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Interview   

Ensiferum et les héros du quotidien


Un héros ne fait pas toujours rêver. Car un véritable héros n’est pas toujours populaire ni même reconnu, il fait ce qu’il faut faire. Et Sami Hinkka, bassiste et chanteur d’Ensiferum, aime rappeler que des héros, il y en a partout et qu’ils sont chauffeurs de bus, caissiers, journalistes et que sans eux, une société ne pourrait pas fonctionner normalement et les célébrités qui nous font rêver ne pourraient émerger. L’héroïsme dont traite Ensiferum dans son nouvel album Unsung Heroes à paraître à la fin du mois est celui des hommes et des femmes agissant consciemment ou non pour le bon fonctionnement d’un tout.

Sur des thématiques plus directement musicales, Sami Hinkka a évoqué avec nous en interview ce nouvel opus en détaillant les nouvelles saveurs auxquelles nous pouvons nous attendre et en s’amusant de la manière cocasse dont se sont organisés les différents featurings du disque.

Ensiferum étant un groupe ayant voyagé dans des destinations exotiques par rapport au planning « classique » de tournée d’un groupe de metal, Sami nous a notamment parlé de l’expérience mémorable du groupe en Afrique du Sud, où leur metal a eu un succès des plus importants.

(NDLR : à propos du concert du groupe en Afrique du Sud) « Il y avait beaucoup de monde et le propriétaire de la salle est même venu nous voir pour nous dire qu’il n’avait jamais vu autant de personnes à cet endroit. »

Radio Metal : En octobre 2010, vous avez fait une tournée en Afrique du Sud, ce qui est plutôt inhabituel. Comment est-ce que ça s’est passé ?

Sami Hinkka (basse/chant) : Oui, ça a été une super expérience. La tournée a été organisée par un mec de 18 ans qui a envoyé un e-mail à notre manager de l’époque disant qu’il était un gros fan d’Ensiferum, qu’il avait un groupe lui aussi et qu’il voulait qu’on joue là-bas. On lui a répondu qu’on était prêts à le faire si c’était possible parce que, bien entendu, voyager coûte cher. On a fait ce qu’il fallait pour que ça marche et on a fait de super concerts là-bas. On avait du temps libre qu’on passait avec ce mec et sa famille à faire des barbecues, on a fait un safari et tout, c’était vraiment comme des vacances [rires]… En tant que groupe de metal finlandais, c’était vraiment novateur de faire ça ; je pense qu’on est le premier groupe finlandais à jouer là-bas.

Est-ce que tu sais si d’autres groupes y ont joué depuis ?

Non, je ne suis pas vraiment où les autres groupes jouent… Je ne sais pas mais on est toujours en contact avec le mec d’Afrique du Sud, on aimerait vraiment y retourner, on y travaille toujours. J’espère qu’on pourra y aller pour notre nouvel album.

Comment décrirais-tu la scène metal là-bas, comment est-ce que cette musique est perçue ?

La scène metal était très bien, même si on n’a pas joué au Cap, qui est visiblement la ville du metal en Afrique du Sud. On a fait trois concerts dans différents quartiers de Johannesburg, c’était super, et un autre à Durban. Il y avait beaucoup de monde et le propriétaire de la salle est même venu nous voir pour nous dire qu’il n’avait jamais vu autant de personnes à cet endroit. On était là, « OK… ». Il y avait à peu près trois cent personnes, quelque chose comme ça. Mais à Johannesburg, les trois shows étaient complets, des gens sont même venus en bus du Cap. C’était génial et les gens étaient vraiment à fond ; bien entendu, ils ont apprécié le fait qu’un groupe vienne ici parce que c’est très loin, c’est difficile et très onéreux de venir en Afrique du Sud.

Apparemment, votre tour manager s’est fait mordre par un lion. Est-ce que tu peux nous dire ce qu’il s’est passé ?

[Rires] Oui, en réalité ce n’est pas aussi terrible que ça peut en avoir l’air, dit comme ça. Comme je l’ai dit, on a fait un safari ; il faisait à peu près 40°C et il y avait des lionceaux qu’on pouvait approcher. Bien sûr, d’abord il fallait signer un papier qui disait quelque chose comme : « Je comprends que les organisateurs ne peuvent pas être tenus responsables si quelque chose arrive », etc. On a signé le papier, on est entré dans l’enclos des lions et notre tour manager qui adore les animaux est allé s’asseoir avec les lionceaux qui ont commencé à jouer avec lui. Après coup, il nous a dit : « À un moment j’ai commencé à me faire un peu de souci quand j’ai vu que le mec du safari avait du sang sur les mains, j’ai eu peur que ça tourne mal parce qu’après tout, ce sont toujours des animaux sauvages… » Au bout d’un moment, les lionceaux se sont mis à y aller un peu plus fort mais il n’y a pas eu vraiment de mal de fait. Il a récolté quelques marques de dents et de griffes mais rien de bien sérieux, ça le faisait plutôt rire. Ça a été une expérience vraiment chouette pour nous.

Vous avez aussi joué au Guatemala, en Chine et au Costa Rica. On dirait bien que vous aimez voyager et jouer dans des pays qui sortent des destinations typiques d’un groupe de metal…

Oui, c’est ce qu’on veut faire dans la mesure du possible. On a aussi joué en Inde une fois. Il y avait quelque chose comme 5 000 personnes, c’était aussi complètement dingue. Mais oui, c’est notre politique : si quelqu’un s’occupe de nos vols, on vient ! [rires] C’est toujours cool de visiter de nouveaux pays et de rencontrer des gens dans le monde entier. C’est l’un des bons côtés de ce métier.

Dans quel pays ou ville que tu ne connais pas encore aimerais-tu aller ?

Bonne question. Je dirais tous les pays qu’on n’a pas encore visités. Bien sûr, l’Amérique du Sud, ce serait super parce que c’est le seul continent où on ne soit jamais allés – avec l’Antarctique bien sûr mais personne ne va là-bas de toute façon [rires]. Aller en Islande serait cool aussi. Oui, à peu près tous les pays, je suis ouvert [rires].

« Le monde est rempli de héros méconnus, même de nos jours. Nous avons tous besoin les uns des autres pour que tout fonctionne mais tu sais, tous les conducteurs de bus, toutes les caissières, tous les journalistes, tous les membres du Parlement n’ont pas vraiment ce statut… »

Votre nouvel album est intitulé Unsung Heroes [héros méconnus]. Est-ce que vous parlez de véritable héros historiques méconnus, ou est-ce que ce sont seulement des histoires inventées ?

C’est plutôt un hommage à tous les héros méconnus de l’Histoire et aussi du monde actuel. Le monde est rempli de héros méconnus, même de nos jours. Nous avons tous besoin les uns des autres pour que tout fonctionne mais, tu sais, tous les conducteurs de bus, toutes les caissières, tous les journalistes, tous les membres du Parlement n’ont pas vraiment ce statut… On peut aussi considérer les choses d’un point de vue historique, je pense par exemple aux alchimistes et aux scientifiques qui ont sacrifié leur vie pour étudier des choses et qu’on puisse les avoir maintenant dans nos vies, et qui sont complètement oubliés eux aussi. C’est un hommage à eux, à ce genre de personnes. Je ne veux pas prêcher ou éduquer les gens par ma musique, mais je ne peux pas m’empêcher de penser au fait que tous ces gens, tous ces choix qu’ils ont fait par le passé ont un effet sur le présent, ce moment où nous vivons. Le but, c’est d’être conscient de tous ces différents parcours et de ces choix dans l’Histoire qui nous ont conduits où nous en sommes et d’être capable de l’apprécier.

Et est-ce que vous vous considérez comme des héros ?

Euh… [rires] Pas de cette manière, par « héros », je ne veux pas dire qu’on devrait les mettre sur un piédestal ou quelque chose comme ça, mais seulement qu’il faut être conscient du fait que nous avons besoin des talents de tout le monde. De ce point de vue, j’essaie de remplir ma part du contrat avec ma musique et à un niveau plus personnel avec les gens qui sont autour de moi… Je pense que tout le monde est un « unsung hero » d’une certaine manière !

« C’est un processus très naturel pour nous. […] Des gens nous disent : ‘Il y a des choses qui me font penser à tel groupe’, alors que je n’ai jamais entendu parler du groupe en question ! « 

À propos du nouvel album, tu as déclaré que votre « champ musical est plus large que jamais ». En dehors des parties folk et metal, quel genre d’influences, de sons, de styles peut-on attendre sur cet album ?

Chaque album est comme un instantané du groupe et de ses membres à un certain moment, de nos vies, des choses qui nous sont arrivées, de la musique qui nous a influencés au moment où on travaillait dessus… Sur ce disque, on a vraiment repoussé les limites. C’est très difficile pour moi d’être objectif. Certaines choses sonnent comme du prog des années 70, d’autres sont plus… je n’ose pas dire « pop », mais disons du metal moins brutal, il y a aussi des éléments de doom… On a essayé de se dépasser en tant que compositeurs pour trouver de nouvelles manières d’exprimer notre musique. Les éléments clés resteront toujours le pouvoir du metal et de la musique folklorique bien entendu. Dans cet album, on a aussi des orchestrations et beaucoup de musiciens invités, quelques chanteuses et un Finlandais… Ce ne sont pas des décisions délibérées, ce n’est pas calculé, on ne se dit pas : « Tiens, utilisons ce genre de truc, je veux que ça sonne comme ça. » Quand on compose, ça vient comme ça vient. C’est un processus très naturel pour nous. Ce n’est pas une décision du genre : « On va utiliser ce genre de truc sur cet album. » Je pense que certaines personnes peuvent même entendre des influences auxquelles on n’a même pas pensé ; des gens nous disent : « Il y a des choses qui me font penser à tel groupe », alors que je n’ai jamais entendu parler du groupe en question ! Je suis désolé, c’est très difficile à expliquer… [rires]

(NDLR : à propos du featuring avec Die Apokalyptischen Reiter) « L’Allemagne est un gros marché pour nous, on a beaucoup de fans là-bas, donc c’est aussi une sorte d’hommage à ces fans. On a envoyé un e-mail à notre manager qui disait : ‘OK, on n’est pas bourrés, promis, mais on a besoin de trois acteurs allemands !’ [rires] »

Des membres de Die Apokalyptischen Reiter apparaissent sur cet album. Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler avec eux ?

Ils apparaissent dans « Passion Proof Power », la dernière chanson de l’album, un monstre de 17 minutes. On s’est vraiment amusé en la composant. Bien entendu, pour un morceau aussi long, il faut créer des dynamiques, tu ne peux pas avoir 17 minutes de blast-beats [rires], donc au bout d’un moment, on s’est dit : « OK, là, il faut qu’on ait quelque chose de plus calme. » On s’est souvenu que depuis des années déjà on pensait à quelque chose qui sonnerait comme une place de marché au Moyen-Age. On s’est donc dit : « OK, on n’a qu’à le faire dans cet album, dans cette chanson » parce qu’ensuite tu trouves les paroles et tu fais que tout fonctionne. Markus et moi étions dans la salle de répétition à en faire une démo et on commençait à en parler et à y réfléchir et on s’est dit : « Oui, il faut un dialogue à la fin, c’est ça ! » Ensuite, on en a fait une version en anglais, et puis on s’est dit : « Allez, on a tellement écrit en anglais, cette fois on n’a qu’à le faire en allemand ! » parce que c’était encore plus dingue. Ça sortait tellement de nulle part ! L’Allemagne est un gros marché pour nous, on a beaucoup de fans là-bas, donc c’est aussi une sorte d’hommage à ces fans. On a envoyé un e-mail à notre manager qui disait : « OK, on n’est pas bourrés, promis, mais on a besoin de trois acteurs allemands ! » [rires] Il nous a répondu : « OK, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » On lui a tout expliqué et il nous a mis en relation avec les mecs de Die Apo. Ils ont fait un boulot formidable, ils ont même modifié notre texte pour qu’il ressemble plus à de l’allemand médiéval. Ils ont fait le dialogue, c’était vraiment cool de leur part et c’est génial qu’ils aient été assez dingues pour participer à quelque chose comme ça.

Vesa-Matti Loiri, un célèbre acteur et chanteur finlandais, est aussi présent sur cet album. S’il est très connu en Finlande, il ne l’est pas du tout en France. Est-ce que tu peux nous parler un peu de lui ?

C’est à peu près l’acteur-chanteur le plus légendaire qui soit encore vivant de nos jours en Finlande. Je crois qu’il fête cette année ses cinquante ans de carrière. Il y a une chanson dans l’album qui est complètement en finnois, on en a fait quelques démos et le plus gros des paroles sont un poème qui a à peu près cent ans. On savait que Vesa-Matti Loiri avait travaillé sur des poèmes par le passé et j’ai simplement pensé que demander à un véritable professionnel de s’occuper de certaines parties de ce poème serait vraiment cool. J’ai donc écrit un long e-mail à son manager et, un soir, quelqu’un de notre maison de disque m’a appelé pour me dire : « J’ai eu une réponse, vous pouvez le faire demain, ensuite il part en vacances pour six mois. Si vous voulez toujours le faire, il va falloir le faire demain. » C’était un mois avant qu’on entre en studio, donc je me suis dit : « Merde, qu’est-ce qu’on va faire ? » Comme je l’ai dit, on avait enregistré quelques démos donc je lui en ai envoyé une, avec nos idées, les paroles, etc., et il a fait un très bon boulot. C’était drôle d’avoir déjà un morceau prêt avant d’avoir mis les pieds au studio… C’était super mais on n’a pas eu le temps de le rencontrer en personne, donc on espère que quand l’album va sortir on pourra le remercier en face-à-face. C’est vraiment un privilège d’avoir pu travailler avec lui parce que je suis sûr qu’il doit avoir beaucoup de propositions par jour pour participer à ce genre de projets et c’est quelque chose qu’il a vraiment voulu faire, ça le branchait vraiment, c’est génial.

Dans le clip de « In My Sword I Trust », on voit des gens ordinaires se révolter et se rebeller contre un roi cupide et cruel et les classes supérieures. Est-ce que c’est quelque chose que tu souhaites, que tu aimerais voir arriver ?

Ce sont des paroles de chanson, bien entendu, je ne veux pas que ce soit l’anarchie ou quelque chose comme ça [rires]. Il faut le comprendre de manière métaphorique : c’est une manière de dire qu’il faut remettre en question le pouvoir, ses propres croyances, les attentes qui viennent du dehors et qui modèlent, limitent ta vie, font qu’elle est ce qu’elle est. Ça parle aussi d’être conscient de ces choses, de les remettre en question et de changer sa vie. Tu peux aussi le voir comme des gens ordinaires se battant contre le roi et l’élite. Ça a été une très bonne expérience de travailler avec Grupa#13, ils ont fait de chouette vidéos pour Amon Amarth et Kreator. Ils ont été très professionnels. J’ai écrit quelques idées pour le clip et je les ai envoyées à Rafal Szermanowicz, le réalisateur. Elles lui ont plu et il en a exploité la plupart. Bien entendu, il les a beaucoup modifiées parce que c’est un professionnel, réaliser des vidéos est son métier, mais je trouve que c’était une très bonne expérience d’être impliqué dans le clip plus que simplement venir sur le tournage sans avoir la moindre idée de ce qu’il se passe. Il en a fait un clip vraiment cool. De nos jours, le milieu de la musique ne va pas fort, par conséquent les labels doivent diminuer leurs frais et tu te retrouves avec un petit budget qui ne te permet pas de faire des vidéo hollywoodiennes à la Seigneur des Anneaux,.Mais, encore une fois, je trouve que Rafal a fait un très bon boulot avec ce clip. Il devrait sortir dans une semaine ou deux.

Apparemment, tu fais du yoga. Est-ce que c’est quelque chose qui t’inspire, ou est-ce que c’est seulement quelque chose que tu fais pour te détendre ?

C’est une partie de ma vie ! [rires] J’ai toujours été trop paresseux pour faire du sport, j’en ai fait un peu mais ça ne m’a jamais vraiment plu. Le yoga, c’est seulement toi et ton corps, c’est une chose très personnelle, ça va avec ton esprit. J’ai un très bon prof qui pourrait botter les fesses de n’importe qui. Quand je dis que je fais du yoga, les gens disent toujours : « Ha, c’est le truc pour filles avec des bougies, c’est ça ? » et je leur dis : « Non, c’est putain de plus que ça et tu finis toujours par avoir des courbatures partout le lendemain ! » Et en même temps, c’est vraiment bon pour ton esprit. C’est très méditatif, d’une certaine manière. C’est apaisant pour l’esprit et ça offre de nouvelles perspectives de réflexion. Je le recommande vraiment ! Je sais que ce sport n’est pas pour tout le monde mais c’est quelque chose qui fonctionne très bien pour moi et je sais que tout le monde peut trouver quelque chose qui lui plaît.

Interview réalisée le 30 juillet 2012 par téléphone
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site Internet d’Ensiferum : www.ensiferum.com
Album : Unsung Heroes, sortie le 27 août 2012 via Spinefarm Records



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  • Sa va le faire je pense, Ensiferum est un putain de bon groupe.

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  • Sami a l’air d’un type plutôt sympa. Remarque, ça ne m’étonne pas. Je les ai vu en même temps que COB et ils sont restés après le concert pour parler, signer des autographes, se faire photographier avec leurs fans. En puis, ça fait plaisir de voir qu’il y a des groupes qui ont la volonté d’exporter leur metal vers des pays plus « exotiques ». En tout cas, j’ai hâte de voir ce que réserve le prochain album.

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  • Céline Lamourette dit :

    Yeaah sympa l’interview 😀 J’ai hâte de voir les dates de leur prochaine tournée pour enfin les voir et surtout écouter leur nouvel album /o/
    Merci RM o/

    [Reply]

  • super interview j’ai appriw des tas de truc 🙂
    Vivement l’album

    http://ensiferumfrance.discutforum.com/

    [Reply]

  • une chouette interview qui m’a donné envie de decouvrir ce groupe

    [Reply]

  • Merci pour cette interview !
    J’attends l’album avec bcp d’impatience, et encore plus maintenant grâce à vous ! Du prog et du doom chez Ensiferum alalah hâte d’entendre ça 🙂

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