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Chronique   

Epica – The Quantum Enigma


Sur quelle base doit-on apprécier un album d’Epica ? Est-ce sur l’orfèvrerie orchestrale et les dédales lyriques qui submergent sa musique ? Ou bien faut-il gratter sous la surface et juger l’essence même des chansons ? Auquel cas le verdict peut parfois être cinglant. Car Epica, c’est pour beaucoup un amas d’arrangements scintillants qui flattent l’oreille et dans lequel le noyau metal barbote joyeusement, comme l’oncle Picsou dans sa piscine d’or. Mais pour celui qui n’a que faire des richesses et recherche avant tout une âme dans ce qui lui passe entre les oreilles, tout ceci parait bien futile. Tout ce qui est excessif est insignifiant, dit-on. Alors l’excès d’Epica serait-il là pour masquer un vide ? Fans, détracteurs, chacun aura une réponse diamétralement opposée. Mais il faut reconnaître qu’il est parfois devenu, dans l’œuvre des Hollandais, difficile de passer outre l’esbroufe et y déceler une essence, celle d’une chanson, celle d’un riff qui prendra aux tripes, celle d’une mélodie forte. Car même chez les maîtres de la grande musique dont le groupe semble se réclamer (cf. The Classical Conspiracy), le génie réside avant tout là, dans un thème universel qui peut être repris sous n’importe quelle forme, la plus épurée soit-elle, chantonnée même, et continuer a offrir ses émotions. Il s’agirait donc de savoir si Epica ne se perd pas dans sa vanité.

Mais il faut croire, justement, à l’écoute de The Quantum Enigma, nouvel opus du combo, qu’Epica s’est mis un peu de plomb dans la tête. Alors, c’est sûr, l’opulence et l’excès sont toujours au rendez-vous avec un tintamarre de cordes, cuivres et chorales plus assourdissant que jamais ou une Simone Simons qui s’égosille ici et là dans les ultra aiguës (attention aux tympans…), mais le groupe a taillé dans le gras pour proposer des chansons plus concises, abandonnant en partie ses errances hasardeuses et misant sur la force de ses thèmes. « The Second Stone » ou « Unchain Utopia » et sa fin émouvante en sont les meilleurs exemples, construits autour de mélodies et harmonies poignantes. Et c’est là que l’échafaudage orchestral prend du sens, non pas en étouffant la trame des chansons mais en l’élevant pour mieux l’exposer, la rendre plus lisible et révéler l’émotion qu’elle contient. Même l’interlude « The Fifth Guardian », généralement le genre de piste que l’on passe sans trop prêter attention, s’impose avec un fil conducteur mélodique exotique qui invite l’auditeur au voyage vers le soleil levant. Et s’il arrive encore que les guitares se perdent au milieu de tout ça, avec des riffs souvent assez convenus, The Quantum Enigma garantit tout de même quelques bonnes séances de headbanging sauvages (accrues par la grosse production), comme sur la dramatique « Victims Of Contingency » et « The Essence Of Silence », qui, d’autant plus secouées pas les grunts de Mark Jansen, lorgnent toutes deux sérieusement vers le metal extrême.

Alors, même s’il retombe de temps en temps dans certains travers (« Sense Without Sanity – The Impervious Code » ou la pièce épique « The Quantum Enigma – Kingdom Of Heaven Part II » qui du haut de ses 12 minutes ne justifie pas toujours bien son élasticité), Epica a remis de l’ordre dans sa recette et lui a redonné de la consistance. Pour ceux qui ont observé jusque-là avec perplexité le succès d’Epica, peut-être est-ce l’album à écouter pour mieux cerner et apprécier le phénomène. Pour les autres, les fans, la question ne se pose même pas.

Voici la lyric-vidéo du titre ‘The Essence Of Silence’ :

Album The Quantum Enigma, sortie le 2 mai 2014 chez Nuclear Blast.



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