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Chronique   

Emigrate – The Persistence Of Memory


Richard Zven Kruspe semble déterminé à construire autre chose de pérenne en dehors de Rammstein. Depuis 2005, le guitariste a fondé Emigrate pour se démarquer du metal industriel grandiloquent de sa formation phare. Un choix pertinent pour préparer l’après-Rammstein quand le jour viendra. The Persistence Of Memory constitue la quatrième réalisation d’Emigrate et propose pour l’essentiel une révision d’anciennes compositions, datant de 2001 à 2018, des « bonnes idées » qui ne devaient pas rester au placard selon Richard Z. Kruspe. The Persistence Of Memory est peut-être l’opus qui donne le plus d’indications quant à l’avenir de Richard en tant que musicien, un futur qui pourrait s’éloigner du monde du rock.

Richard a parcouru ses disques durs pour assembler toutes ses ébauches de chansons afin de les retravailler et de les remettre au goût du jour. Un travail qui obéit au credo « une bonne idée ne meurt jamais ». Il y a effectivement des influences des années 2000 qui se ressentent, ce dès les premières minutes de « Rage » introduit par des samples électro aux sonorités datées. Très vite, Emigrate réutilise l’essentiel de son arsenal : un rock lourd qui flirte avec l’indus et la pop. Richard n’hésite d’ailleurs pas à intégrer des accords acoustiques et des sifflements pour contraster avec l’aridité des boucles rythmiques. La reprise d’« Always On My Mind » de Brenda Lee – rendue célèbre par Elvis Presley entre autres – obéit au même principe : des samples électro établissent les fondations de la mélodie tandis que l’assise rythmique des guitares se charge de bétonner le tout. Richard peut profiter de la collaboration de Till Lindemann pour une interprétation théâtrale, renforcée par les sonorités orchestrales. « Always On My Mind » perd ainsi toute sa délicatesse pour devenir une chanson aussi opulente qu’étrange. « Freeze My Mind » est l’une des toutes premières chansons composées par Emigrate il y a vingt ans et symbolise le travail de révision opéré par la formation sur ce The Persistence Of Memory. Emigrate a davantage de crédit lorsqu’il se restreint à un rock industriel aux boucles explicites, profitant des arrangements de son nouveau claviériste Andrea Marino. Emigrate a cette capacité de groover et de faire danser lorsqu’il se concentre sur l’essentiel : l’accroche et un riffing limpide.

« Freeze My Mind » fait ainsi naître une légère frustration. Emigrate n’est pas aussi aventureux qu’il le prétend. « Yeah Yeah Yeah » a des airs de Blacklight Burns sans atteindre sa subtilité et préfère livrer un refrain aux sonorités d’eurodance. Toute l’élégance d’Emigrate se retrouve tôt ou tard sabordée par sa volonté d’entraîner l’auditeur dans une sorte de catharsis maladroite. L’électro sautillante de « Come Over » peut faire sourire en premier lieu et nous faire louer l’écart avec ce que l’on connaît habituellement de Richard Z. Kruspe. Reste que Twenty One Pilots a déjà déblayé le terrain avec davantage de flair. La légèreté des sonorités n’implique pas nécessairement la désuétude. Quitte à embrasser pleinement le territoire de l’électro, la gravité sied davantage à Emigrate, à l’instar d’« Hypothetical » qui réussit à faire planer et à défouler à la fois. Tout comme avec « Freeze My Mind », Emigrate prend du galon quand il remet la guitare au centre des débats, à un moment ou un autre. Il souffre cependant de la faiblesse de certains de ses développements : « I Will Let You Go » construit une atmosphère mystérieuse pour la démolir immédiatement par la faiblesse de son refrain qui n’offre pas véritablement de contraste ou de dynamique supplémentaire.

The Persistence Of Memory nous fait miroiter quantité de trajectoires différentes et alléchantes sans vraiment les explorer. Emigrate prend le parti de multiplier les arrangements électroniques et nous fait sentir que certes, ces derniers peuvent rajouter du cachet à sa musique. Il peine toutefois à concrétiser son amalgame, en proposant un indus peu entraînant ou des mélodies simplistes voire irritantes. The Persistence Of Memory est effectivement un assemblage d’une constellation d’idées. Sauf qu’à défaut de mourir, une bonne idée peut néanmoins vaciller.

Clip vidéo de la chanson « You Can’t Run Away » :

Clip vidéo de chanson « Freeze My Mind » :

Album The Persistence Of Memory, sortie le 12 novembre 2021 via Sony Music Entertainment. Disponible à l’achat ici



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