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Interview   

Electric Boys : 30 ans de Funk-O-Metal


La fin des années 80 regorge de perles dans le domaine du hard rock, qui, en raison de concours de circonstances, de mauvais timings et d’une période de transition dans l’industrie, sont passées à côté d’une carrière qui aurait pu les propulser parmi les plus grands. Il faut croire que ces dernières années ont été propices au retour de nombre de ces formations, grâce aux réseaux sociaux, aux plateformes de crowdfunding et à certains labels de passionnés. Il y a quelques mois, nous parlions de Little Caesar, Riverdogs il y a un an, ou on peut encore mentionner Tora Tora qui s’apprête à faire son grand retour discographique. Mais peut-être que le plus prometteur de tous fut Electric Boys et son savoureux mélange de hard rock, funk et psychédélisme. Le groupe a fêté cette année ses trente ans et fêtera l’an prochain les dix ans de sa reformation, toujours au top, proposant immanquablement des albums de qualité gorgés de groove et de mélodies accrocheuses.

Nous avons profité de la sortie de The Ghost Ward Diaries et du fait d’avoir le frontman Conny Bloom sous la main pour pousser la discussion et faire une rétrospective complète de la carrière d’Electric Boys afin de marquer le coup. On évoque chacun de leurs albums, leurs débuts, les origines de leur style, leur évolution, les circonstances de leur split puis de leur reformation, mais aussi leur expérience avec le célèbre producteur Bob Rock, celle au légendaire studio d’Abbey Road, leur première partie de Metallica… Le résultat a de quoi passionner les fans du groupe mais aussi faire découvrir, à ceux qui ont jusque-là eu le malheur de passer à côté, un des plus talentueux combos de hard rock de ces trente dernières années.

« Parfois c’est bien d’être dans un mouvement et de le suivre, mais si ça devient un train en marche ou je ne sais quoi, je préfère tout de suite sauter hors de ce train et tenter autre chose, parce que je ne vois pas l’intérêt d’essayer de recréer quelque chose qui existe déjà. »

Radio Metal : Comment le groupe Electric Boys a-t-il été formé à l’origine ? Il semblerait que tout ait commencé avec toi et le bassiste Andy Christell…

Conny Bloom (chant & guitare) : Oui. Andy et moi nous sommes rencontrés à l’école vers l’âge de quatorze ans parce que nous étions tous les deux fans d’Alice Cooper et ce genre de choses. Nous avons joué dans différents types de formations avant ça… Il a toujours été un bon partenaire avec qui échanger des idées. Je veux dire que j’ai toujours écrit les chansons mais c’était une bonne personne pour tester les chansons et en retour il me donnait des idées. Parfois je pétais un plomb et partais en vrille, et je changeais trop les choses, il pouvait être là : « Non, non. Arrête maintenant. Ce n’est plus nous ; revenons sur ce que tu as fait au départ [petits rires]. » Je suis en bonne compagnie avec lui, pour ainsi dire. C’est un chouette type. Bref, au début, le plan était de monter un groupe mais nous n’arrivions pas à trouver les deux autres membres. Ensuite, nous avons eu l’opportunité d’enregistrer un single, qui était « All Lips ‘n Hips ». Nous l’avons fait et les gens avec qui nous étions en contact sont devenus dingues de cette chanson. Ils étaient là : « C’est un tube ! C’est un tube ! » Les gens en sont devenus fous, nous passions à la télé suédoise, rien que nous deux, avec une fille qui dansait… Nous nous sommes dit : « D’accord, ça va nous aider à trouver les bons membres pour le groupe. » Puis un de nos amis a dit : « Je sais quel batteur il vous faut. Tu dois parler à ce gars qui se prénomme Niklas. » Nous avons donc mis la main dessus. Et il a dit : « J’ai un ami, il se prénomme Franco, on devrait lui demander. » Il s’est avéré qu’ils n’avaient jamais entendu parler de nous, donc quoi que nous ayons fait, ça n’a pas aidé [petits rires].

Même si le groupe s’est diversifié plus tard, le premier album a posé les bases principales du son d’Electric Boys, c’est-à-dire le groove hérité du funk, les guitares heavy et une touche de psychédélisme. Comment ce mélange s’est-il fait au départ ?

Il y avait beaucoup de musique qui nous a influencés derrière ça, évidemment, il y avait plein de sources d’inspiration. Principalement, en tout cas pour ma part, j’écoutais beaucoup ce groupe qui s’appelait The Undisputed Truth, qui était un groupe de funk des années 70. Nous aimions tous Mother’s Finest, Sly & The Family Stone, un tas de trucs des années 70 comme ça. Et je suis un grand fan des Beatles et de Hendrix, bien sûr. Donc j’imagine qu’une partie du côté psychédélique vient de là. Et tous les riffs rock, c’est parce que nous sommes tous de grands fans de hard rock, AC/DC, Black Sabbath, Deep Purple et tous ces groupes. C’est un mélange de plein de choses différentes que nous avons écouté au fil des années. La scène musicale en Suède, en ce temps, c’était uniquement de la pop et ils chantaient tous en suédois. Donc quand nous avons fait notre premier album, nous avons pensé que ça n’allait jamais marcher en Suède, que nous allions faire l’album puis partir en Amérique dès que nous le pourrions, ce que nous avons fait, puis nous avons pris un manager et ainsi de suite. Mais à la fois, quand l’album est sorti, c’était l’inverse. Nous n’avions que des chroniques notées quatre ou cinq étoiles et tout le monde était là : « Oh, c’est génial, c’est complètement unique, bla bla bla. » Je croyais que les gens n’allaient pas aimer mais je suppose que tout le monde en avait marre de la pop suédoise à l’époque. Donc nous sommes arrivés au bon moment avec quelque chose de différent, quelque chose que les gens voulaient entendre à ce moment-là, j’imagine.

Avec le titre de l’album, Funk-O-Metal Carpet Ride, vous annonciez la couleur, par rapport à ce à quoi les gens pouvaient s’attendre en termes de style…

C’était simplement une façon de faire savoir aux gens que nous n’étions pas… Je ne sais pas, je suppose que nous voulions juste un titre qui disait quel type de groupe nous étions, car c’était le premier album et personne ne nous connaissait au départ. C’était donc une façon d’expliquer que nous étions à fond dans le funk, le psychédélisme et le hard rock, mais Funk-Rock Carpet Ride ne sonnait pas aussi bien que Funk-O-Metal Carpet Ride, c’est donc juste un titre que nous avons inventé. En fait, ce terme a commencé à être utilisé ensuite, je l’ai lu dans des articles ici et là, les gens disaient : « Tel et tel groupe de funk metal… » Mais ce n’est pas comme ça que j’avais pensé la chose. Tout d’abord, les gens trouvaient ça très différent que nous soyons inspirés par le funk, mais il y a toujours eu des groupes très funky dans le rock, comme Deep Purple vers la fin, Led Zeppelin avait des passages très funky, Hendrix était certainement funky. Mais pour je ne sais quelle raison, avec nous, peut-être était-ce à cause de l’époque, des autres musiques qu’on entendait à ce moment-là, et parce que nous avions le mot « funk » dans le titre, ça a pris de plus grandes proportions. Mais ce n’était pas nouveau, ce mélange d’un groove funk avec une guitare rock, pour ainsi dire ; ça a été fait plein de fois avant nous.

Comment était cette première expérience à réaliser un album en tant qu’Electric Boys ?

Nous nous sommes bien amusés. En ce temps, tout était analogique, on n’avait pas d’ordinateur, ni tous les sons et gadgets qu’on a aujourd’hui sur ordinateur. Donc si je voulais un sitar sur l’album, je devais littéralement trouver quelqu’un qui avait un sitar, et j’en ai acheté un et ça m’a pris des lustres à en trouver un et apprendre à y jouer. Ensuite, nous avons voulu avoir des sons d’oiseaux dans l’album : aujourd’hui, tu te contentes d’aller sur internet pour trouver des samples d’oiseaux, alors que là, je suis carrément allé dehors avec un enregistreur cassette pour enregistrer les oiseaux [rires]. C’était marrant ! Si on voulait sonner comme ça sur un album, il fallait vraiment travailler dur pour l’obtenir, alors que maintenant, il suffit d’appuyer sur un bouton et tu l’as. C’était un bien plus grand défi et, d’une certaine façon, c’était bien plus amusant.

« Je n’ai jamais d’amertume par rapport à quoi que ce soit, parce que ce n’est pas comme ça que je fonctionne, ça n’a aucun intérêt pour moi d’être amer, mais c’est triste quand on travaille dur sur quelque chose et qu’on ne lui donne pas, au moins, sa chance. »

Bob Rock, un producteur très célèbre surtout à l’époque, a produit une session de cinq chansons pour la version américaine de 1990 de l’album. Quelle était l’idée derrière ces sessions et le fait de revoir la tracklist de l’album original pour le marché américain ?

L’idée était qu’après la version suédoise, il y avait plein de nouvelles chansons qui avaient été écrites. Nous, et surtout moi, avons trouvé que certaines d’entre elles étaient meilleures et présentaient des améliorations dans notre style, surtout au niveau des textes. Il a donc été avancé, à un moment donné, que si nous allions sortir l’album en Amérique, peut-être que nous pourrions ajouter de nouvelles chansons en lieu et place d’anciennes. La maison de disques a aimé l’idée et dit : « Avec qui aimeriez-vous travailler ? » Je crois que nous avons juste dit Bob Rock, immédiatement, parce que c’était le meilleur et plus grand producteur à l’époque. Puis tout d’un coup, ce dernier m’a appelé et a dit [avec une voix profonde] : « Bonjour, c’est Bob Rock. » J’étais là : « Euh… D’accord. » Mais il avait entendu « Lips ‘n Hips » et a dit : « Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? C’est déjà parfait. Le groupe est super tel quel. » Alors je lui ai expliqué que nous ne voulions pas de lui pour changer ça mais pour enregistrer de nouvelles chansons. Il semblait qu’il appréciait le groupe parce qu’il était aussi un grand fan des Beatles, de Led Zeppelin et tous ces groupes des années 70. C’était super d’enregistrer avec lui, j’adorerais le refaire. A l’époque, ça me posait problème de travailler avec un producteur, quel qu’il fût, parce qu’ils voulaient changer mes chansons [petits rires], mais aujourd’hui, ce serait bien plus amusant, j’apprécierais vraiment de travailler à nouveau avec quelqu’un comme Bob. Mais je trouve qu’il a fait un super boulot, le résultat est top. C’est un mec très cool.

Il y a cette historie qui circule aujourd’hui comme quoi Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers vous aurait rejoints sur scène à l’époque, car ils jouaient dans la même salle…

J’ai entendu cette histoire mais je suis sûr que je m’en serais souvenu si ça avait été vrai, mais ce n’est pas le cas ! J’aurais adoré car je suis un grand fan des Chili Peppers, surtout… Enfin, évidemment, je suis toujours fan des Chili Peppers mais surtout la vieille époque avec Hillel Slovak, quand ils faisaient un genre de punk-funk [petits rires]. J’aime mieux cette période de leur carrière que la période MTV, pour ainsi dire. Ce n’est qu’affaire de goûts, mais ils étaient vraiment bruts et punks à leurs débuts. Hillel Slovak, évidemment, était un gars élevé à l’école d’Hendrix aussi et avait des sons bien cool. Ils étaient super ! Donc s’il était monté sur scène, je m’en serais assurément rendu compte et j’aurais été boire un coup avec lui.

Il vous aura fallu trois ans pour sortir un nouvel album après le premier. Pourquoi est-ce que ça vous a pris si longtemps, au lieu de surfer sur le succès que vous commenciez à récolter ?

Parce que j’étais le seul compositeur et parce que nous avions placé la barre assez haut, donc ça nous a pris du temps à… Enfin, d’abord, nous tournions beaucoup. Après la sortie de l’album, nous avons commencé à tourner et nous avons fait un tas de tournées, surtout en Suède, Angleterre et Amérique. Et je ne compose pas sur la route ; je ne sais pas, ça n’est jamais arrivé. Je n’y arrive pas. A la place, j’emmagasine l’inspiration, et quand je reviens à la maison, quand tout est calme et relax, les chansons sortent. Donc nous avons tourné et placé la barre assez haut afin de faire, au moins, ce qui selon nous allait devenir un très bon album. C’est malheureux parce que, comme tu l’as dit, ça aurait été mieux pour notre carrière si c’était sorti plus tôt.

Après les tubes que vous avez eus sur le premier album, avez-vous ressenti une forme de pression ou bien, au contraire, est-ce que ça vous a galvanisés pour le suivant, Groovus Maximus ?

Pas d’après mes souvenirs… Plus de mon côté, en tant que compositeur, je voulais faire des chansons que, personnellement, je trouvais bonnes. Ensuite, de toute façon, on ne sait jamais si ça deviendra un tube. Je ne peux pas me poser et me dire : « Je dois écrire un tube. » C’est plus, tu composes et ensuite certaines des chansons deviennent des tubes et d’autres non. Mais bien sûr, avant le premier album, nous avions eu beaucoup de temps pour composer jusqu’à la sortie de l’album, donc ça, d’un point de vue timing, ça met un peu la pression pour continuer et se maintenir à ce niveau de musique. Mais aussi, à la fois, maintenant tu avais une sorte de format à suivre, parce qu’avant le premier album, tu cherches ton son et ton identité, et une fois que c’est sorti, tu es là : « D’accord, maintenant on fait ça, et ceci est ce que les gens aiment. » Donc au moins, je pouvais mieux me focaliser sur quoi essayer de composer. Mais je me souviens que nous avons changé un petit peu. Nous voulions que le second album, Groovus Maximus, sonne un petit peu plus comme nous sonnions en live. Nous l’avons rendu plus heavy et moins funky, parce que la partie funk a toujours été moi ; quand Niklas et Franco ont rejoint le groupe, et que nous avons fait le premier album, ces éléments ont été amenés dans le groupe par moi. Ensuite, quand cet album était enregistré et que nous avions beaucoup tourné et joué ensemble, ça a naturellement progressé vers un son plus rock, car la façon dont nous jouons et jammions ensemble avec les autres gars était un peu plus rock que funky, si tu veux.

Aussi, j’aimerais croire que quand on fait un album, ça ne sonnera pas comme tout le monde chez le disquaire. Enfin, pas que les gens achètent des albums chez des disquaires aujourd’hui, mais c’est ainsi que je voyais les choses à l’époque. Et je savais que quand nous avions fait le premier album, ça sonnait un peu différent. Donc j’en étais content. Je me disais qu’il y avait de l’espace pour nous quelque part. Mais ensuite, d’autres groupes ont commencé à faire pareil un peu à la même époque, et quand il y en a eu un certain nombre, ce n’était plus marrant. Je veux dire que peu importe ce que tu fais, que ce soit par rapport à ce que tu portes ou un autre son, ou le fait que tu aies des lignes de chants sympas, si tu réalises qu’il y a quatre ou cinq autres gars qui font la même chose, ce n’est plus très excitant, et donc tu as envie d’essayer de trouver autre chose. J’aime l’idée d’essayer de faire quelque chose qui soit un minimum identifiable, relativement unique pour notre groupe, au moins.

« Lars [Ulrich] est fan de notre groupe […] et je lui ai demandé quand je pourrais le battre au tennis car, fut un temps, j’ai joué au tennis [petits rires]. Il a voulu réserver un terrain de tennis en pleine nuit, j’ai dit : “Non, non, non, je ne peux pas jouer au tennis maintenant.” Nous avions bu bien trop de bières pour faire du sport [rires]. »

Ça a toujours été ton truc d’aller à contre-courant ?

Ouais, je crois. C’est un peu le rebelle en moi… Tu as envie de faire autre chose. Ça pourrait jouer contre toi, bien sûr. Parfois c’est bien d’être dans un mouvement et de le suivre, mais si ça devient un train en marche ou je ne sais quoi, je préfère tout de suite sauter hors de ce train et tenter autre chose, parce que je ne vois pas l’intérêt d’essayer de recréer quelque chose qui existe déjà. Je préfère, au moins, essayer de faire quelque chose qui semble un peu différent.

Groovus Maximus a été enregistré au prestigieux Abbey Road. Pourquoi avoir choisi ce lieu ? Etait-ce sa symbolique qui vous a attirés là-bas ? Tu disais tout à l’heure que tu étais un grand fan des Beatles…

Je pense que c’était un peu comme ce que j’ai dit plus tôt au sujet du producteur : quand quelqu’un a demandé « dans quel studio aimeriez-vous travailler ? », j’imagine que moi ou quelqu’un d’autre a dit : « Abbey Road ! » [Petits rires] Ils se sont renseignés et ont dit : « D’accord, va pour ça ! » Quand on pense à aller dans ce studio, on se dit au départ que ça ne pourra pas se faire, que ça sera trop cher, mais en fait non. Et bien sûr, c’était super d’être là-bas à cause des Beatles, de Pink Floyd et tout ça, mais nous ne sommes pas très nostalgiques. C’est marrant quand on arrive là-bas, nous avons évidemment pris des photos en traversant la route, mais ensuite, quand nous sommes rentrés dans le studio, ils ont dit : « Bon, je suis sûr que vous aimeriez faire une petite visite. » Ils nous ont montré les lieux et des enregistreurs à bande ou des microphones, en disant « ceci a été utilisé sur tel et tel album », et tu es là : « Oh, wow, génial ! » Mais ensuite, une heure plus tard, tu commences à préparer tes instruments, amplis et tout, et tu reviens en mode travail normal. A ce moment-là c’est comme n’importe quel studio, si ce n’est que c’est vraiment un super studio. Au début, tu as un petit peu ce « poids de l’histoire », mais après on se met à l’aise comme chez soi, pour ainsi dire. Et d’ailleurs, nous avons vécu là-bas, donc c’était notre chez-nous le temps de l’enregistrement. Nous dormions aussi dans leurs appartements. Nous avons passé de bons moments là-bas. Ils avaient un petit bar dans le studio, ils avaient même leur propre petit-déjeuner anglais qu’on mange au réveil le matin ; tu sors du petit appartement, traverse le petit jardin pour atteindre le studio, prendre le petit-déjeuner et puis tu commences à travailler. C’était super.

Dans l’album on retrouve la chanson « Mary In The Mystery World », qui est une référence évidente aux Beatles…

On m’a déjà demandé ça par le passé mais la chanson a été écrite quelque chose comme un an et demi avant de savoir que nous irions à Abbey Road. Donc ça n’a rien à avoir avec ça, mais c’est facile de croire que c’est le cas. C’était plus, comme tu l’as dit, inspiré par les Beatles et pas par le studio.

Certaines chansons d’Electric Boys ont un petit côté à la Aerosmith, et tu as dit une fois que tu avais découvert la recette secrète d’Aerosmith, qui est de faire des chansons à la manière des Beatles mais avec de grosses guitares…

… et un groove funky ! Ouais, c’est vrai ! En fait, évidemment, j’étais un grand fan d’Aerosmith, tout comme la plupart de mes amis, et nous le sommes toujours. Mais je me souviens vraiment à un moment donné être en train de travailler sur une chanson, je ne sais plus laquelle, et cette idée m’a frappé : « Merde ! Ça finit par sonner comme Aerosmith ! » Parce que j’avais lu quelque part que le bassiste adorait les Beatles, je suppose que Paul McCartney était son bassiste préféré, et bien sûr ils ont des goûts musicaux très semblables aux nôtres, donc je me suis dit : « Oh merde, voilà comment eux aussi ils ont fait leurs chansons ! Parce que nous avons probablement écouté le même genre d’albums. » Mais après ça, je pense – ou je sais – qu’ils nous ont inspirés de nombreuses fois aussi, car je me suis toujours senti proche d’eux. Si quelqu’un demande : « Comment est-ce que vous sonnez ? Quelle est votre inspiration ? », c’est toujours très dur de décrire, mais je me suis dit, en tout cas avant, que si quelqu’un aime le vieux Aerosmith des années 70, alors peut-être que cette personne aimera certains trucs que nous faisons. J’ai toujours eu l’impression que nous avions quelque chose en commun.

Tu as déclaré que « l’enregistrement de l’album s’est passé sans accroc mais [que] la partie mixage a été un enfer ». Que s’est-il passé avec le mixage ?

C’est juste que quelqu’un d’autre est venu au studio et a changé l’égalisation des enceintes pour un autre projet ou je ne sais quoi. Du coup, le rendu en sortie d’enceinte n’était pas naturel. Ce que nous entendions dans le studio ne correspondait pas à ce qu’on retrouverait en jouant la musique sur d’autres systèmes. Donc ouais, c’était un gros problème. Et nous avons aussi dû le remasteriser un paquet de fois et nous n’étions toujours pas contents, et quand nous avons finalement été voir George Marino en Amérique, il l’a masterisé et a dit : « J’ai beaucoup changé l’égalisation et des tas de boutons partout, mais j’ai toujours le sentiment de vouloir changer des choses ! » Et j’étais là : « Vas-y, change autant que tu veux » [petits rires]. Il a donc beaucoup bossé là-dessus pour que ça fonctionne.

C’est le seul album, avec Starflight United, qui n’a pas une illustration dépeignant le groupe. Celle-ci a été faite par Hugh Syme, elle est très intrigante. Quelle était l’idée derrière cette étrange image ?

Il faudrait que tu lui demandes directement ! [Rires] C’est apparemment un mec assez perché. A cause du titre Groovus Maximus, nous voulions quelque chose… A l’époque, nous voulions une image qui pourrait fonctionner avec ce titre mais nous n’avions aucune idée quoi, et il nous a proposé plein d’idées différentes. Pour une raison, nous avons validé celle-ci, je ne sais pas pourquoi [rires]. Je ne me souviens pas.

« Plein de groupes peuvent passer une vie entière à chercher une identité ou un son, mais de toute évidence, nous l’avons et j’en suis très content et ému. »

Par manque de finances, vous avez enregistré le clip de « Dying To Be Loved » vous-mêmes dans une cabine de karaoké d’Universal Studios pour $18.95. Ce clip a été élu « un des meilleurs clips sur MTV ». Malgré tout, ceci n’a pas empêché ATCO de lâcher le groupe… Comment avez-vous pris ce manque de soutien ?

Tout d’abord, je dois dire que nous avons quand même fait un clip pour « Mary In The Mystery World » qui a coûté beaucoup d’argent ; je ne sais pas combien ça a coûté mais je sais que ça a dû être très cher parce qu’ils ont engagé beaucoup de travail dessus et ont construit ce « monde mystérieux » en faisant travailler tout plein de gens. Ça a été joué à la radio mais ça n’a pas été un aussi gros succès que « All Lips ‘n Hips » l’a été. Pour répondre à ta question, ça m’a énervé, bien sûr, ça nous a tous énervés, car depuis le jour où j’ai composé « Dying To Be Loved », j’ai pensé que quand cette chanson sortirait, ce serait un hit. J’étais donc très surpris que… Car après que nous ayons sorti « Mary In The Mystery World », j’ai pensé : « D’accord, donc la prochaine sera ‘Dying To Be Loved’ et ça permettra au groupe d’exploser ! » [Petits rires] Et eux étaient là : « Bon, on a dépensé assez d’argent sur vous les gars, donc travaillons avec quelqu’un d’autre. » J’étais là : « Quoi ?! Wow, je n’y crois pas ! » Mais c’est comme ça que ça marche, c’est le business de la musique.

Avant de vous mettre à faire le troisième album, Freewheelin’, un grand changement est survenu dans le groupe : Franco Santunione et Niklas Sigevall ont tous les deux quitté Electric Boys.

[Hésite] C’était dû à plein de choses, mais je sais que nous avons beaucoup échangé et tout portait à croire que c’était mieux de ne pas poursuivre. Je n’ai pas envie de trop rentrer dans le sujet, ce sont des choses personnelles. En l’occurrence, j’adore être sur la route, dormir à l’hôtel, mais à l’époque, Niklas voulait rester chez lui, conduire sa moto, vivre une vie plus relax. Des choses différentes dans ce style. Mais pas de souci. Et puis, nous avons trouvé Martin [Thomander] et Thomas [Broman], les deux gars qui leur ont succédé, et comme toujours, c’est excitant d’avoir du sang neuf dans un groupe après avoir joué avec les mêmes personnes pendant de nombreuses années. C’était amusant. Je veux dire que cet album, Freewheelin’, était un peu plus heavy, plus centré sur le hard rock que le funk, si tu veux. C’est quelque chose qui s’est fait très naturellement en raison de l’apport des nouveaux membres ; la façon dont ils jouaient de leurs instruments était un peu plus heavy. Puis nous avons à nouveau enregistré à Abbey Road. Aucun problème de mixage cette fois, si ce n’est que nous avons manqué de temps, donc les derniers jours de mixage ont été de longues journées et soirées d’intense travail.

C’est marrant… Quand l’album est sorti, il n’a pas très bien marché, car la maison de disque a investi de l’argent pour sa réalisation, et puis, quand il était fini, nous disions : « Bon, donc maintenant, qu’est-ce que vous allez faire ? » Et ils ont dit : « Eh bien, pas grand-chose parce qu’il ne nous reste plus tellement d’argent. » Nous étions là : « Quoi ?! Pourquoi prendre la peine de faire un album si vous n’avez pas d’argent pour le promouvoir ? » C’est un très mauvais calcul à mon sens. Donc ça, c’était malheureux. Car je trouvais que c’était un super album. Mais ce qui est marrant aujourd’hui est que de nombreux fans d’Electric Boys nous ont quand même découverts via cet album, et ils nous demandent de jouer en live des chansons de cet album, etc. Je veux dire qu’il a quand même réussi à marcher de lui-même. Mais c’est toujours un peu triste quand tu… Je n’ai jamais d’amertume par rapport à quoi que ce soit, parce que ce n’est pas comme ça que je fonctionne, ça n’a aucun intérêt pour moi d’être amer, mais c’est triste quand on travaille dur sur quelque chose et qu’on ne lui donne pas, au moins, sa chance, c’est-à-dire que l’album sort, on le promeut et on s’assure que les gens sachent qu’il est sorti, ensuite si les gens ne l’aiment pas, c’est une autre histoire, mais au moins tu veux que les gens soient au courant.

Durant le cycle de tournées de cet album, on vous a offert d’ouvrir pour Metallica à Stockholm devant 37 000 personnes. Ça a dû être quelque chose pour vous !

C’était génial, évidemment, mais c’était le premier gros concert pour les nouveaux membres, donc ils ont dû être pétrifiés ! [Petits rires] Lars est fan de notre groupe, nous avons traîné avec eux, ou avons été au même endroit à Stockholm, et il a commencé à me chanter « Captain Of My Soul » tard le soir, et je lui ai demandé quand je pourrais le battre au tennis car, fut un temps, j’ai joué au tennis [petits rires]. Il a voulu réserver un terrain de tennis en pleine nuit, j’ai dit : « Non, non, non, je ne peux pas jouer au tennis maintenant. » Nous avions bu bien trop de bières pour faire du sport [rires]. C’étaient de bons moments ! C’est probablement grâce à notre manageur de l’époque que nous avons eu cette date, parce qu’il avait travaillé pour Metallica à Phonogram à Londres, et puis il y a ce lien avec Bob Rock. Je veux dire que c’était amusant d’ouvrir pour eux, mais dans un monde idéal, c’est une étrange affiche. Parce qu’il y avait eux, Suicidal Tendencies et nous ; Metallica et Suicidal Tendencies sont deux groupes bien plus heavy que nous, et c’était un vrai public heavy metal. Donc je ne suis pas sûr que nous ayons été un super groupe sur cette affiche, si tu vois ce que je veux dire. Mais rien que le fait de jouer devant 37 000 personnes est étrange en soi [rires]. C’est une grande salle, à l’extérieur du stade à Stockholm, il y avait une chiée de gens. Mais quoi qu’il arrive, tu es en mode « boulot » sur le moment, tu veux juste t’assurer que tu as l’air bien et que tu sonnes bien. Il se passe bien trop de choses dans ta tête pour te demander ce que les autres gens pensent. Mais évidemment, je suis sûr qu’ils attendaient Metallica, parce que c’était leur public.

« Je crois que je me suis enfin débarrassé de ce fardeau, ce sentiment de devoir écrire un nouveau « Lips n’ Hips ». […] Parce que ça a été écrit, c’est fait, ça ne sert à rien de composer deux fois la même chose, à moins d’être AC/DC, auquel cas tu es le meilleur groupe au monde [rires] et tu n’as pas envie que les choses changent. »

Vous avez travaillé avec Bob Rock lors de votre premier album, vos deux albums suivants ont été faits au studio légendaire d’Abbey Road, vous avez eu des tubes comme « All Lips ‘n Hips » et « Mary In The Mystery World » qui ont relativement bien marché, et vous étiez signés sur de grosses maisons de disque. Mais, au final, vous avez splitté tout de suite après Freewheelin’. Du coup, qu’est-ce qui a foiré ?

Je pense que ça vient principalement de moi, en tant que compositeur, j’ai simplement perdu l’intérêt. Après tout ce qui s’est passé, après avoir changé de membres, après avoir fait un nouvel album qui n’a pas été promu, j’étais là : « Oh, fait chier ! Ça n’a aucun sens de bosser autant sur quelque chose qui ne sera jamais… » Je veux dire que c’était six années très intenses. Nous tournions et travaillions énormément. Tout se résume au fait qu’il faut trouver l’inspiration quelque part, et si tu ne parviens pas à la trouver… Je me disais que nous pouvions continuer et faire un nouvel album mais ça n’allait pas être un bon album parce que je n’arrivais pas à trouver l’inspiration. J’ai lu quelque chose concernant Deep Purple, quand Ritchie Blackmore et Ian Gillan se sont séparés, la première fois que Glenn Hughes et David Coverdale ont rejoint le groupe, j’ai lu quelque part qu’ils étaient fatigués et ne se supportaient plus, ne supportaient plus les tournées, etc., et si le management avait été intelligent, ils auraient dit : « Faites une pause, partez en vacances pendant sept mois, ne vous parlez pas, et ensuite faites un nouvel album. » Mais les gens les ont poussés à bout : « Continuez à travailler, allez, continuez… » Et alors, au final, il peut se passer ce que je viens de dire : tu perds toute inspiration ou tu t’énerves contre des gens pour de petites choses. C’est comme un mariage : de petites choses peuvent t’irriter de manière excessive. Donc oui, nous aurions pu faire une pause pendant six mois ou quelque chose comme ça, mais alors j’imagine que j’ai commencé à penser à faire un album solo à la place, ça me semblait plus intéressant et stimulant. Je ne me souviens plus exactement – ma mémoire est merdique ou peut-être que je refuse de me souvenir [rires] – mais c’était principalement parce que j’avais l’impression de ne plus avoir d’idée ou de savoir quel type d’album faire. J’étais donc en panne d’inspiration.

Comment a été ta vie après l’arrêt du groupe ? Tu as notamment rejoint Hanoi Rocks pendant un temps…

J’ai fait plein de choses. J’ai eu des enfants, j’ai fait des albums solo, et puis j’ai joué avec Ginger de The Wildhearts, j’ai fait des trucs au Japon avec lui et au Royaume-Uni, et puis oui, j’ai rejoint Hanoi Rock en 2005 jusqu’en 2009, c’était aussi avec le bassiste d’Electric Boys, parce qu’Andy McCoy voulait qu’il soit aussi dans le groupe. C’était super ! Nous avions tourné avec eux, quand j’étais dans un autre groupe étant adolescent, en Finlande. J’ai donc eu l’occasion de les connaître à l’époque, et Andy avait dit qu’il faudrait que nous jouions ensemble un jour. Donc quand l’opportunité s’est présentée, ça paraissait être un truc amusant à faire. Je ne m’attendais pas à ce que ça dure, je me disais : « Ça durera peut-être un an, environ, mais je suis sûr que ce sera une année palpitante. » Mais ça a finalement été quatre ans et demi. Nous avons fait plein de choses. Nous avons d’ailleurs fait un bon album, je trouve, Street Poetry, que nous avons co-composé, Andy, Michael [Monroe] et moi. C’était super, plein de chouettes dates ! Donc, même si ça ne se voyait pas partout, j’étais très occupé au sein de la scène musicale suédoise.

Electric Boys s’est reformé avec le line-up original en 2009. Qu’est-ce qui a déclenché ce retour ? Qu’est-ce qui vous a décidés ?

Parce qu’Hanoi Rocks était un groupe de rock n’ roll plus direct et aussi parce que je n’étais pas le chanteur dans ce groupe, je me suis senti inspiré pour refaire de la musique groovy et chanter. J’ai demandé au bassiste : « Qu’est-ce que t’en dis ? Qu’est-ce que t’as envie de faire après Hanoi Rocks ? Ce serait marrant d’essayer de voir si on a toujours le truc pour faire Electric Boys. » Et il a dit : « Je pensais à la même chose ! Peut-être qu’on devrait demander aux autres gars s’ils voudraient s’y remettre. » Nous ne nous attendions pas à ce qu’ils disent oui, mais en fait, ils étaient partants ; ils étaient totalement partants pour essayer, mais je suppose que nous nous disons tous : « On ne sait pas ce qui va se passer, mais tentons le coup. » Et ensuite, les choses se sont faites assez vite.

C’était amusant aussi parce que, malgré toutes les années que nous avons passées sans nous voir, en dehors de moi et du bassiste, quand nous nous sommes retrouvés dans la même pièce et avons commencé à jouer, évidemment, ça sonnait un peu brouillon, nous avions besoin de répéter un peu plus, mais j’ai réalisé tout de suite qu’il y a un son qui se crée quand nous jouons tous les quatre ensemble, ça sonne comme Electric Boys. Nous avons tout de suite ressenti que nous avions le truc. Le son était là. Plein de groupes peuvent passer une vie entière à chercher une identité ou un son, mais de toute évidence, nous l’avons et j’en suis très content et ému. C’est quelque chose qu’il faut chérir et travailler. Bien sûr, même si de nombreuses années étaient passées, tout le monde avait le même sens de l’humour, en gros tout était comme avant. C’est intéressant qu’après tant de temps, c’était comme si rien ne s’était passé, alors que beaucoup de choses se sont passées, mais ça reste comme avant. Il y avait plein de nouvelles et vieilles idées de chansons qui n’avaient pas été utilisées avant et qui tout d’un coup semblaient faciles à enregistrer et à assembler en chansons. Puis c’est parti là.

Et je suppose que c’est pour ça que vous avez fait And Them Boys Done Swang en restant aussi fidèles que possible à ce son…

Oui, parce qu’il y a des groupes qui se sont reformés et ont sorti un album qui ne sonnait pas comme eux. Si nous devions reformer le groupe, ça paraissait important que ce soit pour cette raison, pour faire ce que nous sommes connus pour faire. Mais maintenant, c’est différent, parce que nous l’avons fait sur deux albums, maintenant nous avons le sentiment d’avoir le droit d’évoluer, d’avancer et d’essayer d’autres choses.

Est-ce que tu dirais que le fait d’avoir eu cette longue pause a, au final, été bénéfique quand vous avez repris du service ?

Ouais, j’en suis sûr. C’était une longue pause mais ça n’était pas nécessaire que ce soit si long [rires]. Bien sûr, il y a eu plein d’expériences à jouer avec d’autres gens et faire d’autres albums, et rien que la vie, d’un point de vue de l’écriture des textes… Je veux dire que le vécu est toujours une bonne chose. Pour cet album, nous avons été chez un ami à nous, qui s’appelle Carl-Michael [Herlöfsson], notre producteur… J’essaye de me souvenir comment c’était… C’était bien ! [Rires] Il n’y avait aucun gros problème avec le mixage ou ce genre de connerie. C’était amusant d’enregistrer un nouvel album avec le groupe ! Pareil avec Starflight United, nous avons eu une bonne relation de travail avec le producteur sur cet album. Nous l’avons fait en dehors de Stockholm, donc nous avons été là-bas et y avons logé exactement comme nous l’avions fait à Abbey Road, en gros. Ils avaient un petit appartement, donc nous logions au studio, nous y dormions, nous nous levions le matin et faisions le café, puis nous nous remettions au boulot. C’est bon pour rester concentré sur ce qu’il y a à faire. Il n’y a pas grand-chose pour distraire, les gens se focalisent davantage sur la musique.

« J’ai d’abord commencé à jouer de la guitare. J’étais à fond là-dedans. C’était ma façon de m’échapper ou de supporter l’école, si tu veux. Nous avions des pauses de quinze minutes dans la journée, et je vivais à cinq minutes de l’école, donc je courais à la maison et je jouais de la guitare pendant cinq minutes, et je courais pour revenir [rires]. »

Starflight United était un album très funky, probablement le plus funky depuis Funk-O-Metal Carpet Ride…

Vraiment ? Peut-être bien ! Je ne sais pas. En fait, la première chose à laquelle je pense, c’est qu’il commence avec « Spaced Out », qui est probablement la chanson la plus rock n’ roll que nous ayons faite jusque-là dans notre carrière. Mais comme tu dis, il est clair qu’il y a des chansons très funky dessus.

Oui, je pense à « Life Is So Electric », « Tramp », « Junk In The Trunk », « BASF »… Puis vous avez les cuivres qui rendent certaines de ces chansons encore plus funky !

Ouais, et ce n’est pas forcément une bonne chose parce que « BASF », « Born-Again Super Funky », je trouve que c’est une chanson très sympa, notamment grâce au clavier, au clavinet, aux cuivres et tout, mais quelqu’un nous a demandé : « Pourquoi vous ne la jouez pas en concert ? » Mais nous avons essayé, et elle paraît vide sans ces cuivres ! [Petits rires] Mais ouais, ça sonnait bien avec des cuivres sur l’album. En gros, ce qu’il se passe est qu’on enregistre une chanson et ensuite on se dit : « D’accord, comment est-ce que je peux améliorer autant que possible cette chanson en studio ? » C’est là que cette idée est venue d’avoir des cuivres accompagnant le riff.

On a déjà largement parlé de The Ghost Ward Diaries, mais comment résumerais-tu cet album et l’époque actuelle du groupe qu’il représente ?

C’est une grande question ! Ce serait probablement plus facile pour quelqu’un d’autre d’y répondre, mais en fait, depuis longtemps je nous vois simplement comme un groupe de rock : on écrit des chansons, avec la volonté de faire de bonnes chansons… Par exemple, si tu écris un truc et que ton pied commence à battre le rythme et que les voisins se plaignent, tu commences à chanter et partir en vrille [rires], alors généralement tu sais que tu tiens quelque chose sur lequel ça pourrait valoir le coup de travailler. C’est toujours là que ça commence, que ce soit une chanson un peu funky ou du rock n’ roll qui déchire comme « Hangover In Hannover ». Une bonne chanson reste une bonne chanson ! Et ce que nous avons réalisé avec cet album est que – je crois l’avoir mentionné plus tôt –, quand nous nous réunissons tous les quatre, ou même tous les cinq désormais, et commençons à jouer en apportant chacun sa petite touche aux arrangements, de par la façon dont nous jouons, ça finit quoi qu’il arrive par sonner comme nous. Donc, d’une certaine façon, c’est un peu comme si nous nous étions libéré l’esprit. Je crois que je me suis enfin débarrassé de ce fardeau, ce sentiment de devoir écrire un nouveau « Lips n’ Hips ». Je pense qu’il y a des morceaux dans cet album qui ont le même potentiel que cette chanson, mais ils n’ont rien à voir avec elle, si tu vois ce que je veux dire. Parce que ça a été écrit, c’est fait, ça ne sert à rien de composer deux fois la même chose, à moins d’être AC/DC, auquel cas tu es le meilleur groupe au monde [rires] et tu n’as pas envie que les choses changent. Mais pour notre part, je suis plus tranquille en sachant que maintenant nous pouvons nous diversifier, essayer des choses différentes, et que ça fonctionnera.

Qui sait ce que le prochain album sera ? Comme nous avons libéré nos esprits, pour ainsi dire, sur cet album, peut-être que le prochain sera… Peut-être que c’est la bonne approche pour écrire un autre « Lips n’ Hips » [rires]. On ne sait jamais ! On verra où ça nous mènera. C’est un peu un nouveau chapitre. Ce n’est pas seulement par rapport à cet album, j’ai l’impression que c’est un nouveau chapitre avec ce que pourrait être le prochain album, la direction que ça prendra. Donc c’est amusant ! Au moins, c’est excitant. Si ça n’est pas excitant, alors autant à nouveau arrêter. Donc tant que ça reste excitant, nous continuerons, j’imagine. Il faut que ça continue à nous divertir. Aussi, j’ai fait un album solo sur lequel je chante en suédois, via Pledge Music également, et il se peut que ça ait facilité les choses, afin de maintenir l’inspiration dans le groupe. Ça m’a donné l’occasion de faire quelque chose en parallèle, et ensuite tu retournes au groupe et l’excitation revient. Je me fais vraiment plaisir aujourd’hui, quoi qu’il en soit. Ça fait d’ailleurs plus longtemps que nous sommes ensemble maintenant qu’à l’époque !

Electric Boys a toujours eu un fort potentiel, mais avec le recul, qu’est-ce qui vous a manqué pour devenir un gros groupe ?

Je pense que c’était une question de timing et de choix de singles, et dans quel ordre les chansons sont sorties. Nous avons eu beaucoup de discussions à l’époque à ce sujet. Je veux dire que je pourrais t’ennuyer avec des détails mais je ne le ferai pas parce que ça n’a aucun intérêt. Mais ce sont des facteurs qui sont cruciaux, je pense. Tu peux discuter de choses et ensuite décider : « D’accord, c’est comme ça qu’il faut faire », et puis il s’avère que c’était une erreur. Après, du moment que tu fais ce que tu penses être juste, du moment qu’on ne te pousse pas dans un coin contre ton gré, au moins tu auras essayé de suivre ton idée. C’est la seule façon de faire, vraiment, car autrement, ça t’empêchera de dormir la nuit. Il est clair que ce n’était pas une bonne chose que trop de temps soit passé entre le premier et le second album, comme tu l’as dit. Si ça avait été plus rapide, plein de choses auraient probablement été différentes, en l’occurrence. Mais c’est comme ça, on n’y peut rien. Le timing est important et il faut aussi avoir un peu de chance.

Electric Boys a toujours eu une identité très forte mais aussi un style assez indéfinissable. N’était-ce pas difficile de « vendre » le groupe à cause de ça ?

Pas au début parce que tout le monde aimait, les gens n’avaient pas grand-chose à redire par rapport à ça. Je ne sais pas, mais peut-être quand le grunge est arrivé, c’est devenu plus difficile, car nous n’étions pas grunge, nous n’étions pas sleaze, ou quoi que ce soit. Comme je l’ai dit, nous étions plus proches de groupes comme Aerosmith et ce genre de truc qui n’avait rien à voir avec le grunge, c’était juste un groupe de rock n’ roll, en gros. Mais d’un autre côté, j’ai adoré quand le grunge est arrivé, car il y avait un côté trop artificiel dans les années 80 avec le Lycra, la laque à cheveux et tout, donc c’était une bonne chose pour l’industrie de la musique que le centre d’attention se soit éloigné de ça et soit revenu davantage sur la musique. Même si, en y repensant, les groupes de grunge avaient aussi une image, mais c’était différent ; c’était une anti-image, mais ça restait une image [petits rires]. Mais désormais, il y a tant de types différents de musique et on ne sait jamais ce qui va devenir un tube. Je veux dire qu’une chanson qui n’a pas un énorme potentiel pour devenir un tube peut quand même devenir un tube parce qu’elle a un clip sympa qui tout d’un coup obtient des millions de vues. Tout peut arriver aujourd’hui.

« La guitare est ce qui vient en premier et le chant en second […]. Peut-être que d’une certaine façon, c’est une bonne chose que j’aie cet état d’esprit, parce que quand je vais en studio et enregistre une chanson, quand c’est mixé comme il faut, je me dis : “Merde, en fait ça sonne pas mal !” Donc grâce à ça, je me surprends moi-même constamment [rires]. »

Avec ton expérience des premières années et ensuite la métamorphose de l’industrie, etc., as-tu changé ou adapté ton approche du groupe ?

Il faut s’adapter. Je veux dire qu’il y a des faits auxquels il faut s’adapter, dans toute cette industrie où les gens n’achètent plus de CD comme avant, avec le streaming, internet… Il faut suivre, autrement, ça ne marchera pas. Il faut faire avec ce qui existe, pour ainsi dire. Je ne dis pas que nous sommes bons là-dedans, mais évidemment, nous essayons d’atteindre les gens via les bons canaux, les réseaux sociaux, etc. et de faire ce qu’il faut faire pour sortir la musique. Mais nous sommes contents maintenant que nous travaillons avec Michael de Mighty Music et Target au Danemark, parce que ça aussi, avec l’album, ça donne l’impression d’un nouveau départ. En l’occurrence, je suis assis là à te parler, alors que quand nous avons sorti Starflight United et And Them Boys Done Swang, je ne faisais aucune interview avec la France, l’Allemagne et autre, alors que maintenant si. Donc tout d’un coup, nous avons une nouvelle chance de faire savoir aux gens qu’un album est sorti. Ça fait du bien !

Tu as déclaré : « Je ne me suis jamais vu comme un très bon chanteur. » Donc comment t’es-tu retrouvé à être chanteur ?

J’ai d’abord commencé à jouer de la guitare. J’étais à fond là-dedans. C’était ma façon de m’échapper ou de supporter l’école, si tu veux. Nous avions des pauses de quinze minutes dans la journée, et je vivais à cinq minutes de l’école, donc je courais à la maison et je jouais de la guitare pendant cinq minutes, et je courais pour revenir [rires]. Et ensuite, quand nous avons commencé à avoir ce petit groupe, d’abord c’était instrumental. Je ne connaissais personne pour chanter. J’étais fan de Rory Gallagher, par exemple, et Marc Bolan, et ils chantaient. Donc je me disais : « D’accord, alors je suppose que je dois chanter. » En fait, parfois j’aime entendre ma voix sur les albums, mais c’est quelque chose sur lequel j’ai toujours dû travailler dur. La guitare est mon instrument principal. Je pourrais jouer de la guitare avec Aerosmith, Alice Cooper, Guns N’ Roses ou autre, mais je ne pourrais pas chanter avec eux. Il y a une différence. Je peux chanter avec Electric Boys, et ça constitue notre son, parce que justement les gens nous reconnaissent grâce à la façon dont je sonne. Donc je respecte les gens qui aiment ma voix et je respecte le fait que j’aie de la personnalité, parce que j’ai toujours aimé les chanteurs ayant de la personnalité, mais d’un autre côté, j’ai toujours envie de chanter comme Dan McCafferty dans Nazareth mais je n’y arrive pas ! [Rires]

Ça a toujours été plus facile pour toi de jouer de la guitare ?

Ouais, d’une certaine façon. La guitare est ce qui vient en premier et le chant en second, même si je sais que le chant est numéro un pour les gens qui écoutent, probablement. Je veux dire que si je suis à la maison pendant une semaine, je ne chante pas, je joue de la guitare. Je me pose, j’attrape une guitare et je joue, mais je ne déambule pas en chantant toute la journée. Il y a donc un amour pour la guitare et le fait de jouer de la guitare qui est imbattable. Je ne suis pas le seul. Bordel, Hendrix ne s’est jamais habitué à s’entendre ! Pareil avec John Lennon. Il n’arrêtait pas de demander à George Martin s’il pouvait rajouter de l’effet sur sa voix parce qu’il ne voulait pas l’entendre. Je crois que David Bowie a dit la même chose à un moment donné, qu’il n’aimait pas trop sa propre voix. Enfin, je ne chanterais pas si je n’aimais pas ça. J’aime chanter en studio… Peut-être que d’une certaine façon, c’est une bonne chose que j’aie cet état d’esprit, parce que quand je vais en studio et enregistre une chanson, quand c’est mixé comme il faut, je me dis : « Merde, en fait ça sonne pas mal ! » Donc grâce à ça, je me surprends moi-même constamment [rires]. Ça me permet de continuer.

Qu’est-ce qui t’a poussé à jouer de la guitare au tout début ?

En fait, c’était les voisins de la sœur de ma mère. L’un d’entre eux jouait de la guitare et il jouait toujours très fort chez lui. Quand je venais la voir, je pouvais l’entendre à travers la fenêtre, car il était chez lui avec son ampli. Il m’emmenait à sa salle de répétition quand ils répétaient, c’était très fort et je trouvais ça très cool, et il m’a montré le riff de « Sweet Jane », le morceau de Lou Reed. C’était le premier riff que j’aie appris. Et ensuite, l’autre voisin ne savait pas très bien jouer mais il s’intéressait beaucoup à la construction de lumières et d’effets sonores. Donc il n’arrêtait pas de construire ces petits kits, et il m’a dit : « Viens à l’intérieur voir ça. » Il avait une guitare et il avait fait tous ces sons en écho avec des lumières rouges, vertes et bleus qui clignotaient [rires]. C’était complètement psychédélique ! Donc je crois que ce sont ces deux gars qui m’ont fait me dire : « Wow, c’est trop cool ! » Mais ensuite, évidemment, quand j’ai commencé à écouter des albums, j’ai découvert des guitaristes, et la plupart d’entre eux, pour moi, ont toujours été des musiciens jouant sur Stratocaster, comme Ritchie Blackmore, Rory Gallagher, Jimi Hendrix, Jeff Beck… En fait, mon guitariste préféré est Django Reinhart ! Incroyable. Il a passé la majorité de son temps en France, il me semble. Un gypsy jazzman de Belgique, mais il travaillait et vivait beaucoup en France. Un vrai génie ! Je n’emploie pas souvent ce mot – les gens l’utilisent trop souvent – mais je trouve que c’était un génie.

Tu as aussi déclaré que tu as trouvé que ton jeu de guitare le plus intéressant se produisait sur scène. Du coup, pourquoi Electric Boys n’a jamais sorti d’album live ?

J’en ai sorti un moi-même, en fait. Il y existe un album solo qui s’appelle Be There Done What, et je l’ai sorti pour cette raison. Mais je suis sûr que nous sortirons un album live à un moment donné. Je ne vois pas pourquoi nous ne le ferions pas. Ce serait marrant !

D’autant que maintenant vous avez un vaste répertoire de chansons…

Ouais, c’est même dur de choisir quelles chansons jouer. Je n’ose même pas imaginer ce que ça doit être pour les Rolling Stones [rires].

Interview réalisée par téléphone le 7 novembre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Electric Boys : www.electricboys.com

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