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Chronique   

Electric Callboy – Tekkno


Electric Callboy est un énergumène qui, derrière l’apparente désinvolture de son approche de la musique, cache tout de même de réelles ambitions. La longévité du groupe parle déjà pour lui : Tekkno n’est autre que le sixième opus du groupe à voir le jour, trois ans après Rehab (2019). La formation a surtout connu des changements majeurs pour se solidifier : exit le nom Eskimo Callboy pour devenir Electric Callboy, répondant ainsi aux accusations de manque de respect envers les Inuits. Ensuite, Electric Callboy accueille désormais un nouveau frontman en la personne de Nico Sallach. Ce dernier n’est pas inconnu des fervents amateurs du groupe puisqu’il s’était déjà illustré sur l’EP MMXX (2020). Tekkno est la première réalisation de la formation avec ce nom et ce line-up, l’occasion de revenir à la légèreté des débuts qui manquait parfois à leurs derniers albums aux tonalités plus sombres.

« Pump It » symbolise pleinement la philosophie de Tekkno : des éléments de musique électro qui sentent bon les recoins sombres de l’Eurodance et les grands clichés du metalcore. Les riffs syncopés sont entrecoupés de synthétiseurs galvanisants et tout l’esprit de Tekkno réside dans le clip de « Pump It » : le culte du corps et la superficialité en ligne de mire. « We Got The Moves » respecte les mêmes proportions du mélange « techno poussiéreuse-riffs crabcore » avec un relent plus indus du début des nineties. Quoi qu’il en soit, Nico Sallach participe grandement à cet état d’esprit facétieux retrouvé. Une prouesse indéniable tant le jeu de la farce Electric Callboy nécessite d’être polyvalent. Lorsque Electric Callboy se donne à fond dans les clichés et le surjeu, il parvient à gagner encore plus en accroche : « Fuckboi » en featuring avec Conquer Divide profite grandement de ce duo mielleux entre Sallach et la chanteuse Kiarely Castillo : Europe 2 nous voilà. C’est aussi une preuve qu’il est impossible de persévérer sur le créneau de la « musique humoristique » sans qualité d’écriture, aussi téléphonée soit-elle. Il y a en outre une certaine diversité dans les approches d’Electric Callboy. « Spaceman » en featuring avec le rappeur allemand FiNCH se repose majoritairement sur un florilège de styles électro imbriqués les uns dans les autres. Une sorte de bazar tout juste organisé bourré de paillettes et doté d’un de ces refrains qui rentrent dans la tête pour ne plus en ressortir. Le comble du bon goût est atteint avec l’introduction d’« Arrow Of Love ». L’enfant improbable et perturbé du djent qui aurait rencontré l’Eurovision.

Il y a toutefois une volonté chez Electric Callboy de livrer quelques titres plus « sérieux ». Tekkno en contient deux : « Parasite » qui, s’il emprunte au même lexique, se rapproche davantage d’un Periphery (en plus dansant et sans le côté prog, évidemment) par son riffing et le placement des lignes de chant que des frasques des autres titres. « Mindreader » obéit à la même logique, moins exubérant dans ses arrangements électroniques et volontairement plus agressif jusqu’à l’irruption du refrain. Nico Sallach supporte une mélodie plus convenue – une sorte de compromis davantage taillé pour les ondes. Ce sont néanmoins des haltes qui ont l’intelligence de varier la dynamique avant d’en revenir aux élans plus loufoques. Les premières notes de « Tekkno Train » sont l’archétype des sensibilités douteuses en matière de musique électronique que le groupe assume parfaitement. Le « tchoutchou » scandé en growl est ainsi du plus bel effet… Les abysses de l’électro sont atteintes avec « Hurrikan », sorte de véritable purge à beats qui se transforme en grindcore de supermarché. Et ce en toute conscience : impossible d’en vouloir à Electric Callboy. « Neon » en vient même à se moquer du goth-rock et de la synthwave en surjouant les arrangements langoureux avant de voir Nico Sallach prendre son envol en tranchant avec le surplus de gras des guitaristes. Un final qui souille à lui seul l’imaginaire des night-clubs eighties avec un certain flair.

Tekkno en revient à ce qu’Electric Callboy fait de mieux : une musique qui navigue entre premier, second voire troisième degré. Il y a même quelques fulgurances d’efficacité qui émergent au milieu d’un océan de poncifs musicaux. C’est justement le charme d’un Electric Callboy en forme athlétique : le prétexte de la blague pour dissimuler le plaisir grandement coupable.

Clip vidéo de la chanson « Spaceman » :

Clip vidéo de la chanson « Pump It » :

Clip vidéo de la chanson « Fuckboi » :

Clip vidéo de la chanson « Arrow Of Love » :

Clip vidéo de la chanson « Hurrikan » :

Clip vidéo de la chanson « Mindreader » :

Album Tekkno, sorti le 16 septembre 2022 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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