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Interview   

Ektomorf : Zoltan à fleur de peau


Zoltan Farkas, tête pensante d’Ektomorf, est un gamin qui a réalisé son rêve. C’est avec l’émerveillement et les yeux brillants qu’il avait probablement face à ses idoles (des idoles comme Max Cavalera qui d’ailleurs, on le verra, n’en est plus une du tout aujourd’hui…) qu’il s’interroge sur la manière de contenter ses fans. Oui, Zoltan est passionné par ses fans parce qu’il a su en rester un. On ne l’interviewe pas. On bavarde avec un gosse, fan boulimique de musique : langage familier, aucune déclaration préparée ou même ne serait-ce que réfléchie en amont et des réponses d’une sincérité rare, surprenante, au départ désarmante mais au final délectable : avec lui, on peut librement aborder et débattre de tous les sujets.

De lui-même, il nous confie des anecdotes irréelles sur un Danko Jones enregistrant une chanson à l’arrière de sa voiture, sur les conditions du premier concert acoustique donné par le groupe ou encore sur l’éviction d’Ektomorf de l’ancien guitariste et meilleur ami de Zoltan, Tamas. Il accepte volontiers de se livrer sur des sujets plus « intimes » tels que sa condition de Gitan au sein de la Hongrie, ses problèmes personnels et, en toute logique, les raisons de son choix de sonnerie sur son Iphone.

Une attitude touchante qui nous confirme ce que Zoltan nous dit lui-même : sa carrière musicale est le résultat d’une fuite en avant, d’une lutte pour trouver un exutoire salutaire.

« … La musique me libère de tout ce que j’ai fait ou ce qui m’est arrivé de négatif. […] Il m’est arrivé beaucoup de merdes ces derniers temps. J’ai viré mon guitariste il y a deux semaines, il avait été mon meilleur ami pendant huit ans. »

Radio Metal : Vous avez fait un concert acoustique il y a quelques jours (NDLR : entretien réalisé en décembre), non ?  Était-ce la première fois que vous réalisiez ce genre d’exercice ?

Zoltán Farkas (chant): C’était la première fois et, pour te dire la vérité, j’avais un putain de stress ! (rires)

Comment était-ce ?

C’était génial, bordel ! C’était un petit concert. On a été endorsés par Gibson Guitars et ils ont leur siège européen à Berlin. On y est allé et la première chose qu’ils nous ont dite, c’est « Vous pouvez faire un concert acoustique non ? ». J’ai répondu « Pourquoi pas ? On va tenter ! » On a donc invité la presse, quelques potes et des fans (très important les fans !) et on l’a fait ! C’était un peu précipité parce qu’on avait pris du retard dans le trajet de Hambourg à Berlin et on avait à peu près une heure pour tout préparer, y compris les balances. L’équipe allemande de Metal Hammer est venue avec les caméras pour enregistrer deux chansons sans public, juste avec nous. Et, tu ne vas pas me croire, j’avais une putain de guitare acoustique et… tu joues de la guitare ?

Non.

OK, pas grave. En fait, les guitares acoustiques ont une prise maintenant et elles marchent avec une pile. Et j’avais oublié de débrancher la mienne ! (rires) Donc la pile était morte. C’était notre premier concert acoustique, on commence et, la guitare ne sort aucun son ! C’était un peu honteux comme début, j’ai donc dit « Vous savez quoi ? On s’en branle, ça sera un vrai concert acoustique ! » et j’ai joué sans brancher la guitare, jusqu’à ce qu’on m’en passe une autre.

Ça avait l’air d’être l’enfer, dis donc !

Oui, en plus, avant le concert, mon guitariste Tamás qui devait venir avec les autres de Hongrie pour répéter a eu des soucis de drogue et a manqué son avion. C’était la goutte d’eau avec lui, il s’est donc fait virer du groupe. Donc j’ai dû demander à notre booker, Yurik, de Dragon Production en Allemagne, s’il pouvait nous aider pour le concert. C’était vraiment de l’impro, mec ! Mais ça s’est très bien passé et très bien fini. On avait à peine répété deux fois avec Yurik, une fois dans ma chambre, une autre fois avec le reste du groupe, avant de monter sur scène.  Donc, pour répondre à ta question, je me suis vraiment éclaté, c’était génial ! Les fans ont bien aimé. Avant, ils venaient à un concert d’Ektomorf et se défoulaient, devenaient fous, sautaient dans tous les sens, etc. Tout le monde est venu, un par un, pour nous dire que c’était génial et des phrases du genre « on ne savait pas que tu pouvais chanter ». A vrai dire, je ne savais pas non plus, mais je suis content qu’ils m’aient dit ça. Donc c’était juste génial ! Je pense que les morceaux « Sea Of My Misery » ou encore « Stigmatized » ouvrent une porte pour Ektomorf, c’est un nouveau chapitre dans la vie du groupe et on aime ça. Je suis tellement content ! J’adore jouer de l’acoustique ! En plus on n’a pas joué que du Ektomorf, on a joué un morceau d’Alice In Chains. Tu connais le morceau « Nutshell » d’Alice In Chains ?

Ouais, il est bien !

On a joué ce morceau, je l’ai chanté avec un type de Metal Hammer qui nous avait rejoints sur scène pour l’occasion. C’était cool, il faut qu’on le fasse plus souvent !  Je suis sûr que pendant la prochaine tournée on refera ça au milieu de notre set : jouer deux ou trois morceaux acoustiques avant de revenir aux titres qui envoient du pâté !

C’est une bonne idée, ça diversifiera le set !

On l’a déjà fait au Wacken : j’ai joué un morceau de Johnny Cash et « Who Can I Trust » avec une guitare acoustique, mais à partir de maintenant, on va mettre en place une vraie session acoustique au milieu du concert. L’objectif est de garder le côté sombre et lourd tout en étant « unplugged ».

Vu que ce concert semblait unique, prévoyez-vous de le publier un jour ?

Non, pas celui-là parce qu’il y a eu quelques erreurs au niveau des guitares. Mais dans le futur, oui. Maintenant qu’on a fait le premier pas (le déclic avait été pour moi le single The Gypsy Way, sur lequel j’ai repris du Johnny Cash et du Alice In Chains), on envisage sérieusement de faire un concert entièrement acoustique et de le publier.

J’imagine donc que vous voulez refaire des concerts intégralement acoustiques de ce type…

Ouais, c’est possible, nous sommes en train d’organiser la promo autour de l’album. Sur la prochaine tournée, on va jouer dans plein de salles vraiment sympas, on aura donc la possibilité de faire des sessions acoustiques plus tôt dans l’après-midi, pour les fans, avec des séances de dédicaces. On pourrait les rencontrer, discuter, faire des photos… Je sais que les fans aiment ça, parce que je suis moi-même un fan de quelques groupes, donc je sais à quel point moi j’aimerais rencontrer les groupes, en particulier s’ils font un concert de ce type.

Était-ce difficile de trouver comment interpréter ces morceaux ? Les chansons d’Ektomorf sont agressives, on a du mal à les imaginer en acoustique…

Ce n’était pas dur parce que je n’ai pas vraiment changé ma voix. On accorde les guitares en ré, donc c’est plus bas que du Alice in Chains ou du Nirvana, mais cela reste un accordage sur lequel on peut chanter et j’ai gardé une voix crue. J’ai chanté comme ce que tu peux entendre dans « Sea Of My Misery ».  Bien sur, on ne peut pas jouer toutes les chansons, on ne jouera pas « Outcast » ou « I’m Against » ou encore « Fuck You All », ces chansons ne pourront jamais marcher en acoustique. Mais du nouvel album, on a joué « I’m In Hate », c’est la troisième chanson du disque et elle marche vraiment bien ! C’est très atmosphérique, avec des mélodies et des harmonies…  C’est ce genre de choses nouvelles que tu peux entendre dans le nouvel album. Même dans les parties lourdes, tu entends des harmonies, ce qui change ma façon de chanter aussi.

Redemption, le nouvel album, semble bien plus varié que le précédent. Aviez-vous l’impression, avec What Doesn’t Kill Me, d’avoir sorti un album trop répétitif ? D’où ce besoin de se diversifier ?

Je ne peux pas vraiment te dire pourquoi, tu sais, c’est comme ça. Tout change, et le premier truc que tu peux remarquer sur cet album, c’est que je me suis mis à chanter, mais je ne sais pas comment j’en suis venu là. En fait, je suis parti d’Allemagne et je suis rentré chez moi il y a à peu près huit mois et, de retour dans ma ville, j’ai pris une guitare acoustique et je me suis mis à chanter. Puis je me suis demandé « pourquoi ne pas faire ça sur album ? » Donc je l’ai montré à mes potes et ça a commencé à marcher. Tout ça a également eu une influence sur la composition des passages lourds, tu sais : plus de ponts, plus de variété dans les chansons. Il y a des choses qui n’ont pas changé, les guitares sont toujours accordées en la, donc très graves. C’est toujours très lourd, mais c’est différent. L’album What Doesn’t Kill Me était comme un tunnel : tu rentres et tu sors, c’est tout. Avec cet album, c’est comme si tu te baladais de pièce en pièce, chaque pièce étant différente. J’ai vraiment pris plaisir à l’enregistrer et à le composer et, maintenant, à écouter le résultat.

Redemption, c’est le titre de votre nouvel album. De quoi avez-vous besoin d’être pardonnés ?

Comme je le dis souvent, pour moi la musique est une libération. Quand je suis rentré chez moi il y a huit mois, ce n’était pas vraiment la joie. Beaucoup de merdes étaient arrivées donc je n’allais pas vraiment bien. Le seul truc qui m’aidait à me sentir mieux, c’était d’écrire de nouveaux morceaux. J’ai pensé à appeler l’album « Redemption » parce que la musique me libère de tout ce que j’ai fait ou ce qui m’est arrivé de négatif. Notre tournée en tête d’affiche va s’appeler « Road to Redemption », ce qui est plutôt cool, parce qu’on sera vraiment en route vers une meilleure vie. Il m’est arrivé beaucoup de merdes ces derniers temps. J’ai viré mon guitariste il y a deux semaines, il avait été mon meilleur ami pendant huit ans. On a dû se dire au revoir parce que je ne pouvais plus gérer quelqu’un sur qui je ne pouvais pas compter à 100%. La musique est pour moi une rédemption.

« Plutôt que de te laisser entraîner vers le bas et d’être faible, sois énervé bordel ! « 

La thématique de la colère est très présente dans l’album. Qu’est-ce qui vous énerve à ce point ?

Eh bien, la colère… En gros c’est ce dont je viens de te parler. Je sais que certaines personnes pensent « il est toujours en train d’écrire à propos de ceci, et de cela, et de la colère… » mais dans ma vie, j’ai toujours dû me battre pour avoir ce que j’ai et pour être là où j’en suis maintenant. Je me suis installé à Hambourg pendant deux mois pour faire l’album. Je viens de Hongrie, d’un tout petit village où il n’y a aucune chance d’accomplir quoi que ce soit. En plus, je suis gitan, c’est un autre poids que je dois porter. Je n’en ai pas honte mais ce n’est pas facile. La colère est toujours en train de sortir, c’est comme ça que je vis ma vie. Je ne suis pas en permanence de mauvais poil ou toujours en colère. J’ai mes moments difficiles, tout comme toi, je pense. Je pense que tout le monde a la sensation, par moments, de ne plus pouvoir respirer, d’être étouffé par la vie. Plutôt que d’aller accuser quelqu’un, hurler ou lui casser la gueule, je mets cette colère dans la musique. Si tu écoutes les paroles de « Anger », je dis « tout ce dont tu as besoin, c’est de la colère ».  Quand ça ne va pas, si tu es con, vraiment con, tu vas finir par te suicider. Tellement de gens le font, surtout en Hongrie, qui est l’un des pays où il y en a le plus. Plutôt que de te laisser entraîner vers le bas et d’être faible, sois énervé bordel ! Laisse la colère exploser et tu te sentiras beaucoup mieux.

Tu n’as jamais envisagé de te suicider, alors ?

Je pense que tout le monde y a pensé. Je ne serai pas honnête si je te disais que non. Ça m’a traversé l’esprit à des moments de ma vie, je l’ai envisagé, mais j’étais loin de passer vraiment à l’acte. La musique m’a aidé et j’en suis heureux.

Du fait de tes origines gitanes, tu as fait face au racisme, qui a été l’une des raisons de la création d’Ektomorf. Est-ce qu’avoir du succès avec Ektomorf a fait évoluer le regard des gens par rapport à toi ? Essuies-tu moins de remarques raciales ?

Non, ça ne change pas, mec. C’est pour ça qu’il y a un morceau sur le nouvel album qui s’appelle « Cigany », ça veut dire Tsigane. En allemand, ils disent « Zigeuner », je ne sais pas comment vous dites ça en français.

« Tsigane » ou « Gitan »

« Gitan »… Ça ne sonne pas pareil. Toujours est-il que si tu écoutes cette chanson, tu m’entendras dire à la fin « c’est moi, le Gypsy ». C ’est vraiment une suite à la chanson « Gypsy » que j’ai écrite en 2004. Donc rien n’a changé. Malgré tout le succès qu’on a avec le groupe, parce que le groupe marche vraiment au niveau international maintenant (on fait nos propres tournées, on joue aux plus gros festivals…), je continue de répéter qu’Ektomorf vient de Hongrie mais cela ne fait pas de différence. Quoi que je fasse, en Hongrie, je m’en prends plein la gueule. Ils sont là à dire « les gitans ceci, les gitans cela… ». On a même joué à un festival en Hongrie cet été (NDLR : le Sziget) et on a fait un de nos meilleurs concerts. Donc, il y a de super fans mais il y a quand même beaucoup de jalousie et de mecs en colère et je pense que ça ne changera jamais. Le peuple hongrois font des gitans leurs boucs émissaires en disant que c’est nous les criminels, ce qui est en partie vrai, la plupart des criminels sont des gitans. Je suis content de ne pas être lié au milieu criminel. C’est pour cette raison que j’étais en colère contre mon guitariste. Il est tombé dans la drogue. Faire de la merde, être un criminel ce n’est pas bon, quelle que soit ta couleur de peau. Tu fous en l’air la vie d’autres personnes, ça sera toujours mauvais. Donc, non, rien n’a changé. Et ça ne changera pas. C’est pour cette raison que j’ai écrit « Cigany ».

Le succès n’est donc pas une solution au racisme, apparemment…

Malheureusement, non !



[NDLR : en Hongrie] »… Il y a beaucoup de jalousie et de mecs en colère et je pense que ça ne changera jamais. Le peuple hongrois fait des gitans leurs boucs émissaires. »

Penses-tu que si tu n’étais pas devenu musicien, tu serais devenu un criminel ? Et que la musique t’a sauvé de ça ?

Un criminel, non, absolument pas. Je ne pense pas avoir ça en moi. Mais qui sait où j’aurais pu finir ? Heureusement, la musique m’a sauvé de beaucoup de choses. Même lorsque je ne suis pas sur scène ou dans un studio, il suffit que je prenne ma guitare et que je joue et, tout de suite, je me sens mieux. C’est comme ça, la musique me libère. Je ne sais pas où j’aurais fini mais je ne pense pas que je serais devenu un criminel, je n’ai pas ça en moi. C’est tellement de stress, mec, j’ai des amis qui… Bon, pas vraiment des amis mais des connaissances et ils sont liés à d’autres types et ils font tellement de merde, mec, je vois ça et je ne pense pas que je pourrais en faire autant. Même si ma situation était moins bonne, je ferais quelque chose d’autre. J’ai toujours eu l’intention de faire quelque chose avec ma vie, pas de laisser tomber. Donc, non, je ne pense pas que je serais devenu un criminel.

As-tu entendu parler des Gypsy Pistoleros ? Il s’agit d’un groupe de hard anglais qui s’inspire de la musique gitane. La musique est très bonne mais on ne retrouve pas vraiment cette atmosphère gitane si particulière. Penses-tu que seul un gitan peut vraiment jouer de la musique gitane ?

N’importe qui peut jouer de la musique gitane, tout comme des hommes blancs peuvent tout à fait bien jouer sur des instruments africains. Mais la vraie émotion qui en jaillit, seulement un gitan peut l’avoir. Donc c’est vraiment dans le sang, mais le style peut s’apprendre, j’en suis sûr, si on s’y intéresse vraiment. C’est juste l’essence historique de cet art qui vient des gitans car ils ont ça dans le sang. Tu sais, on a un album qui s’appelle Kalyi Jag, sorti en 2000 ou 1999, et la plupart de l’inspiration vient d’un groupe qui s’appelle Kalyi Jag. C’est un vrai groupe gitan traditionnel, je les ai vus en concert une fois, c’était de la folie. Ce n’est pas du metal, ils n’utilisent que des guitares acoustiques, des percussions qu’ils frappaient avec des cuillères. Et cette voix !

[NDLR : à propos de Danko Jones] « … Il est descendu dans son garage, il s’est foutu sur le siège arrière de sa bagnole parce qu’apparemment, il y avait des vieux tout autour de lui et il ne pouvait pas gueuler. Il a enregistré ça dans sa voiture, avec un tout petit micro, puis il m’a renvoyé le morceau et on a bouclé la chanson. »

Vous avez collaboré avec Danko Jones sur le titre « The One ». Peux-tu nous raconter cette expérience ?

Ouais, Danko Jones est un ami. On se connait depuis 2006, on était au Wacken en même temps et je suis allé le voir pour le féliciter parce j’aime vraiment, vraiment ce qu’il fait. Donc j’y suis allé, et je lui ai dit : « Salut, je suis Zoli d’Ektomorf » et il m’a dit : « Putain ! Ektomorf ! Ouais, mec ! J’adore votre album Instinct ! » Plus tard, en backstage, on a bu un verre ensemble et on a discuté. On a gardé contact depuis. Pendant que j’écrivais le nouvel album, je lui ai écrit un e-mail disant : « Mec, je suis en train d’écrire un nouvel album, je voulais savoir si tu voudrais chanter sur un titre, je pourrais écrire un morceau parlant de la façon dont tu vis ta vie par rapport à la musique ». Je pense qu’on est en phase par rapport à ça : il fait tout au sein de son groupe, comme moi. Il m’a répondu le jour même, disant : « Carrément, on va faire ça ! ». (le téléphone sonne) Attends deux secondes, mon portable est en train de sonner… (quelques instants plus tard) OK, je suis là !

Elle est horrible cette sonnerie ! (rires)

Ouais, je sais, c’est une vieille sonnerie, j’ai un iPhone, et c’est la seule sonnerie que je peux entendre, vu que j’ai les tympans abimés, donc j’ai besoin de mettre cette sonnerie hyper forte pour l’entendre. Bref, donc Danko a répondu, j’ai écrit le morceau, je lui ai envoyé et il m’a répondu : « Je suis en tournée, donc je suis débordé, mais on va faire ça ». J’étais dans un studio au Danemark, j’ai alors mis le morceau dans Garage Band, tu sais, ce programme d’enregistrement sur Mac. J’ai chanté mes parties et je lui ai envoyé. Et mec, il est descendu dans son garage, il s’est foutu sur le siège arrière de sa bagnole parce qu’apparemment, il y avait des vieux tout autour de lui et il ne pouvait pas gueuler. Il a enregistré ça dans sa voiture, avec un tout petit micro, puis il m’a renvoyé le morceau et on a bouclé la chanson. Je l’ai rencontré il y a quatre semaines à Hambourg, il a adoré la chanson et je suis content qu’on ait fait ça ensemble. Ça serait énorme de faire ça sur scène, un jour, ça serait vraiment terrible !

Ouais, ça serait cool ! Tu as envisagé de chanter dans une de ses chansons, sur le prochain album de Danko Jones ?

Je ne sais pas. En tout cas s’il me le propose, je le fais direct ! Il l’a fait pour moi, je le ferai pour lui. Tu sais, il aime vraiment la musique heavy et c’est un type cool, il a une voix terrible et il déchire sur scène. J’adore le nouvel album Below The Belt, donc pourquoi pas. S’il me le demande, je serai vraiment content de le faire.

Nous avons eu son bassiste en interview il y a quelques mois et il nous a confié qu’apparemment, hors de la scène, Danko était loin d’être aussi taré que sur scène. Tu me confirmes ça ?

C’est vrai ! Il est vraiment – sans aller jusqu’à dire « timide » – posé. Il ne boit pas d’alcool, je ne crois pas qu’il prenne quoi que ce soit côté drogues, il est vraiment concentré sur la musique. Il est vraiment calme. Mais c’est la seule facette que je connaisse, je ne le connais pas si bien que ça. Je partage l’impression du bassiste. Lui le connaît très bien, après toutes ces années. Donc, a priori, oui, Danko est comme ça. Il a les pieds sur terre et ça, j’adore.

« … Je ne veux rien dire de méchant mais ce n’était vraiment pas bon. Max ne bouge plus, il met sa guitare autour du cou et la laisse pendouiller mais il n’en joue plus et ce pendant 90% du temps du concert. […] Max Cavalera était une grosse source d’inspiration pour moi, ce n’est plus le cas maintenant. […] Schizophrenia de Sepultura avait un son pourri mais il était plein de colère. Ce qu’il fait aujourd’hui, ce n’est rien. Il parle de sang, de feu et d’armes de guerre… mais pourquoi ? »

Le public et la presse comparent souvent Ektomorf à Soulfly, au point de même vous appeler le Soulfly hongrois. En ce qui te concerne, que représente Soulfly pour toi ?

Soulfly et Sepultura représentaient beaucoup pour moi, avant, mais plus vraiment maintenant. Ils m’inspiraient. D’autres musiciens gèrent Sepultura. Max Cavalera, pour moi, c’était Soulfly, c’était Sepultura. Mais pour te dire la vérité, après l’album Prophecy, plus rien de Soulfly n’a vraiment marché pour moi. Je viens de les voir la semaine dernière, à Hambourg et… Je ne sais pas, mec, je ne veux rien dire de méchant mais ce n’était vraiment pas bon. Max ne bouge plus, il met sa guitare autour du cou et la laisse pendouiller mais il n’en joue plus et ce pendant 90% du temps du concert. Honnêtement, c’était une grosse déception pour moi. Pourtant j’y étais allé avec un très bon a priori. Max Cavalera était une grosse source d’inspiration pour moi, ce n’est plus le cas maintenant. Je n’écoute plus que les trois premiers albums de Soulfly. Ils sont excellents. Bien sûr, tous les vieux Sepultura sont énormes. Mais ce nouveau truc qu’il fait (NDLR : Cavalera Conspiracy et Soulfly), je suis désolé mais ce n’est pas lui. Je sais que beaucoup de gens trouvent que le dernier album est le meilleur mais je ne comprends pas pourquoi parce que, pour moi, il n’a rien. Pas de puissance, pas de colère, pas d’énergie, c’est juste de la vitesse, c’est tout. Schizophrenia de Sepultura avait un son pourri, mais il était plein de colère. Ce qu’il fait aujourd’hui, ce n’est rien. Il parle de sang, de feu et d’armes de guerre… Mais pourquoi ? Ça ne vient pas de lui, je le sens. Il suffit d’écouter le premier album de Soulfly. Écoute les morceaux « Tribe », « Bleed », ça c’est vraiment de la colère, c’est pour ça que j’aimais autant ce groupe. Même « Roots » et « Chaos A.D. » de Sepultura sont pleins de colère. Je sais qu’en vieillissant tu peux te fatiguer mais, vraiment, vraiment… Je veux dire vraiment, c’est une grosse déception. Je connais beaucoup de gens qui sont déçus aussi ; ils ne sont même pas venus au concert. J’y suis allé parce que je voulais le voir. Tu ne peux même pas entendre sa guitare quand il joue.

C’est vrai que les shows actuels des groupes de Max Cavalera sont décevants…

J’ai vu Cavalera Conspiracy à Hambourg il y a presque deux ans et il ne joue pas de guitare non plus… pourquoi ? Il n’a que quatre cordes et il n’y touche pas. Il y avait du feu en lui avant, mais il n’en reste même pas une once. Je sais que tu peux vieillir et prendre du poids, c’est normal, mais monter sur scène, mettre tes bras en l’air et crier, ce n’est pas assez. Pour moi c’était décevant parce qu’à mes yeux, avant, il était comme mon autre idole, James Hetfield. Lui, il est là, putain ! J’ai vu Metallica en Hongrie cet été. C’était incroyable, mec ! C’était énorme ! James Hetfield, plus vieux que Max, arrive sur scène et il pète encore le feu ! Ces types sont plus vieux. Je ne sais pas quel âge ils ont mais ils approchent de la cinquantaine et ils sont encore putain de bons. Donc ça montre que tu peux rester en forme et aimer ce que tu fais, c’est comme ça que je veux vivre ma vie.

Vu que tu es à ce point déçu par Soulfly, est-ce que cette comparaison t’énerve ?

Pas vraiment, j’y suis habitué. Tu sais, ça fait quinze ans que je fais ça, donc si quelqu’un dit ça, qu’est-ce que je peux y faire ? C’est un monde libre, tu dis ce que tu veux. Bien sur, il y a des fois où c’est dit de manière positive, dans ce cas ça me fait plaisir. Mais c’est dit aussi par certains pour critiquer… Tu sais, il arrive un moment où c’est comme une mauvaise relation, tu t’habitues à la personne donc tu n’y fais plus attention. Mais si quelqu’un veut comparer le nouveau Ektomorf à Soulfly, il doit vraiment avoir de la merde dans les oreilles !

Il est l’heure de la question stupide de l’interview : peux-tu nous apprendre une insulte cool en hongrois ?

OK ! Eh bien, « va te faire foutre » c’est Baszd Meg ! (audio à l’appui ci-dessous)

Entretien réalisé en décembre 2010 par phoner

Traduction : Stan

Myspace Ektomorf : www.myspace.com/ektomorf



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