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Live Report   

Eindhoven Metal Meeting : le Noël des metalleux


Le Eindhoven Metal Meeting, c’est un peu le Noël des metalleux : chaque année depuis 2009, quelques jours avant les fêtes, il propose une affiche alléchante dans un cadre familial – une salle et deux scènes situées en plein centre d’Eindhoven, au sud des Pays-Bas. Avant même de débuter, l’édition 2014 était déjà un succès, avec un festival sold out dès le début du mois de décembre. La raison, selon l’un des organisateurs ? Une programmation qui privilégie les valeurs sûres : peu de groupes expérimentaux, un accent mis sur les approches « traditionnelles » et des pointures dans chaque style proposé – black, death, folk, thrash.

Bilan après deux jours et plus de trente-cinq lives : le festival a su se montrer à la hauteur de la confiance des festivaliers. Ils étaient près de 1 600 par jour à répondre présent, venant de près de vingt pays différents. Et même si le son n’était pas toujours optimal (surtout dans la petite salle) et si les escaliers qui reliaient les deux salles ont fait quelques victimes, l’organisation était parfaitement rodée… Entre poids lourds à la hauteur de leur réputation et belles découvertes, voici les temps forts du festival.

Evenement : Eindhoven Metal Meeting
Date : 12 et 13 décembre 2014
Ville : Eindhoven [Pays Bas]

Carach Angren

Commençons par le set le plus progressif de ces deux jours délivré par les Suédois de Morbus Chron. Avec une set-list mêlant le death metal « classique » de leur premier album aux expérimentations progressives de Sweven, opus beaucoup plus expérimental sorti l’année dernière, le groupe retient l’attention de pas mal de festivaliers, séduits par leur dynamisme et leur énergie. Mention spéciale à leur très belle fin de set, atmosphérique à souhait.

Changement d’ambiance complet avec Carach Angren. Corpse paint léché, chevelures soyeuses et black symphonique parfaitement exécuté : les Hollandais soulignent leur performance d’une mise en scène très théâtrale. Les amateurs de musique plus viscérale restent dubitatifs, mais les autres apprécient un spectacle divertissant et très maîtrisé. Et les aficionados ont de quoi se délecter avec un avant-goût du prochain album prévu pour le début de l’année : le titre « There’s No Place Like Home ». Le même parti-pris théâtral voire cabotin est adopté par les Allemands d’Attic : autel, grand crucifix inversé… Difficile de ne pas penser à King Diamond, surtout lorsque l’on entend la voix du chanteur, Meister Cagliostro. Malgré une vraie fraîcheur et une énergie très communicative, il faut reconnaître que le groupe peine un peu à exister au-delà de ses – flagrantes – influences.

À en juger le nombre de T-Shirts à leurs couleurs croisés dans la foule des festivaliers, Asphyx était très attendu – c’est même le moins que l’on puisse dire. Ces pionniers du death metal hollandais sont actifs depuis 1987, et même s’ils sont peut-être plus reconnus à l’étranger que dans leur propre pays, les musiciens entrent sur scène en terrain conquis et avec un plaisir manifeste : le chanteur, entre deux morceaux d’un death bien lourd aux accents très doom, affirme à plusieurs reprises sa joie de jouer pour la première fois depuis longtemps devant le public d’Eindhoven.

Triptykon

Lorsque Triptykon prend leur suite, la salle est bondée : entre la carrière illustre de son frontman Tom Warrior et le succès de ses deux premiers albums, le groupe a de quoi attirer fans et curieux. Les musiciens entrent en scène sur un instrumental angoissant pour se placer entre deux grandes tentures reprenant les œuvres iconiques du géant du biomécanique, H.R. Giger. Rappel des artworks du groupe, mais aussi hommage au peintre dont le décès l’année dernière a beaucoup affecté Tom, dont il était très proche. En live, le groupe parvient à reproduire l’atmosphère glaciale et écrasante présente sur disque, notamment dans l’abyssal Melana Chasmata. Assommant le public d’emblée avec le classique « Procreation (Of the Wicked), la set-list mêle tubes de Hellhamer et de Celtic Frost et morceaux plus récents de Triptykon pour un set sans temps morts, oscillant entre rage froide et tonalités élégiaques. Mené par un Tom Warrior au charisme de patriarche soutenu par un groupe solide et un jeu de batterie au groove impeccable, le groupe accueillera même Tom Lindberg pour un « Circle Of The Tyrants » d’anthologie, tour de chauffe avant le set d’At The Gates, tête d’affiche de cette première journée.

Un peu sonnés mais ne perdant pas le nord, on se précipite dès la fin du set des Suisses dans la petite salle pour voir Urfaust, qui nous avait faussé compagnie à la dernière minute lors de l’édition 2014 du Hellfest. Le changement d’ambiance est radical : à la froideur pachydermique de Triptykon succède un cadre intimiste, éclairé à la lueur des bougies, dépouillé mais hypnotisant, à l’image de la musique du groupe. Les deux musiciens, derrière leur autel, les volutes d’encens et les vapeurs d’alcool, ont choisi d’enchaîner les titres mélancoliques et hallucinatoires : une batterie rock basique et hypnotique qui tiendra le même rythme quasiment tout le set, des riffs lancinants et les hululements, hurlements de possédés et autres envolées quasi lyriques de IX laissent certains festivaliers sur le bas-côté mais emportent les autres dans un univers poétique et désespéré assez unique dans le paysage du black metal, évoquant autant Burzum ou Arvo Pärt que Nietzsche ou l’art brut. Le voyage aurait mérité plus de cinquante minutes pour se développer dans toute son ampleur, mais les apparitions live de ces deux clochards [sic!] célestes sont tellement rares qu’il ne faudrait pas bouder son plaisir !

La foule !

S’il y a un style de metal qui se préoccupe de l’idée de tradition, c’est bien le folk, comme par hasard très représenté dans cette édition « tradi ». Des pontes de Primordial à leurs compatriotes Cruachan en passant par les Finlandais d’Ensiferum ou encore Skyforger, les fans du genre avaient de quoi faire. Face à un public enthousiaste malgré des créneaux pas toujours évident (Ensiferum qui peine à rassembler face au bulldozer Blasphemy), costumes folkloriques et instruments traditionnels ont su trouver leur place au milieu des riffs acérés et du corpse paint. Le metal « retour aux sources » est bien représenté aussi, comme le prouvent les fans de thrash allemand (et les Allemands fans de thrash !) venus en nombre. Vêtus de toute la panoplie commandée par les circonstances, ils nous donneraient presque l’impression d’être revenus dans les années 80… Entre Cripper, Dust Bolt, Holy Moses, ou encore les Anglais de Xentrix, il faut dire qu’eux aussi étaient servis !

De notre côté, ce sont les Suisses de Bölzer que nous attendions avec impatience. Le duo parviendra-t-il a recréer en live le death envoûtant de leur très remarqué Aura, et de son successeur Soma sorti en 2014 ? Si l’ensemble manque un peu de punch et de profondeur – sans doute en raison de ce line-up très réduit – , les hurlements d’âme en peine de KzR et le retour de motifs musicaux hypnotiques prennent l’auditeur à la gorge et le plongent dans une atmosphère très « black » unique au milieu d’une affiche très death-grind en ce début de deuxième journée.

En effet, c’est toute la tournée « Hell Over Europe » qui fait étape à Eindhoven : Miasmal, Origin, Exhumed et Aborted débarquent avec tout leur attirail kitscho-gore pas nécessairement très digeste en plein milieu d’après-midi, où sont pourtant programmés les trois premiers groupes… Aborted en revanche qui bénéficie d’un horaire plus tardif remplit la grande salle et met tout le monde d’accord avec un set redoutable et un frontman déchaîné, épaulé le temps d’une chanson par son homologue d’Exhumed.

L’inconvénient d’un festival sold-out, c’est que la circulation peut se faire un peu difficile entre les salles : n’étant pas exactement les seuls à trépigner d’impatience à l’idée de voir les légendes du black metal canadien Blasphemy, il nous faudra attendre une dizaine de minutes devant les portes, la sécurité étant obligée de veiller au grain tant la petite salle était remplie ! Mais l’attente en vaut la peine : les Canadiens livrent une performance remarquable, agressive et menaçante, que même un son notablement mauvais ne vient pas entacher : au contraire, volontairement ou non il rappelle la production très « trve » des classiques des années 90 du groupe. Groupe dont les musiciens ont d’ailleurs failli devoir monter sur scène sans leur tenue de combat ! Leur artillerie n’ayant pas pu passer la frontière, c’est Thomas Goat d’Heretic qui leur aura sauvé la mise en leur prêtant de quoi s’équiper.

Morbid Angel

L’Effenaar est bondée encore, mais dans la grande salle cette fois, pour la tête d’affiche du jour : Morbid Angel. Le mètre soixante de votre serviteuse ne lui aura pas permis de profiter pleinement de la dimension visuelle d’un set imparable qui aura été à la fois le moment et coup de grâce de pas mal de festivalier. Ceux qui n’auront pas été complètement assommés se retrouvent dans la petite salle pour profiter du black frénétique et sanguinaire de One Tail, One Head. Compensant ce qu’ils n’ont pas en originalité par une énergie débordante, les Norvégiens apportent une conclusion sanguinolente à ces deux jours endiablés. Dans la grande salle, ce sont les Suédois d’In Solitude qui ferment la marche devant les derniers rescapés : il est 1 heure du matin, la fatigue se fait sentir, et le heavy aux inflexions gothiques du groupe, s’il peine à faire bouger la foule, donne à ces dernières minutes une couleur crépusculaire, un peu inquiétante et onirique.

Pour résumer, le Eindhoven Metal Meeting, c’est deux jours d’une programmation très dense qui même en misant sur des valeurs sûres reste variée, le tout dans un environnement à taille humaine et une ambiance bon enfant – même si l’organisation reste vigilante, on a vu des pancartes « voler n’est pas metal » affichées dans toutes les salles ! Et puis les Pays-Bas, ce n’est pas si loin : quelques heures de train seulement depuis la frontière française pour aller à Eindhoven. Avis aux amateurs !

Photos : Paul Verhagen – Eindhoven Metal Meeting.



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