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Chronique   

Electric Boys – The Ghost Ward Diaries


Electric Boys est un nom qui résonne chez ceux qui, ces trente dernières années, ont passé le plus clair de leur temps chez les disquaires, toujours à chercher la perle rare. Les Suédois ont officié de 1988 à 1994, voués à devenir des superstars avec des hits tels que « All Lips ‘n Hips », « Psychedelic Eyes » ou « Mary In The Mystery World ». Mais le business en aura décidé autrement et après un long hiatus, ils se sont reformés en 2009 pour livrer deux ans plus tard And Them Boys Done Swang. Electric Boys se nourrit toujours de ses trois composantes : un heavy rock 70’s, un groove hérité du funk et une petite touche de psychédélisme, ce que Starflight United (2014) avait démontré avec brio (le plus funky depuis le mythique Funk-O-Metal Carpet Ride). The Ghost Ward Diaries est le sixième opus du groupe, sans doute le plus éclectique. Que ce soit par un riffing rock ou des arrangements atypiques chers à la formation, Electric Boys perpétue une tradition classic rock organique centrée sur le groove.

Starflight United avait pâti d’une distribution calamiteuse. Pour pallier le problème, Electric Boys a entrepris de tout contrôler en ayant recours au crowfunding et à une distribution via Mighty Music. Ainsi les Suédois pourront bénéficier de la visibilité qu’ils méritent. Le rock fringuant d’Electric Boys n’aura aucun mal à trouver son public tant il est léché et facile à appréhender. Cette simplicité découle certainement du processus de composition, très fluide selon le frontman Conny Bloom, et la collaboration fructueuse avec le producteur David Castillo. L’objectif était simple, commun à nombre de formations rock de ces derniers temps (Blues Pills, Rival Sons, Greta Van Fleet…) : rendre sur album l’énergie live du groupe. De ce point de vue, The Ghost Ward Diaries est extrêmement dynamique. Ce que l’on constate dès l’enlevé « Hangover In Hannover », un hard rock pur qui renvoie à l’héritage immense d’AC/DC, puis se muant en Aerosmith sur le refrain. En dehors d’un riffing old-school bien mené, Electric Boys flatte l’oreille grâce à l’un de ses grands atouts : la qualité des refrains. « There She Goes Again », avec ses « oh yeah! » à la Kiss, ses chœurs et ses arrangements de violon, dévoile la dimension théâtrale et fédératrice du groupe. Le chaleureux « You Spark My Heart » révèle quant à lui la facette plus rock FM des Suédois et le timbre de crooner de Conny Bloom. Il y a une exubérance bienvenue dans le jeu d’Electric Boys, qui parvient à insuffler une expressivité et intensité aux compositions. C’est le cas pour la power-ballade « Gone Gone Gone », pleine de sensibilité et au cachet nostalgique, avec cette guitare lead qui crachote et sanglote. Une chanson qui gagne d’autant plus en émotion quand on sait qu’elle évoque la perte d’un ami du groupe.

The Ghost Ward Diaries ne se résume pas à un simple album de hard rock « agréable ». Il y a un vrai travail sur les parties de guitare, que ce soit l’usage d’une rythmique acoustique mais non moins énergique sur « One Of The Fallen Angels », les arpèges zeppeliniens de « Gone Gone Gone » ou les changements de grain de distorsion lorsque le riff en a besoin, à l’image du pont massif de « First The Money, Then The Honey » qui tranche avec l’impulsion bondissante du morceau. L’intro bluesy de « Rich Man, Poor Man » permet d’aboutir sur une guitare folk et un chant aérien du plus bel effet. « Knocked Out By Tyson » voit son riffing addictif, quasi-stoner par moment, entrecoupé d’un passage insolite faisant clairement du pied aux Beatles. L’instrumentale « Swampmotofrog », inspirée d’une rencontre avec Mikkey Dee, est un florilège de sonorités qui s’enchevêtrent, entre distorsion rock traditionnelle et leads très appuyés, et ce groove qui n’est jamais bien loin. On retrouve ce feeling funk atypique sur « Love Is A Funny Feeling », avec les susurrements de Conny Bloom et ses voix féminines. Le titre représente à lui seul la philosophie d’Electric Boys : hybride à la croisée du funk traditionnel, de la disco (les arrangements de violon) et du blues rock. Electric Boys ne tarit pas d’idées, jusqu’à la conclusion horrifique de « One Of The Fallen Angels », véritable bande son de film d’horreur des eighties qui vient terminer l’album.

The Ghost Ward Diaries est l’occasion pour Electric Boys de montrer qu’il a de nombreuses cordes à son arc. Loin d’être unidimensionnel, l’album va puiser dans tous les registres qui ont forgé la discographie des Suédois. Quoi qu’il en soit, le culte du groove est respecté, et Electric Boys ne ment pas lorsqu’il prétend aimer les « gros riffs et les grosses accroches » : The Ghost Ward Diaries en est gorgé. Surtout, on peut se réjouir qu’après tant d’années d’existence, le groupe soit non seulement encore de la partie mais aussi joue toujours avec son instinct. Chose que l’on doit au minimum au rock n’roll, et qu’Electric Boy fait avec une classe rare.

Chanson « Hangover In Hannover » en écoute :

Album The Ghost Ward Diaries, sortie le 23 novembre 2018 via Mighty Music. Disponible à l’achat ici



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  • je confirme cette chronique enthousiaste
    j’adore ce groupe depuis que je l’ai découvert, avec un live de CONNY BLOOM si je me souviens bien
    et ce dernier opus est excellent, ne passez pas à coté du meilleur groupe de ROCK FUNK GROOVY

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