaginer comme étant jouables mais qui ne le sont pas. Idem avec Lucie et les parties de basse : ici ou là, elle va me faire des feedbacks, apporter des modifications… Mais à la base, je compose tout seul et j’envoie les morceaux aux autres une fois que la partie musicale est complètement terminée.

On sent une véritable évolution entre Memento Mori (2016) et Prokopton (2019), notamment au niveau de la prod puisque vous avez fait appel à Dan Swanö. Hormis ceci, qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui a donné sa profondeur et son côté tempétueux à Prokopton ?

C’est une bonne question ! La production nous intéresse beaucoup mais par défaut, nous ne sommes pas méga bons dans le domaine. Il y a plein de groupes dont des membres ont leur studio, sont passionnés par ça, etc. et c’est génial, mais ce n’est pas forcément notre cas. Ça fait que notre apprentissage a vraiment été progressif pour savoir comment ça marche. Après avoir sorti notre EP instrumental, Memento Mori a été notre premier album et c’était la première fois que nous sortions des morceaux avec du chant. Ce que ça impliquait niveau production, où placer le chant dans notre musique au milieu de toutes les guitares par exemple, etc., nous ne savions pas trop. Nous avons un peu tâtonné. Nous travaillions à l’époque avec l’ingé son qui avait fait notre EP, mais nous n’étions pas au max de ce que nous aurions pu faire niveau prod, clairement. Après cet album, nous pensions pouvoir faire mieux et nous avons essayé d’apprendre le fonctionnement de la prod, ce que nous aurions pu changer par rapport au process d’enregistrement… Je donne un exemple tout bête : tout le monde double les voix gutturales mais nous ne savions pas qu’il fallait le faire, parce que nous n’y connaissions rien ! Puis nous sommes passés par Dan Swanö qui était plus expérimenté et plus expert de notre style de musique : il mixait déjà des albums il y a trente ou quarante ans, il a énormément d’expérience. Ça a énormément changé, car quand on travaille avec quelqu’un comme lui, on a juste besoin de lui expliquer le son qu’on veut obtenir, et lui arrive à l’obtenir. Evidemment, il faut savoir ce qu’on veut. C’est quelque chose que nous avons amélioré entre Prokopton et A Dream Of Wilderness, sur lequel nous avons été davantage conscients de ce que nous voulions en termes de son. Il y a donc eu d’une part l’apprentissage progressif de comment marche la production et d’autre part l’évolution de nos attentes en termes de son.

As-tu eu une manière différente de penser la composition ? T’y es-tu pris autrement ?

Oui, mais pas qu’à cause de ça. À l’époque de l’EP instrumental, j’étais tout seul, je pouvais faire des guitares leads avec des mélodies en continu. Comme il n’y avait pas de chant, je pouvais mettre du lead de la première à la dernière seconde, il y a de la place et il faut l’occuper. Le chant est apparu avec Memento Mori mais je n’avais pas forcément changé ma manière de composer à l’époque, c’est pour ça que le chant et la guitare lead donnent l’impression de batailler un peu dans certains morceaux, on ne sait pas trop qui est au-dessus de l’autre. Après, ça donne des morceaux que nous aimons malgré tout, mais la réflexion sur la composition a été moins poussée qu’elle ne l’a été par la suite. J’ai essayé d’en tenir compte ensuite sur Prokopton et ma manière de composer a évolué. J’ai pensé les instruments, notamment les arrangements symphoniques, en fonction de la place que je voulais laisser au chant, et j’ai évité d’avoir des leads du début à la fin, même si nous adorons ça et que nous voulons continuer à faire de la musique mélodique. Une autre étape a vu le jour sur Prokopton et ça s’est probablement accentué sur A Dream Of Wilderness : nous avons donné de plus en plus de place aux arrangements symphoniques. L’objectif est de donner une « vraie » place aux instruments classiques dans les morceaux, d’aller au-delà de l’ornement juste là pour améliorer des morceaux qui pourraient exister sans. Ce sont des instruments à part entière qui apportent quelque chose au morceau et qui ont véritablement une place. Je dirais que c’est la deuxième chose qui a le plus changé au niveau de ma manière de composer : ne plus le faire uniquement autour de la guitare – même si je suis guitariste. Je ne joue ni du clavier ni du piano mais je veux faire en sorte que les compos ne soient plus basées que sur des riffs et des mélodies guitare mais aussi sur quelque chose qui ressemble plus à des progressions d’accords de clavier par exemple.

« Nous essayons de nous rapprocher de la musique que nous avons en tête à chaque album, de la musique que nous aimerions bien écouter mais qui n’existe pas encore. Du reste, c’est une question de goût : certains vont aimer, d’autres vont détester, mais nous sommes ok avec tout ça. »

Prokopton semble être l’album qui vous a vraiment fait émerger de la scène underground, qui vous a fait connaître au-delà de Toulouse et de la France. Pensez-vous que Napalm Records vous a repérés grâce à cet opus ? Comment le contact avec le label s’est-il fait ?

Complètement. Nous avons vu que, l’année de sa sortie, Prokopton avait changé quelque chose pour nous. C’est un peu difficile de s’en rendre compte sur le moment mais a posteriori, c’est évident. Dès l’instant où nous l’avons sorti, nous avons senti que les retours, y compris en termes de chiffres de vente, étaient quatre à cinq fois plus importants que pour Memento Mori, ça a été assez encourageant. Nous avions fini cet album en 2018 et nous l’avions envoyé à tous les labels, comme presque tous les groupes, pour voir si l’un d’entre eux aurait pu être intéressé. Nous étions un groupe indépendant, bon c’est cool de l’être mais c’est aussi cool d’avoir des partenaires. Nous savons que Napalm Records a écouté l’album mais ils ne nous avaient pas recontactés. Ils n’étaient pas intéressés à ce moment-là. Du coup, nous avons sorti l’album en mars 2019 comme les autres, en indépendant, et ils nous ont contactés début juin pour nous annoncer qu’ils voulaient le ressortir et nous signer soit pour l’album suivant, soit pour ressortir celui-ci. Nous nous sommes bien rendu compte qu’ils avaient été un petit peu intéressés lorsque nous leur avions envoyé l’album, pas assez pour nous signer, mais ça a suffisamment marché pour qu’ils reviennent vers nous. Ça nous a aidés pour plusieurs choses, directement et indirectement. Nous avons gagné en crédibilité et ça aide pour avoir des dates, des accès en festival, et même pour trouver un tourneur – même si notre tourneur ne savait que nous étions signés quand il nous a contactés. Je pense que c’est un peu le même parcours que beaucoup de groupes : sortir un album qui permet de se faire signer sur un label assez gros envoie un signal assez positif à toutes les personnes avec qui nous pouvons être amenés à travailler, que ce soit les tourneurs, les festivals ou même la presse.

A Dream Of Wilderness prend encore une tournure différente, il fait pas mal penser à la scène symphonique des années 2000. Quel est le sens de cette volonté ? Pourquoi vouliez-vous un album plus grandiose, était-ce pour coller au propos ?

Pas pour coller au propos mais ça aurait pu. Nous créons d’abord la musique avec des thématiques un peu vagues en tête pour après écrire les paroles et préciser les thèmes. C’est juste une question de goûts musicaux : j’ai toujours adoré la musique symphonique, metal ou non. Dès qu’un groupe utilise des orchestrations assez poussées, pas en termes de place que ça prend, mais en termes de recherche artistique, ça m’intéresse. Par exemple, Dimmu Borgir : ça fait longtemps que j’adore leur black symphonique. J’aime aussi Nightwish, même si leur metal symphonique est très différent. En dehors du metal, j’aime quelques trucs en musique classique – notamment en musique russe. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié et qui a été un fil conducteur dans les groupes que j’aime le plus. Après, pourquoi ai-je décidé d’en mettre un peu plus ? Je pense surtout que je n’aurais pas réussi à le faire sur les albums précédents. En apprenant à composer, j’apprends à maîtriser les éléments les uns après les autres et au début, quand tu galères déjà à composer des parties de guitare cool, tu ne te rajoutes pas de la difficulté en rajoutant des synthés. J’ai eu plus de temps de cerveau disponible pour réfléchir à d’autres intégrations lorsque j’ai trouvé ce que je voulais faire avec la guitare. Ça s’est fait assez naturellement.

La comparaison avec Children Of Bodom doit être assez courante : on sent que le jeu de guitare d’Aephanemer est inspiré par Alexi Laiho, même si c’est plus discret sur ce troisième album.

Clairement ! Après, on fait ce qu’on peut : Alexi Laiho était bien meilleur que moi à la guitare. Il a toujours été une influence comme Jesper Strömblad d’In Flames. J’aime surtout la fluidité de leur jeu, ils ont une manière de créer des mélodies et des leads de guitare qui sonnent hyper fluides lorsqu’ils sont joués. Iron Maiden est aussi comme ça. Alexi Laiho était très bon pour le faire dans Children Of Bodom et Sinergy, et c’est quelque chose que j’adore. Comme je n’ai pas son niveau technique, mon jeu ne sera jamais un copier-coller du sien, et ce n’est pas le but, mais il reste une influence importante au niveau du jeu de guitare.

Au-delà de Children of Bodom, le deuxième album avait un aspect folk qui peut faire penser à des groupes comme Ensiferum ou Windir. Quels sont les groupes qui t’ont influencé dans le mélange des styles ?

Il y en a pas mal. J’adore énormément de groupes de metal scandinaves qui m’ont influencé au fil des années. Parmi ceux que tu as cités, Windir est clairement une influence très importante : c’est l’un de mes groupes préférés en termes de lead de guitare. Ça n’a rien à voir avec Children Of Bodom, il n’y a pas ce côté fluide, mais c’est tellement joli et bien fait ! Il y a aussi des groupes comme Therion, In Flames ou même de l’avant-garde comme Arcturus. Leur style est particulier mais je les apprécie aussi pour leurs leads. J’ai l’impression que la plupart des fans d’Arcturus aiment le groupe pour plein de raisons sauf celle-ci ! Mais c’est pour ça que je les aime : leurs leads et leurs claviers sont hyper cool. Dimmu Borgir combine aussi les leads et le clavier. Il y a Dark Tranquillity également, même si leur clavier est différent de ce que j’aime, les leads sur Fiction et Damage Done sont magnifiques. Borknagar aussi… Tu parlais de folk : c’est vrai qu’on nous fait souvent la remarque. Mis à part Windir qui, pour moi, est un groupe un peu particulier, nous ne sommes pas trop influencés par des groupes de folk, mais je comprends complètement la remarque. Je pense que les groupes de folk ont les mêmes influences que nous, c’est comme si nous avions une espèce de grand-père artistique commun. Je trouve qu’Ensiferum et Wintersun sont de super groupes mais ils ne m’ont jamais influencé : je les ai découverts assez tard et ce n’est pas exactement mon truc, mais en nous écoutant et en les écoutant, on sent qu’il y a quelque chose en commun. Après, les influences sont probablement plus légitimes pour eux puisqu’ils sont scandinaves !

« Quand je dis m’inspirer de la philosophie, je ne vais pas m’inspirer de tel ou tel texte philosophique mais j’aime pratiquer la philosophie comme un mode de vie. Ça me permet de réfléchir à des questions existentielles. »

L’essence d’Aephanemer, est-ce donc un fond death metal associé à un côté entraînant, dynamique et accrocheur ? Pour toi, cette dualité est-elle essentielle ?

Clairement. Chaque personne va avoir son équilibre : pour certains ce sera à un tout autre niveau que ce que nous faisons, mais nous avons vraiment essayé de trouver cet équilibre. Nous ne voulions pas faire du power – même si j’aime le power et qu’il y a des groupes de power que j’adore – mais garder des mélodies, des plans catchy, un côté grandiose et majestueux que les orchestrations symphoniques permettent d’obtenir, avec le côté extrême et intense. Nous essayons de nous rapprocher de la musique que nous avons en tête à chaque album, de la musique que nous aimerions bien écouter mais qui n’existe pas encore. Du reste, c’est une question de goût : certains vont aimer, d’autres vont détester, mais nous sommes ok avec tout ça.

Marion, le chant clair était déjà utilisé sur les autres albums, peut-être en renforçant cet aspect folk dont nous parlions, mais sur A Dream Of Wilderness, on sent que tu as voulu y apporter une dimension plus lyrique. Pourquoi as-tu orienté ton chant clair vers cette dynamique ?

Marion Bascoul (chant & guitare) : J’avais effectivement placé du chant clair dès le premier album mais ce n’est pas vraiment ma spécialité et ce n’était pas forcément très bien exécuté. Cependant, c’était important pour moi d’en mettre, car j’ai l’ambition d’en faire. J’aime davantage le chant extrême, donc le growl va rester mon style de chant principal, mais je trouve que mettre du chant clair apporte des variations et de la diversité dans les morceaux. C’est quelque chose que je voulais faire depuis le début, mais j’avais des difficultés. Pour cet album, j’ai compris ce qui me posait problème : j’avais toujours travaillé les parties basses de ma voix à cause du growl, donc j’avais du mal à chanter dans les aigus. Ça m’a empêchée de faire des voix mixtes et ça pose beaucoup de problèmes. Pour pallier cette difficulté, j’ai décidé de prendre des cours de chant classique. J’ai commencé fin 2019, début 2020. En chant classique, notamment pour les femmes, on ne travaille que la voix de tête, les très aigus, et en travaillant avec ma prof, je me suis rendu compte que j’aimais bien ça et que ça serait intéressant d’en mettre dans l’album, même si je ne suis pas encore au point. Je dois encore beaucoup travailler avant de maîtriser ce type de chant, mais les quelques passages en chant lyrique collent bien à l’identité du groupe et renforcent l’aspect symphonique. J’ai donc proposé ça à Martin, nous avons essayé d’en mettre à deux endroits et nous en sommes contents !

Par rapport aux paroles, pourquoi avoir choisi le référentiel de la mythologie grecque ?

Je m’inspire des choses que j’aime et surtout de ce que je lis. Les paroles sont très inspirées par la littérature – notamment ancienne – et la philosophie. Le grand nombre de références à la mythologie grecque est un peu un hasard, ça n’était pas forcément voulu ! Ça l’a été sur Prokopton puisque le thème de l’album est la philosophie stoïcienne, mais pour A Dream Of Wilderness, le hasard a fait que deux singles que nous avons sortis sont basés sur des thématiques grecques. Le reste de l’album n’est pas focalisé dessus mais il y a quand même beaucoup de références à la mythologie et à la philosophie grecques, parce que ça m’intéresse, tout simplement.

Est-ce que la mythologie grecque reste une bonne grille de lecture pour parler du monde d’aujourd’hui ?

D’une manière générale, ce qui est intéressant lorsqu’on écrit des paroles, c’est d’utiliser des références culturelles qui parlent à tout le monde ou, en tout cas, à un grand nombre de personnes. Beaucoup de gens partagent les références de la mythologie, grecque en l’occurrence, même si ça dépend du pays. Je l’utilise comme des images pour exprimer des idées et ça fonctionne bien.

En lisant les textes, on a l’impression d’un fil rouge sur la question de la vie, de l’existence et de ses paradoxes, comme dans le morceau « Roots And Leaves ». Est-ce le cas ?

C’est bien vu. Quand je dis m’inspirer de la philosophie, je ne vais pas m’inspirer de tel ou tel texte philosophique mais j’aime pratiquer la philosophie comme un mode de vie. Ça me permet de réfléchir à des questions existentielles. C’est exactement l’idée de « Roots And Leaves » : comment faire la part des choses entre le désir de s’améliorer et celui de faire le bien. C’est un texte basé sur un questionnement existentiel et sur ses paradoxes.

Même question pour « Antigone » : pourquoi avoir choisi cette figure-là ?

Antigone est une figure que j’aime beaucoup, je trouvais que ça collait bien au morceau qu’avait composé Martin. Sur cet album, j’ai beaucoup été inspirée par la philosophie morale et je voulais qu’il s’ouvre sur une grande figure morale.

Les morceaux « Roots And Leaves » et « Strider » ont une forte dimension narrative, était-ce une intention volontaire ?

Tout à fait ! Strider raconte une histoire inspirée d’une nouvelle de Tolstoï et je voulais la raconter du point de vue d’un personnage.

« Le changement est un peu le thème de l’album : comment changer sa vision du monde pour s’adapter aux grands enjeux de l’époque. C’est une réflexion pour m’enlever des angoisses par rapport à la situation actuelle. »

On sent une réelle évolution de ton chant guttural par rapport aux albums précédents. As-tu des techniques pour le rendre intelligible ?

J’essaye de faire en sorte que mon chant soit intelligible, même si c’est compliqué avec un chant extrême. J’articule au maximum dans les médiums de la voix pour que ce soit compréhensible. Je fais un gros travail de prononciation et d’articulation avant de rentrer en studio et je m’entraîne le plus possible pour que mon chant soit le plus intelligible possible.

Quelles sont tes références en termes de growl ? Sont-elles féminines ou es-tu obligée d’évoluer en fonction du growl masculin ?

Il y a des deux. J’ai vraiment commencé grâce à Angela Gossow (Arch Enemy) parce que ça me paraissait possible, vu que quelqu’un le faisait ! Parmi mes influences, il y a Mikael Stanne (Dark Tranquillity) et Johan Hegg (Amon Amarth). J’ai en grande partie commencé le chant et la guitare pour pouvoir jouer du Amon Amarth ! Après, j’adore Masha [Scream] d’Arkona, je trouve que son chant est excellent.

Par rapport aux paroles du morceau « A Dream Of Wilderness », on a l’impression d’une rêverie d’un temps ancien où le savoir prenait moins de place et où la croyance prédominait. Est-ce le propos ?

D’une manière générale, j’écris des paroles pour penser des sujets, clarifier mon esprit sur certaines questions mais aussi pour me faire du bien par rapport aux choses qui m’angoissent. Le changement est un peu le thème de l’album : comment changer sa vision du monde pour s’adapter aux grands enjeux de l’époque. C’est une réflexion pour m’enlever des angoisses par rapport à la situation actuelle. Le rêve n’est pas forcément relié au passé mais plus au futur, c’est le rêve d’une situation meilleure.

Vous proposez une version française du « Radeau De La Méduse », était-ce par défi ? Et était-ce la première fois que tu growlais en français ?

J’avais proposé à Martin de faire un essai, une version française d’un des morceaux et de la mettre en bonus pour savoir ce que ça allait donner, si les gens allaient aimer et si j’allais y arriver. Nous avions nommé en français l’un des morceaux sur l’album, parce que ça parle d’un évènement historique français, donc ça s’y prêtait bien. C’était à la fois plus difficile et plus facile que l’anglais, c’est très compliqué à expliquer. C’est plus dur parce que c’est tout nouveau et étrange de chanter dans sa langue maternelle quand on a toujours chanté en anglais… mais c’est plus facile parce qu’on est sûr des tournures et si on prend des libertés d’écriture, comme c’est notre propre langue, on sait instinctivement que ça va fonctionner, que ça a du sens, donc c’est beaucoup plus rassurant. En anglais, on est obligé de rester sur des tournures de phrase plus standards pour éviter de tomber dans des contresens ou des non-sens. On peut difficilement prendre des libertés en anglais, tandis que c’est assez naturel en français. L’écriture en français a été beaucoup plus facile que ce à quoi je m’attendais. L’enregistrement a été plus compliqué, mais je suis contente du résultat et je pense que les autres le sont aussi. Nous réitèrerons probablement l’expérience !

Lorsqu’on entend pas mal de groupes de metal extrême s’essayer au français, on a parfois l’impression que l’accent anglais reste à cause de l’habitude, tandis que sur « Le Radeau De La Méduse » on sent que tu as la maîtrise de ton accent.

Merci beaucoup ! Pour le chant extrême, l’anglais apporte la facilité des accentuations très fortes. C’est pour ça que j’ai choisi cette langue : ça me semblait beaucoup plus approprié pour le growl et ça aide. Je me demandais ce que ça allait donner en français, sans ces accents. Finalement, je me suis rendu compte que les accentuations en français, qui ne sont pas les mêmes, fonctionnaient aussi, c’est juste que ça sonne différemment. Je n’avais jamais remarqué ce dont tu parles mais je peux comprendre que certains chantent en français comme ils chanteraient en anglais : quand on est habitué à mettre certaines intonations et certaines accentuations dans le chant, ça peut être compliqué de changer sa manière d’interpréter les phrases en changeant de langue. Je n’y ai pas vraiment réfléchi, ça m’est venu un peu comme ça, mais même si j’écoute des groupes de metal extrême qui chantent en français, j’étais surprise en le faisant moi-même de voir à quel point le français pouvait se prêter à ce type de chant.

Pour l’artwork, vous continuez à travailler avec Niklas Sundin, l’ancien guitariste de Dark Tranquillity, qui a fait vos trois albums. Comment êtes-vous entrés en contact avec lui ?

Je n’étais pas là lorsque Martin a fait appel à lui pour la première fois, il l’a contacté dès le premier EP qu’il a composé et sorti tout seul. Niklas avait gentiment accepté de faire l’artwork et depuis, nous continuons de travailler avec lui. Il fait des artworks pour des gros groupes mais aussi beaucoup pour des petits. J’imagine qu’il n’accepte pas toutes les demandes, mais c’est super qu’il ait accepté pour nous. J’avoue que nous adorons travailler avec lui, parce que c’est extrêmement simple. Une fois que l’album est composé et que les paroles sont écrites, nous lui expliquons le thème en lui donnant des pistes, puis il nous envoie des dessins et nous travaillons dessus. À chaque fois, il comprend exactement ce que nous voulons faire et il nous fait de superbes artworks. C’est vraiment quelqu’un de génial avec qui travailler, nous sommes très heureux qu’il ait fait toutes nos covers !

Avez-vous des pistes pour le live, pour les concerts à venir ou pour une tournée éventuelle ?

Martin : Oui, nous avons des pistes ! Nous sommes en train de travailler sur une tournée française pour l’année prochaine. Nous ne savons pas quand elle pourra avoir lieu, parce que le Covid a amené plein d’incertitudes et les salles ne sont pas forcément dispo. Les concerts prévus pour 2020 ont été décalés en 2021 puis en 2022, donc c’est assez blindé. L’objectif est de faire une tournée en France l’année prochaine et nous travaillons aussi pour des festivals. Quelques-uns ont déjà été annoncés, notamment le Motocultor que nous ferons en août prochain. Ça va être annoncé petit à petit, on sent bien que l’industrie est en train de repartir progressivement et c’est assez enthousiasmant !

Interview réalisée par téléphone le 12 novembre 2021 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Natacha Grim.

Site officiel d’Aephanemer : aephanemer.com

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  • j’ai beau écouter et réécouter, rein n’y fait, je n’aime pas du tout. Comparer ce groupe pop black « metal » à Opeth est un sacrilège. Ce chant timide, éraillé m’horripile.

    [Reply]

  • Je ne comprends pas l’engouement pour ce groupe. à part les quelques blast mélodiques et la double omniprésente, rien de transcendant. Ok il y deux jolies filles, mais le chant est horrible ! On dirait que ce groupe est mis en avant exprès, tout comme Greta Van Fleet qu’on nous impose. Bon ce n’est pas de mon gout. Il y a des groupes Français bien meilleurs.

    [Reply]

    C’est atrocement kitsch… De la mauvaise pop pseudo-metal. Ça me fait le même effet que Keep of Kalessin, c’est dire 😀

    Wlad

    Ah, justement, de mon côté je trouve le chant de Marion terriblement efficace. Éraillé comme du black mais pas criard, puissant et intelligible.
    Je n’ai pas encore écouté ce nouvel album mais sur les précédents j’appréciais la rigueur des morceaux : ça joue vite et il y a beaucoup d’arrangements, mais Martin n’oublie jamais de rester concis et focalisé sur sa ligne mélodique.

  • Un groupe avec une vrai personnalité. Meilleure découverte en France depuis… Longtemps.

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