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En Tournée Avec   

En tournée avec Karelia



La veste MyTV Sucks

Ce reportage a été réalisé les 19, 21 et 22 mai dernier entre Paris, Liévin et Strasbourg à l’occasion du départ de la tournée d’adieu des Scorpions en France. Un périple qui m’aura conduit par erreur dans la charmante contrée de Noeuds-Les-Mines. Ne serait-ce que pour pouvoir crâner en société, il faut s’être arrêté au moins une fois dans la gare de Noeuds-Les-Mines. Ah, ces citadins… à peine s’écartent-ils des grands axes qu’ils se croient à la campagne et trouvent tout « rustique », « pittoresque », bref, chiant. Je plaide coupable !

Franchement, par où tu commences un article pareil ? Sérieusement, on t’envoie en reportage pendant trois jours entiers avec Karelia et tu arrives à te persuader qu’un bloc notes va t’être utile ? Aucune chance : avec ces mecs, c’est une information, une opinion intéressante, une anecdote, une vanne, une réplique culte, un sketch à la seconde. Ce serait comme essayer de faire un compte-rendu exhaustif d’une semaine de vacances entre lycéens, dans la maison au beau milieu des bois de la Chaise-Dieu que Tata a bien voulu te laisser. Ca ne vous a jamais gavé de devoir raconter trente fois vos vacances à tout le monde ? C’est pas un journaleux qu’il faut, c’est un greffier ! Ou mieux, une caméra silencieuse, à l’instar de cette émission culte et brute qu’était Strip-Tease, à la fois honnête et cruelle par l’absence totale de commentaires et de jugement.

Alors, à bas le bloc-notes, contente-toi de kiffer, de t’imprégner de l’ambiance pour la retranscrire le plus fidèlement possible en l’illustrant par quelques anecdotes par-ci par-là.

L’avant-concert


Karelia, à quelques instants du concert…

Strasbourg, le 22 mai 2010, quelques minutes avant le début du concert :

Metal’o Phil : « C’est le pire moment, là ? »
Jack Ruetsch (guitare) : « Non, pas encore. Le pire moment, c’est quand tu entends ta musique d’intro partir. Là, tu sais que tu dois y aller, il n’y a plus de retour en arrière possible. »


Sam teste son son

C’est le 19 mai 2010 à l’Olympia de Paris, dans la nervosité d’un soundcheck difficile que je suis présenté au groupe pour la première date en France de la tournée d’adieu des Scorpions. Nervosité qui n’empêche malgré tout pas Matthieu (chant) et Samuel (guitare & choeurs) de descendre m’accueillir avec le sourire. L’organisation est à la bourre et Karelia n’a que très peu de temps pour se préparer. Autrement dit, chaque erreur, chaque mauvais réglage est une irritante perte de temps et prend des proportions démesurées. Fatalement, le vase finit par déborder. Matt, Sam et Gilles (basse) se mettent à hurler après Loïc (sonorisateur) pour une histoire de samples beaucoup trop forts dans les retours. Et l’ingé-son de calmer le jeu : « Ne criez pas les mecs, on fait ce qu’on peut. ».


Neon face à la salle vide

Ambiance tendue qui n’empêche néanmoins pas votre serviteur d’apprécier le moment. Oui, les balances, ça me fait fantasmer. A l’instar des préliminaires, de la phase de séduction ou même de ce roulement de tambour que sont les quelques secondes qui précèdent un premier baiser, ces coups de bourre (sans mauvais jeu de mots) d’avant-concert sont parfois tout aussi magiques que le concert en lui-même. Suis-je le seul à adorer regarder le montage, les soundchecks et autres préparatifs et à rêver de moi aussi, un jour, être à la place de ces mecs qui testent leurs instruments, se prennent la tête sur les retours et lâchent le traditionnel « hey hey un deux un deux test test » pour régler leurs micros ?

Concrètement, pour ceux qui n’ont jamais eu ce privilège et qui, comme moi, en ont quelque chose à carrer, comment ça se passe ? Chacun des musiciens joue à son tour, puis en binômes (basse/batterie, guitare rythmique/guitare solo…), puis avec tout le monde afin de permettre à l’ingénieur du son de faire des réglages optimaux. Après que Neon (batterie) ait machinalement frappé consécutivement chacun de ses fûts, chacune de ses cymbales et joué quelques rythmes, Jack (guitare) et Sam se testent sur quelques nouveaux morceaux (« Vanity Label », « Housekeeper » ainsi qu’un titre inédit). Puis vient au tour de Gilles, qui s’amuse avec le thème de la panthère rose. S’ensuit un plaisant basse/batterie avec Neon.


Kottak veille au grain

A ce moment là, le backdrop des Scorpions est déjà en place et les ingénieurs lumières testent déjà les différents effets. Les mots « Are you ready to rock ? » défilent, laissant présager une interprétation du percutant « 3 2 1 ». La tête de James Kottak (Scorpions – batterie) apparaît également sur l’écran géant, projetant la vidéo qui sera diffusée pendant son solo. Chanceux privilégié, j’assiste ensuite à une ultime répétition de la reprise de « The Show Must Go On », dont seront malheureusement privés les spectateurs pendant le set suite à un problème technique. Puis les portes s’ouvrent et les premiers spectateurs entrent… euh… se ruent au premier rang ! Même un Wall of Death sur « Raining Blood » de Slayer est moins impressionnant. Et sans le savoir, ils ont raté le groupe à quelques secondes près.


Bien essayé, mais ils ne sont plus là ! Try Again !

Sur la question du stress, les Alsaciens lui feront également face à Liévin et Strasbourg, l’organisation étant très en retard en ne commençant le montage de la scène que bien trop tard. « Du jamais vu » selon Samuel. C’est au Stade Couvert de Liévin que l’on touchera le fond, la prestation d’ouverture par Pat Mc Manus étant annulée et Karelia montant sur scène à l’aveugle, sans avoir fait de balances. C’est un fait : en tant que première partie, vous aurez beau ouvrir pour le plus prestigieux des groupes, votre condition d’apéritif vous réserve un traitement hasardeux. Samuel s’étonnera même d’avoir réussi à faire une balance le 3ème jour, vu le retard avec lequel le montage avait commencé.

Soulignons à ce titre l’attitude exemplaire du trio de Pat Mc Manus qui jamais ne perdra son calme, ni après la première annulation, ni lorsque planera le doute d’une seconde, signifiant donc le retour à leur bercail irlandais sans avoir joué le moindre titre. Ils resteront au contraire calmes et charmants, la frustration ne les empêchant pas d’aller féliciter Karelia à leur sortie de scène. Finalement et heureusement, le groupe réussira à se produire à Strasbourg. Un épisode qui provoquera d’ailleurs un débat houleux au sein de Karelia. Suite à l’annulation de Liévin, Matt proposera en effet au trio d’inverser l’ordre de passage afin de laisser à Pat Mc Manus la possibilité de jouer plus, en guise de compensation. Solution à laquelle Neon s’opposera avec virulence. Au final, l’ordre restera inchangé mais la durée du set des Irlandais sera rallongée. C’était la moindre des choses.

On Stage


Quel mal élevé !

C’est après une intro passant symboliquement des choeurs à un beat electro que Karelia entre en scène. Premier constat : leur gestuelle et leur attitude est bien plus dynamique qu’il y a deux ans. Evolution qui va de pair avec celle annoncée pour le prochain album Golden Decadence. Alors que le sérieux et l’élégante réserve des instrumentistes avait aussi son charme il y a deux ans et collait à la froideur d’albums tels que Restless ou Raise. Une évolution que l’on mettra surtout sur le compte des arrivées récentes de l’enjoué Samuel et du vindicatif Neon (mention spéciale à son signe de gorge tranchée en direction du public) au jeu bien plus visuel que son prédécesseur Loïc Jenn.


Sam, le second frontman

Du fait de ce travail collectif sur le jeu de scène, l’attention jusqu’ici essentiellement accordée au chanteur se dilue sur tout le groupe. Samuel est même un second frontman et harangue le public. Si celui-ci le lui rend bien à Strasbourg et Liévin, on ne peut pas en dire autant de Paris. La foule, complètement inerte, poussera un Samuel visiblement crispé à essayer d’en faire trop sur le côté « chauffeur de salle ».


Gilles et Jack

Les Alsaciens ont fait le choix audacieux de proposer une setlist presque uniquement composée de morceaux inédits. Après tout, pourquoi pas ? Les néophytes ne connaissent de toute façon pas plus les anciens morceaux que les nouveaux. Quant aux fans, ils seront ravis. Surtout face à ce nouvel opus Golden Decadence sur lequel Karelia semble plus accrocheur que jamais. « Bill For The Ride » et sa batterie simpliste et martiale, est un digne successeur de « Mirror, Mirror ». On constate la (trop) flagrante influence de Korn sur « Animals » et « Ride It Wild ». Néanmoins, une fois digérée cette ressemblance, on entend deux bons titres qui passent particulièrement bien le cap de la scène. Autre influence marquante, celle de Samael dans l’utilisation de certains claviers et samples et d’influences arabisantes, notamment sur « Housekeeper », où Matthieu singe par moments Vorph.


Neon

Un titre malgré tout personnel qui débouche sur un intéressant solo de batterie où Neon répond à coups de baguettes aux samples de percussions orientales. Un petit mot sur « Restless », seule rescapée des albums précédents, qui sera jouée avec une toute nouvelle intro, un « clin d’oeil au passé symphonique de Karelia » sur lequel le chanteur s’essaye à la voix d’opéra. Ce titre aux guitares et orchestrations massives, à l’atmosphère froide et sombre, dégage un effet scénique puissant. Lorsque le groupe headbangue en choeur sur le lourd riff introductif, on voit presque la Terre trembler. Le refrain est quant à lui une éclaircie mélodique et un hurlement guerrier libérateur.


Snoop Kleiber

Avec Golden Decadence, le groupe nous promettait aussi du rock n’roll, on en aura l’illustration avec les pêchus « Vanity Label » ainsi qu’un titre au nom inconnu, totalement dépourvu de samples. Plus d’excuses pour annuler un set ! Mais le titre dont on attendait le plus reste incontestablement ce chef d’oeuvre de provocation qu’est « MyTV Sucks », historique premier mélange entre metal et rn’b/rap bling bling à la Eminem, avec claviers synthétiques et poufs qui jouissent. Dans ce milieu soi-disant rebelle, mais dans les faits extrêmement codifié et où « ouverture d’esprit » signifie juste « aimer le death metal », « MyTV Sucks » est un coup de pied au cul rafraîchissant tant il brave les interdits du metal. Sans surprise, Matthieu arrive en manteau de fourrure, couvert de chaînes en or et surjouant l’attitude d’un Snoop Dogg. Néanmoins, le titre n’est pas évident à interpréter – surtout vocalement – et le groupe n’y est pas encore suffisamment à l’aise pour lui donner toute sa mesure. Particulièrement enroué à Paris, le chanteur multipliera les fausses notes.


Enfin de vrai backings !

Des trois dates, celle de Paris sera d’ailleurs la plus sujette aux soucis techniques en tous genres : dès « Animals », la guitare disparaît du mix. Les arpèges étant inaudibles, les harmonies de l’accalmie du morceau sont totalement ruinées. Quelques minutes plus tard, aucun son ne sort de l’ampli de Jack lorsqu’il entame la reprise de « The Show Must Go On ». Neon brode avec un court solo de batterie. Une fois le souci de guitare réglé, devant le manque de temps, le groupe décide d’enchaîner. Sur le chant, la part trop importante de backing vocals pré-enregistrés donne une désagréable impression de playback. Fort heureusement, Karelia semble vouloir réduire cet aspect informatique avec la participation de Sam et Gilles aux choeurs.

Setlist :

Bill For The Ride
Animals
Vanity Label
Restless
Nouveau Titre
The Show Must Go On (Queen Cover) (annulée à Paris pour problème technique)
Housekeeper
Solo de Batterie
MyTV Sucks
Ride It Wild


Bon, les premières parties ça va 5 minutes…

Karelia ouvre pour les Scorpions depuis plusieurs années. A la première annonce, il y a quelques années, mon premier réflexe fut de me dire « Cool ! Bonne nouvelle pour eux ! ». Mais dans la seconde qui suivit, je me demandais « Mais est-ce que c’est vraiment leur public…? ». Malgré la particularité du style, au vu des réactions et de la manière dont le stand de merchandising s’est fait dévaliser, ce public a semblé apprécier. Mais les plus fermés d’esprits – et il y en avaient – refuseront catégoriquement d’écouter autre chose que du hard rock. Voire même autre chose que du Scorpions. Mention spéciale aux deux ploucs de la date de Paris qui auront râlé sans interruption pendant tout le set. La véritable tragédie dans ces situations, c’est que ce genre de bidochons sont à ce point persuadés d’être drôles qu’ils imposent leurs vannes PMU à tout leur voisinage.


… mais à quand la tête d’affiche ?

Quoi qu’il en soit, ne serait-ce que pour emmerder ce genre d’individus, il serait bête de ne pas profiter de cette situation. D’autant plus quand on sait que, malgré les apparences, Karelia a une notoriété extrêmement faible, même sur la scène française. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Matt déclare ne bientôt plus vouloir tourner avec les Scorpions. Après tout, le public a le droit d’en avoir marre d’avoir systématiquement affaire à Karelia. L’objectif étant la découverte, il est logique de varier, sinon on s’écarte du concept de première partie. Qui plus est, ce qu’on attend, ce sont des dates en tête d’affiche avec un set plus conséquent, libéré des contraintes de temps et permettant ainsi de ne pas se concentrer que sur des titres récents. Le groupe serait d’ailleurs en train de bosser sur un petit « Torn Dress » (Usual Tragedy, 2004) de derrière les fagots… Qui sait, ce serait un bon moyen de faire revenir les fans de heavy… avant de les faire fuir à nouveau avec « MyTV Sucks » !

Offstage


Dans les loges, du Mixa bébé. Très important, le Mixa bébé

Dans le milieu, être « sex, drug & rock n’roll », c’est « être cool » et s’acheter une légitimité. Bref, c’est l’équivalent du scooter pour les ados. Un train de vie que l’on associe à tort en fonction du degré de « rocknrollitude » de la musique d’un groupe ou des conneries qu’il raconte dans ses chansons : plus c’est rock n’roll, plus le groupe est rock n’roll dans la vie. Et c’est pour cette raison que, naïvement, je ne m’attendais pas à grand chose question débauche. Bah ouais, les paroles de Karelia, c’est pas trop bête et musicalement, ce n’est ni Tankard, ni Bon Jovi. Grave erreur de jugement ! C’est tout à leur honneur : les Alsaciens ne m’auront rien caché au cours de ces 3 jours. Que ce soit leurs engueulades ou la (golden) décadence des après-concerts : alcool (et plus si affinités), déconne jusqu’à l’hystérie, tchatche, groupies et réveils difficiles.


Sam écoute avec respect et attention notre merveilleux anglais

Un des moments forts de ces instants backstage restera incontestablement l’entrée en scène de ces deux Anglais ivres morts dans les loges du Stade Couvert de Liévin. Alors que tout le monde est en train de plier bagages, ceux-ci débarquent de nulle part, exigent de la bière, félicitent le groupe pour leur concert, exigent à nouveau de la bière avant de conclure en beauté en demandant : « Mais en fait, vous êtes qui ? ». Parfait, juste parfait. J’en arrive très rapidement à cette implacable évidence : « ce reportage part en c.. ».


Sur le départ

Les trajets en tourbus ont également leur lot de moments forts. L’atmosphère est en permanence à la déconne. Si d’ailleurs, toi lecteur, tu as vu passer une paire de fesses à la fenêtre d’un van dans la nuit du 21 au 22 mai sur le périphérique entre Liévin et Noyelles, ton réflexe naturel de chercher des réponses sur Radio Metal a été le bon. Tu as bien croisé le tourbus de Karelia ce soir-là. Mais de quel derrière s’agissait-il ? J’ai promis de ne pas le dire.


Eh ouais, parce qu’un artiste aussi, ça dort


Et quand ça ne dort pas, ça fait ça

Pendant les premières heures du voyage Liévin-Strasbourg, pas âme qui vive, du fait de la courte nuit de la veille. Juste Neon qui regarde un DVD de Kiss et des mecs, votre serviteur y compris, affalés sur leur siège, la bouche grande ouverte, pris dans un sommeil lourd. Puis, passées ces trois premières heures, le trajet s’anime petit à petit, rythmé par du Led Zeppelin, au grand désespoir de Neon qui s’en est visiblement dégoûté. Loïc, l’ingénieur du son, sort régulièrement la tête par la fenêtre pour interpeler des donzelles. Pour le reste, ça blague, ça chante des « misheard lyrics », ça parle gonzesses, musique, alcool, drogue, soirées, mais aussi de l’organisation de cette tournée. Plus particulièrement de ses personnages, tous plus tordus les uns que les autres. Et ça raille plusieurs fois ce technicien, censé arriver tôt à la salle de concert, qui ne cesse de nous dépasser et de se faire à nouveau doubler. Car, en effet, l’homme est un sketch malgré lui et s’arrête à TOUTES les stations services. A noter également cette merveilleuse trouvaille vidéoludique, dans une supérette, qui alimentera toutes les conversations un quart d’heure durant : le dvd du film pour adultes au titre fort astucieux :


Full Metal Keket

Transition toute trouvée pour « In Bed With Karelia », un regard plus intimiste de chacun des membres du groupe :

In Bed With Karelia


Quand ça ne dort pas et que ça ne fait pas ça, un artiste, ça peut manger aussi

Karelia, ce sont certes cinq personnages hauts en couleurs, mais l’autorité naturelle de Matthieu en fait le décideur incontesté du groupe. Enseignant le marketing international à l’Université, l’homme fait preuve d’éloquence et de prestance. Karelia, c’est son bébé et il est le garant du discours du groupe. Bref, l’homme est d’une exigence extrême et s’impose, mais jamais de manière virulente et autoritaire comme un petit chef voulant s’affirmer, mais au contraire toujours dans le dialogue et avec un irréfutable esprit de synthèse. Et en élevant la voix quand il le faut. A côté de ça, il immortalise quotidiennement avec son appareil photo le résultat de son oeuvre sur la selle tous les matins. Égocentrique ? Peut-être un peu, oui. Mais entre nous, si j’étais capable de produire un tel mastodonte tous les matins, je prendrai également la grosse tête. Fin de la parenthèse.


Signing Butt Session

Sa facette comique n’est pas la plus mise en valeur sur scène ou en interviews, et pourtant, il y a du niveau. Au-delà de son regard délicieusement cynique sur l’industrie du disque, sa manière de s’exprimer rappelant parfois Desproges, il est en soirée ou dans le tourbus un spectacle à lui tout seul entre imitations de l’accent alsacien à mourir de rire, sktechs et autres vannes salaces. Il battra tous les records le soir du concert au Stade Couvert de Liévin. Ceux qui l’auront croisé au stand de merchandising s’en seront rendus compte et auront notamment repéré un regard particulièrement funky.

Vous savez, ce regard incisif, mais légèrement fuyant sans être encore complètement vague, ces yeux un poil humides que l’on a lorsqu’on est suffisamment éméché pour exploiter pleinement notre confiance en soi et notre humour sans perdre totalement le contrôle. L’état d’ébriété le plus délicieux, en somme. Ce soir-là, même ses propres collègues l’auront trouvé particulièrement en forme, notamment lorsqu’il commencera à se dédicacer le postérieur ou qu’il fouillera les poubelles de la salle pour trouver des bouteilles de boisson énergisantes. C’est même totalement hilare, à la limite de l’hystérie, qu’il passera le trajet en tourbus nous ramenant à l’hôtel.


Matt qui fouille les poubelles : qui a dit que musicien était une situation précaire ?

Avec lui, pas de compromis sur l’humour, il faut rire de tout. Comme lorsque nous mettons au point un prometteur concept musical asymétrique avec pour chanteur une victime du Syndrome de Gilles de la Tourette. C’est aussi avec une incompréhensible, mais remarquable patience que Matthieu écoutera une fille lui hurler douze fois de suite son indignation par rapport à son T-shirt « Let The Children Cum To Me ». Et lui de s’enfuir discrètement à la première occasion, devant l’inutilité d’essayer d’établir un dialogue avec quelqu’un qui n’en veut pas. Ce qui lui vaudra malgré tout d’être traité d’hautain personnage.


Le plus sexy de Karelia ? Oui ? Non ? Ne se prononce pas ?

Jack, qui ne quitte jamais son éternel chapeau, est avec son look de D’artagnan (ou de Tuomas Holopainen, au choix) l’exemple typique du tombeur discret, du beau gosse timide qui se lâche une fois quelques verres dans le pif. Officiellement élu « musicien le plus sexy de Karelia » par le fanclub, il est avec Gilles le moins loquace et le moins fort en gueule du groupe.


Il y a des choses qui ne s’achètent pas. Pour le reste, il y a le chapeau de Jack

Ce qui ne l’empêche pas lors de son entrée sur scène, de générer une série de hurlements féminins qu’on lui jalouse volontiers. Statut de rockstar oblige, il n’a même pas à faire le moindre effort d’approche ou même simplement de conversation pour séduire. C’est pas juste !


Sam et les pieds de micro Golden Decadence

Après un Erwan bien timide sur scène, l’arrivée de Samuel représente une bouffée d’air frais sur les concerts de Karelia. D’un naturel avenant et jovial, il a en permanence la banane. De loin le plus amical du groupe, il vous met instantanément en confiance et vous intègre rapidement au sein des conversations. Ce fan de Type O Negative devant l’éternel, qui avouera avoir pleuré à la mort de Peter Steele, est aussi très humble. C’est incognito qu’on le voit se balader dans le public de l’Olympia, sans chercher à se faire voir. Et quand il écoute mes remarques à propos de son jeu de scène à Paris, il en tient compte pour le concert suivant ! En plus de Karelia, le guitariste s’est récemment mis à plancher sur projet plus extrême car « le death metal, ça me manque ! ». Apparemment, une démo est à venir très prochainement. En dehors de sa casquette de musicien, il a pour métier ingénieur du son. C’est avec les yeux impatients et fiers d’un enfant sur le point de se faire offrir une console dernier cri qu’il m’annonce qu’il sonorisera son deuxième groupe préféré quelques jours plus tard : Megadeth.

Puisqu’on parle d’ingénieurs du son, comment ne pas évoquer le cas Loïc alias « Mötley », ingénieur du son de Karelia ? Cet hilarant fan de glam exubérant, au look et aux cheveux issus tout droit des années 80, ne tient pas en place, multiplie les anecdotes de débauche et de rencontres avec des musiciens (notamment une formidable histoire d’un Zack Wylde prenant dans ses bras un de ses collègues en se vantant de ne pas s’être lavé pendant quarante jours…). Il fait également son travail très consciencieusement, se remet en question et cherche à s’améliorer en demandant à tout son entourage des opinions franches sur le rendu des trois concerts.

Ces quatre-là sont les plus fêtards de la bande, les deux autres suivent le mouvement plus discrètement :


Neon

Neon, en bon batteur qui se respecte est l’impulsif du groupe, que ce soit dans ses gestes, sa façon de s’exprimer et son caractère. Il entrera dans une colère noire à l’issue du set de Liévin après que sa batte de grosse caisse se doit détachée… comme par hasard en plein solo de batterie ! Pour le coup, on le comprend : une batte qui se décroche, c’est rare. C’est pas de chance. En bon gros râleur colérique, il a son lot d’invectives cultes.

Mes deux préférées : « Mais, t’es complètement interdit, toi ! » et « Lui, s’il y a la brigade du bon goût qui l’arrête, il en prend pour vingt ans et sans procès ». Neon fait preuve d’une passion furieuse pour la musique : il écoute tout, il connaît tout. Ses derniers coups de coeur sont les derniers albums de Heathen, Devildriver, Rammstein (bah ouais, personne n’est parfait…). Et lorsqu’il vous vante les mérites de cette « machine de guerre » qu’est Behemoth en concert, ce n’est plus de l’amour, c’est de la rage. Il tuerait pour vous convaincre. Neon est aussi le « workoholic » de la bande : il multiplie les groupes, mais pas seulement : il me parlera notamment de son projet de marque de T-Shirts dont je verrai même la première ébauche à Strasbourg. Comme il fait partie des derniers arrivants avec Samuel, je l’interroge sur son regard sur le premier album. Et il adore ! « S’ils avaient continué sur cette voie-là, aujourd’hui, ce serait énorme ! »


Gilles, le plus posé

Gilles, qui lui aussi n’enlève jamais son bandana, est le musicien le plus âgé, le plus sage, le plus discret du groupe. En loge ou en soirée, il assiste sans trop y prendre part aux pitreries de ses compagnons.

Côté fans, on l’avait constaté en repérant quelques tronches récurrentes aux concerts, en suivant l’activité de la page Facebook ou tout simplement face à l’affluence sur le chat lors de notre interview avec Matt : Karelia a une fanbase solide et qui se bouge. Notamment à Strasbourg, où les premiers rangs sont déchaînés. Certains viennent essentiellement pour eux et avec l’artillerie lourde : strings, drapeaux et même… pom pom girls ! Respect, un tel soutien, ça fait plaisir à voir. Car un musicien a aussi besoin que son public le fasse rêver.


Karelia au merchandising

Karelia n’est pas Metallica, mais l’instant d’un concert, son public lui en donne l’illusion. Le groupe le leur rend bien, les invitant volontiers en soirées et ne cherchant pas à maintenir une quelconque distance pour créer la légende. Même fatigués, ils considèrent comme une obligation d’aller discuter avec les fans au stand de merchandising. Démarche mercantile ou non, au final, le spectateur est content. Lorsque après le dernier concert, à Strasbourg, une soirée huppée sera organisée à l’hôtel des Scorpions, le groupe préfèrera finir la soirée avec ses fans : « Apparemment nos fans nous ont préparé une surprise à notre hôtel. Alors je n’ai pas envie de gâcher ça juste pour aller me montrer auprès de l’entourage des Scorpions ». De toute façon, en trois ans, il y a dû y en avoir d’autres, des occasions… Ainsi, ce périple de trois jours se clôt au calme avec un after posé et quelques verres de champagne.

Et Golden Decadence alors ?

Samuel Clauss (guitare/choeurs) : « Il y a intérêt qu’il sorte, sinon je vais finir par sortir mon album avant ! »(rires)

En tout cas, tout l’attirail qui va avec est déjà prêt :


Quelques semaines plus tôt, Matt nous disait lui-même ignorer la date de sortie de ce Golden Decadence, qui décidément refuse de sortir. Le groupe est en effet en recherche d’une proposition intéressante d’un label. Difficile le Matthieu ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, c’est un Gilles (basse) agacé de devoir attendre qui me dira « Quoi qu’il arrive, on sortira cet album grand maximum en janvier 2011. C’est bon, y en a marre. ». Au cours d’une discussion informelle quelques semaines après ce reportage, Samuel m’apprend que « ça discute de XIIIbis »… Annoncer la nouvelle de manière préméditée aurait risqué de compromettre le dialogue. Je mets donc mon côté paparazzi de côté et contacte Matthieu.


La réponse ne tarde pas et, encore une fois, c’est sans langue de bois :

« Eh ben en fait, c’était même plus que de la discussion, ils attendaient les parties de Rudolf Schenker pour signer. Mais comme il ne les a pas faites avant la tournée US et que son enregistrement pour nous a été reporté au 22 octobre… Entretemps, le patron de XIIIbis a appris qu’on était spécialement mécontents de leur distri/promo sur le premier album Usual Tragedy qui avait atteint des chiffres de ventes vraiment inattendus à l’étranger… et foireux en France, à cause notamment d’un visuel massacré par leur infographiste (l’arrière du CD était visible sur la couverture sur les 1 500 premiers exemplaires, les couleurs étaient dégradées), d’une promo ridicule (alors que le Japon était déjà à 5 000 ventes sur le premier mois lors de la sortie France, il suffisait de surfer sur la petite vague) et distribution idem… Même Drakkar et BMG leur demandaient des comptes car personne ne pigeait ce qu’ils branlaient. Et XIIIbis étaient en litige avec Nightwish et Rammstein à la même époque et pour le même type de raisons.

Bref, du coup, les mecs sont allés chercher des infos de l’époque et sont tombés sur cette interview de moi , ce qui coupe court à toute négociation hihihohoh, même pas mal. Jette un oeil ça te fera marrer… c’est sous la lettre X comme XIIIbis. N’empêche, entretemps, tout le personnel avec qui j’étais en contact a intégralement été viré de la boîte, c’est que j’ai pas dû tout inventer non plus… en tout cas, toi qui craignais de ‘compromettre le dialogue avec eux… j’ai envie de dire : Prem’s ! »

Bref, ce que l’on sait à 100%, c’est qu’on n’en sait pas plus !

Myspace Karelia : www.myspace.com/kareliaband

Un grand merci à Karelia pour leur franchise et leur disponibilité, mais aussi leur aide, à David Kilhofer (Music For Ever) pour l’occasion et à Sébastien (régisseur) !


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  • « Suis-je le seul à adorer regarder le montage, les soundchecks et autres préparatifs et à rêver de moi aussi, un jour, être à la place de ces mecs qui testent leurs instruments, se prennent la tête sur les retours et lâchent le traditionnel « hey hey un deux un deux test test » pour régler leurs micros ?  »

    Non !!! J’ai arrêté la scène, mais j’espère pouvoir vivre ça encore de temps en temps, même hors du groupe. C’est effectivement assez magique 🙂

    [Reply]

  • huat jean claude dit :

    Salut

    Excellllllennnnt groupe que j’ai découvert en première partie de Scorpions à Nantes le 22/10/10
    mais à quand la sortie de leur dernier album !!!
    annoncé pour 2010 mais 2010 file et point d’album
    bravo encore pour ton article

    @+
    JC

    [Reply]

  • Super groupe, super gentil et un musique géniale !!!
    Contente de voir la photo de ce moment surréaliste de signature d’arrière train…

    Excellent article, on s’y croirait !!!

    [Reply]

  • Aaaah , Léon , mon idéal masculin *.*

    [Reply]

  • ninibassiste dit :

    Je ne connais pas ce groupe mais malgré tout, cette lecture me fut très agréable ^^ Bravo Metalo

    [Reply]

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