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Interview   

Emptiness fait le vide


La dernière fois qu’on avait entendu Emptiness en 2017, leurs débuts metal extrême étaient déjà loin : ce qui restait de guitares saturées était noyé dans le mélange unique de sonorités glacées et de murmures cauchemardesques qui composait Not For Music. Le combo belge alors fraîchement signé chez Season Of Mist prouvait qu’il suivait son propre chemin, fort d’une identité marquée, d’un fil conducteur inaltérable, et d’une volonté tranchée. Vide, son sixième album, enfonce le clou. Torturé, angoissant et claustrophobe, il n’a plus rien de metal, mais met à nu l’essence du groupe : c’est une plongée dans un monde étrangement familier où l’absurde règne en maître. Qualifiée malicieusement par les musiciens de misery pop, sa musique est plus singulière que jamais et prendra à n’en pas douter à revers même les fans les plus habitués aux embardées du combo.

Alors que le contexte sanitaire semble l’écrin idéal pour l’impression d’enfermement qui émane de ce Vide, nous avons discuté avec Jeremie Bezier, chanteur, bassiste et guitariste du groupe, entre deux répétitions pour le live stream de l’album qui aura lieu lors de l’édition 2021 – inévitablement virtuelle – du Roadburn. Le musicien en a profité pour revenir avec nous sur le processus créatif atypique à l’origine de cet album inclassable, et plus largement sur ses vingt ans de carrière dans Emptiness…

« Je ne regrette pas du tout d’avoir sorti Vide, mais je n’ai pas envie de rendre des comptes. On ne devrait jamais se sentir coupable de faire de la musique honnête. »

Radio Metal : Vous étiez donc en train de répéter ?

Jeremie Bezier (chant, basse & guitare) : Oui, nous faisons partie du line-up des streamings du Roadburn, ce qui fait que nous sommes l’un des seuls groupes au monde en ce moment à devoir préparer un concert [petit rire]. Et avec la musique pas la plus simple à jouer live, en plus, donc nous sommes en train d’essayer de trouver les formules qui marchent.

Il y a quelques années, tu disais justement que l’objectif pour vous en live était de sonner le plus possible comme sur disque. Comment allez-vous parvenir à ça pour Vide ?

Je regrette d’avoir dit ça, parce que là, on ne va pas y arriver ! [Rires] Nous allons essayer de trouver une autre façon de tripper dessus, de retrouver les sensations de la composition de ce Vide, lorsque l’idée, c’était de ne pas réfléchir, d’être des récepteurs d’énergie, et de faire en sorte que nos instruments soient secondaires. Nous prenions le temps d’être ensemble dans de chouettes endroits, de nous connecter entre nous, d’imaginer le monde de la même façon, d’imaginer notre musique et notre album d’une certaine manière… Sur plusieurs jours, nous avons essayé de nous sentir connectés et de sentir nos instruments vibrer sur nous sans avoir à y réfléchir. Là, nous essayons de retrouver ça alors que nous sommes tous ensemble pour la première fois : lors de la composition, nous nous voyions séparément pour travailler, donc maintenant nous devons retrouver le même feeling de manière collective pour que quelque chose sorte de tout ça.

Not For Music date d’il y a quatre ans déjà. Vide semble très marqué par le confinement ; est-ce que vous ne vous y êtes mis que récemment ou est-ce que la gestation a été longue ?

Disons que ça a commencé avant le confinement, mais ça a été vraiment intense à partir de ce moment-là. On ne peut pas dire que nous nous sommes mis au travail directement après Not For Music ; il y a eu un break. Le confinement, bizarrement, nous a sans doute influencés par la suite, mais nous étions déjà dans un état d’esprit où nous imaginions les choses comme ça – nous voulions faire ressentir une idée d’enfermement, de claustrophobie… C’était déjà un peu notre délire, et de voir ça arriver, ça nous a poussés à aller encore plus loin dans cette direction. C’était génial, super inspirant… Je suis désolé pour les gens qui souffrent d’une telle situation, mais en ce qui nous concerne, le timing a été parfait !

C’est comme si la situation extérieure était venue confirmer votre intuition.

Voilà. Comme si c’était notre faute, en fait. J’espère que ce n’était pas le cas. Justement, on revenait de Chine… [rires]

Not For Music avait été mixé à Los Angeles avec Twiggy Ramirez, etc. Cette fois-ci, tout le processus a été beaucoup plus intimiste, avec un line-up plus réduit. Est-ce seulement dû aux contraintes du Covid-19 ou est-ce que c’était un parti pris délibéré ?

Oui, c’était l’idée de faire ça nous-mêmes, d’aller dans l’autre sens : nous retrouver nous-mêmes et avoir le plein contrôle. C’était clairement décidé dès le début. Mais en réalité, au départ, nous ne savions même pas si nous faisions du Emptiness. Nous nous disions : « On se reconnecte pour faire de la musique et on verra bien ce qui en sort. » À un moment, nous avons pris un peu de recul sur ce que nous faisions, nous y avons réfléchi, et nous nous sommes dit que c’était clairement de la musique d’Emptiness. Ce sont les mêmes personnes impliquées, nous abordons les mêmes thématiques, et de toute façon nous n’avons jamais eu de limites avec Emptiness. Nous avons toujours assumé nos changements ; cette fois-ci, c’est un peu extrême, mais ça reste dans la même lignée.

Qu’est-ce que ça a changé de ne pas avoir de regard extérieur du tout cette fois-ci ? Et que vous a apporté cette espèce de DIY ?

C’est chouette sur le moment parce que tu te sens vraiment libre. Tu as l’impression de faire de la musique avec les meilleures intentions, tu atteins une espèce de pureté, et je crois que c’est vraiment ce qu’on recherchait. Nous voulions avoir ce défaut purement humain, personnel, ne pas essayer de lisser les choses, et c’était le meilleur moyen d’y parvenir. Mais il y a peut-être plus de doute sur les moments de mixage, quand on commence à se projeter du côté de l’auditeur… Là, on se sent un peu seul évidemment. La difficulté dans ce processus, c’était surtout de devoir faire écouter l’album. À la fin, je n’en avais même plus envie. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire, mais peu à le sortir.

Est-ce que ça te semble trop personnel, ou est-ce que tu penses que les gens ne pourront pas comprendre puisqu’ils n’étaient pas là ?

Oui… Je pense un peu les deux. Là, nous n’avons vraiment pas fait de compromis. À un moment, un disque devient un produit commercial, ce qui va à l’opposé de notre état d’esprit lorsque nous y travaillions. Ça casse un peu cette magie, mais c’est un mal nécessaire. Je ne regrette pas du tout de l’avoir sorti, mais je n’ai pas envie de rendre des comptes. On ne devrait jamais se sentir coupable de faire de la musique honnête.

« Dans nos paroles, on retrouve une envie de réduire l’homme à ce qu’on pense être sa place dans l’infini, et de casser l’ego humain d’une certaine manière, ce qui peut sembler négatif mais qui permet de montrer la grandeur des choses qui restent une fois cet ego mis de côté. »

Justement, est-ce que tu penses à l’effet que tu veux générer chez l’auditeur quand tu composes ou est-ce que c’est complètement autarcique comme processus ?

Non, là, vraiment, nous n’y avons pas pensé une seule seconde en le faisant. Nous étions vraiment dans notre monde, nous nous projetions dans cet univers comme si nous n’allions jamais le sortir, ce truc. Nous n’en parlions jamais. C’était une espèce d’expérimentation. C’est ton but dans la vie pendant un an ou deux ans de simplement t’imaginer le monde d’une certaine manière, et lorsque ce monde devient vrai, c’est une expérience ultime. Moi, c’est ce que je garderai de tout ça, en dehors de la musique et de ce qu’est l’album : cet état d’esprit particulier.

Est-ce que ça a changé votre manière de travailler entre vous de créer en vase clos ?

Nous avons l’habitude de toujours changer notre manière de composer et d’utiliser des outils différents, ce n’était donc pas vraiment une surprise ou une nouveauté. Nous sommes des amis de longue date ; cette énergie entre nous avait de l’importance. Avant, nous imaginions une musique et nous avions une approche beaucoup plus cartésienne du truc, et là, nous comptions plutôt sur cette énergie pour que quelque chose se passe.

Entre-temps, tu as travaillé sur un projet parallèle, Meat Heart, qui a le titre d’une chanson d’Emptiness et qui est un peu post-punk. Quelle est la relation entre ces deux aspects de ta créativité ?

Meat Heart c’était un peu une expérimentation, avec le recul, même si ce n’était pas vraiment voulu. Cette expérimentation m’a mené à Vide dans la manière de faire, dans l’approche. Je pense qu’il y avait un manque dans ma vie ou dans ma manière de faire de la musique, j’avais besoin d’être un peu plus spontané, d’avoir peut-être plus confiance en moi, de faire les choses moi-même et d’affronter ce miroir. Meat Heart m’a permis de me prouver des choses en production et d’oser sortir quelque chose qui a des défauts.

Cette confiance t’a aidé pour Vide ?

Ouais, pour plein d’aspects. Techniques d’abord, notamment des questions de matériel tout simplement. Et puis pour le fait de faire de la guitare moi-même, de ne pas être limité, de ne pas me dire : « Je ne suis pas bassiste » ou je ne sais quoi… Ça a changé ma manière de voir et certaines idées ; j’ai appris des choses et j’ai essayé d’apporter cette approche aux gens avec qui je fais Emptiness, de transmettre cet état d’esprit. Je pense que ça, je l’ai appris avec Meat Heart.

Vide est esthétiquement très cohérent, les paroles semblent presque narratives, je crois que tu t’es occupé du livret… Est-ce que tu le vois comme un concept album ? Comment ces différents éléments se répondent ?

Clairement, c’est un concept album. Le visuel, c’est Olivier [Lomer, guitare], avec qui j’ai fondé le groupe, qui s’en est occupé. Pour nous, le booklet faisait vraiment partie du processus de composition. L’image est aussi importante que la musique. Il y a toujours un point commun dans les albums d’Emptiness au niveau des paroles : on retrouve une envie de réduire l’homme à ce qu’on pense être sa place dans l’infini, et de casser l’ego humain d’une certaine manière, ce qui peut sembler négatif mais qui permet de montrer la grandeur des choses qui restent une fois cet ego mis de côté. C’est ça le but du jeu pour nous, de même dans le côté visuel ou dans le concept de vide en général. Vide, c’est une vie dans une dimension proche de la nôtre, dans un lieu fermé, et l’idée est qu’on puisse reconnaître chacun des éléments mais pas complètement. Le fait d’avoir en pochette cet enfant qui représente un commencement sans qu’on sache bien s’il est vivant ou s’il est mort, c’était pour nous une façon de montrer que la vie en elle-même est une absurdité. Que la chose la plus simple du monde, un enfant qui est né ou qui est mort, est quelque chose de brutal, absurde, étrange en soi.

J’ai remarqué qu’il y a sur cet album comme sur le précédent une omniprésence du thème du corps, qui est souvent pour vous le lieu de l’angoisse. Ça contraste avec le monde du black, d’où vous venez, qui est souvent plus cérébral ou spirituel. Est-ce que c’est un choix délibéré de votre part ?

Je crois que c’est d’abord assez instinctif. Ensuite, en faisant les choses, nous trouvons ces points communs, nous jouons avec, et nous en faisons un concept. Nous voyons d’abord ce qui vient de nos tripes. La thématique du corps, ça va avec le côté enfermé de l’album – l’idée que tu es enfermé dans ton corps, bloqué dans ta vie… Il y a quelque chose de très introspectif dans l’album ; l’infini se retrouve autant à l’extérieur qu’à l’intérieur et ton corps est juste un point entre les deux, une ligne parmi tant d’autres. Ta propre expérience est un petit point d’infini dans cette dimension où les choses se rejoignent.

« C’était une règle de base en composant : faire comme s’il y avait un esprit très noir derrière un beau sourire. »

En cohérence avec ça, le malaise généré par le disque est presque physique : ça ressemble à un état un peu comateux de fièvre, d’hallucination, d’anesthésie ou de bad trip. Il y a aussi ce respirateur en ouverture… Qu’est-ce que tu en penses ?

Je suis content que tu dises ça. Moi, il me fait presque peur, cet album. Pour moi, c’est une espèce d’être vivant. Assez vite, nous avons eu le sentiment que ce n’était pas une question de musique mais que nous faisions en sorte que cette chose prenne vie. C’est la première fois que j’écoute une chose dans laquelle je suis impliqué et que je l’entends vraiment complètement d’une oreille extérieure. Il y a quelque chose qui fait un peu peur là-dedans, et c’est ce à quoi nous aspirions pendant le processus de composition. Quand je te dis que nous essayions d’être les instruments d’énergies, nous nous imaginions autant quelque chose d’extérieur que des choses enfouies loin à l’intérieur de nous. Nous avons essayé d’aller chercher cette espèce de force incontrôlable et je pense que ça a marché. Ensuite, nous n’avions plus qu’à espérer que les gens allaient le prendre comme toi, que cette magie opère même en dehors de nous et que ce n’était pas juste un délire.

Il y a un paradoxe dans le fait que votre album qui, si on le décompose, comprend le plus d’éléments pop, est aussi le plus aliénant, je pense, celui qui génère l’impression de malaise la plus forte. Est-ce que c’était un défi de réussir à faire surgir cet inconfort sans les ficelles habituelles (cris, guitares saturées, etc.) ?

Oui, et je pense que c’est quelque chose que nous avions déjà un peu débloqué sur les albums d’avant. C’est la continuité depuis Nothing But The Whole et surtout Not For Music : ne donner que du beau, mais trouver un moyen de rendre ça inconfortable comme s’il y avait quelque chose de caché derrière. C’était une règle de base en composant : faire comme s’il y avait un esprit très noir derrière un beau sourire.

Dans quelle mesure le fait d’abandonner les éléments metal vous a poussés à vous réinventer en tant que musiciens ?

Pas vraiment, je crois. Moi, personnellement, j’ai fait beaucoup plus de guitare, ce que je n’avais pas l’habitude de faire avant. Maintenant, est-ce que c’est pour un côté plus pop, je ne sais pas. Pour chaque album, nous essayons de trouver une nouvelle manière de faire. Nous avons cherché à sortir de notre zone de confort et ça s’entend dans la musique : l’auditeur aussi doit avoir cette approche. Il y a un effort à faire, il faut essayer de comprendre, être un peu ouvert, questionner…

Est-ce que ça a changé ta manière d’écrire et d’envisager ton chant de passer au français ?

Ça a été super naturel, c’était tout à fait logique de le faire. Ça va avec notre manière de composer : nous essayions de faire quelque chose d’un peu plus instinctif, et je voulais avoir le même principe pour les paroles, essayer de ne pas avoir de filtre, et malheureusement l’anglais complexifiait trop les choses. Il faut y penser en deux fois, rebondir sur une traduction… J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire. Après, sur la manière de chanter, ça a eu des conséquences aussi. Mais ça me semblait plus naturel de le chanter comme ça, de manière à ce que je croie plus en ce que je dis. Ça me laisse moins d’options : il faut le dire d’une certaine manière et avec une certaine intention. En français, c’est peut-être plus pointu qu’en anglais où tout passe un peu mieux partout… Je chante plus, je suis plus sur les notes, la musique fait qu’on ne pousse rien, il y a une espèce de laisser-aller, donc dans la voix aussi c’est beaucoup plus doux. Il y a un côté de recherche un peu plus musicale dans les harmoniques.

Qu’est-ce que tu peux nous dire du choix du titre ? La dernière fois, tu nous disais : « L’idée, c’était que le rien est notre musique »…

[Rires] Nous n’avons pas beaucoup évolué en appelant ça Vide !

Comme ça en fait un album qui a pratiquement le nom du groupe, est-ce que tu penses qu’il représente une sorte d’essence de votre musique ?

Oui ; en tout cas, je pense que nous avons avancé au maximum dans la voie que nous avions ouverte avec Not For Music. Nous ne pouvons pas aller plus loin que ce que nous avons fait ici dans cette voie d’anti-musique, cette idée de rejoindre le vide. On ne peut pas le faire de manière plus pure que ça sans que ça ne devienne complètement chiant [rires]. Je pense que nous passerons à autre chose, ensuite. Disons que ce titre donne l’information du passage au français, et puis la platitude, l’intention de l’album. Il y a un côté un peu zen, on se détache de tout pour que les choses puissent se passer.

Comme sur Nothing But The Whole, la fin est très brutale. Est-ce que c’est une sorte de clin d’œil à cet album précédent ?

Il y a le clin d’œil, clairement ; j’ai même envie que ce soit une espèce de marque de fabrique. C’est trop cool de faire ça en fait [rires]. Pour moi, l’album s’écoute toujours en entier, on plonge dans cet univers – qu’on rentre dedans ou pas –, on est obligé de se concentrer pour y flotter… Le fait de tout arrêter d’un coup, c’est un espèce de coup de poing presque physique. J’adore cette idée, ça a un côté un peu punk de faire ça.

« Nous avons cherché à sortir de notre zone de confort et ça s’entend dans la musique : l’auditeur aussi doit avoir cette approche. Il y a un effort à faire, il faut essayer de comprendre, être un peu ouvert, questionner… »

Déjà présente auparavant, l’influence du post-punk et de la new wave est plus évidente que jamais sur Vide. Pour l’album précédent, tu disais que c’était plus une coïncidence qu’autre chose, que tu t’y penchais seulement à ce moment-là. Est-ce que c’est toujours le cas ?

Ouais, je suis toujours surpris qu’on dise ça. Je ne comprends pas trop pourquoi, même si à la fois je comprends. Je pense que les gens ont besoin de trouver des connexions, ce qui est une bonne chose, mais j’essaie que mes influences musicales ne se reflètent pas trop dans notre musique. À vrai dire, j’essaie même de ne pas considérer Emptiness comme de la musique, comme un projet ou comme un groupe normal. C’est plus de la thérapie, une espèce d’art plus large.

Tu parles de thérapie – qu’est-ce que cet album t’a apporté ?

Peut-être de croire un peu plus… D’être plus ouvert sur cet infini extérieur et intérieur, de me sentir un peu plus concerné, de voir un peu plus la magie qu’il y a dans tout.

Emptiness existe depuis une vingtaine d’années, je crois, et il y a un monde entre la musique de vos débuts et Vide. Qu’est-ce que tu penses de votre parcours, de son évolution ?

J’en suis très fier. Allez, c’est mon groupe préféré, même s’il y a des choses plus amusantes et anecdotiques sur le début, qui ont peut-être moins de sens a posteriori, quand tout a été conceptualisé et pensé par la suite. Mais on ne peut pas changer les choses, et puis c’est plein de souvenirs. C’est fort lié à mon amitié avec Olivier, qui a toujours été liée à Emptiness. Si nous faisons des choses ensemble, c’est toujours pour parler de ça et être dans cet univers. Avec le recul, cette amitié, ce chouette délire avec un vieux pote, c’est ça qui est devenu Emptiness. Nous, à l’époque de nos premiers albums, nous aurions détesté ce que nous faisons maintenant. C’est marrant d’imaginer ça. Je me souviens que nous parlions de ça, à l’époque. Nous étions déjà étonnés avec le deuxième album, nous nous disions que c’était super différent. C’est marrant de savoir que vingt ans plus tard, c’est ça, le genre de musique que nous jouons…

Et vous êtes toujours motivés par les mêmes choses ? Ce sont toujours les mêmes idées que ce que vous vouliez exprimer à l’époque ?

Je crois qu’il y a toujours eu cette intention liée au mot « emptiness », à ce que ça fait résonner. C’est une idée sur laquelle tu ne sais pas t’arrêter mais qui fait ressentir un tas de choses pour n’importe qui. Et je crois que le délire, l’étoile, est toujours lié à ce nom-là. Maintenant, dans la manière de le faire, les thèmes abordés, etc., ça a beaucoup évolué. C’est comme grandir en tant qu’être humain : tu sais un peu mieux ce que tu veux, tu comprends un peu mieux le monde, et évidemment, tu fais refléter ce que tu as appris d’une meilleure manière. Tu es une meilleure personne, donc tu fais de la meilleure musique.

Tu es aussi producteur pour d’autres groupes. À quel point c’est différent de travailler pour d’autres personnes, de manière sans doute assez détachée, et de produire ton propre travail ?

Tu ne peux pas avoir la même implication, mais disons qu’avec les années, le côté technique devient assez secondaire, finalement. Ce dont les groupes ont besoin, c’est de quelqu’un qui les rassure, mette de l’ordre dans les choses, qui puisse être un psychologue, les conforter dans leurs choix et essayer de comprendre leur délire. Mais en ce qui concerne ma musique… C’est une obsession, j’y pense tout le temps, ça m’empêche de dormir. Plus je réfléchis à un album, plus je me change moi-même. Je ne mets pas cette même énergie pour les groupes avec lesquels je travaille, mais j’essaie de leur faire comprendre que c’est l’approche que j’ai quand je fais de la musique, je leur fais part de mon expérience.

Pour terminer, est-ce que tu pourrais nous recommander un album ?

U.F.O.F. de Big Thief. Ça a été pour moi un grand, grand coup de foudre. Ces dernières années, je n’écoute plus de musique, je n’écoute plus que Big Thief. En plus de ça, que ce soit dans la production ou dans la manière de faire, j’ai énormément de respect pour ce groupe-là, et de ce point de vue, il a sans doute eu une influence sur ma façon de travailler sur Vide. La production est très sèche, très intime tout en gardant en même temps un côté alien caché derrière… C’est beaucoup plus positif qu’Emptiness, mais ça reste une espèce de pop très bizarre où il y a un peu de ce que je voulais transmettre sur cet album.

Interview réalisée par téléphone le 22 mars 2021 par Chloé Perrin.
Retranscription & traduction : Chloé Perrin.
Photos : Bastien Communi (1 & 5), Felicie Novy (2) & Ivan Galasse (4).

Facebook officiel d’Emptiness : www.facebook.com/Emptiness.be

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