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Interview   

Eluveitie : Chrigel Glanzmann se confesse devant les dieux


Chrigel Glanzmann était jusqu’à présent resté relativement évasif quand aux départs simultanés de trois membres d’Eluveitie – la chanteuse-vielliste Anna Murphy, le guitariste Ivo Henzi et le batteur Merlin Sutter -, provocant une véritable secousse dans la scène folk metal. Mais il faut croire qu’il ne fallait que la bonne étincelle pour que le leader-fondateur fasse exploser son récit des événements qui ont conduit à une telle situation. Cette étincelle, c’est la toute première question de l’interview qui suit. Ainsi il se livre sur le sujet comme il ne l’a encore jamais fait, complétant et nuançant la version d’Anna Murphy il y a quelques mois. Si bien, qu’après coup, on le sentait lui-même un peu abasourdi d’avoir ainsi vidé son sac. Mais une chose qui ressort également de ses propos est une sincère bienveillance envers ses anciens comparses qui contrebalance les aspects négatifs de la séparation.

Mais là n’est pas le seul sujet de l’entretien (même si au final il en prend une bonne part), puisque le groupe est de nouveau sur les rails, sortant Evocation II: Pantheon, la suite du concept acoustique amorcé en 2009. Un album qui inaugure non seulement un nouveau line-up mais également une toute nouvelle dynamique de groupe, à l’esprit d’équipe bien plus affirmé. Conceptuellement, comme son nom l’indique, ce sont les dieux de la mythologie celtique qui sont à l’honneur. Un concept élaboré, une fois de plus, avec un souci de la précision historique et scientifique, par opposition aux concepts néo-païens à la mode et sans grand fondement dont Chrigel n’a que faire.

« Nous ne sommes pas une entreprise, nous sommes un groupe. Je me suis simplement rendu compte que nous virions des gens juste parce qu’ils ne collaient pas aux idées d’une personne, ça ne peut pas se passer comme ça. »

Radio Metal : Tout d’abord, évacuons le sujet du changement de line-up. En 2016, le groupe a vu les départs de trois membres : Merlin, Ivo et Anna, et l’élément déclencheur de ces départs, selon Anna, était ta décision de te séparer de Merlin sans leur en parler. Anna t’a reproché de ne pas avoir joué carte sur table et d’avoir été malhonnête. Du coup, peux-tu nous donner ta version de l’histoire ?

Chrigel Glanzmann (chant et divers instruments) : Je ne dirais pas ça comme ça, pour être franc. En gros, c’était un développement qui s’est déroulé sur plusieurs années déjà. Je veux dire que ce n’est pas que nous nous querellions mais au fil des années, de très fortes idées sur ce que le groupe est et comment un groupe devait fonctionner se sont développées. Au fil des ans, le groupe s’est scindé en deux parties, pour ainsi dire. Ça a commencé il y a bien six ans mais ça s’est intensifié, les deux fronts sont devenus de plus en plus forts, donc c’était de plus en plus dur à gérer. Nous avions un système démocratique au sein du groupe, ce qui signifie que chaque décision que nous prenions, nous la votions démocratiquement, et ça, à mon avis, a été utilisé de manière de plus en plus abusive. Un groupe dans le groupe était plus fort que l’autre, et c’était en gros celui de Merlin. Il essayait toujours de convaincre les gens de ses idées et dès que la majorité pensait « d’accord, c’est une bonne idée », il disait « ok, votons. » Et ça s’est intensifié avec les années. Depuis quelques années, en fait, ça ne ressemblait plus à un groupe. Nous étions plus comme une entreprise et ce n’est tout simplement pas bon, je trouve. Pour ma part, en fait, durant toutes ces années, je n’ai jamais fait partie d’aucun de ces deux groupes. Simplement, généralement, je me mettais en retrait et j’essayais de maintenir la cohésion. Pendant près de dix ans maintenant, j’ai parlé à Merlin et essayé de, comme je l’ai dit, faire en sorte de maintenir l’unité, j’ai essayé de parler aux deux côtés, mais ça n’allait nulle part. Ça n’a fait qu’empirer.

Je dois vraiment dire que c’est la toute première fois que je raconte ces choses à quelqu’un en dehors du groupe. Mais puisque tu as entendu des histoires plutôt franches, je pense que ok, peut-être que c’est le moment de raconter ces choses. Donc après tout, nous avons eu pas mal de changements de line-up au fil des années, et ce conflit en était toujours la raison. Meri [Tadić], notre ancienne violoniste, en l’occurrence, elle n’a pas répondu aux attentes du groupe de Merlin, selon lui, donc elle a été écartée du groupe. C’était en fait la raison pour laquelle elle est partie. C’était pareil pour Päde [Patrick Kistler], notre ancien joueur de cornemuse, il a été viré du groupe en pleine tournée, également à cause de cette histoire de vote. Ces changements de line-up sont toujours merdiques et ça continuait sans arrêt comme ça. Vers la fin 2015, les conflits ont empiré et c’était à deux doigts que les prochains à se faire virer soient Rafael Salzmann et Kay Brem. Alors j’étais là : « Ok, ça ne pourra pas marcher comme ça. » Je veux dire que nous ne sommes pas une entreprise, nous sommes un groupe. Je me suis simplement rendu compte que nous virions des gens juste parce qu’ils ne collaient pas aux idées d’une personne, ça ne peut pas se passer comme ça.

Et ensuite nous avons fait une tournée, je crois que c’était en novembre 2015, encore une fois je me suis assis avec Merlin et nous avons longuement discuté. En fait, il faut aussi que je précise que lui et moi, nous nous sommes toujours bien entendus, et d’ailleurs c’est toujours le cas aujourd’hui. Je le considère toujours comme un ami. C’est juste que nous avons des opinions très différentes et très fortes sur la façon de traiter les gens et comment un groupe doit fonctionner et ce genre de choses. Je comprends son point de vue, il comprend le mien. En fait, nous n’avons jamais vraiment eu de soucis entre nous. Donc au moins, tous les deux, nous pouvions parler. Donc je me suis posé avec lui et nous avons eu une longue conversation. Je lui ai dit : « s’il te plait, essaie de te calmer. Nous sommes tout un groupe de personnes, tu ne peux pas forcer tes idées, tu ne peux pas traiter les gens comme ça. S’il te plaît, simplement essaie d’être un petit peu intégré. Autrement, le groupe va finir par tomber en ruines. » Au début, il était là : « Ouais, d’accord, peut-être… bla bla bla. » Mais début 2016, sa partie du groupe, genre son « département » dans le groupe, il a convié juste quelques membres, pas tout le groupe, uniquement les gens qu’il pensait qu’ils conviendraient, ainsi que le manageur à une réunion. Au cours de cette réunion, il voulait mettre en place son nouveau modèle de gestion du groupe. Son idée était d’avoir un groupe leader au sein du groupe, constitué uniquement de très peu personnes, peut-être trois ou quatre, avec, évidemment, lui et retirer tous les droits à tous les autres membres du groupe et en faire des employés, comme des employés complètement échangeables, sans aucun mot à dire, sans aucun droit de vote ou quoi que ce soit de ce genre. Ça aurait été la première étape pour au final virer Kay Brem et Rafael Salzmann. C’était le moment, pour moi, où j’ai dit : « Mec, désolé mais ça ne va pas pouvoir continuer à fonctionner comme ça. Je veux dire que ce n’est pas comme ça qu’on traite les gens, selon moi, ce n’est pas ce que je crois être juste. Ça ne va pas du tout. »

A ce stade, c’est là où j’ai parlé à tout le reste du groupe, j’ai eu une très longue discussion avec Kay, j’ai eu une très longue discussion avec Rafael, j’ai eu une très longue discussion avec Matteo, j’ai eu une très longue discussion avec Nicole… Et je dois dire que j’ai aussi parlé à Anna, de nombreuses fois en fait. Durant tout ce temps, elle était au courant du conflit. Ainsi que Ivo. Et d’ailleurs, Ivo était complètement de mon côté au début, il a aussi dit : « Ce n’est pas cool. Ce que Merlin veut ne va pas. » La situation était que la majorité des membres du groupe m’a dit qu’ils ne voulaient plus avoir à faire à tout ça, surtout Rafael et Kay, ils disaient : « Écoute, on nous écarte tout le temps, on ne le supporte plus. Soit il y a un changement, soit nous partons de nous-même. Nous n’allons pas attendre qu’on nous vire. » C’était, pour moi, le moment où j’ai dit : « Ok, là, il faut faire quelque chose, parce que ça ne mènera jamais à quoi que ce soit de bon. » Et durant ces discussions, la majorité du groupe était d’accord sur le fait que « ok, si ça ne fonctionne pas, on peut encore parler à Merlin mais si ça ne marche toujours pas, s’il ne veut pas changer, on devra voter et on votera qu’il doit quitter le groupe. » Et c’est au final ce qui s’est passé. Mais je ne voulais pas faire comme il a fait avec Päde, en l’occurrence, ce qui était vraiment, vraiment malheureux, c’était en pleine tournée lorsqu’il a dit « réunion de groupe ! », nous nous sommes tous posés en cercle, ensuite il a dit « bla bla bla bla, ceci, cela. Ok, on vote » et Päde a été dégagé par vote en pleine tournée. C’est très humiliant et je ne voulais pas faire ça comme ça avec Merlin. Donc j’ai eu une conversation avec lui, Anna et Ivo étaient également là, et j’ai dit : « Écoute, la majorité du groupe ne veut plus continuer avec toi. Tu connais les raisons, nous en avons parlé un milliard de fois. Je suis vraiment désolé mais c’est la décision de la majorité du groupe. » Et, en fait, nous n’avons même jamais voté parce que je trouve que c’est trop humiliant et ce n’est pas quelque chose que les adultes font, c’est irrespectueux, je trouve. Donc j’ai juste eu à leur parler et les informer. C’est ce qui s’est passé.

« Le groupe s’est vraiment divisé. […] Par exemple, la dernière tournée que nous avons faite était horrible, nous avions même deux loges pour les deux parties du groupe ! [Petits rires] Et moi, généralement, je restais dans le tour bus. C’était exécrable ! Et musicalement, c’était aussi comme ça. »

Au cours des jours suivants, évidemment c’était très dur, personne ne voulait vraiment aller aussi loin. Bien sûr que non. Mais si les choses ne fonctionnent pas, elles ne fonctionnent pas. Et durant ces discussions, j’ai énormément parlé à Anna, Ivo et Merlin, même après ça, et surtout avec Anna. Tous les deux jours, nous allions dans un bar ou un café et parlions pendant des heures. Un soir, nous nous sommes tenus dans les bras et avons pleuré parce que c’était vraiment dur, surtout pour elle parce que d’un côté elle n’aurait jamais voulu quitter Eluveitie mais d’un autre côté, elle m’a dit : « Écoute, au niveau personnel, Merlin est mon meilleur ami, et je ne peux tout simplement pas imaginer continuer à faire de la musique sans lui, je ne veux pas de ça. » Donc elle devait choisir soit de rester dans le groupe, soit de partir avec Merlin, ce qui était une décision impossible pour elle, c’était très dur pour elle. Donc bien sûr que c’était difficile, oui. Mais ouais, durant ces jours-là, nous nous sommes beaucoup posés ensemble et en avons même parlé. Mais après tout, c’était comme c’était, ça ne marchait pas et la majorité du groupe ne voulait plus continuer avec Merlin. D’un autre côté, Merlin ne voulait pas changer son comportement, et ainsi de suite. Que peut-on faire ? Voilà donc tout ce qui s’est passé.

D’accord, c’était une longue explication ! Mais une chose que je n’ai peut-être pas compris c’est : comment Merlin pouvait-il imposer ses idées en ayant un système de vote démocratique ?

Ouais, c’est dur [à expliquer]… Je peux te donner une autre longue explication si tu veux [rires]. Personnellement, je ne crois plus en ce truc démocratique. Et d’ailleurs, depuis que Merlin est parti, nous n’avons plus ce système. Je veux dire qu’évidemment, s’il y a des décisions très importantes et tout, nous votons mais j’ai dit : « On ne fait plus ce système de vote merdique, à la place on se parle, ouvertement et franchement, et on cherche un consensus. » Et si un membre n’est pas content de quelque chose, nous ne le faisons pas. C’était différent par le passé. Disons que la majorité du groupe était relax et de nombreux membres ne se souciaient pas tellement de grand-chose. Moi, en l’occurrence, évidemment, je me souciais de beaucoup de choses mais je n’ai jamais été comme un patron ou quoi, je ne veux pas en être un et je suis nul en tant que patron, je ne suis pas bon pour ça. Du coup, ça a laissé une grande marge de manœuvre pour que Merlin s’approprie ce rôle ; c’est ce qui s’est passé au cours des dix dernières années. Ensuite est arrivé ce truc du vote. En l’occurrence, il y avait plein de décisions à prendre. Et c’était souvent : la majorité du groupe n’était pas informée de grand-chose ou ne se souciait pas de grand-chose et était « oh, ce sont des conneries de management, je m’en fiche, bla bla bla, » ensuite Merlin écrivait un email à tout le monde : « Tel et tel jour, à telle et telle heure, venez à une réunion de groupe. » Et ensuite il arrivait, faisait une grande présentation, genre avec des conneries de Power Point et tout comme dans une entreprise, disait plein de choses dont la plupart des membres ne comprenaient même pas vraiment de quoi il en retournait, ensuite il disait : « D’accord, maintenant votons. » Et la plupart des gens pensaient : « Ok, je ne suis pas très sûr mais je fais confiance à Merlin, bla bla bla. »

Ça paraît très délicat, tu sais, parce qu’il faut que je sois très clair par rapport à ça : je ne veux pas dire de la merde sur Merlin maintenant. Je dois vraiment préciser que Merlin a toujours été très correct et pensait pour le bien du groupe. Mais le truc, c’est qu’il avait toujours des idées très fortes et ses idées étaient parfois plutôt spéciales. Il préparait une décision pendant des semaines et ensuite, à un moment, il arrivait « ok, parlons de ça », il relatait plein de faits qui paraissaient impressionnants mais tu ne pouvais pas vraiment déterminer si c’était juste ou pas, et tout de suite après, il disait : « Ok, faisons un vote ! » Et il essayait toujours de convaincre, au moins, une petite majorité du groupe de ses idées, et souvent il y parvenait. Il sait très, très bien parler et il est extrêmement convaincant. C’est ainsi que ça fonctionnait et je ne pense vraiment pas que c’est la bonne manière de faire les choses. Je veux dire qu’après tout, c’est une question d’opinions mais, à mon avis, ce n’est pas la bonne manière de gérer un groupe, surtout avec autant de gens. En fait, imagine s’il y a une décision à prendre avec laquelle trois personnes du groupe ne peuvent absolument pas vivre, mais le groupe le fait quand même parce que la majorité le veut. Ce n’est pas bien ! Ça n’a aucun sens, à mon avis. Et c’est quelque chose qui a mené à là où nous en sommes maintenant.

Et as-tu écouté leur nouvelle musique avec Cellar Darling ?

Complètement et je trouve la trouve géniale ! J’en suis aussi très content, je dois dire. Je t’ai parlé de ces jours qui ont suivi tout ce qui s’est passé. Je veux dire qu’évidemment c’était très dur pour tout le monde ; c’était très dur pour Merlin mais aussi pour Anna et Ivo, et aussi pour moi et les autres dans le groupe. Parce que nous avons passé tant de temps ensemble, donc évidemment que c’était dur. Mais je me souviens que nous avons tous dit : « Ok, peut-être que tout ceci était pour le meilleur. C’était difficile mais on doit utiliser ça comme une chance. » Et maintenant, avec le recul, je trouve que nous y sommes tous parvenus et ça me remplit de joie. Aussi, je me souviens d’avoir parlé à Anna, je lui ai dit : « C’est vraiment la merde là tout de suite mais je suis sûr qu’une fois que tu auras dépassé ça et que tu t’en seras remise, ça fera beaucoup pour toi et ta créativité. » Et ça a été le cas. Surtout au cours des six ou sept derniers mois, c’était vraiment sympa de la voir se développer. Je pense qu’elle s’est vraiment épanouie. C’était vraiment beau à voir, en fait. Je dois aussi dire que Cellar Darling existait déjà avant le changement de line-up, mais la façon dont ça s’est développé maintenant, au cours des six derniers mois, je trouve ça assez extraordinaire. C’est vraiment bien ! J’aime beaucoup la musique et leur album, et je pense qu’ils sont parvenus à créer quelque chose de nouveau, en fait, et quelque chose d’unique, ce qui est génial.

Et de ton côté, n’étais-tu pas un peu anxieux par rapport au futur d’Eluveitie lorsque ces trois musiciens sont partis d’un coup ?

Pas vraiment. Je veux dire que je savais que ce serait difficile, et ça a été difficile. Mais je n’avais pas peur pour l’avenir du groupe. Mais ouais, évidemment que c’était difficile, surtout… En fait, bien sûr c’est une question de goûts, mais selon mes goûts et mon opinion, Anna est l’une des meilleures chanteuses actuellement. Elle est juste extraordinaire ! Elle a vraiment mis la barre très haute et c’était la dernière chose que je voulais. Lorsque sa décision était définitive, j’étais là : « Putain fait chier ! » [Petits rires] Je n’avais pas peur mais je savais que ça allait être très, très dur parce que, comme je l’ai dit, elle a mis la barre très haute.

Vous avez en fait neuf membres dans le groupe désormais par rapport aux huit du line-up précédent. C’est presque comme si vous aviez remplacé Anna par Michalina Malisz et Fabienne Erni…

[Rires] Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. Nous avons beaucoup réfléchi et parlé de ce que nous allions faire, etc. Et une idée était de plutôt revenir aux sources, selon des termes différents. Je veux dire qu’avant, nous avons été un groupe à neuf. Donc nous voulions un peu raviver ça. Je veux dire que nous avons déjà eu de la harpe [dans notre musique] et je joue un peu de harpe mais pas très bien. Et c’était comme si cet instrument celtique manquait. Une chose menant à un autre, nous étions vraiment très contents, enfin, après toutes ces années, d’inclure de manière permanente la harpe celtique à notre line-up.

« Depuis notre premier album ou depuis Slania, nous n’avons jamais travaillé ensemble en tant que groupe de musiciens, en tant que groupe uni, aussi intensément que nous l’avons fait sur cet album. »

Vous êtes sur le point de sortir Evocation II. Tu as déclaré que le concept de cet album t’est resté en tête pendant déjà des années et il a beaucoup mûri. Quels aspects de ce concept as-tu eu besoin de penser, mûrir et préparer durant ces années ?

Je pense que ce qui a mûri, en gros, ce n’est pas… Bon, je ne dirais pas « pas le concept » mais ce qui a mûri en premier lieu, je dirais, ce sont les musiciens eux-mêmes. Et, bien sûr, au niveau du concept, la mort de la connaissance et de l’expérience concernant la mythologie celtique. Mais ouais, c’est vrai, comme tu l’as dit, j’ai écrit ce concept d’Evocation en 2008, déjà, tout de suite après la sortie de Slania. C’était prévu pour que ce soit un concept de deux albums dès le départ, à l’époque, mais le concept était très grossier. Je n’ai pas travaillé sur des chansons ou autre durant toutes ces années. C’était plus un truc conceptuel, comment devait être la musique, de quoi parle l’album, le fait que ce soit tout en langue gauloise et ainsi de suite, ce genre de choses. En fait, la composition en tant que telle a commencé il n’y a pas très longtemps.

Tu as dit que c’était le bon moment pour poursuivre « Evocation II ». Qu’est-ce qui t’a fait penser que c’était le bon moment maintenant pour ça, malgré le changement de line-up ? Un album normal d’Eluveitie n’aurait-il pas été plus approprié pour présenter ce nouveau line-up ?

Honnêtement, c’est ce que de nombreuses personnes nous ont dit. Mais la décision qu’Evocation II serait notre prochain album a été prise il y a quelque temps lorsque nous produisions Origins, notre dernier album. Il est devenu clair qu’après Origins, il y aurait Evocation II, mais pourquoi ? Je ne sais vraiment pas. Il n’y a pas de raison spécifique. C’est juste le fait de suivre son instinct, pour ainsi dire. Ça semblait juste bien. Donc la décision a été prise à l’époque et ensuite, presque deux ans plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler sur des choses spécifiques à l’album, cette séparation avec des membres du groupe s’est produite et après ça, comme tu l’as dit, plein de gens sont venus nous voir et ont dit « ouais, ce serait mieux pour le groupe de sortir un album de metal. » Nous y avons même songé, d’ailleurs, mais d’un autre côté, après tout, c’est notre musique et pour nous, ça semblait être la bonne chose que de faire Evocation II, et nous voulions juste suivre notre instinct, quoi qu’il arrive. Car si tu fais de la musique – d’ailleurs, ça n’a pas d’importance si c’est de la musique, ça vaut pour n’importe quel art -, je pense que tu devrais vraiment faire ce que tu penses être bien. Je pense aussi que, quel que soit l’art que tu fais, le jour où tu laisses les opinions ou les attentes d’autres gens dicter ta propre créativité, c’est probablement le jour où tu devrais complètement arrêter d’être créatif, tout du moins pendant un temps [petits rires]. Donc ouais, nous y avons réfléchi mais au final, nous avons dit non, que c’était ce qui nous semblait bien, que c’est ce que nous voulons faire, donc nous l’avons fait. Peut-être que ce n’est pas une sage décision ou quoi mais quelle importance ? C’est de la musique, après tout. Encore une fois, nous ne sommes pas une entreprise, nous sommes un groupe.

Tu as révélé que les nouveaux musiciens ont déjà eu un grand impact sur le nouvel album. Est-ce que tu leur as immédiatement fait confiance pour mettre leur patte dans la musique ?

Ouais, totalement. Comment tout ça s’est fait était – appelons ça – un développement assez inattendu, en fait, mais aussi chanceux, parce qu’après le changement de line-up, nous avons dit que nous voulions vraiment bien chercher et choisir prudemment. A l’époque, nous étions confrontés au problème que nous avions déjà un paquet de festivals et de tournées déjà calés et confirmés, du coup nous n’avions pas beaucoup de temps. Pour cette raison, nous avons décidé que nous embaucherions des musiciens de session pour le live pour quand même pouvoir assurer les concerts, car nous avions aussi dit que nous n’allions pas annuler un seul concert, car ça n’a jamais été la faute des fans si une telle chose s’est passée. Donc nous avons embauché des musiciens de session et nous voulions profiter du temps que ça nous donnait pour chercher de nouveaux membres, et c’est exactement ce que nous avons fait. C’est comme ça que nous avons rencontré les gens qui sont dans le groupe aujourd’hui, nous ne les connaissions pas. En fait, Rafael connaissait brièvement le batteur mais pas tant que ça. Et nous ne connaissions aucun des autres. Mais ils nous ont tous été recommandés par diverses personnes ; en fait, tous avaient la réputation d’être parmi les meilleurs sur leurs instruments. Donc ils ont été recommandés, nous leur avons demandé [s’ils voulaient jouer avec nous] et ils étaient disponibles. Donc nous avons commencé à jouer dans les festivals d’été avec eux et c’était vraiment bien, étonnamment, car ce que nous faisions était complètement nouveau pour eux mais les concerts envoyaient et c’était vraiment bon, ils ont fait un boulot extraordinaire. Mais quand même, nous continuions à chercher de nouveaux membres pour le groupe. Mais ce qui s’est ensuite passé était plutôt inattendu et assez incroyable. Il y a eu une évolution au niveau personnel. Disons qu’au cours de la première moitié de 2016, la façon dont nous, en tant que groupe de gens et de musique, nous avons évolué était simplement géniale. Ça faisait vraiment du bien. Ça a évolué vers un vrai esprit de famille et, pour autant, la musique était toujours extrêmement en place, avec un esprit très dévoué au sein du groupe. Nous avons tous trouvé ça extraordinaire. Et en fait, c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec ce line-up, parce qu’à un moment donné, à l’automne, nous nous sommes demandés : « putain, mais pourquoi on cherche encore de nouveaux membres si on les a déjà trouvés il y a des mois ? » Donc le groupe a continué comme ça.

C’était aussi comme ça en studio. Tout le monde était très impliqué. Je pense que, probablement, depuis notre premier album ou depuis Slania, nous n’avons jamais travaillé ensemble en tant que groupe de musiciens, en tant que groupe uni, aussi intensément que nous l’avons fait sur cet album. Ceci a aussi mené à une confiance réciproque et à cette atmosphère créative. En fait, presque durant tout le temps de la production, ils étaient toujours là, juste pour être présent ou pour faire à manger pour tous les autres, ou peu importe. Toute la journée, tous les jours, dans chaque coin du studio, des membres du groupes étaient posés ensemble à jammer ou travailler des détails de l’album. Donc en ce sens, c’était une manière très profonde de travailler ensemble dans une forte atmosphère de confiance réciproque. Je faisais vraiment confiance aux nouveaux membres et ils ont effectivement fortement travaillé sur l’album. Il y a d’ailleurs trois morceaux sur l’album qui ont complètement émergé en studio, rien que par pure créativité spontanée.

« Ce n’est pas forcément la distorsion dans les guitares qui fait que l’impact est fort. C’est toujours ce que la chanson exprime, c’est toujours l’atmosphère que possède la chanson et sa capacité à peindre des tableaux devant l’œil de l’auditeur qui font qu’elle est puissante ou pas. »

C’est intéressant ce que tu dis parce qu’Anna m’a dit qu’une chose qui lui manquait lorsqu’elle était dans Eluveitie était le travail d’équipe, avec tout le monde travaillant en salle de répétition, passant du temps ensemble et jammant. Est-ce que ça signifie que c’est quelque chose qui est apparue dans Eluveitie avec ce nouveau line-up ?

Je sais ! Ouais, c’est grosso-modo ça, je dirais, ou disons que nous l’avons retrouvé. Je sais que pendant longtemps elle n’était pas contente par rapport à ça. En fait, Anna a complètement raison là-dessus. Comme je te l’ai dit avant, le groupe s’est vraiment divisé. Il y avait deux groupes et moi j’étais généralement quelque part en dehors [petits rires]. Nous faisions plein de trucs juste pour nous-même, nous n’étions pas très proches tous ensemble. Par exemple, la dernière tournée que nous avons faite était horrible, nous avions même deux loges pour les deux parties du groupe ! [Petits rires] Et moi, généralement, je restais dans le tour bus. C’était exécrable ! Et ouais, bien sûr, musicalement, c’était aussi comme ça. Nous ne travaillions vraiment pas ensemble en studio. En fait, Anna et moi, par rapport au chant, nous travaillions plutôt ensemble, au moins sur Helvetios nous avons assez intensément travaillé ensemble, mais… pas comme ça aurait dû se faire. Donc elle a complètement raison. Et c’est aussi une chose pour laquelle j’étais content, le fait de voir comment ça fonctionne dans Cellar Darling parce que maintenant, ils font exactement ça. Je pense qu’ils ont vécu exactement la même chose que nous sur ce sujet lorsqu’ils ont créé leur album, c’était un vrai travail d’équipe. Et pour nous c’était un vrai travail d’équipe, c’était devenu comme ce fut à une époque ; c’était comme ça il y a longtemps et c’est redevenu comme ça, heureusement.

Donc d’après ce que tu dis, cette séparation, était un peu un mal pour un bien des deux côtés. Je veux dire que tout le monde a gagné dans cette affaire, au final…

Ouais, honnêtement, c’est une chose assez nouvelle sur laquelle j’ai commencé à vraiment réfléchir, ça fait depuis, disons, les deux dernières semaines, et ouais, je crois vraiment que tu peux qualifier ça ainsi. En fait, aussi dur que ça a pu être et, comme je l’ai dit, c’était dur pour tout le monde, et c’était dur à tous les niveaux, en tant que musiciens, en tant que groupe mais aussi émotionnellement et personnellement, et l’année dernière a assurément été une année difficile pour tout le monde, mais maintenant, avec le recul, presque un an et demi plus tard, il me semble, ça a vraiment fait du bien aux deux parties. Quelque chose de bon en a émergé pour les deux et en ce sens, ouais, tu peux dire que c’était un mal pour un bien. C’était clairement une bonne chose que ça se soit produit.

Le concept d’Evocation II, comme le suggère le sous-titre, parle des dieux dans la mythologie celtique. Et cette mythologie possède énormément de dieux. Du coup, comment as-tu choisi ceux qui apparaîtraient sur cet album ?

Je n’en ai absolument aucune idée ! [Petits rires] C’est vrai. On me l’a demandé plusieurs fois et honnêtement, je ne sais vraiment pas. Par contre, c’est marrant parce qu’il était clair depuis longtemps quels dieux seraient sur l’album, pourquoi exactement ? Je ne sais pas du tout ! Peut-être que c’est le choix des dieux ! [Rires] Peut-être que ce sont eux qui ont choisi d’être sur l’album. Ce n’était que des décisions fondées sur l’intuition et pas tellement la réflexion.

Quel est le dieu auquel tu t’identifies le plus, personnellement ?

C’est dur à dire mais si je devais choisir, ce serait probablement Lugus, parce que c’est un personnage extraordinaire, et j’aime le concept de la trinité. Au moins, si tu retraces ses racines plus tard dans la mythologie celtique insulaire, il est devenu Lugh, et ce qu’il y accomplit est assez incroyable, surtout si tu es musicien ou fais quelque sorte d’art, car on peut l’assimiler à l’inspiration lorsqu’elle te frappe. Donc c’est un dieu très sympa, je dirais.

Il semblerait que vous vous êtes efforcés de faire correspondre la musique avec le caractère du Dieu dont chaque chanson parle. Comment avez-vous fait ça ?

Très bonne question ! En fait, pour certaines chansons, c’était plutôt évident. Comme pour « Epona », en l’occurrence, pour dire simplement, la déesse des chevaux, et la chanson, musicalement, a ce côté entraînant, quelque chose de galopant, comme un cheval. Ça c’est un cas assez évident mais pour de nombreux morceaux, ce n’est pas aussi facile à expliquer. Encore une fois, c’est quelque chose de très intuitif mais aussi émotionnel. Pour certaines parties, nous avons fait des motifs sonores et ce genre de choses, comme dans le morceau « Svcellos II » ou encore « Catvrix » où nous avons essayé de saisir l’atmosphère sinistre d’un dieu de la guerre et exprimer son caractère sombre, je dirais.

Comment parvenez-vous à traduire la puissance de certains de ces dieux dans un contexte acoustique, alors que ça aurait sans doute été plus facile avec des guitares électriques ?

Je ne le crois pas forcément, pour être franc. Je veux dire qu’évidemment, le metal est une musique très puissante mais ce n’est pas forcément la distorsion dans les guitares qui fait que l’impact est fort, je pense, en tout cas pour ma part. C’est toujours ce que la chanson exprime, c’est toujours l’atmosphère que possède la chanson et sa capacité à peindre des tableaux devant l’œil de l’auditeur qui font qu’elle est puissante ou pas.

Pour les paroles, tu as travaillé avec des scientifiques spécialisés dans l’histoire celte partout en Europe afin de rendre justice à cet album. Peux-tu nous parler de cette expérience à travailler avec des scientifiques ?

En fait, c’est une chose qui s’est développée sur une longue période de temps. Je veux dire que ce que nous faisons avec le concept d’Eluveitie en soit, c’est en gros une narration musicale de l’histoire, pour résumer, et l’exactitude historique et le fait que toute la chose soit vraiment démontrée est très important pour moi. C’est probablement un truc d’intello, je ne sais pas, mais c’est juste important pour moi. Je pense que si tu traites de l’histoire, tu le dois à l’histoire elle-même et aux personnes qui ont écrit cette histoire à l’époque, pour le faire avec précision. Donc pour cette raison, j’ai dès le début, quand j’ai formé Eluveitie, commencé à solliciter l’aide d’historiens scientifiques. Et comme avec n’importe qui, vous travaillez ensemble encore et encore, vous apprenez à vous connaître avec le temps, vous devenez amis, ensuite un scientifique en connait un autre qui a probablement plus d’expérience sur une question particulière que tu as à un moment donné et ainsi de suite. Aujourd’hui, quinze ans plus tard, je pense qu’on pourrait presque appeler ça un réseau de scientifiques de diverses universités qui travaillent avec nous [petits rires] lorsque nous produisons un nouvel album. C’est assez cool, en fait, et c’est aussi plutôt sympa de voir à quel point les scientifiques sont ouverts d’esprit. Donc ouais, c’est une progression assez cool. Et pour cet album en particulier, c’était surtout par rapport aux paroles, car il y avait une chose qui faisait partie du concept et qui était claire depuis le départ, c’est le fait que les albums Evocation seraient entièrement en langue gauloise, en vieux langage celtique, donc nous dépendons vraiment le l’aide et du soutien des scientifiques qui sont capables de travailler là-dessus. Aussi les paroles ont été écrites à la main par Matteo, notre joueur de cornemuse. En fait, il a aussi fait ça durant les sessions d’enregistrement. Lorsqu’il n’était pas en train d’enregistrer, il étudiait ces anciennes écritures manuscrites et s’entraînait à écrire, c’était vraiment cool !

« Il y a plein de choses celtiques qui se passent aujourd’hui […] mais il y a plein de choses ésotériques inventées assez modernes dont je n’ai vraiment rien à foutre, pour être honnête. […] La majorité, si tu regardes ça d’un point de vue historique et scientifique, on est obligé de reconnaître que ce ne sont que des conneries. »

Evocation II contient des thèmes et motifs musicaux provenant de plus vieilles chansons du groupe ayant des sujets liés au monde des dieux celtiques. Était-ce juste pour offrir de petites « friandises » aux fans et jouer avec eux ou bien considères-tu cet album comme une convergence de tous vos travaux passés, d’une certaine façon ? Et n’était-ce pas un peu délicat de parvenir à faire ça ?

En fait, c’était une idée très spontanée qui a émergé en studio. D’un côté, c’était l’idée de revenir à la source de tout, au niveau des paroles et conceptuellement, mais aussi que chaque Dieu représenté dans l’album joue un rôle, d’une façon ou d’une autre, dans une voire plusieurs vieilles chansons d’Eluveitie. Soit la divinité joue un rôle dans une plus vieille chanson, soit elle est liée au contenu des paroles de la chanson, ou quelque chose comme ça. Donc pour chaque déesse ou dieu représenté dans l’album, il y a un lien avec d’anciennes chansons d’Eluveitie. Et en studio, spontanément, cette idée de pouvoir aussi montrer ces relations musicalement est venue. Voilà comment nous en sommes arrivés à faire ceci. Dans certaines chansons, c’est assez évident. Comme dans « Ogmios » où il est évident qu’il y a « Inis Mina » dedans, en l’occurrence ; le dieu Ogmios n’est pas le sujet des paroles d’ « Inis Mona » mais dans la mythologie celtique, Ogmios est très important sur l’ile de Mona – Inis Monas singifie l’ile de Mona -, donc d’un point de vue mythologique, Ogmios et Inis Mona sont profondément liés. Mais pour être juste, dans de nombreux morceaux, ce ne sont que de petits détails cachés. Dans certaines chansons, ce ne sont que des ambiances sonores que tu entends et que tu as aussi entendu dans une vieille chanson, et ce genre de choses. Par exemple, dans la chanson « Epona », il y a une courte partie calme, pour ainsi dire, avec de la narration chuchotée et loin en arrière-plan, on entend une petite portion de l’orchestre qui joue dans la chanson « A Rose For Epona ». Ce n’est pas quelque chose qui saute aux oreilles la première fois qu’on entend la chanson. Mais même dans une chanson comme « Ogmios », où c’est évident, tu te dis « ok, c’était sans doute difficile d’insérer ce lien après que la chanson ait été écrite », mais pas tant que ça, parce que la chanson « Ogmios » est l’un de ces trois morceaux qui ont complètement émergé en studio ! Ce n’était pas prévu, mais nous étions juste en train de jammer et cette chanson est venue en studio, donc le lien a été construit dès le départ, à partir de rien.

Lorsque vous avez sorti Origins en 2014, tu nous avais dit en interview que « Evocation II sera une sorte de réponse à Origins » au niveau des paroles et du concept. Maintenant qu’Evocation II sort, peux-tu nous parler de ce lien entre les deux albums ?

Lorsque tu m’as demandé quand le concept a été fait, la décision de faire Evocation II a été en réalité prise pendant que nous travaillions sur Origins. Origins re-racontait des contes archéologiques, genre la fondation et l’origine des mythes des anciens celtes, et c’est un sujet profond et scientifique qui nécessite un travail intense. Il faut vraiment beaucoup étudier. Pour ma part, le fait de travailler sur ces paroles, ça a fait que cet album a été le plus intense jusqu’à présent. Ça m’a pris environ un an et demi rien que pour écrire les paroles, car il faut vraiment beaucoup étudier pour aller au cœur de ces mythes. Et là, évidemment, tu as énormément affaire à plein de divinités celtiques différentes parce qu’elles jouent un rôle central voire crucial dans nombre de ces mythes et histoires. C’est là, en fait, que l’idée du panthéon pour Evocation II est née. Car le concept principal, l’idée principale des albums Evocation était, en gros, de mettre en musique de la pure mythologie celtique, mais n’importe quelle mythologie. Ça faisait longtemps que j’avais l’idée de revenir à quelques chose qui tourne autour d’Antumnos mais l’idée concrète de littéralement traverser le panthéon et rencontrer les dieux a émergé en travaillant sur Origins et en ce sens, c’est là qu’est la connexion. Dans plein de chansons sur Origins, tu entends des histoires, mythes ou des redites de récits sur certaines divinités du panthéon celtique, et maintenant, sur Evocation II, tu les rencontres, pour ainsi dire.

Quelle est la pertinence de la mythologie celtique dans notre monde actuel et notre époque, d’après toi ?

Quasiment aucune, parce que la plupart de ce savoir est perdu et il y a très, très peu de gens – ramené au nombre d’humains sur la planète – qui s’en occupe, donc son impact n’est pas très important. C’est une culture et une mythologie humaine, donc c’est également dépendant de ce que les hommes y investissent comme efforts. Et peut-être est-ce malheureux, je ne sais pas, mais peu d’hommes s’y investissent de nos jours, donc je crois que ce n’est plus très pertinent. Parfois je souhaite que ce soit différent, pour être honnête. Parfois on peut voir des parallèles entre ces histoires et notre monde, mais en fait c’est très énigmatique. Tu peux voir plein de parallèles si tu regardes l’histoire elle-même, et c’est parfois même plutôt choquant. En l’occurrence, lorsque nous avons sorti un album sur les Guerres Des Gaules, l’album Helvetios, et si tu as étudié l’histoire de ces presque dix ans de guerre, tu découvriras des parallèles vraiment frappants avec ce qui se passe aujourd’hui. Ce n’est pas dans une intention politique [petits rires] mais surtout si tu regardes l’Amérique et toute la guerre contre le terrorisme et tous ces trucs, c’est en fait très similaire à la façon dont les choses se sont développées durant ces guerres il y a deux-mille ans.

Quelle importance a la culture et la philosophie celtique dans ta vie de tous les jours ?

[Hésitant] Bon, peut-être il faut que je t’explique. D’un côté, ça a beaucoup d’importance pour moi mais d’un autre côté, je ne suis pas ces trucs néo païens moderne ou peu importe ce que c’est. C’est l’exactitude scientifique qui est un très importante pour moi. Dès que je traite de toute cette matière, je le fais à un niveau pas mal scientifique. Les choses qui restent et les choses que nous connaissons à ce sujet, ça a beaucoup d’importance à mes yeux et ça signifie beaucoup, ça fait partie de ma vie depuis très longtemps. Mais je n’ai rien à voir avec toutes ces, comme j’ai dit… Il y a plein de choses celtiques qui se passent aujourd’hui et il y a plein d’organisations néo-païennes et ce genre de trucs, mais il y a plein de choses ésotériques inventées assez modernes dont je n’ai vraiment rien à foutre, pour être honnête. Je ne juge pas mais ce n’est tout simplement pas mon truc, je ne veux rien avoir à faire avec ça, parce que la majorité, si tu regardes ça d’un point de vue historique et scientifique, on est obligé de reconnaître que ce ne sont que des conneries. Si tu considères la spiritualité celte, il y a plein de choses qu’on peut apprendre et connaître mais c’est de loin insuffisant pour en faire un système de croyance ou autre qui fonctionne. Du coup, quel intérêt ? Je pense qu’on peut faire ce qu’on veut, et tout le monde devrait pouvoir faire ce qu’il veut, mais je ne vois pas l’intérêt de créer certains de ces trucs et ensuite les qualifier de celtiques parce qu’en réalité, ça ne l’est pas. Je pense que tu comprends ce que je veux dire. Mais ouais, toute la culture est très importante pour moi, mais je traite de ça à un niveau très terre à terre.

C’est plus quelque chose d’intellectuel que spirituel peut-être…

Tu sais, personnellement, je suis totalement ouvert au côté spirituel. Par exemple, si tu veux explorer une ancienne culture à un niveau scientifique, la seule façon de le faire exhaustivement est d’aussi s’intéresser à l’aspect spirituel, car l’aspect spirituel était une part cruciale de cette culture. Je veux dire que bien sûr c’est dur à comprendre et dur de trouver des choses à propos de ça, mais tu n’auras jamais un tableau complet et exact d’une culture si tu mets la spiritualité de côté. Donc bien sûr que je suis extrêmement intéressé et aussi très ouvert par rapport à ça mais, encore une fois, je veux les faits, pas des trucs inventés qui sonnent bien.

Tu as dit que tu avais conçu Evocation comme un concept en deux parties dès le départ. Du coup, il n’y aura pas de partie III ?

Je ne dirais jamais jamais. En fait, c’était clairement prévu pour être un truc en deux albums, mais c’était vraiment amusant de faire ces deux albums et ça colle aussi parfaitement au groupe, je trouve. Donc ouais, peut-être qu’un jour nous penserons « ok, ce serait cool d’avoir un autre album acoustique. » Donc ouais, pourquoi pas. Mais ce n’est pas prévu. Je veux dire que l’idée d’Evocation est un concept de deux albums et c’est tout.

Qu’est-ce qui est prévu pour le prochain album metal ?

Vous verrez ! Nous avons quelques idées mais c’est un secret pour le moment [petits rires].

Interview réalisée par téléphone le 18 juillet 2017 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt et Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Manuel Vargas Lepiz.

Site officiel d’Eluveitie : eluveitie.ch.com.

Acheter l’album Evocation II: Pantheon.



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