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Interview   

L’enfer symphonique de Septicflesh


Septicflesh vit une période charnière. Alors que les Grecs fêtent leurs vingt ans de carrière, ils quittent leur label historique avec un album live non moins historique, pour rejoindre le mastodonte Nuclear Blast, pour qui ils concoctent actuellement leur onzième album qui promet, encore une fois, d’être épique – un euphémisme, surtout au regard du niveau où le groupe a placé la barre avec Codex Omega (2017).

En attendant, l’album et DVD live Infernus Sinfonica MMXIX, enregistré en février 2019 à Mexico, a tout d’une consécration. Après quatre albums qui ont fait du groupe l’un des maîtres – si ce n’est le maître – incontesté du metal extrême symphonique, il ne manquait plus à son palmarès que de transporter l’expérience symphonique au grand complet en concert. C’est chose faite.

Le guitariste et arrangeur Christos Antoniou revient avec nous sur cette expérience hors du commun – que ce soit le travail préparatoire en amont, la pression ressentie sur le moment ou la satisfaction finale. Le musicien nous parle en sus de son travail d’arrangeur pour orchestre, mis en perspective avec celui des arrangeurs midi, et anniversaire oblige, nous finissons en effectuant un petit retour sur le passé.

« Je regrette un petit peu de ne pas avoir vraiment pu apprécier le moment à cause de mon anxiété. »

Radio Metal : Infernus Sinfonica MMXIX a été enregistré en Février 2019 au Metropolitan Theater de Mexico avec plus de cent musiciens du Symphonic Experience Orchestra, du chœur Enharmonia Vocalis et d’un chœur d’enfants de l’université nationale de Mexico. Les fans de Septicflesh s’attendaient à ce qu’un tel événement ait lieu un jour, mais c’est surprenant que ça ait eu lieu à Mexico City, si loin de la Grèce. Du coup, comment cet événement a-t-il vu le jour ?

Christos Antoniou (guitare) : Les Mexicains ont proposé l’offre la plus sérieuse pour ce concert. Un organisateur de concert de Mexico a pris contact avec le groupe il y a deux ans ou un an et demi. C’était un fan de Septicflesh et c’était aussi un musicien. C’est un membre de la chorale, un ténor. Il a dit qu’il était très motivé pour mettre en place ce concert. Nous avons dit pourquoi pas ! Il m’a envoyé des enregistrements de sa chorale et j’ai vu qu’il était très professionnel et sérieux. Nous avons ensuite choisi Mexico et le Metropolitan Theater pour ce concert avec l’orchestre. Vu le résultat, on peut dire que c’était la bonne décision ! Ça paraît plus difficile d’organiser ça en Grèce que dans d’autres pays à l’heure actuelle. Je ne pense pas que la Grèce, pour l’instant, puisse accepter des groupes comme Septicflesh. C’est une question de mentalité. Je ne pense pas qu’un tel concert soit un grand risque financier et nous avons de très bonnes salles, mais le système n’est pas encore prêt, je crois. Nous essaierons, mais pour le moment, ça ne paraît pas bien parti. Tous mes efforts à ce jour ont été infructueux. C’est dans nos plans de créer quelque chose en Europe, si nous parvenons à trouver des circonstances idéales pour un tel projet, mais on verra. Ça pourrait arriver en France, en Grèce, en Russie, en Angleterre… Evidemment ce serait génial de le faire à Athènes, mais si nous ne pouvons pas, nous le ferons ailleurs, c’est sûr.

A quel point est-ce difficile pour un groupe de Septicflesh de négocier la tenue d’un tel concert ? Quelles sont les difficultés principales que vous avez rencontrées ?

De mon côté, vu que je suis responsable de l’orchestre, je dois confirmer la qualité de l’orchestre et du chœur. Pour ce qui est des autres éléments, les aspects techniques, le mixage, les consoles, le matériel, nous avons un management et une équipe qui peuvent répondre aux organisateurs et gérer les choses auprès d’eux, afin d’obtenir un bon résultat. Mon boulot, c’est de confirmer l’orchestre.

Combien coûte un tel événement ?

[Rires] Je ne peux pas te dire le prix, mais c’est très cher ! C’est un peu plus qu’un album de Septicflesh.

C’était la première fois que Septicflesh se produisait avec un tel orchestre et chœur en concert. Quel niveau de pression est-ce que ça a impliqué ?

Enormément ! Quand on fait un concert normal, faire une erreur ce n’est pas très important, mais quand on fait un concert avec un vrai orchestre et un vrai chœur, il faut être parfait. Mais la pression te pousse à te concentrer. De mon point de vue, je peux dire que j’étais très tendu et nerveux, parce que non seulement il faut jouer avec un vrai orchestre, mais il faut aussi gérer l’enregistrement de l’audio et de l’aspect visuel du spectacle. Je regrette un petit peu de ne pas avoir vraiment pu apprécier le moment à cause de mon anxiété. Mais après le concert, j’étais très content et satisfait du résultat. Et puis la pression a du bon parfois. Comme je l’ai dit, ça te pousse à vraiment te concentrer et si tu travailles beaucoup et bien, et tu sais ce que tu as à faire, tu arrives à relever le défi.

Quel genre de travail de préparation a été nécessaire pour l’événement ?

Comme je l’ai dit, l’organisateur était un musicien. Il m’a beaucoup aidé afin d’avoir les bons contacts avec l’orchestre et le chœur. J’ai révisé mes partitions et j’ai réorchestré certaines chansons comme « Anubis » et « Persepolis ». De même, durant la période d’un an ou dix mois avant le concert, j’ai commencé à envoyer les partitions et ils ont commencé à répéter à Mexico. Nous n’avons pas eu de souci particulier. Tout s’est bien passé. L’orchestre et les chœurs ont beaucoup répété de leur côté, donc ils connaissaient les chansons. Nous sommes arrivés une semaine avant le concert à Mexico et nous n’avons fait que trois répétitions, je crois, et puis nous avons joué. Nous aurions même pu nous contenter d’une seule répétition avec un si bon orchestre. Tout repose sur les épaules du chef d’orchestre et du batteur. S’ils connaissent très bien leurs parties, ça se fait très facilement. Il a fallu que nous suivions une procédure, c’est-à-dire que le chef d’orchestre devait préparer l’orchestre, donner le signal au batteur Krimh qu’ils sont prêts, afin que mon frère puisse annoncer la chanson. C’était la procédure, car imagine si l’orchestre commençait à jouer avant ou après nous, ça aurait posé un gros problème ! Mais c’étaient tous des musiciens très pros et expérimentés, et le chef d’orchestre était extraordinaire. Le batteur, de son côté, surtout quand on joue au click, c’est d’une certaine manière le chef d’orchestre du groupe, et donc Krimh avait une responsabilité d’autant plus importante. Lui aussi est très pro et concentré, il travaille dur. Il n’y a pas eu la moindre erreur que ce soit du côté de l’orchestre ou du groupe.

Tu as l’habitude de travailler avec l’orchestre FILMharmonic et le chœur d’enfants de Prague, en République tchèque, donc tu as construit une très bonne relation avec eux au fil des années, alors que là c’était la première fois que tu travaillais avec ces ensembles. N’étaient-ils pas un peu submergés par le côté extrême de votre musique ?

Je ne dirais pas que ça les a effrayés, mais ils ont été un peu choqués par la batterie et la voix de mon frère, surtout le chœur d’enfants [petits rires], mais ils savaient à quoi s’attendre. Ils ont étudié la musique un an avant le concert et, encore une fois, ce sont tous des musiciens professionnels, ils font des concerts toutes les semaines et ils ont vu beaucoup de choses. En fait, ils ont pris beaucoup de plaisir. Nous avons eu un très bon contact avec les musiciens. Il n’y a pas eu de choc entre les deux univers, au contraire. Après le concert, nous avons pris beaucoup de photos avec eux. Je ne sais pas si tu as vu le DVD, mais on les voit faire les cornes du diable, ils ont beaucoup apprécié le moment !

« Je ne dirais pas que ça les a effrayés, mais ils ont été un peu choqués par la batterie et la voix de mon frère, surtout le chœur d’enfants [petits rires]. »

Comment comparerais-tu le fait d’être sur scène avec le groupe seul et avec tout un orchestre et un chœur derrière toi ? Agit-on différemment ?

Nous avions vingt pour cent de la scène, car le reste de l’espace était occupé par les autres musiciens. Nous devions être concentrés, faire attention, mais nous n’avons rien fait de spécial. Nous avions un boulot à accomplir, qui était de bien jouer, et nous l’avons fait. C’est comme n’importe quel concert pour nous, à cet égard. Evidemment, nous avions un énorme orchestre derrière nous et ça te stimule d’autant plus pour jouer encore mieux.

On peut entendre Seth se plaindre du système intra-auriculaire qu’ils lui ont demandé de porter…

La situation avec ce système intra-auriculaire est que dans ce genre de concert, quand on enregistre, il faut ne pas avoir d’amplificateur ni de retour sur scène, car leurs sons peuvent repisser dans les micros de l’orchestre. Nous n’avons eu que trois jours pour nous habituer au système intra-auriculaire. Ce n’est pas l’idéal pour jouer sur un concert aussi important en n’ayant eu que trois jours pour s’habituer à ça, mais nous n’avons pas eu le choix. Ce n’était pas très pratique mais il n’y avait pas d’autre solution.

Toutes les chansons sur ce concert ont été piochées dans les quatre derniers albums de Septicflesh. Je suppose que c’était plus « facile » parce que ces chansons avaient déjà été orchestrées pour un vrai orchestre et un vrai chœur, et donc tu avais déjà les partitions à fournir, mais n’avez-vous pas songé à arranger de plus anciennes chansons ?

Quand je travaille avec l’orchestre de Prague, j’enregistre par fragments. Pour cette raison, j’ai dû réviser certaines de mes partitions et j’ai aussi eu l’occasion de faire de nouveaux arrangements pour « Communion », « Persepolis » et « Anubis » pour les développer ou les améliorer. Quand tu as une telle opportunité, il faut faire quelques changements ; pas des changements radicaux, mais de petits changements pour améliorer les chansons pour ce type de concert, voir ce qui peut être plus pratique et les adapter à l’orchestre, car les orchestres de Prague et de Mexico sont différents. Mais le travail le plus important a été effectué sur « Perspolis » et « Anubis ». J’ai rajouté des orchestrations sur des parties où il n’y en avait pas, par exemple sur la dernière partie de « Persepolis », j’ai aussi ajouté plus de chœurs dans « Anubis », etc. Des chose que je n’avais pas eu le temps de faire en 2008. En ce concerne les musiques plus anciennes, je ne pense pas que ça aurait été une bonne idée de créer quelque chose de nouveau à partir des vieilles chansons de la première période. Ça nous aurait causé plus de maux de tête que nous n’en avions besoin ! Je ne pense pas que ce genre de concert soit fait pour faire des expériences. C’était mieux de nous concentrer sur les nombreuses autres problématiques qui existaient déjà. Il faut aussi être honnête, la seconde période de Septicflesh est la plus connue. Si nous avions joué « Esoptron », je ne pense pas que les gens auraient autant apprécié que lorsque nous jouons quelque chose tiré de Communion. Je préfère jouer une chanson de Communion qu’une chanson de la vieille époque. Ce qui ne veut pas dire que je regrette la vieille époque. C’était une super époque pour nous, nous ne la regrettons pas, mais nous passons à autre chose.

Vous n’avez donc jamais songé à orchestrer de nouveaux enregistrements de ces vieilles chansons ?

Nous avons ressorti les vieux albums, mais pour le moment, je ne me vois pas orchestrer quelque chose du passé ou faire de grands changements sur ces morceaux. Ce n’est pas dans nos plans. Je ne vois pas ça se produire dans un futur proche.

Vous êtes amis avec les membres de Carach Angren, et Ardek en particulier est devenu assez célèbre pour ses talents d’orchestrateur. La différence entre vous deux est que, tandis que tu as toujours voulu travailler avec de vrais orchestres, lui utilise des orchestres programmés en parvenant à les faire sonner très réels. D’après lui, ça lui donne beaucoup de liberté, y compris pour faire des choses qu’un vrai orchestre ne pourrait pas faire. Quel est ton sentiment sur son approche consistant à se reposer sur des samples ?

Ça va ! Ça fait des années maintenant que le midi se développe et plein de gens, comme Ardek et Francesco [Paoli] de Fleshgod Apocalypse, font du super boulot avec ça. Et moi-même, il m’arrive de faire des ajouts en midi pour soutenir l’orchestre avec Septicflesh, mais le vrai monde, c’est l’orchestre. C’est complètement différent. Il faut aussi avoir la connaissance de l’orchestre. Quand on arrange pour un orchestre, il faut connaître tous les instruments, les registres et toutes ces choses. Evidemment, on peut faire appel à des techniques ou des effets particuliers, mais ce genre de musique qui est très tonale, d’une certaine manière, n’est pas tellement difficile pour eux. La plupart des soucis apparaissent quand on a des motifs plus difficiles. Mais avec le midi, une flûte peut jouer pendant une heure sans s’arrêter, alors qu’avec un vrai orchestre, le flûtiste a besoin de respirer. Donc bien sûr, il faut que j’en tienne compte dans ma composition. Il faut composer quelque chose de jouable. Si ce n’est pas du tout jouable, alors ça ne convient pas à l’orchestre. Ceci dit, quand je compose pour d’autres types d’œuvres, je demande parfois aux musiciens de faire des choses folles, donc tout dépend aussi du genre de musique que tu veux composer. Si c’est trop moderne et trop expérimental, il faut emmener les orchestrations à un autre niveau, mais en termes d’orchestrations tonales, ce qui prime, c’est la clarté, l’harmonie, un bon équilibre, etc.

« Je ne suis pas un grand fan du midi parce que les capacités de cette technologie sont limitées. Bien sûr le midi peut atteindre des tessitures artificielles étranges, mais la chaleur et les techniques qu’on peut explorer avec un orchestre sont illimitées. »

Mais n’atteins-tu pas parfois les limites de ce qu’un orchestre est capable de faire ou ne te sens-tu pas parfois restreint par ce qu’un vrai musicien est physiquement capable de jouer ?

Pas du tout. Tout le contraire, en fait. Je ne suis pas un grand fan du midi parce que les capacités de cette technologie sont limitées. Bien sûr le midi peut atteindre des tessitures artificielles étranges, mais la chaleur et les techniques qu’on peut explorer avec un orchestre sont illimitées. C’est un monde complètement différent. C’est le jour et la nuit, d’une certaine manière. Il faut, non pas suivre des règles, mais connaître les bases des orchestres pour ne pas faire ce qui n’est pas jouable, et ensuite on n’a plus qu’à utiliser notre imagination. Avec le midi, ils ont développé plein de librairies, ça ne fait aucun doute. Les gens qui n’ont pas l’habitude d’entendre un orchestre peuvent facilement être bernés et croire que c’est un vrai orchestre, mais les vrais orchestres sont toujours mieux. Rien ne peut changer ça. Bien sûr qu’il y a des limites physiques à ce que de vrais musiciens peuvent jouer, mais je ne pense pas que même un bon arrangeur midi ferait quelque chose qui sorte des règles des orchestres et faire jouer des cuivres pendant cinq minutes sans respiration, par exemple. C’est absurde. Il faut créer quelque chose de joli même quand on a recours au midi. Pour moi, l’arrangeur midi peut créer des couches, des couches synthétiques par exemple, des cordes samplées, etc. mais la majorité d’entre eux a tendance à utiliser ça comme un orchestre. Mais les capacités d’un orchestre, et ce que tu peux créer avec un orchestre sur le plan sonore, sont illimitées, et certaines techniques sont impossibles à reproduire en midi. Un vrai musicien peut faire plein de choses que le midi ne peut pas faire. Pour donner une idée, là où tu as dix techniques avec un vrai orchestre, tu n’en auras que deux en midi ; la différence est énorme.

Tu as mentionné le fait que tu demandes « parfois aux musiciens de faire des choses folles ». Qu’as-tu en tête quand tu dis ça ?

Je peux demander aux musiciens de chanter, de taper du pied par terre, de frapper le bec de leurs vents et cuivres… Mais ce n’est pas dans Septicflesh que je fais ça, ni même dans Chaostar. Il y a des idées folles dans Septicflesh, mais ce sont des petits fragments plus pour l’effet. Il faut que je reste focalisé sur ce qu’est Septicflesh. Je ne peux pas créer quelque chose de trop avant-gardiste, ça n’irait pas. C’est sur d’autres travaux pour d’autres concerts que j’utilise ces techniques insolites.

Est-ce qu’on pourrait s’attendre à ce que tu fasses la musique d’un film un jour ?

Je suis très pris par Septicflesh. En fait, j’ai été commissionné pour faire la musique d’un jeu vidéo. Je vais commencer à travailler dessus dès que j’ai terminé les nouvelles musiques de Septicflesh. Travailler pour des films, c’est dans mes plans, mais ce n’est pas si facile.

Sotiris fait rarement des concerts avec Septicflesh, et Psychon le remplace en live à la guitare. Cependant, il était présent pour l’événement. Avez-vous l’impression que le groupe est plus « complet » quand il est à vos côtés ?

Bien sûr ! C’est très important que Sotiris soit là sur scène, autant pour les auditeurs que pour Septicflesh. Je ne pense pas que ça aurait été une bonne chose si Sotiris n’avait pas pris part à un concert aussi important pour nous. Et c’était toujours super d’avoir Sotiris à nos côtés, la magie est là. C’est différent de jouer une chanson comme « Anubis » avec Sotiris et sans lui, elle prend tout son sens. Nous sommes Septicflesh, moi, mon frère et Sotiris. Ces membres sont les fondateurs de Septicflesh. Malheureusement, il ne peut pas suivre le groupe à cause de ses engagements, mais j’espère qu’il pourra nous suivre sur plus de concerts à l’avenir. Ceci étant dit, Sotiris a seulement chanté, il n’a pas joué de guitare, car nous n’avons même pas envisagé que Psychon ne puisse pas lui aussi prendre part à l’événement. Psychon est désormais un membre à part entière de Septicflesh. D’ailleurs, il contribue même au nouvel album, c’est très important pour nous.

L’album et le DVD live avec l’orchestre marquent la fin de votre collaboration avec Season Of Mist, puisque vous avez signé chez Nuclear Blast pour votre prochain album. Penses-tu qu’un nouveau chapitre est en train de s’ouvrir pour Septicflesh ?

Oui, c’est sûr. Entre ce DVD et le nouvel album chez Nuclear Blast, c’est un grand bond en avant pour notre carrière musicale. Avec ça viennent de nouvelles grandes responsabilités et de nouvelles idées. Nous avons hâte d’ouvrir ce nouveau chapitre avec Septicflesh ! Nous nous attendons au meilleur de la part de Nuclear Blast. On parle du meilleur label metal au monde ! Nous avons plein d’idées et d’espoir avec Nuclear Blast. De ce que nous pouvons voir pour l’instant, nous sommes une de leurs priorités, nous ne sommes pas juste un autre groupe dont ils sortent un album. Evidemment, si tu vois la liste des groupes signés chez Nuclear Blast, ça te donne le tournis, mais nous attendons beaucoup de cette collaboration. Ceci étant dit, la France et Season Of Mist, c’est comme la famille. Nous n’avons aucun problème. Nous continuons à sortir nos anciens albums via Season Of Mist. En fait, notre vieille discographie va ressortir une nouvelle fois chez Season Of Mist. Ce lien ne va pas se rompre.

« En 1990, le metal était à un stade très primitif en Grèce. Nous étions des marginaux, avec de longs cheveux, etc. Les studios n’avaient pas le matériel adéquat. Mais il y avait une forme de beauté dans cette précarité aussi. »

Au moment de l’annonce de votre signature chez Nuclear Blast, il était également mentionné que le but était de sortir votre nouvel album en 2019. Or nous voici en 2020 et il n’est toujours pas sorti. Quel est le statut du successeur de Codex Omega ?

C’était une erreur et il était trop tard pour la rectifier. Mais là, nous sommes presque à la fin de l’album. Nous allons entrer en studio en juillet, en espérant sortir un nouvel album début 2021. Ce sera un album dans la veine de la seconde époque de Septicflesh, avec un orchestre, mais nous développons le son. Ça sonnera nouveau aux oreilles de nos auditeurs. C’est frais, avec de nouveaux éléments qui peuvent créer une expérience d’écoute différente – c’est difficile d’y mettre des mots. L’écriture de cette nouvelle musique a été le processus le plus difficile que nous ayons connu, à cause du grand succès qu’a été Codex Omega, mais je pense que nous avons réussi ce défi – je ne pense pas, j’en suis sûr. Je suis très optimiste et convaincu que nous avons fait un grand album. Encore une fois, pour nous, chaque album est très spécial. Nous ne considérons pas ça comme un travail obligatoire pour pouvoir partir en tournée, nous sortons des albums quand nous sommes sûrs de pouvoir le faire. C’est pourquoi, pour la première fois, nous allons sortir un nouvel album après quatre ans au lieu des trois ans habituels.

Passons à un peu d’histoire. Septicflesh a été fondé en 1990, ce qui fait cette année vingt ans que le groupe existe. Le groupe a énormément évolué et grandi en trente ans, mais quel était votre état d’esprit en 1990 quand vous avez fondé Septicflesh ?

Mon frère et moi, nous étions très jeunes. Nous écoutions du death metal – Celtic Frost, Death, Morbid Angel –, du metal gothique comme Paradise Lost, et puis des groupes comme Iron Maiden et Metallica. Nous écoutions ce genre de musique et ça nous a donné envie d’avoir notre propre groupe. C’est ainsi que nous avons dit : « Formons un groupe. » Tout ce que nous voulions, c’était jouer du metal. Le plus important pour nous était d’aller en studio et de jouer. C’était un peu une révolution pour nous, nous ne voulions pas écouter de la pop ou de la musique tendance. Le metal était notre échappatoire. Une fois que Sotiris a rejoint le groupe, nous avons commencé à voir les choses de manière plus sérieuse, à créer des démos, à chercher des labels, etc. A ce stade, tu as des rêves, et même des rêves fous irréalisables. Tu te dis que tu vas dominer le monde avec ta musique et que tu seras comme Iron Maiden, Metallica, etc. Tu es jeune et enthousiaste, mais en premier lieu, il faut jouer de ton instrument et ensuite passer au palier suivant. Il faut être réaliste concernant ce que tu peux attendre de ton groupe. Quand tu es jeune, tu ne sais même pas jouer de ton instrument, alors comment pourrais-tu devenir Metallica ? Le côté terre à terre et le fait d’avoir une vision réaliste vient après, avec les années. Mais les rêves et les visions sont nécessaires aussi, ils te guident vers des choses futures que tu ne peux pas imaginer, d’une certaine manière. Si quelqu’un m’avait dit en 1990 que je jouerais avec un orchestre à Mexico devant trois mille personnes, j’aurais dit : « T’es fou ! » Mon idée à l’époque n’était pas de jouer avec un orchestre. Evidemment, je ne mets toujours aucune limite sur la carrière du groupe, mais il faut être fou pour croire qu’on deviendra Metallica. Ça n’a aucun sens, parce qu’en 2020, aujourd’hui, c’est totalement différent des années 80 ou 90.

Tu as expliqué plus tôt que la mentalité en Grèce actuellement n’était pas prête pour un groupe comme Septicflesh. J’imagine que c’était pire dans les années 90…

En 1990, le metal était à un stade très primitif en Grèce. Nous étions des marginaux, avec de longs cheveux, etc. Les studios n’avaient pas le matériel adéquat. Mais il y avait une forme de beauté dans cette précarité aussi. Parfois, il faut vivre des moments durs pour s’améliorer. Dès que tu tombes sur un obstacle, il faut le surmonter et aller de l’avant. C’est ce que nous avons toujours fait. Nous nous fichions de ce que le système grec disait ou faisait par rapport à Septicflesh. Nous avons d’abord commencé à nous faire un nom en dehors de la Grèce et nous avons dû attendre 2008 pour vraiment obtenir une reconnaissance ici aussi. De nombreux pays, y compris de grands pays, n’ont pas une grosse scène metal, comme l’Espagne, la France jusqu’à ce que Gojira arrive, etc. Il faudrait comprendre pourquoi la France est désormais capable de produire plein de groupes et pas la Grèce. Peut-être parce que c’est un plus petit pays ou parce ce que nous ne sommes pas au centre de l’Europe. La Grèce est située entre le Moyen-Orient et l’Europe, même si les Grecs sont à l’origine de tout dans la civilisation occidentale. Nous n’avons pas cette mentalité rock. Nous ne sommes pas comme la Suède, c’est clair. Et le metal, en général, est une musique extrême et ce n’est pas facile d’accès. Mais ça va, nous sommes Septicflesh, nous faisons ce que nous avons à faire. Nous serons toujours fidèles à nos fans metal.

« Je me suis intéressé sur le tard à la musique classique, mais ça ne veut rien dire. Quand tu veux faire quelque chose, rien ne peut t’arrêter. »

Le groupe a connu un hiatus de 2003 à 2007, et votre retour avec Communion a presque été un nouveau départ pour le groupe, car vous avez posé les bases sur lesquelles les trois albums suivants ont reposé et évolué. Voyiez-vous cette reformation comme une redéfinition de Septicflesh ?

Je pense que le saut que nous avons effectué de Sumerian Daemons à Communion était logique mais, bien sûr, la pause a aidé le groupe. Quand on fait un break, la majeure partie du temps, ça aide à recharger notre imagination, notre inspiration, notre mentalité. Quand nous sommes revenus, nous étions plus expérimentés et plus matures. Ça nous a aidés à avancer et nous détacher de l’ancienne époque, parce que nous étions un petit peu déçus de la manière dont le groupe s’était arrêté en 2002. Nous étions plus sages à notre retour avec Communion. Nous nous prenions moins la tête. Nous disions : Faisons cet album et voyons ce que ça donne, sans rien changer de nos bases. » Mais il est clair que c’était un développement. De Mystic Places Of Dawn à Codex Omega, rien n’a changé pour nous : nous avons à chaque fois fait un pas en avant par rapport à l’album précédent. Nous recherchons toujours de nouveaux savoirs et de nouvelles voies afin de développer notre vocabulaire musical. On recherche, on s’inspire de choses différentes qui nous mènent à créer quelque chose qu’on n’a pas encore fait avant. C’est indispensable pour un artiste. Si un artiste croit qu’il ne peut plus pas avancer, alors il y a un problème. Il faut toujours chercher de nouvelles idées pour maintenir la fraîcheur de notre son.

D’ailleurs, quelle était la raison de la séparation du groupe en 2003 ?

Notre label Hammerheart, je crois, a fait faillite. Ils avaient des soucis contractuels avec le groupe de Chuck Schuldiner Control Denied – je n’en suis pas à cent pour cent sûr. Ça nous a beaucoup déçus. J’ai aussi eu une offre d’emploi en tant que compositeur en Angleterre et mon frère s’est principalement concentré sur ses illustrations. Nous avons dit que c’était mieux d’arrêter le groupe parce que nous ne croyions plus être capables de créer quelque chose ayant une vraie identité ; nous avions l’impression de ne plus pouvoir nous exprimer au travers de Septicflesh, donc c’était mieux de s’arrêter là.

Est-ce durant cette pause que tu es parti étudier la composition classique en Angleterre ?

Non, c’était avant, dans les années 90, et c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas été aussi actifs. Nous avons fait environ soixante concerts en tout jusqu’en 2002, alors que la première tournée que nous avons faite pour Communion, c’était cinquante quatre concerts. Quand tu es actif, surtout, sur la route, c’est comme ça qu’on parvient à quelque chose. On ne peut pas s’attendre à devenir un gros groupe en ne faisant que sortir des albums.

Communion était le premier album sur lequel vous avez utilisé un orchestre…

C’est quelque chose que nous avons toujours voulu faire. C’était un grand changement dans notre processus de composition. Les trois membres originaux, nous sommes tous fans de BO de films et de musique classique, et nous avons dit que nous devions nous établir comme un groupe de metal symphonique. Nous avons eu cette opportunité de collaborer avec un orchestre symphonique. Ça a radicalement changé notre composition. Parfois je leur donnais ma maquette orchestrale et les gars ajoutaient leurs parties metal, ou l’inverse. C’était presque comme si nous avions intégré un nouveau membre, car l’orchestre est comme un cinquième membre pour nous. Pour ma part, il s’agit de trouver le bon équilibre entre le metal et la musique classique. Je crois que si on combine vraiment bien ces deux univers, on peut créer quelque chose d’unique. Les deux univers ont également de nombreux points communs, bien qu’ils aient l’air très différent. La musique classique peut également être très sombre, voire plus sombre que le metal, et il y a des musiciens extraordinaires dans les deux univers, très pointilleux, très perfectionnistes.

D’ailleurs, comment es-tu passé du metal à la musique classique ?

J’ai commencé par jouer de la guitare et quelqu’un m’a fait écouter Yngwie Malmsteen. J’adore sa manière d’approcher la musique classique avec son style. Puis j’ai regardé le film Amadeus et j’ai été très impressionné par Mozart. Ensuite, j’ai écouté Le Sacre Du Printemps, le chef-d’œuvre d’Igor Stravinsky, et j’ai dit : « Je veux être un compositeur ! » Telles étaient les étapes par lesquelles je suis passé. Je me suis intéressé sur le tard à la musique classique, mais ça ne veut rien dire. Quand tu veux faire quelque chose, rien ne peut t’arrêter.

Interview réalisée par téléphone les 4 et 18 juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Septicflesh : www.septicflesh.com

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