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Chronique   

Electric Wizard – Time To Die


Electric Wizard est-il toujours dangereux ? Dangereux pour lui-même au moins, à la manière d’un suicidaire clamant qu’il est temps de mourir. Pourtant, c’est une sorte d’élan de vie, ou de retour à la vie, qui a précédé la naissance de ce nouvel album. D’abord un remaniement du line-up pour réintégrer le batteur de la première décennie d’existence du groupe, Mark Greening, censé marquer un retour à la fièvre originelle. Pourtant, un membre fondateur remercié peu après la fin de l’enregistrement de ce nouveau disque dans une sourde absence de communication. En parallèle, un changement de maison de disques, tournant le dos à vingt années de collaboration avec Rise Above Records (label d’un des papes du doom : Lee Dorian), en fondant son propre label, pour retrouver – soi-disant – plus de liberté, sans plus personne à qui rendre des comptes ou pour les retenir. Et, sans entraves, Electric Wizard pensait bien fournir le plus heavy (heavy, il l’est, incontestablement), le plus sale des albums (sur ce point, ce serait plutôt l’un de leurs albums à la production la plus propre). Encore plus diabolique que Dopethrone, affirmaient-ils carrément ! Au moins, dès les premiers instants de ce Time To Die, les Anglais ne laissent aucun doute sur l’identité des géniteurs de ce disque. Après avoir passé ses échantillons d’émissions de radio dénonçant les dangers du rock, de la drogue, du satanisme, le groupe montre qu’il sait toujours faire tourner un riff ad libitum. L’arrivée de la voix de Jus Oborn réveille d’un coup tous les bons souvenirs des moments passés à écouter leurs anciens albums. L’extase habituelle devrait suivre…

Mais dans la suite formée par « Incense Of The Damned » et « Time To Die » résonnant comme les échos d’une messe noire échappés de catacombes, les démons sont paresseux. Au bout de presque vingt minutes, « I Am Nothing » arrive à point nommé, pièce maîtresse – ou pièce épaisse du boucher à se mettre enfin sous la dent – de cet album, répandant ce goût de néant, cette lourdeur annihilatrice de vie qu’est le doom de Dorset. Toute la masse d’un trou noir tourbillonnant aspire l’auditeur… Ne serait-ce que pendant les huit premières minutes avant le dernier quart, interminable coda quasi bruitiste, expérience qui ne s’arrête pas à la fin du morceau puisqu’elle se poursuit pendant les plus de trois minutes de « Destroy Those Who Love God » avec ses nouveaux extraits d’émissions sorties d’une radio dont on ne trouve la bonne fréquence avec un clavier malade en fil conducteur, le tout enrobé de feedback. Mais à quoi ça mène ? « SadioWitch » réveillera bien de bons souvenirs, évoquant des motifs employés au temps de Come My Fanatics, « Lucifer Slave » obtiendra l’abaissement final de quelques défenses dans l’articulation des cervicales, mais il aura d’abord fallu passer par les dépressifs « Funeral Of Your Mind » et « We Love The Dead » tournant à vide. Enfin, c’est dans une ambiance de film d’horreur que l’expérience se termine, « Saturn Dethroned », exact reflet de l’intro de l’album, avec ce vieil orgue électrique et ses bruitages (croassements, écoulement de la même rivière entendue au début), pour retourner à la case départ mais intercale un nouvel extrait à caractère informatif (exhumant celui en ouverture de Dopethrone) en toute fin qui casse un peu la boucle.

Electric Wizard a étalé ses ingrédients habituels, dont on connait et se délecte du goût, mais sans souci du dosage. En creusant son propre sillon, il ne fait qu’en élargir les bords pour bien pouvoir accueillir et enterrer tout le monde sous des tonnes de distorsion. Les âmes sensibles seront impressionnées. Les plus endurcis attendront longtemps la venue de la chose diabolique invoquée par les Sorciers de Dorset. C’est à se demander si, tel un Jean Rollin qu’ils admirent, les Britanniques n’ambitionneraient pas de ressembler ici à celui-ci : être au doom ce que le cinéaste français est au cinéma fantastique, à travers une œuvre banale trempée dans le psychédélisme et la subversion, et obtenir l’adoration de ses fidèles par le mépris qu’il obtient des autres.

Ci-dessous le titre « I Am Nothing » :

Album Time To Die, sortie le 30 septembre 2014 chez Witchfinder Records / Spinefarm Records.



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