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Interview   

Electric Callboy : retrouver le sourire


Quand on est jeune et qu’on crée son groupe entre potes dans son garage, on n’a jamais idée de la destinée qu’on pourra avoir, alors on se choisit parfois un nom idiot, on veut jouer les durs et on écrit des paroles grossières. Puis, les années passant, le groupe décolle et vient la notoriété. Avec la notoriété vient une plus grande exposition, des responsabilités et… les problèmes. C’est ainsi qu’Eskimo Callboy en est récemment arrivé à un point où son nom et certaines paroles n’étaient plus tenables face aux critiques.

C’était donc l’heure des grands changements pour les Allemands, après avoir vu l’arrivée de leur nouveau chanteur Nico Sallach – présenté à l’occasion de l’EP MMXX –, les voilà rebaptisés Electric Callboy pour la sortie de Tekkno. Un nouvel album qui, à la fois, fait rentrer le groupe dans une nouvelle ère et opère une sorte de retour aux sources. Après avoir progressivement évolué vers une musique plus sombre et sérieuse, Tekkno présente un Electric Callboy résolument fun, aux couleurs vives, avec ses clips délirants et son savant mélange de metal et de musique électronique dansante. Voilà tout ce dont on avait besoin pour retrouver le sourire à une époque des plus moroses… Alors que le groupe s’apprête à partir en tournée en janvier – avec pas moins de cinq dates dans l’Hexagone –, nous parlons de tout ça avec le claviériste Kevin Ratajczak.

« Le metal est une forme extrême du rock, mais j’aime aussi le côté extrême de la musique électronique, comme la techno hardcore, par exemple. J’écoute tout ce qui est hard. J’adore le black metal et le deathcore. J’aime vraiment la musique intense. »

Radio Metal : Votre nouvel album, Tekkno, est sorti en septembre. À ce sujet, vous avez déclaré qu’il n’était pas dans la continuité de l’album précédent, Rehab, car lors de l’écriture des chansons ce dernier, vous vous trouviez dans la pire situation de votre carrière. Il était horrible pour vous d’écrire de la musique à ce moment-là et vous étiez ravis de dépasser tout ça. Pourquoi l’écriture de Rehab a-t-elle été si difficile par rapport à Tekkno ?

Kevin Ratajczak (claviers & chant) : La réponse est simple : nous ne pouvions plus travailler avec un certain membre du groupe. À ce moment-là, il était extrêmement difficile de travailler avec notre ancien chanteur, et je suis sûr qu’il pourrait dire la même chose. Il ne s’agit pas de montrer qui que ce soit du doigt, c’est simplement que ça ne fonctionnait plus – un peu comme dans une relation avec une fille. Quand nous écrivions Rehab, c’était très compliqué de trouver des compromis. Généralement, on entre en studio, tout le monde met des idées sur la table, on fait des compromis pour assembler le tout, et au final, on se retrouve avec un super album. Mais avec Rehab, quand quelqu’un disait : « Oh, ça, c’est génial », l’autre répondait : « Non, je déteste ». C’était une lutte permanente. Notre raison pour nous retrouver et faire de la musique n’avait même plus d’importance, il fallait juste trouver un moyen de nous entendre. Bien sûr, cet album a produit quelques chansons cool, mais ce n’était pas nous. J’en apprécie toujours quelques-unes – juste quelques-unes, mais tout de même –, mais je me sens plus en adéquation avec ce que nous faisons aujourd’hui, avec les nouvelles chansons. Ce n’est d’ailleurs pas que moi, ce sont tous les membres du groupe. C’est ce qui rend tout ça si important. C’est ce qui nous rend heureux en ce moment.

Comment expliques-tu que vous vous soyez tellement éloignés de Sebastian « Sushi » Biesler à ce moment-là ?

Les gens changent, et pour être honnête, les problèmes qui ont conduit au départ de notre ancien chanteur ont toujours été présents. Lorsque des gens et des personnalités se rassemblent, on court toujours le risque de se disputer. Ce n’est pas un problème : dans une relation de travail, on se dispute toujours, mais j’ai toujours eu l’impression qu’il y avait un décalage, quelque chose qui ne collait pas. Ce n’était pas un vrai problème au début, parce que tout le monde arrivait toujours à prendre du recul. Parfois on trouve un compromis, et parfois pas, mais il est possible de prendre du recul, laisser les choses se décanter, continuer à avancer, et tout est bien qui finit bien. Et puis à un moment, ça n’a plus fonctionné comme ça. Tout le monde était borné, tout le monde voulait pousser ses propres idées, et ça ne marchait plus. Nous aurions pu continuer pendant des années, mais nous n’aurions pas été heureux. C’est comme une relation amoureuse : on aime tellement ce qu’on a vécu qu’on ne veut pas y mettre fin, mais si les choses ne fonctionnent plus, il vaut mieux faire une pause. Tout le monde s’en portera beaucoup mieux.

Tekkno a été écrit en pleine disette de concerts. Votre musique étant faite pour danser, comment avez-vous réussi à injecter votre passion et votre énergie dans la musique, étant donné les circonstances et l’incertitude dans le monde de la musique ?

C’est peut-être justement parce qu’il n’y avait aucun concert. Nous étions pleins à craquer d’ondes positives, et nous ne pouvions pas les exprimer en festival ou en tournée. Alors nous les avons gardées en nous et nous sommes entrés en studio. C’était devenu inhabituel pour nous de nous éclater à ce point, parce que nous ne pouvions rien faire d’autre. Nous ne pouvions pas tourner. Quand nous sommes entrés en studio pour faire de la musique tous ensemble, c’était vraiment génial. Parfois, nous partagions simplement une bière et profitions du plaisir de faire de la musique à nouveau. Avec « Hypa Hypa », qui a été un énorme succès pour nous, nous avons découvert que nous adorions le metal associé à la techno. Ça fonctionne, le public aime ça et nous aussi ! C’est pour ça que nous avons continué dans cette voie. Pendant le processus d’écriture de Tekkno, ça a atteint des sommets, d’une certaine façon, parce que nous savions, grâce à notre EP précédent, quel était notre nouveau style de musique. Sur des titres comme « MC Thunder II » ou « Hypa Hypa », nous avons utilisé de la batterie très techno et nous avons adoré ça. Ça crée une super ambiance et ça cogne vraiment. Je crois que nous avons mis toute cette énergie dans notre album, et nous n’aurions peut-être pas pu le faire s’il y avait eu des concerts. C’est comme faire l’amour avec quelqu’un : une fois que tu l’as fait, tu te dis que tu ne peux pas recommencer tout de suite. C’est la même chose avec la musique : quand nous sommes en studio, nous mettons toute notre énergie dans nos chansons.

« Si tu aimes la musique mainstream, la pop ou le rap et que tu te mets à écouter du metal old school où tout le monde hurle et a les cheveux longs, ça peut être difficile de t’identifier à cette musique. Mais s’il s’agit de bâtir des ponts, nous sommes là pour ça. »

Vos vidéos, à l’image de celle de « Spaceman », sont drôles et pleines de couleurs, très éloignées de la morosité qu’on a traversée. Penses-tu que ce soit ce dont les gens ont besoin, plus que de la musique sombre ?

Déjà après « Hypa Hypa », qui est sortie au début de la pandémie, nous avons remarqué que les gens avaient bien conscience de la situation avec le Covid-19 et que, pendant un certain temps, la tristesse allait l’emporter. Les gens avaient besoin de bonheur. Tout le monde devait rester à la maison, il était même impossible de retrouver sa famille et ses amis. Ça a déprimé tout le monde, nous y compris. Produire ce genre de musique, par exemple « Spaceman », avec ses couleurs gaies, sa mélodie joyeuse et son refrain accrocheur que les gens peuvent chanter nous a aidés. Les gens étaient coincés chez eux. Même ceux qui avaient un travail devaient le faire depuis chez eux, sans pouvoir sortir. Ça pouvait passer si tu avais ta famille autour de toi, mais il y a tellement de gens célibataires… Avec qui pouvaient-ils passer du temps ? Ils étaient seuls chez eux, et j’ai reçu tellement de messages de ces gens-là sur les réseaux sociaux, Instagram, ce genre de chose. Ils m’écrivaient pour me dire : « Votre musique m’a fait tellement de bien quand j’étais déprimé et triste. J’ai regardé vos vidéos et les couleurs et la joie qu’elles dégagent m’ont redonné le sourire. » Bien sûr, j’adore la musique sans la vidéo, mais l’idée de toucher tant de gens et de faire quelque chose de bien avec la musique est le meilleur sentiment du monde – avec les concerts ; j’adore les concerts. C’était super de savoir que notre musique avait rendu les gens heureux.

Considères-tu votre musique comme de l’art ou comme du divertissement ?

Je dirais les deux, parce que l’art peut être divertissant et le divertissement peut être artistique. Mais pour moi, ce que nous faisons ne se limite pas à la musique. Quand nous écrivons, nous pensons toujours aux concerts et aux vidéos. Par exemple, quand je commence à écrire un riff ou une mélodie, je me dis : « Oh, on pourrait avoir des pyros sur scène », ou : « Là, le public va devenir dingue », ou : « Avec ça, on peut faire tel genre de vidéo ». Nous voulons toujours que le public considère la musique, la vidéo et le concert ; c’est une œuvre complète. Je pense que c’est lié à la façon dont les gens consomment la musique de nos jours. Il y a les téléphones, les iPad et les ordinateurs, tout est connecté, et nous associons techno et metal. Tout est de plus en plus connecté, et pas seulement les pays. Quand on touche tellement de gens dans des pays différents, la musique et le public finissent par s’interconnecter naturellement, et c’est une sensation super agréable.

Votre nouveau chanteur, Nico Sallach, a rejoint le groupe à une période très particulière et a dû attendre pratiquement deux ans avant de pouvoir commencer à tourner en mars 2022. L’avez-vous vécu comme une libération ?

Nous avons donné quelques livestreams, et c’était effectivement une espèce de libération avant que les vraies tournées puissent reprendre. Nous étions un groupe avant l’arrivée de Nico, et lui n’en faisait pas partie, alors il lui arrivait de plaisanter à ce sujet, du genre : « Je vais être le chanteur d’Electric Callboy, on partira en tournée et ça va être la folie ! Et puis rien ne s’est passé. » Je crois que Paris était notre première date sur la tournée Hypa Hypa. C’était tellement génial ! Nous devions aussi apprendre à nous connaître. Évidemment, nous nous connaissions depuis des années, mais être sur scène, c’est différent. Il faut savoir où tu te tiens et où tu te déplaces, mais aujourd’hui, nous formons une bonne équipe. Tout le monde sait où les autres se trouvent et où ils se déplacent pendant le concert, c’est très naturel.

As-tu l’impression qu’il ait gagné en confiance sur Tekkno grâce à l’EP MMXX ?

Nous n’étions pas un gros groupe et Nico avait son propre groupe avant, mais il était encore plus petit. Quand il nous a rejoints, il s’est dit : « Wow, ces gars savent ce qu’ils font. Est-ce que je suis censé dire ce que je pense ? » Mais dès le départ, nous avons été très clairs sur le fait qu’il avait les mêmes prérogatives que nous. Ce n’est pas comme si le nouveau devait la fermer. Il a dû gagner en confiance avec le temps. Au début, il faisait très attention à ce qu’il disait, du genre : « J’ai peut-être une idée… » Mais aujourd’hui, c’est plus : « La ferme, j’ai une idée, laissez-moi tenter un truc. » C’est très cool de travailler ensemble.

« J’adore le fait que nous ayons la possibilité de faire ça tous ensemble et que personne ne nous en veuille. Si Metallica se mettait à faire du schlager, ils se feraient démolir par leurs fans, mais avec Electric Callboy, nous pouvons faire ce que nous voulons, parce que les gens nous connaissent pour ça. »

Vous jouez un mélange de musique électronique et de metalcore ou de death metal. L’association des deux ne semble pas naturelle. Comment faites-vous pour que cette juxtaposition de styles fonctionne ?

C’est peut-être l’expérience. Quand nous avons commencé à faire ce genre de musique – dès nos débuts, en 2010 –, nous nous sommes rendu compte que les groupes qui s’y essayaient aussi sonnaient super metal, et puis il y avait une coupure nette et les beats de techno commençaient. Ça n’allait pas bien ensemble. Quand tu essayes d’associer différents instruments… Par exemple, quand nous avons des plans de guitare ou une voix qui chante une mélodie et que nous essayons de mettre du synthé en dessous, nous faisons en sorte de mélanger le tout. Le secret est peut-être que nous nous efforçons de tout assembler. C’est parfois compliqué, la chanson n’est pas naturelle et ressemble à un patchwork, et il faut continuer à travailler dessus. Mais d’une façon ou d’une autre, nous finissons toujours par la parfaire. Je peux aussi te dire que nous commençons toujours avec une idée de chanson. Quand nous commençons à écrire une chanson, nous avons toujours un riff, mais nous lui associons aussi des synthés. Ce n’est jamais un simple riff. Nous essayons toujours de commencer avec les synthés et les guitares. Ensuite vient la façon dont la chanson peut sonner : est-ce qu’elle sera triste, sérieuse ou drôle ? Dix ou vingt secondes d’une chanson peuvent déjà te dire comment elle sonnera. Nous avons rarement les paroles en premier, par exemple. Nous n’écrivons pas les paroles sans avoir une idée de ce que donnera la chanson. Généralement, la musique vient en premier, et les paroles suivent.

D’où vient ton intérêt pour la musique électronique et techno ?

J’aime le metal. J’ai commencé avec les disques de mon père, les vieux trucs comme Deep Purple, Jethro Tull et ce genre de chose. C’est ce qui m’a mis sur la voie du metal avec chant extrême. J’ai commencé avec Sepultura, Soulfly, Korn, Slipknot… Je suis passé par tellement de genres différents, mais j’aime aussi la musique hard d’autres genres. Le metal est une forme extrême du rock, mais j’aime aussi le côté extrême de la musique électronique, comme la techno hardcore, par exemple, qui vient des Pays-Bas. J’adore écouter de la techno hardcore et ce genre de musique, mais mon truc, c’était le metal. Quand nous avons commencé à faire de la musique en 2010, nous nous sommes tournés vers des groupes comme Enter Shikari et Attack Attack!, qui proposaient exactement ce mélange d’accords de synthé et de musique metal. Nous sommes allés un peu plus loin, en intégrant des pistes techno à notre musique. Nous produisons tout nous-mêmes. Quand nous écrivons un nouvel album ou une nouvelle chanson, même si on retire les pistes avec les instruments, comme la guitare, la basse et la batterie, et qu’on ne laisse que les synthés et la musique électronique, il reste une piste complète. Même si on ne l’entend pas, la musique électronique est partout. C’est ce que nous aimons ; nous aimons les deux aspects, et ce depuis toujours. C’est pour ça que nous avons décidé de les associer.

On dirait que tu aimes la musique intense en général…

Exactement. J’écoute tout ce qui est hard. J’adore le black metal et le deathcore. J’aime vraiment la musique intense. J’adore le slam et le death metal, comme Within Destruction ou Lorna Shore. Ils assurent, j’adore ce genre de musique.

Pendant longtemps, la musique électronique populaire et le metal sont restés bien distincts – au point que les synthés étaient haïs dans le metal à un moment donné –, mais vous associez ces deux univers. Penses-tu que ce soit ce que recherchent les nouvelles générations ?

Quand nous avons lancé le groupe, ces genres étaient séparés. Le truc, c’est que les gens aiment créer des clans parce que c’est réconfortant. Je ne sais pas pourquoi, mais les gens essaient de se rassembler en clans, qu’ils soient basés sur la musique ou la nationalité. Ils veulent savoir qui est dans leur camp. Il me semble que parfois, ils ne savent même pas pourquoi ils s’opposent à un certain genre. C’est du style : « J’aime le metal, je n’aime pas le rap et je n’aime pas la musique électronique. » Au début, nous avons vraiment eu du mal à être appréciés des deux partis. Nous n’étions pas à notre place dans les festivals de metal, et nous n’étions pas plus à notre place dans les festivals de pop mainstream. Nous étions au milieu et nous ne savions pas quoi faire. Mais la popularité du groupe a explosé, et je crois que les gens ont fini par nous accepter. Et au-delà de ça, ils trouvent que c’est cool. Comme je l’ai dit tout à l’heure, tout évolue en parallèle. Par exemple, je viens de la scène metal et je m’habille toujours en noir, mais parfois, nous voyons des metalleux à nos concerts qui ressemblent à des rappeurs, ou vice versa. Chacun doit pouvoir faire ce qui lui plaît. Même si j’aime le metal, je ne suis pas obligé de m’habiller comme un metalleux. Quel intérêt ? Pour me fondre dans la masse ? Chacun devrait faire ce qu’il veut et être heureux. Je n’arrête pas de répéter que la musique est quelque chose de tellement individuel et de tellement lié aux émotions que, quand j’aime un style de musique, c’est tout ce qui compte. Ce n’est pas comme si je n’avais le droit d’écouter que du metal ou que du rap. Je peux aimer les deux.

« À un moment, nous avons participé à un grand festival au Royaume-Uni, et un gros groupe canadien a refusé de jouer sur la même scène que nous à cause de notre nom. C’est là que nous nous sommes dit : ‘Wow, ils ne nous connaissent même pas et ils pensent que nous sommes des salauds juste à cause de notre nom. On ne veut pas de ça. Il faut en changer.' »

Penses-tu que les nouvelles générations soient également à la recherche de ponts entre la musique mainstream à laquelle ils ont été exposés depuis l’enfance et le metal qu’ils ont découvert par la suite ?

Quand ton père est metalleux et que tu as appris à aimer le metal depuis ton plus jeune âge, c’est normal. Mais si tu aimes la musique mainstream, la pop ou le rap et que tu te mets à écouter du metal old school où tout le monde hurle et a les cheveux longs, ça peut être difficile de t’identifier à cette musique. Mais s’il s’agit de bâtir des ponts, nous sommes là pour ça. Nous avons le refrain et les mélodies accrocheurs, mais nous avons aussi le côté heavy. Fais-moi confiance, nous voyons beaucoup de gens en tournée qui n’apprécient même pas le metal. Ce ne sont pas des metalleux traditionnels, mais des gens qui viennent de la scène mainstream. Ils viennent me dire : « Normalement, je n’aime pas la musique qui hurle, mais ce que vous faites est cool, j’aime bien. J’essaie de varier un peu de temps en temps. » C’est peut-être le genre de pont dont tu parles, mais il y a encore et il y aura toujours des gens qui n’aiment qu’un seul style de musique. Comme je l’ai dit, c’est une question d’émotion. Si tu n’aimes pas, tu n’aimes pas.

Comme tu l’as souligné, vous avez fini par être davantage acceptés. En te basant sur ton expérience des festivals, dirais-tu que les metalleux sont davantage des clubbeurs qu’ils ne sont prêts à l’admettre ?

Oui. Je me souviens de la première fois que nous avons joué au Wacken, par exemple. Nous savions quelle était notre position. C’était notre premier Wacken, sur une scène sous une tente, il y avait beaucoup de monde et la tente a dû être fermée. Nous avions tellement peur que les gens nous balancent des tomates ou des canettes de bière, mais c’est le contraire qui s’est produit. Le public était tellement sympa. C’est ce que je réponds toujours quand les gens me disent que les metalleux sont des mecs en colère qui ont l’air de gros durs. La communauté metal est la plus sympathique qui soit. Les gens sont cool ; je n’ai jamais vu une bagarre à un concert ou dans un club de metal. Quand il y a de la bagarre, c’est toujours dans un club R’n’B ou hip-hop. Nous n’avons eu que des bonnes expériences. La communauté metal est très ouverte d’esprit et c’est ce que j’aime chez elle.

Tu as déclaré que le groupe était « chaotique, mais chaotique organisé ». Que veux-tu dire par là ?

C’est drôle parce que ça fait douze ans maintenant que nous faisons ça, mais quand nous avons commencé à faire de la musique, pour nos concerts, nous allions directement sur scène et nous faisions n’importe quoi. Si nous cassions des trucs, ça n’avait pas d’importance. C’était le chaos, mais pas du chaos organisé. Mais aujourd’hui, nous sommes devenus très professionnels. Nos concerts sont tellement pros que tout le monde sait quoi faire. Il y a énormément de gens impliqués et tout est planifié, mais nous, en tant que musiciens, nous pouvons toujours faire n’importe quoi. Je peux péter un câble et faire ce que je veux, mais c’est plus organisé qu’avant, parce que d’autres personnes s’occupent du concert. Voilà ce que je voulais dire par là.

« Au fur et à mesure que notre communauté et la société s’agrandissent, nous devons prendre en compte plus de gens. Ça rend les choses plus compliquées, mais on ne peut pas avoir l’un sans l’autre. Si on profite de quelque chose d’un côté, il faut donner en retour. Et donner, c’est prendre soin des gens. »

Bien que votre musique offre une bonne dose de fun, certaines chansons de Tekkno, comme « Mindreader » ou « Parasite », sont plus sérieuses. Peux-tu nous parler un peu de cette autre facette d’Electric Callboy ?

Ce côté plus sombre a toujours fait partie d’Electric Callboy, mais il a été un peu mis de côté lorsque Nico, notre nouveau chanteur, nous a rejoints et que nous avons commencé à écrire de la musique avec lui. La première chanson que nous avons commencé à écrire était « Hypa Hypa », suivie par d’autres chansons dans ce genre. C’était en plein Covid, et nous avions besoin des ondes positives et de cette joie dont on parlait plus tôt. Mais même si nous aimons les ondes positives et les chansons idiotes, nous ne voulions pas non plus perdre le côté sombre d’Electric Callboy. C’est pourquoi nous avons volontairement écrit des chansons comme « Mindreader » ou « Parasite ». Je peux te dire que j’ai hâte de les jouer sur scène, parce qu’on passe notre temps à s’éclater, à sauter partout et à faire n’importe quoi, et puis soudain, les lumières deviennent rouges, il y a de la fumée partout, et boum, on attaque une chanson agressive. Ça fait partie du groupe. En parlant de styles différents, j’ai parfois l’impression, quand j’écoute notre musique et que je vois ce que nous avons créé, que ce sont des groupes différents. Ça va du schlager au metal sombre, en passant par les chansons rap accrocheuses – comme « Spaceman », par exemple, avec du rap et un peu de metal. Mais j’adore le fait que nous ayons la possibilité de faire ça tous ensemble et que personne ne nous en veuille. Si Metallica se mettait à faire du schlager, ils se feraient démolir par leurs fans, mais avec Electric Callboy, nous pouvons faire ce que nous voulons, parce que les gens nous connaissent pour ça.

Vous avez qualifié Tekkno de retour aux racines du groupe. Penses-tu que c’est ce qui manquait à un album comme Rehab – le fait que le côté sérieux soit trop présent et que le mélange ne soit pas à l’équilibre ?

Tout à fait. Quand nous avons commencé à écrire Rehab, je me souviens que nous parlions beaucoup de direction, de ce que les gens voulaient entendre. C’était très conceptuel. Comme nous étions en train de gagner en notoriété en tant que groupe, nous regardions ce que faisaient les autres : « Oh, tiens, Bring Me The Horizon a fait ça… » Mais pourquoi avons-nous voulu faire de la musique ? Pourquoi sommes-nous devenus un groupe en 2010 ? Qu’est-ce qui nous a poussés à écrire ? Nous avions oublié tout ça. Nous nous le sommes rappelé quand nous avons commencé à écrire avec Nico, et c’est ce qui a rendu tout le processus à nouveau fun. Nous sommes ravis de nous être trouvés à nouveau. Ça fait un peu philosophe, mais c’est comme si nous avions retrouvé quelque chose, et c’était très agréable.

Pour cet album, vous avez choisi de vous renommer Electric Callboy, en raison de critiques grandissantes qui considéraient le nom Eskimo Callboy comme péjoratif envers les Inuits et les Yupiks. Aviez-vous pensé que le nom d’origine pourrait devenir un problème quand vous l’avez adopté ? Penses-tu que c’était prévisible, ou le monde a-t-il changé et les gens sont-ils plus facilement offensés, comme certains l’affirment ?

Lorsque nous avons créé le groupe et l’avons appelé Eskimo Callboy, c’était déjà un problème, mais pas où nous vivions – pas même en Europe. Nous n’en avions même pas conscience. C’était juste un nom stupide que nous nous sommes donné. Ce qui faisait notre personnalité, c’était notre musique, pas notre nom. Bien sûr, c’était un nom idiot, mais ç’aurait pu être autre chose et personne n’en aurait rien eu à faire. Le plus important était la musique. Mais quand nous avons gagné en notoriété, nous avons touché des régions du monde où le nom était un problème : les États-Unis, le Canada, l’Alaska, le Groenland… Nous avons fini par nous renseigner un peu sur le sujet, nous sommes entrés en contact avec des gens… Car nous sommes très fiers de rassembler les gens. Quand tu regardes nos concerts, il y a toujours une telle variété dans le public : des rappeurs, des metalleux, des gens normaux comme toi et moi qui se rassemblent. Nous n’avons jamais voulu exclure qui que ce soit.

À un moment, nous avons participé à un grand festival au Royaume-Uni, et un gros groupe canadien a refusé de jouer sur la même scène que nous à cause de notre nom. C’est là que nous nous sommes dit : « Wow, ils ne nous connaissent même pas et ils pensent que nous sommes des salauds juste à cause de notre nom. On ne veut pas de ça. Il faut en changer. » Vous pouvez voir des vidéos intéressantes sur YouTube, où nous nous renseignons et partageons nos informations avec les fans qui peuvent être intéressés. Au final, ce n’est qu’un nom. Les Inuits n’ont jamais demandé à ce qu’on les appelle « Eskimos ». Ce sont des forces externes qui le leur ont imposé, ce qui n’est jamais une bonne idée. Nous étions très heureux de changer de nom après ça. Aujourd’hui, moins d’un an plus tard, ça nous semble normal. Notre nom, c’est Electric Callboy, et tout le monde est content. C’est tout ce qui compte.

« Le fait que d’autres le fassent n’excuse pas tes propres erreurs. Nous sommes heureux d’avoir [revu nos paroles de chansons], nous sommes totalement en paix avec ça, et si les rappeurs se réveillent un jour, peut-être qu’ils pourront aussi vivre dans un monde sans termes péjoratifs. »

Comment vous était venu le nom d’origine, à la base ?

Je ne sais même plus. Nous avions bu quelques bières et les mots Callboy et Eskimo nous sont venus, mais je ne sais plus. Au départ, c’était le nom d’une chanson de notre ancien groupe. Mais il y avait beaucoup d’alcool dans l’histoire, ça je m’en souviens ! [Rires]

L’an dernier, vous avez également annoncé que vous retiriez certaines vieilles chansons de toutes les plateformes en raison de paroles offensantes. Aujourd’hui, ressentez-vous le besoin de vous censurer lorsque vous écrivez pour que le groupe puisse continuer à grandir ? La ligne rouge à ne pas franchir s’est-elle rapprochée, selon vous ?

La « ligne rouge », c’est le mot magique. Quand nous avons commencé à penser à changer le nom du groupe, nous avons bien sûr pensé à l’ensemble de notre concept, à ce qui est bien et ce qui est mal. Quand on commence à parler du nom, il faut aussi prendre en compte les paroles – et c’est ce que nous avons fait. Quand nous avons lancé le groupe, personne ne nous connaissait et nous n’avions aucune responsabilité. Nous étions une bande de gars qui faisaient de la musique dans une cave et voulaient passer pour des durs. Utiliser le mot « bitch » te fait passer pour un dur, mais en fait, nous n’avons pas besoin de ça. Évidemment, la société et le monde ont changé. Parfois, les gens sont têtus parce qu’ils n’ont pas envie de changer. Lorsque nous sommes passés d’Eskimo Callboy à Electric Callboy, des gens nous ont dit : « Vous avez toujours été Eskimo Callboy pour moi ! Pourquoi avoir changé ? » Même quand nous leur expliquions la raison, ils étaient là : « Non, je ne veux pas de ce changement. » Ces gens-là n’apprendront jamais.

Internet connecte des gens de toutes les régions du monde. C’est quelque chose dont nous profitons et que nous aimons, et au fur et à mesure que notre communauté et la société s’agrandissent, nous devons prendre en compte plus de gens. Ça rend les choses plus compliquées, mais on ne peut pas avoir l’un sans l’autre. Si on profite de quelque chose d’un côté, il faut donner en retour. Et donner, c’est prendre soin des gens. Du coup, quand les gens se plaignent que nous utilisons des termes péjoratifs envers les femmes – ce qui n’est jamais une bonne idée –, nous y réfléchissons et nous sommes ravis de le faire. Par exemple, « Monsieur Moustache Vs. Clitcat » est une vieille chanson que nous avons réenregistrée avec Nico, notre nouveau chanteur, et nous avons changé certains mots problématiques. Mais ça reste la même chanson. Nous n’avions pas besoin de ces mots. C’est la raison pour laquelle nous avons pris cette décision et nous en sommes très heureux.

D’un autre côté, le R’n’B et le rap semblent épargnés par ce genre de critiques, alors que le contenu de leurs paroles est parfois assez rude. Comment l’expliques-tu ?

C’est aussi un gros problème en Allemagne, parce que, dans le rap, tout le monde a l’habitude d’entendre des mots beaucoup plus problématiques que dans le metal. Tu sais ce qu’est le « whataboutisme » ? C’est quand quelqu’un te dit : « Tu ne devrais pas faire ça », et que tu réponds : « Je sais, mais regarde, telle personne le fait aussi ». Évidemment que d’autres le font, mais là, c’est de toi qu’on parle. Le fait que d’autres le fassent n’excuse pas tes propres erreurs. Parfois, quand les gens me parlent de nos vieilles chansons, je leur dis que nous ne devrions avoir qu’un seul niveau de réflexion qui s’appliquerait à tous les styles de musique. C’est comme la loi, par exemple. Il y a un système de lois unique en Allemagne, et il s’applique à tous ceux qui y vivent. S’il s’agit d’éthique, comme le fait de ne pas utiliser de mots négatifs envers les femmes ou les gays, il faut que ça s’applique à tout le monde, mais il y aura toujours des gens pour s’en moquer. Mais nous sommes heureux de l’avoir fait, nous sommes totalement en paix avec ça, et si les rappeurs se réveillent un jour, peut-être qu’ils pourront aussi vivre dans un monde sans termes péjoratifs.

Merci d’avoir pris le temps de bavarder. On se verra lors de votre tournée en janvier !

Nous serons en tournée en janvier et ça va être génial. Nous allons jouer dans les plus grandes salles que nous ayons jamais faites. Nous serons à l’Olympia et j’ai tellement hâte. Ça va être une super fête !

Interview réalisée par téléphone le 14 novembre 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Tiphaine Lombardelli.

Site officiel d’Electric Callboy : www.electriccallboy.com

Acheter l’album Tekkno.



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