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Chronique   

Epica – The Alchemy Project


Le mini-album The Alchemy Project clôt pour Epica une année de célébration, celle de son vingtième anniversaire. Après la réédition de ses trois premiers albums, le lancement de son fan club mondial 2.0 et le concert spécial donné le 3 septembre dernier, le groupe conclut ses deux premières décennies avec un EP auquel il a invité plusieurs musiciens à participer, à l’écriture comme à l’interprétation. Omega, sorti l’année dernière, avait refermé la trilogie entamée en 2014 avec The Quantum Enigma, qui marquait lui-même le début d’une nouvelle période pour le groupe, après le cap de ses dix ans d’existence. En achevant sa deuxième décennie avec une œuvre collaborative, Epica jette donc un regard en arrière autant qu’il prépare une nouvelle ère.

The Alchemy Project ne s’ouvre pas sur un de ces prologues orchestraux qui introduisent tous les albums d’Epica mais bien sur le plus symphonique des sept morceaux qui le composent, « The Great Tribulation », écrit et interprété avec les Italiens férus de musique classique de Fleshgod Apocalypse. Combiner les talents des deux groupes semblait assez naturel sur le papier, leur musique respective mariant les deux mêmes composantes principales, death metal et metal symphonique, selon des proportions cependant inversées et avec un aspect extrême bien plus prononcé chez les Italiens. En pratique, le résultat ferait presque espérer une collaboration à plus grande échelle. L’intérêt de cette formidable entrée en matière est multiple. En mêlant des tournures mélodiques et une atmosphère sombre qui rappellent les premières productions d’Epica et une teneur à la fois plus complexe et plus lourde qui s’inscrit, elle, dans la lignée de ses œuvres récentes, « The Great Tribulation » s’accorde parfaitement avec la nature commémorative du projet.

Alors que nombre de groupes de metal symphonique à voix féminine n’ont de cesse d’adoucir leur musique et de flirter avec la pop, Epica, qui a toujours eu un pied dans le metal extrême, ne craint pas au contraire de souligner l’aspect lourd et agressif de sa musique. Sous l’influence du death metal technique de Fleshgod Apocalypse, « The Great Tribulation » ne pouvait que conforter cette tendance avec ses riffs en mode hachoir, ses rythmes à la double pédale et ses growls caverneux. La collaboration entre les deux groupes se révèle idéale tant elle permet d’atteindre un équilibre parfait entre la grandiose éloquence des parties symphoniques et l’imposante puissance du côté death. Sur le plan vocal, la férocité frontale de Francesco Paoli, un chœur hiératique et les lignes lyriques de Simone Simons offrent un dialogue plein de relief. Ce morceau d’ouverture est surpassé en brutalité par le surprenant « Human Devastation », une brève décharge de pur death metal où Mark Jansen laisse guitare et micro à Henri Sattler de God Dethroned et Sven de Caluwé d’Aborted pour le morceau le plus lourd et violent d’Epica. « Death Is Not the End », fougueux condensé de heavy speed, metal symphonique et death metal, forme quant à lui un écrin idéal pour la polyvalence vocale de Björn Strid de Soilwork.

En contrepoint de ces accès d’agressivité, l’onirique « Sirens – Of Blood And Water » porte l’accent sur un des aspects qui ont fait le succès d’Epica : le chant féminin. Celui-ci est ici démultiplié sous la forme d’un trio, Simone Simons étant accompagnée de Charlotte Wessels et d’Amalie Bruun de Myrkur en un envoûtant jeu de rôle entre pop, lyrisme et mystère atmosphérique qui exploite les caractéristiques de chacune des voix. Les voix masculines se distinguent également avec une autre association remarquable sur le morceau final, « The Miner », rythmé par les fûts de Roel van Helden de Powerwolf. La voix claire d’Asim Searah de Damnation Plan et les growls de Niilo Sevänen d’Insomnium entourent les émouvantes mélodies vocales de Simon Simons et son entêtant refrain sur cette belle composition progressive et grandiloquente.

Très variés, les sept morceaux constituant The Alchemy Project portent autant l’influence des musiciens qui y ont participé que la marque des multiples facettes d’Epica. La facette power metal du groupe se dévoile à travers « Wake The World », épique composition où le rôle principal est laissé au chant de Tommy Karevik de Kamelot et aux claviers scintillants de Phil Lanzon de Uriah Heep, appuyés par de solides riffs et d’un fier solo. L’apport le plus inattendu revient à Jørgen Munkeby de Shining qui délivre un savoureux solo de saxophone au milieu de « The Final Lullaby ». Pour ce morceau, Rob van der Loo, bassiste d’Epica, et les membres de Shining ont inversé leurs rôles en élaborant chacun des riffs typiques de l’autre groupe. Le résultat, une pièce heavy tout en guitares musculeuses et rythme véloce, offre une arène imposante à la joute vocale de Simon Simons et Jørgen Munkeby.

A la manière de l’art alchimique qui l’inspire, ce bel EP parvient à former un ensemble harmonieux à partir des multiples matières musicales qu’apportent ses différents contributeurs. Fidèle à ses habitudes, Mark Jansen parvient même à rassembler conceptuellement ses différentes couleurs : The Alchemy Project incarne à ses yeux la coopération nécessaire entre les êtres humains pour surmonter les difficultés de l’époque chaotique que nous traversons.

Chanson « The Great Tribulation » avec Fleshgod Apocalypse :

Clip vidéo de la chanson « The Final Lullaby » avec Shining (Norvège) :

Album The Alchemy Project, sortie le 11 novembre 2022 via Atomic Fire Records. Disponible à l’achat ici



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