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Interview   

Electric Wizard : de retour au Sabbat


Avec Time To Die, album qui marquait une période houleuse pour le groupe, Electric Wizard célébrait sa propre mort. Avec Wizard Bloody Wizard, voici venu le temps de la renaissance : références sabbathiennes proclamées d’entrée de jeu, rock crasseux et riffs lancinants, le Sorcier est de retour, rafraîchi et toujours prêt à en découdre. Si cette dernière mouture est en réalité plus du côté de la continuité que de la révolution promise, elle nous a permis de nous entretenir avec Jus Oborn, chanteur, guitariste et tête pensante iconique de la formation, de cette temporalité propre au groupe, tiraillé entre son regard fixé dans le rétro et sa volonté d’aller de l’avant.

Jovial et volubile, Oborn s’est prêté de bon cœur à ce voyage temporel partant de ses influences, Black Sabbath en tête, pour remonter jusqu’à ses envies de nouveauté… qui nous ramènent au cœur des années 60, inlassablement. Rengaines ensorcelantes et effets de boucle hypnotiques : Electric Wizard en veut à votre inconscient, plus que jamais.

« J’ai du mal à m’éloigner d’Electric Wizard, et pourtant j’ai essayé [rires]. J’ai exploré d’autres idées avec d’autres groupes ou projets, mais Wizard, c’est moi et mon âme, c’est mon groupe, et je finis toujours par y revenir. »

Radio Metal : À l’évidence, votre dernier album, Time To Die, traitait abondamment de la mort, et de la fin d’une certaine période pour Electric Wizard. Il était aussi marqué par de pénibles changements de line-up. Même si Wizard Bloody Wizard contient toujours des thèmes liés à la mort (je pense au morceau « The Reaper » par exemple), peut-on le voir comme une sorte d’album de la résurrection ?

Jus Oborn (chant & guitare) : Oui, je le suppose. Je dirais plutôt que c’est un album de la renaissance, qui nous voit revenir du royaume des morts. Je veux dire par là que le précédent était un album très définitif, qui représentait la fin de tout. Il proposait une réflexion sur ce que je pense de la musique que j’écoutais quand j’étais jeune et le fait que je ne pensais pas qu’elle…. Les choses ont changé, certaines choses ont disparu, les anciennes façons de faire ont disparu. Oui, le précédent album était plus lourd et pas seulement musicalement. Le tout dernier, avec le nouveau line-up, sonne comme un nouveau départ.

Comment définirais-tu ce nouvel Electric Wizard si tu le compares à celui d’avant Time To Die ? Est-ce que votre état d’esprit et votre approche du groupe ont changé ?

À mon avis notre approche consiste à bien moins nous laisser influencer par ce qui se fait aujourd’hui. Il est difficile de dire qu’elle a radicalement changé, parce que c’est toujours la même équipe qui compose, c’est toujours le même matériel – les mêmes guitares et les mêmes amplis -, donc ça sonne toujours de la même manière. Je pense que, peut-être, d’une certaine façon, le son de Wizard était devenu une espèce de formule, à tel point que nous pouvions parfaitement écrire une chanson « à la Electric Wizard », et là nous nous sommes dits « bon, ce n’est pas super pour des artistes d’en arriver là, il faut qu’on se renouvelle. » Alors depuis que nous abordons la composition différemment, ça sonne de façon moins générique, du moins je l’espère. Et puis nous avons expérimenté, dans un style blues assez basique aussi, donc ce que nous essayons surtout de faire, c’est d’essayer quelque chose de différent.

Cela fait maintenant quelques années que Simon Poole et Clayton Burgess font partie du groupe, mais il s’agit du premier disque que vous sortez avec eux. Comment travaillez-vous ensemble ? Qu’apportent-ils à la musique ?

Avant d’entrer en studio, le groupe a tourné de manière intensive pendant deux ans. Tout le monde était sur la même longueur d’onde, il me semble. Simon et Clayton bossent bien ensemble. Clayton est arrivé en premier dans le groupe, et quand il a jammé avec Simon, nous avons bien senti que l’alchimie était bonne. Ils ont surtout apporté une section rythmique bien plus solide. Avant, ce n’était pas notre point fort. Liz [Buckingham] et moi avions toujours des tas d’idées pour la basse et la batterie. Mais ils savent ce qu’ils font. C’est beaucoup plus facile pour moi et Liz d’écrire la musique, les riffs et tout ça, sachant que la section rythmique va s’en emparer tout de suite. J’estime qu’ils nous ont apporté davantage de confiance, une base plus solide à partir de laquelle nous pouvons avancer et écrire de nouveaux morceaux.

J’avais surtout à l’esprit les lignes de basses qui sont très présentes, et qui évoquent Geezer Butler. Penses-tu que Clayton, et peut-être Simon, vous ont aidé à vous approcher d’un idéal que vous avez toujours cherché à atteindre ?

Oui, dans le sens où c’est plus proche d’un son ancien. La plupart du temps, dans le metal moderne, on ne distingue plus la basse, parce qu’elle ne joue pas de contre-mélodie ou un rythme différent. Ce que j’ai toujours voulu dans le groupe, c’est que les guitares soient une base solide, avec une basse et une batterie qui soient bien plus expressives autour, de sorte à ce que les guitares donnent le rythme de base. Désormais, nous sommes en mesure de développer ça ; je veux que les lignes de basse fonctionnent avec les parties de guitares, mais sans copier ce qu’elles font. Les meilleurs morceaux que nous ayons faits au fil des années sont ceux où la basse et la guitare partent dans des digressions, jouent des parties différentes. C’est devenu beaucoup plus facile maintenant. Nous pouvons le faire, alors qu’avant c’était certainement plus compliqué.

L’an dernier, vous aviez annoncé une sortie d’album pour Halloween, et que ce disque représenterait « un nouveau terreau ». Pensiez-vous déjà à Wizard Bloody Wizard à l’époque ? Si oui, pourquoi cette attente ?

L’album était déjà enregistré à l’époque, tout du moins les pistes préliminaires, tous les trucs de base. En fait, nous avons connu pas mal de problèmes avec… Nous avons construit notre propre studio et nous avons connu quelques problèmes au départ, surtout avec l’enregistreur analogique [petits rires]. C’était un 16 pistes, et deux avaient déjà cessé de fonctionné, et puis la première a commencé à faire n’importe quoi, je ne comprenais pas ce qu’il se passait, parfois ça enregistrait et parfois non… Je me suis arraché les cheveux pendant un moment [petits rires]. C’est le genre de problèmes qui ne peut pas se régler très vite, parce qu’il n’y a pas grand-monde qui peut le faire. Ça nous a ralentis pendant six mois, pendant lesquels nous avons juste bidouillé ces trucs-là, en fait.

« Je ne suis plus tout à fait d’accord avec ce terme de heavy metal aujourd’hui. […] Si on ne fait pas du heavy metal, alors on fait du heavy rock. C’est un peu une façon de dire au monde entier qu’on l’emmerde [petits rires]. »

D’après toi, ce retard a-t-il eu une influence sur l’album, ou bien l’essentiel était-il déjà là ?

Je pense que la seule chose qui ait vraiment changé, c’est le chant, parce que je ne l’avais pas encore enregistré à ce moment-là. J’ai essayé de faire des prises, et c’est là matériel a commencé à dérailler. Donc ça m’a donné plus de temps pour travailler les mélodies ; pas les paroles, mais plutôt la façon de m’exprimer. Et puis je me suis mis en tête qu’il fallait absolument que j’essaie d’enregistrer le chant en une prise, au lieu de réenregistrer telle ligne dont je n’étais pas satisfait, ou de modifier des paroles, le genre de choses qu’on peut faire quand on enregistre en numérique. On peut le faire en analogique aussi, mais je voulais un chant en une prise pour chaque morceau. Les guitares ont été enregistrées en une prise aussi, pour garder un son plus brut, plus authentique. Donc tout cela a pris un certain temps [petits rires]. Mais j’y suis arrivé, et je suis bien plus satisfait du chant sur cet album que sur n’importe quel autre avant.

Le titre de l’album est certainement la référence la plus directe à Black Sabbath de toute votre carrière. Ce qui n’est pas rien, puisqu’il y en a eu beaucoup ! Avez-vous ressenti le besoin de vous poser en héritiers plus qu’avant, car après tout, ils sont officiellement à la retraite maintenant ?

Oui, c’est une sorte d’hommage, une façon de tirer notre chapeau à nos aïeux, à ceux sans qui nous ne serions pas là. Les gens voient ça de façons assez variées, mais c’est un hommage. Nous espérons laisser la même empreinte qu’eux, un jour.

Que signifiait l’album Sabbath Bloody Sabbath pour toi ?

C’est en fait le premier album que j’ai possédé. C’était plus à cause de la pochette qu’autre chose. Quand j’étais jeune je ne pouvais pas me permettre d’acheter tous les disques, alors c’est celui dont la pochette m’a le plus attiré. C’est donc le premier album que j’ai eu, rien qu’à moi. Et il a posé des bases pour bien des choses.

Qu’est-ce qui faisait de Sabbath un groupe si unique et pertinent, même comparé à tous ceux qui leur ont succédé ?

Quand j’étais plus jeune, ils avaient une image plus menaçante que les autres groupes. Quand j’ai commencé à m’intéresser au heavy, en 82-83, j’aimais déjà des groupes qui véhiculaient une image sombre, comme Iron Maiden et son Number Of The Beast, et d’autres dans le même genre. Mais j’ai été surpris de découvrir un groupe d’une époque plus ancienne. Pour moi, quand j’étais ado, les années 70, c’était genre « woah, c’était il y a tellement longtemps », même si c’était juste dix ans avant. Je me disais : « Mais c’est qui ce groupe bizarre, qui sont ces mecs qui faisaient ça avant tout le monde ? » Une grande fascination est née de là. Il y avait Sabbath et d’autres comme Led Zeppelin, l’intérêt que Jimmy Page portait à Alistair Crowley et tout ça, et puis AC/DC et leur « Highway To Hell » étaient intéressants aussi [petits rires]. Ce sont eux qui m’ont lancé, quand j’étais jeune. Mais Black Sabbath avait un truc en plus, les pochettes aussi, les illustrations… Et ils étaient Anglais, d’un milieu ouvrier auquel je pouvais m’identifier. J’aimais l’idée qu’ils puissent jouer une musique si lourde et sombre, et venir de familles pauvres tout en étant un groupe sérieux dont les gens se souvenaient. Ils m’ont réellement inspiré. Beaucoup de groupes ont émergé et commencé à copier leur son. Ce son n’est peut-être pas si unique maintenant, mais à l’époque c’était l’impression que ça donnait.

Que penses-tu du fait qu’ils prennent leur retraite ?

Je ne suis pas certain que ce soit vraiment le cas !

A priori si, mais qui sait ? Tellement de groupes prennent leur retraite pour revenir deux ans après…

Exactement. Ils sont musiciens, tu vois. Ils ne vont pas poser leurs instruments dans un coin et se dire : « C’est bon, je suis à la retraite ! » Ils auront peut-être de nouveaux projets, envie de faire des choses différentes, je ne sais pas. J’ai du mal, moi, à m’éloigner d’Electric Wizard, et pourtant j’ai essayé [rires]. J’ai exploré d’autres idées avec d’autres groupes ou projets, mais Wizard, c’est moi et mon âme, c’est mon groupe, et je finis toujours par y revenir. J’ose imaginer que pour eux, c’est pareil. Je veux dire, Ozzy a toujours voulu revenir dans Sabbath, même pendant toutes les années où il a mené sa carrière solo.

De vieux groupes des années 60-70 sont mentionnés dans le dossier de presse, et votre musique est étiquetée heavy rock. Il n’y a presque aucune référence au metal. Avez-vous ressenti le besoin de revenir à l’essentiel, de retirer des couches de fuzz pour vous concentrer sur votre côté heavy ?

Oui, je voulais retrouver le son originel, avant qu’on appelle ça du heavy metal. Bon, d’accord, on appelait effectivement ça du heavy metal dans les années 60, mais je crois que plus personne ne s’en souvient ! Mais je ne suis plus tout à fait d’accord avec ce terme de heavy metal aujourd’hui. Avant, beaucoup de groupes faisaient ce que j’appelais du heavy metal – AC/DC faisait du heavy metal, Motörhead aussi, Slayer, c’est du heavy metal – mais maintenant tout cela est éclaté en sous-genres, en différents styles, et je ne suis plus certain de comprendre ce qu’est le heavy metal. Des guitares jumelles qui jouent des harmonies, un chant haut-perché [il chante une note aigue]… OK, ça c’est une forme de heavy metal, mais ce n’est pas du heavy metal pour moi [rires]. Alors, tout ça nous a un peu énervé, et nous nous sommes dits : « Et puis merde, on est un groupe de heavy rock ! » Si on ne fait pas du heavy metal, alors on fait du heavy rock. C’est un peu une façon de dire au monde entier qu’on l’emmerde [petits rires].

« Le monde n’est qu’énergie et magnétisme. Notre cerveau peut les contrôler. C’est juste que beaucoup d’entre nous avons oublié comment faire. »

Tu as qualifié l’album de « rebelle et arrogant ». C’est ce que devrait être la musique heavy, d’après toi ?

Voilà, oui. C’est ce qui la constitue, c’est de là que vient le rock n’ roll. Le rock n’ roll le plus rebelle et le plus arrogant était toujours considéré par la plupart des gens comme le plus sauvage et le plus horrible aussi. Les gens qui n’aiment pas cette musique estiment que ces groupes sont les plus outranciers. Certains groupes sont très gores, terrifiants, mais personne ne les prend au sérieux, ce sont les équivalents des films d’horreur. Le vrai rock n’ roll a quelque chose de dangereux, comme les Stooges par exemple.

Revenons aux problèmes techniques évoqués plus tôt : vous avez construit votre propre studio, Satyr IX. Qu’est-ce qui vous a motivés ?

Cela fait des années que j’ai envie de faire ça, d’être plus impliqué dans l’enregistrement. Je me suis toujours impliqué dans la création de nos albums, j’ai toujours collaboré avec les producteurs et les ingénieurs. J’ai toujours été présent dans tout le maquettage et dans le mixage. Je pense que la seule chose qui me retenait était le budget, je pensais ne pas avoir les moyens d’acheter le matériel du studio. Mais j’ai fini par comprendre que le matériel qu’il nous fallait était abordable. Je ne voulais pas d’enregistreur numérique, je voulais de l’analogique. Quand j’ai mis les pieds dans un studio pour la première fois, je crois que ces machines coûtaient dans les 20000 livres. Je me disais : « Jamais de la vie… » Mais quand j’ai bossé sur l’album de Cough, en Virginie, avec Garrett Morris, de Windhand, il avait une installation très simple : un Tascam 16 pistes, une table de mixage 16 pistes, quelques reverbs, un compresseur et quelques effets ici et là. Et là je me suis dit : « Ça je peux le faire, je peux monter un studio comme celui-là, c’est simple, je peux le comprendre et l’utiliser, il n’y a pas d’ordinateur ou d’interface à la con ». Alors oui, voir son installation m’a poussé à faire la même chose. C’est la garantie d’une liberté bien plus grande. Peut-être un peu trop de liberté parfois [petits rires], mais c’est mieux que d’avoir des contraintes.

Tu fais maintenant beaucoup de choses toi-même, de façon totalement analogique. En quoi cette approche artisanale nourrit-elle la musique, en quoi influence-t-elle ta façon de faire la musique ?

Nos albums ont toujours été enregistrés en analogique de toute manière. Il est arrivé que le numérique nous vienne en aide ponctuellement, et bon, ça facilite beaucoup les choses… Je ne suis pas très doué avec les ordinateurs, j’ai toujours rencontré des problèmes avec eux, je ne suis pas à la pointe de la technologie. Nous avons toujours enregistré en analogique, parce que j’aime la discipline que cela procure. Quand on enregistre directement sur bande, il faut immédiatement jouer la chanson de la meilleure façon possible pour l’enregistrer. Il s’agit surtout de capter une performance, plutôt que de tout reprendre pour obtenir les notes parfaites. Avec le numérique on peut toujours faire des changements, des ajustements, se dire : « Cette prise était moyenne, on peut l’arranger. On peut changer ci, on peut changer ça. » Je vois beaucoup ça chez d’autres groupes, et je ne pense pas que ce soit bon. Il faut capter la meilleure des interprétations sur la bande. Enregistrer de la musique, ce n’est pas juste mettre du son sur une bande pour la vendre ensuite. L’enregistrement doit capter le meilleur du groupe, son énergie. C’est cela qu’il faut mettre sur le disque. Pas juste une série de morceaux pour répondre à une attente, pour pouvoir partir en tournée avec des morceaux qui se ressemblent tous. C’est ennuyeux, et ce n’est pas ce que la musique devrait être. Le business de la musique est ainsi fait : il tue la bonne musique, si tu veux mon avis.

J’imagine que « Mourning Of The Magicians » est une allusion au livre de Pauwels et Bergier The Morning Of The Magicians, une sorte de manuel de la contre-culture des années 60-70. Qu’est-ce qui t’attire tant dans cette époque ? Après tout, toute votre carrière s’est bâtie autour de votre amour pour cette époque et son esthétique…

À l’époque où j’ai grandi, cette esthétique a eu une grande influence sur moi. Concrètement, quand j’étais gamin, il devait y avoir seulement trois ou quatre livres à la maison, et deux d’entre eux traitaient de l’occulte, de la sorcellerie, alors oui, ce fut une grande influence ! C’était très populaire à l’époque, il existait beaucoup de magazines, comme Man, Myths And Magic, Witchcraft Magazine, ou encore The Encyclopedia Of Witches. Tous ces trucs marchaient très bien dans les années 70. Entre l’âge de cinq et dix ans à peu près, une de mes grandes ambitions était de devenir sorcier [rires]. Je me disais que ce serait une bonne chose à faire.

C’est un peu ce que tu es devenu, au sein d’Electric Wizard.

J’espère bien, oui ! [Rires]

Ce serait quoi la magie pour toi, aujourd’hui ? Comment tu définirais ça ?

La capacité à influencer l’univers qui vous entoure, les objets, les choses, les sentiments autour de vous avec la seule force de votre esprit, votre seule volonté. C’est ça, la magie. En gros, contrôler son environnement par la pensée. C’est ce que je crois. Il existe beaucoup de rituels magiques, des choses de ce genre. C’est une discipline qui consiste à se mettre dans un état d’esprit qui amène à vraiment croire en soi, à croire en son propre pouvoir, ou en sa propre capacité à transformer le monde. Le monde n’est qu’énergie et magnétisme. Notre cerveau peut les contrôler. C’est juste que beaucoup d’entre nous avons oublié comment faire.

« Notre but est d’attirer l’attention avec des idées plus profondes, en donnant du sens à la musique. […] Je veux qu’Electric Wizard soit addictif ! [Rires] »

Vous avez complètement laissé tomber les samples de films d’horreur sur ce disque, alors que c’était une de vos particularités, et que d’autres groupes ont repris ce principe après vous. Pourquoi donc ?

On m’a déjà posé la question quelques fois. Je ne crois pas que cela fasse vraiment partie de notre son. Tu sais, certains des albums que nous avons sortis ne contiennent aucun sample : Witchcult Today, Black Masses, Let Us Prey n’en ont aucun. Il y en a peut-être un sur We Live, mais c’est surtout à cause de la maison de disques qui était là : « Il n’y a aucun sample sur votre album ! » [Rires] Je ne sais pas trop. Oui, nous nous en sommes servis sur certains des premiers albums. C’était assez nouveau à l’époque, personne ne l’avait vraiment fait. Sauf peut-être dans la musique électronique, alors nous nous disions que nous tenions un truc original. Le dernier album en contenait beaucoup, mais ils provenaient de ma cassette de samples de quand j’étais ado, de tout ce que j’enregistrais à la télé ou à la radio, de films… Mais pour moi, les samples ne définissent pas notre son. En tout cas cela fait un moment que ce n’est pas le cas. Je ne sais pas pourquoi tout le monde y prête une si grande attention.

Je n’en sais rien, pour une raison ou pour une autre, cela vous est associé. Peut-être aussi parce que ça a été repris par des groupes qui se disent inspirés par vous, c’est une des explications possibles.

Ouais. Il y en a deux ou trois qui sont vraiment iconiques, et qui nous ont démarqués des autres groupes. Dopethrone en a quelques-uns qui sont vraiment reconnaissables, et Come My Fanatics comporte sans doute le plus iconique, le fameux : “You’re all the same, the lot of you, with your long hair and faggot clothes. Drugs, sex, every sort of filth.” (« Vous êtes tous les mêmes, vous autres, avec vos cheveux longs et vos fringues de tapettes. La drogue, le sexe, toutes les débauches possibles. » Extrait du film Let Sleeping Corpses Lie, de 1974, NdT) Cette citation est vraiment iconique. C’est ce que les gens associent le plus au groupe. Mais je ne veux pas qu’on me prenne pour celui qui passe son temps à chercher des extraits de films juste pour le plaisir !

Puisque votre musique se nourrit du passé, et du passé d’Electric Wizard lui-même, n’as-tu pas peur de stagner et de finir par te citer toi-même, en quelque sorte ?

Ce n’est pas une question facile. Inévitablement, tu cites ton propre travail, tu t’inspires de ce que tu as déjà fait, dans le sens où c’est ce que recherchent les fans du groupe. Ils veulent que leur groupe préféré s’autoréférence, jusqu’à un certain point, qu’il crée sa propre iconographie, sa propre légende. Donc, d’une certaine manière, il faut le faire, sauf si tu veux te mettre à dos tout ton public [rires]. Il ne faut pas faire du surplace non plus, mais c’est une question difficile. Nous essayons toujours de garder cet équilibre entre l’originalité et la fraîcheur, et la qualité constante. La qualité fondamentale doit rester la même. Sur cet album surtout, j’ai essayé d’expérimenter avec le son, la production, j’ai cherché à faire sonner le groupe de façon physiquement différente, tout en gardant la même formation, la même musique globalement. C’était une façon d’essayer de nouvelles choses. D’une certaine façon, ça devient cyclique, on revient à la case départ. C’était mon sentiment avec Time To Die, je pensais que nous avions terminé un cycle, y compris dans le fait qu’un membre originel était revenu, tout était revenu au point de départ. Parfois on ne peut pas revivre le passé. C’est de la nostalgie, tu essaies de le faire mais ça ne fonctionne pas. Un peu comme dans une relation amoureuse, quand tu essaies de te remettre avec quelqu’un avec qui tu étais sorti il y a longtemps. Une fois que les sentiments agréables ne sont plus là, seuls les mauvais refont surface.

C’est intéressant de t’entendre parler de cycles, parce que j’ai remarqué que le dernier titre de l’album cite le premier, « See You In Hell ». Déjà, sur Time to Die, on trouvait une sorte de boucle, avec le bruit de la rivière au début et à la fin de l’album. Cette notion de boucle est importante pour toi ? Elle rend l’album plus cohérent, d’après toi ?

Ouais. Ça fait penser à un cycle. Même le disque en soi est physiquement rond, tu vois, et on joue une face, tu le retournes pour jouer l’autre, et ensuite tout revient au début. Il y a une idée liée à la magie derrière cela, et j’espère que dans l’esprit des auditeurs une boucle se forme, qui leur donne au moins envie de repasser le disque encore et encore. Pour créer un besoin irrépressible, tu vois [petits rires]. Quand on fait de la musique, on veut que les gens soient intrigués, fascinés par elle, qu’ils l’écoutent encore et encore, qu’ils essaient de comprendre ce que tu as cherché à faire. Bien sûr, nous ne sommes pas un groupe pop qui se repose sur des accroches faciles, des petits gimmicks qui attirent l’attention. Notre but est d’attirer l’attention avec des idées plus profondes, en donnant du sens à la musique. Ces boucles sont nos petits trucs à nous pour accrocher l’auditeur. Je veux qu’Electric Wizard soit addictif ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 8 octobre 2017 par Chloé Perrin.
Retranscription & traduction : Julien Morel.

Site officiel d’Electric Wizard : www.electricfuckinwizard.com.

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