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Chronique   

Eddie Vedder – Earthling


Eddie Vedder est arrivé à un stade de notoriété où il peut multiplier les projets, crédibilisés par la seule apparition du nom du frontman de Pearl Jam. C’est justement ce qui rend difficile le suivi de sa discographie, qui doit inclure toutes ses participations à des œuvres cinématographiques, la plus célèbre étant la bande originale d’Into The Wild qui constitue peu ou prou sa première œuvre solo. Depuis, Eddie Vedder a réitéré un travail issu de son propre chef, Ukulele Songs (2011), qui entérinait son affection pour l’instrument et cette musique folk à l’apparence minimaliste. Récemment, l’EP Matter Of Time (2020) présentait six titres dont quatre interprétations acoustiques « faites maison », cultivant toujours cet esprit intimiste et cette image du musicien esseulé avec son instrument. Earthling est un tout autre animal. Ce qui se considère comme le troisième opus solo d’Eddie Vedder prend la forme d’un album réalisé par un tout nouveau groupe. On pourrait ainsi le renommer Eddie Vedder & The Earthlings, où le chanteur s’entoure du batteur Chad Smith, de claviériste-guitariste-chanteur Josh Klinghoffer, du bassiste Chris Chaney et des guitaristes Glen Hansard et Andrew Watt. Une formation qui s’est déjà illustrée en septembre dernier au festival d’Eddie, l’Ohana Festival. Earthling est un album qui renoue avec la musique « électrique », présentée sous multiples formes.

Earthling a été produit par Andrew Watt justement, réputé pour ses collaborations avec nombre d’artistes à succès (d’Ozzy Osbourne à Avicii en passant par Miley Cyrus). Sur ce plan, Earthling se montre presque irréprochable, qu’il verse dans un rock électrique ou la douceur pop. « Invincible » s’ouvre par des nappes de claviers qui laissent planer le doute quant à l’orientation musicale de l’opus, très vite dissipées par la pulsation de la batterie et les arpèges de guitare qui délivrent un rock aérien dans lequel le timbre de Vedder excelle. Le chanteur se trouve constamment à la frontière d’une pop extrêmement accessible et d’un rock qui doit évidemment beaucoup à Pearl Jam. Il y a une certaine grandiloquence dans les élancées mélodiques, en accord avec la conviction que la musique peut être une forme de prise de recul et de protestation non violente. « Power Of Right » introduit immédiatement une forme de contraste en s’exprimant par un rock énergique qui doit beaucoup aux rythmiques dansantes du rock anglais à la Arctic Monkeys. Il faut le dire : « Power Of Right » se rapproche d’une sorte de Pearl Jam à l’accessibilité renforcée. Eddie Vedder se distingue surtout lorsqu’il lève le pied, à l’instar de la routine tranquille du pop-rock « Long Way », non dénuée d’excès mielleux dus à une progression harmonique extrêmement convenue.

Earthling repose sur une formule simple : des variations allant du blues au rock, qui se lient entre elles par le timbre de Vedder. Amplement suffisant en soi. « Brother The Cloud » illustre le syncrétisme des genres en rappelant qu’Eddie Vedder sait les transcender sans forcer et livrer quelques lignes mémorables rappelant ses grandes heures. Il faut dire qu’il sait s’entourer : outre les musiciens des Earthlings, il accueille Stevie Wonder, Ringo Starr ou encore Elton John sur le rock bluesy enjoué de « Picture ». Un véritable duo à l’ancienne avec l’enchaînement des couplets et les phrasés de piano Bonne Maman®. Earthling communique très souvent une énergie qui fait son charme et qui tranche avec la mélancolie des précédentes créations : « Try » est une fusion entre punk énervé et harmonica tandis que « Rose Of Jericho » doit beaucoup à un riffing de guitare nerveux, encore une fois inspiré de l’agilité du rock anglais. « Good And Evil » a même des relents d’indus et de stoner à la Queens Of The Stone Age. Reste qu’Eddie Vedder n’est jamais aussi charmeur que lorsqu’il prend le temps de s’asseoir, à l’image de l’éthéré « On My Way » qui clôt les débats par un faible jeu d’écho.

Earthling est un album de pop-rock qui, à défaut d’être transcendant, n’est jamais ennuyeux. Eddie Vedder rappelle sa polyvalence et sa capacité à faire évoluer des accroches. La singularité de son timbre l’empêche de côtoyer l’anecdotique malgré la rareté de coups d’éclat mélodiques (« Rose Of Jericho », « Brother Of Cloud ») dont il a le secret. Earthling reste une variation électrique bienvenue de son travail avec Pearl Jam qui s’aborde avec légèreté.

Lyric video de la chanson « Brother The Cloud » :

Lyric video de la chanson « Long Way » :

Lyric video de la chanson « The Haves » :

Album Earthling, sortie le 11 février 2022 via Island / Def Jam / Universal. Disponible à l’achat ici



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