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Chronique   

Emptiness – Not For Music


Not For Music – ce titre est pour le moins étrange pour un album de metal, mais venant d’un groupe à la discographie bien remplie nommé Emptiness [Vide], on peut s’attendre à un certain art du paradoxe. Combo belge fondé en 1998, Emptiness a en presque vingt ans exploré bien des contrées obscures, du death metal teinté de black relativement conventionnel de Guilty To Exist (2004) aux expérimentations tortueuses et inquiétantes du très remarqué Nothing But The Whole sorti en 2014. Le fil conducteur ? Une volonté affichée de désorienter l’auditeur, de le dérouter, le mener dans des impasses – Oblivion ou Error –, voire de l’abandonner complètement (ah, le final de Nothing But The Whole !), le tout avec un savoir-faire et une intelligence redoutables. Emptiness est donc l’un de ces groupes dont les sorties sont attendues avec curiosité et sans guère d’idées préconçues, tant il semble difficile d’anticiper leur évolution. Pas pour la musique – pour quoi, alors ?

Avec « Meat Heart », la plongée de l’auditeur dans l’album se fait très littérale : inspiration, nappes de synthétiseur un peu New-Age, riffs assourdis et bruits aquatiques, puis expirations hors de l’eau au bout d’une bonne minute, enfin. En un souffle, Emptiness est là : basse grondante, tremolo picking qui résonne comme de lointains échos de 1994, murmures menaçants et batterie synthétique très goth. Ne s’appuyant plus que de manière très allusive sur l’agressivité, la rapidité et la lourdeur du metal extrême, que l’on entend surtout sur un « Let It Fall » très Triptykon par exemple, le groupe emprunte à l’ambiant, au post-rock, à l’indus et au rock gothique de quoi créer une ambiance inquiétante et cinématographique qui soufflera le chaud et le froid au cours des sept longs titres qui composent l’album.

Mêlée à une mélancolie abrasive qui rappelle les débuts de Katatonia, la teinte très 80s’ du disque est frappante : on pense souvent à Siouxsie and the Banshees, Sisters of Mercy, voire Depeche Mode sur la fin tout à fait dansante (mais oui !) de « Ever ». Doit-on attribuer ces incursions électroniques à la présence à la production de Jeordie White, plus connu sous le nom de Twiggy Ramirez et pour son implication dans Nine Inch Nails, A Perfect Circle et Marilyn Manson ? Pas seulement sans doute – le principal intéressé n’hésite pas à minimiser son rôle à celui de fan enthousiaste –, car il y aurait beaucoup à dire sur l’intérêt actuel des scènes extrêmes pour les sonorités synthétiques des années 80 (il suffit de penser au succès dans ces milieux d’un Grave Pleasures ou d’un Perturbator) ; en ce qui concerne Emptiness, ce fond mélodique voire accrocheur permet au groupe d’utiliser la dissonance avec plus de subtilité que jamais, et ainsi de créer le malaise grâce à un effet d’inquiétante étrangeté qui joue avec les nerfs de son auditeur.

Des samples de voix ou de bruits de la vie courante émaillent le disque comme on peut percevoir des bruits du monde réel lors d’un cauchemar, et l’étrange sensation d’intimité que créée la voix chuchotée lui donne des allures d’hallucination hypnagogique. L’analogie onirique continue avec une sorte de distorsion du temps causée par la déstructuration des chansons, pour le meilleur et pour le pire : l’angoisse tentaculaire s’étend, mais ploie parfois sous son propre poids, et comme le recours un peu trop systématique à la bifurcation imprévisible (dans « Digging the Sky » par exemple), elle peut parfois faire retomber la tension faute de point de repère. Pour autant, ce disque ne s’écoute pas pour la musique – ou pas seulement – mais pour une expérience de réalité virtuelle qui nous mène dans les recoins sombres de notre propre psyché. L’ambition est immense, les écueils pas tous évités, mais pour peu que l’on se prête au jeu, le résultat est fascinant.

L’album en écoute intégrale :

Album Not For Music, sortie le 20 janvier 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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