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Chronique   

Eluveitie – Ategnatos


Les suisses d’Eluveitie auront pris davantage de temps qu’à l’accoutumée pour nous livrer leur nouvel album metal intitulé Ategnatos, le mot celtique pour signifier « renaissance ». L’engouement autour du groupe mastodonte du folk-metal a justifié la réédition l’an dernier de son succès Slania (2008) pour l’occasion des dix ans de l’opus. Le groupe avait mentionné l’intention de retourner en studio, ce qu’il a fait en octobre dernier. En termes de méthode de travail, Ategnatos suit l’élan d’Evocation II: Pantheon en étant véritablement le fruit d’un effort collectif, les neuf membres ayant composé ensemble à l’Université des Arts de Zurich. Avant la recomposition du groupe suite aux départs d’Anna Murphy, Ivo Henzi et Merlin Sutter, seul Chrigel Glanzmann avait la mainmise sur l’essence des compositions. La conception même d’Ategnatos rejoint ainsi l’idée de renouveau. Le terme va plus loin puisqu’il évoque la renaissance à l’aune de l’acceptation de sa condition, des « archétypes » qui nous définissent et qui forment la vie elle-même. Ategnatos prend en outre une dimension réflexive sur la société actuelle, perçue par Eluveitie comme la réalisation d’une prophétie catastrophique.

Vaste programme. Eluveitie a choisi d’employer à nouveau Tommy Vetterli pour mettre en valeur la complexité instrumentale du groupe, assisté au mix par Jens Bogren (Arch Enemy, Opeth, Soilwork, At The Gates…). Ategnatos est d’ailleurs le premier album à intégrer un vrai quatuor à cordes. L’un des points forts d’Ategnatos est justement sa production limpide. L’équilibre entre les guitares saturées, la batterie, les voix et les instruments traditionnels est un exemple de synthèse parfaitement réussie. Eluveitie parvient à conserver une dose suffisante d’agressivité, parfois presque épurée à l’instar du riffing death-mélodique de « A Cry In The Wilderness » ou d’un « Mine Is The Fury » effréné faisant du pied à Finntroll. Ategnatos contient une pléthore de moments essentiellement metal à peine conjugués à la dimension folklorique du groupe, en résulte un contraste plus fort entre la brutalité et les mélodies. Lorsque Eluveitie s’emploie à délivrer toute sa fougue, le groupe fait preuve d’une crédibilité que les détracteurs du « biniou-metal » auraient du mal à démonter. « Worship » nous gratifie même de la participation de Randy Blythe (Lamb Of God) et de son fameux growl caverneux. Eluveitie se permet d’ailleurs de rendre la pareille à la formation de ce dernier avec quelques passages au groove bien senti. Même lorsque Eluveitie s’emploie à façonner des atmosphères plus nuancées, il parvient toujours à insuffler une forme de violence, à l’instar du schizophrène « Threefold Death » où la voix douce de Fabienne Erni va vite se retrouver supplantée par le martèlement d’Alain Ackermann.

En somme, lorsque Eluveitie arpente des territoires plus rugueux en renvoyant directement à ses inspirations black et death mélodiques, il délivre des compositions extrêmement dynamiques. Là où les plus critiques envers la démarche du groupe trouveront du grain à moudre, c’est lorsque le collectif suisse s’illustre dans un registre plus power metal accompagné d’un chant plus pop. C’est le cas de « Breathe » qui cristallisera tout ce qu’on adore ou reproche à Eluveitie, c’est selon. Reste que la performance de Fabienne Erni est intouchable – tout comme elle offrira quelques frissons, a cappella au milieu de la pluie et du vent sur le final « Eclipse ». Ategnatos intègre vraiment deux grands ensembles : les titres extrêmes et ceux au registre plus populaire. « Black Water Dawn » va même jusqu’à proposer un solo purement heavy succédant à des envolées de flûte. Le paroxysme du versant pop-folk d’Eluveitie est atteint avec le single « Ambiramus » qui ne reflète aucunement la tonalité assez sombre et cryptique de l’opus, tandis que « The Raven Hill » va jusqu’à investir des rythmiques et un refrain des plus dansants. Quoi qu’il en soit, et peu importe le registre choisi par Eluveitie, Ategnatos conserve tout au long de son déroulement un soin maniaque apporté aux arrangements et aux transitions (mention spéciale au mysticisme de « Trinoxtion »), notamment le final liturgique de « Breathe » qui introduit subtilement la déferlante « Rebirth », titre qui résume à lui seul la philosophie musicale à l’œuvre au sein d’Ategnatos.

S’il peut souffrir sur la longueur d’un trop-plein et de redondances (une heure de musique, seize pistes, on les sent passer), Ategnatos permet à Eluveitie de reconquérir (si tant est qu’il l’ait perdu) son statut de maître incontesté du mélange de folk et de metal, parce qu’il excelle sur les deux plans et qu’il les conjugue avec une certaine équité. Il a en outre le mérite de la polyvalence, c’est-à-dire que ceux qui apprécient Eluveitie pour ses mélodies aisément accessibles y trouveront leur compte, tout comme ceux avides d’une violence tribale et guerrière, torses nus, cheveux au vent et tatouages mystiques exhibés fièrement. De là à dire qu’Ategnatos signifierait le renouveau d’Eluveitie, sûrement pas. Mais la spontanéité et l’approche collective de la composition lui siéent parfaitement.

Clip vidéo de la chanson « Ambiramus » :

Clip vidéo de la chanson « Ategnatos » :

Album Ategnatos, sortie le 5 avril 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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