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Interview   

Equilibrium sur la voie du changement


Que faire lorsqu’on est musicien et que notre sensibilité évolue ou change ? On continue à produire la même musique, comme si de rien n’était, pour ne froisser personne, mais perdant à la fois passion et authenticité ? On arrête ? Ou bien on calque la musique sur cette évolution personnelle ? S’il a bien été tenté de mettre un terme à Equilibrium, c’est finalement la dernière option qu’a choisie René Berthiaume, guitariste et tête pensante du groupe allemand, avec le nouvel album Renegades.

Il le clame haut et fort : il ne faut pas avoir peur du changement, au contraire, il faut l’embrasser. Et si l’on reconnaît toujours Equilibrium, les nouveautés sont légion dans Renegades. Outre l’aspect visuel qui a fait peau neuve, on y retrouve un nouveau line-up, de nouvelles thématiques, de nouveaux sons… Jusqu’à aller intégrer de l’électronique et un passage rappé dans son folk metal épique. Ce ne sera peut-être pas au goût de tout le monde, mais au moins René Berthiaume a suivi son cœur. Il nous en parle ci-après. Retrouvez également notre studio report ici.

« Il y a tellement de côtés faux chez les gens et dans leur façon de se dépeindre eux-mêmes [sur les réseaux sociaux]. Ça met beaucoup de pression sur tout le monde, surtout sur les plus jeunes. […] Plein de gens changent de comportement rien que pour se conformer aux standards d’autrui. Si tu fais ça pendant des années, ça finit par vraiment détruire ton âme. »

Radio Metal : Equilibrium a connu un grand changement de line-up cette année. Tout d’abord, vous avez officiellement accueilli Skadi Rosenhurst au clavier en tant que sixième membre. Elle suivait le groupe depuis un moment maintenant, vu qu’elle s’occupait des artworks, des designs, et qu’elle contribuait parfois à la musique et aux paroles. Comment avez-vous finalement décidé de lui demander de rejoindre le groupe ?

René Berthiaume (guitare, chant, clavier) : Nous avions déjà eu cette idée il y a de ça des années, mais pour une raison ou une autre, ça ne s’était pas fait. Quand j’ai composé cet album, j’ai beaucoup été en contact avec elle et cette idée a refait surface. Elle a simplement dit : « Eh bien, d’accord. De toute façon je vous suis déjà en tournée. » Car elle nous accompagne sur la plupart de nos tournées et concerts, donc elle connaît tout l’envers du décor d’Equilibrium. Elle connaît tout. C’était déjà presque comme si elle était membre d’Equilibrium, et maintenant c’est l’étape supplémentaire pour qu’elle se produise également sur scène avec nous. C’était une très bonne décision, car elle a beaucoup d’influence sur le groupe, y compris avec la musique, les idées et, comme tu l’as dit, les illustrations. C’est donc vraiment bien qu’elle soit aussi présente à nos côtés durant les concerts.

Penses-tu que ça t’a poussé à exploiter davantage les claviers sur cet album ? Car on dirait qu’ils sont très présents avec une variété de sons…

Je ne dirais pas que ce changement de line-up a eu une influence là-dessus, car la musique était en majorité composée avant que nous prenions cette décision. Nous avons toujours eu l’habitude d’avoir des claviers mais tu as raison, cette fois, il y a des sons plus proéminent dans le mix. J’en ai eu un peu marre d’utiliser toujours les mêmes sons, comme ceux que nous avions sur les albums passés, comme les flûtes, les sons d’accordéon, les sons de cordes, et j’avais vraiment envie d’essayer de nouvelles choses, des trucs plus expérimentaux, des sons plus synthétiques, de l’électronique aussi. Je voulais expérimenter avec de la nouveauté, et ces nouveaux éléments apportés à la musique vont bien avec le sujet des chansons.

Vous avez aussi accueilli Skar, un nouveau bassiste qui se trouve également être chanteur. A quel point est-ce que ça a été bénéfique d’avoir ce sang neuf et ce chant supplémentaire ?

Oui, ça a beaucoup joué. Je me souviens que nous lui avions demandé au début de la composition de l’album s’il voulait participer, mais c’était plus : « D’accord, essayons peut-être sur une chanson. » Puis nous sommes restés en contact et, là encore, ça a été une décision très naturelle qui a été prise. Maki, notre ancien bassiste, a décidé de quitter le groupe, donc nous avions besoin d’un nouveau bassiste, et nous avons intégré Skar au groupe en tant que tel, et par là même, nous y gagnions aussi un chanteur. D’un point de vue musical, son chant clair ainsi que son chant crié apportent de nouvelles dimensions à la musique.

Comment partagez-vous le chant entre toi, Robse et Skar ?

Tout dépend de la chanson. Parfois, il n’y a que Rob qui chante sur une chanson et d’autres fois Skar a plus de parties. Au départ, nous nous contentons d’écrire une chanson et ce n’est que dans un second temps que nous choisissons qui va chanter quoi. Il faut toujours en premier lieu que ça serve la chanson, et ensuite on voit comment on l’exécute pour l’album. Peut-être qu’en live nous ferions certaines parties différemment, mais pour l’album, c’est les besoins de la chanson qui priment.

Equilibrium a connu un grand nombre de changements en dix-huit ans. Vu que tu es le seul membre originel restant, comment es-tu parvenu à maintenir la cohérence de ta vision pour le groupe, malgré ça ?

Ce qui est drôle est que je n’avais pas vraiment de vision concrète au départ. Enfin, évidemment, j’avais l’idée d’avoir un groupe, de sortir de la musique, d’aborder des sujets qui, peut-être, intéresseraient les gens et de tourner et faire des festivals, mais il n’y avait pas de vraie et profonde vision. C’était probablement comme la plupart des groupes : ils veulent sortir de la musique et partir en tournée. Donc ma vision était dans la moyenne. Mais avec ce nouvel album, j’ai trouvé qu’il y avait des choses bien plus importantes à dire, surtout au niveau des textes. Cette fois, les textes sont très personnels et touchent directement les gens, évoquant les pensées des gens et leur santé mentale. J’ai découvert que nous avions énormément de choses à dire et à partager avec le public. Surtout dans la scène metal : plein de groupes parlent de sujets sombres, de choses négatives, ce qui est bien, pas de souci, mais pour notre part, il était vraiment temps de répandre des pensées positives.

« Quand j’écoutais les derniers albums, j’ai découvert que cette musique ne m’intéressait plus pour le moment, je ne la ressentais plus. […] Ça n’avait aucun sens d’écrire dans cette direction quand on ne la sent plus. »

Quels messages voulez-vous transmettre au sujet de la santé mentale ?

C’est un sujet très complexe, évidemment, mais je pense qu’en général, surtout à notre époque, où tout le monde se compare aux autres… Tu sais, on a tous ces réseaux sociaux et tout le monde publie des photos de leur vie, montrant principalement les bons côtés, et on se dit que tout le monde a une vie parfaite. Il y a tellement de côtés faux chez les gens et dans leur façon de se dépeindre eux-mêmes. Ça met beaucoup de pression sur tout le monde, surtout sur les plus jeunes. Ils s’inquiètent de leur réussite, de leur boulot, de leur apparence, etc. et je crois que plein de gens changent de comportement rien que pour se conformer aux standards d’autrui. Si tu fais ça pendant des années, ça finit par vraiment détruire ton âme. C’est très important que les gens se réveillent et ressentent en eux ce dont ils ont vraiment besoin, car peu de gens se soucient de leur santé intérieure et de leur âme. On peut le voir, surtout chez les musiciens. On a vu tellement de cas de gens qui se sont tués, or ça ne devrait pas arriver. Evidemment, c’est facile à dire, mais il y a toujours une solution pour se sortir de ces profondes dépressions et de cet état d’esprit négatif. Mais c’est très complexe. Je pense que nous n’avons fait qu’effleurer le sujet avec l’album et il y a tellement plus que nous aimerions dire à l’avenir.

As-tu un vécu lié à la santé mentale ou bien est-ce que ça touche certains de tes proches ?

J’ai connu des cas dans mon entourage proche. J’ai vécu des choses très fortes et c’est aussi pourquoi ça m’inquiète et pourquoi j’ai envie de partager à ce sujet. Au sein du groupe, nous avons aussi eu des cas sérieux par rapport à ça. Je pense que c’est important, car surtout les gens qui sont impliqués là-dedans ou ont eu des problèmes peuvent vraiment parler à d’autres gens qui y sont confrontés.

Vous avez donc abandonné les histoires de légendes et de mythes, vous démarquant des groupes de folk metal épiques traditionnels, afin de rentrer dans des thèmes plus personnels. Penses-tu que cet album montre un groupe qui a grandi, en termes de maturité ?

Oui. Je pense que ça a du sens de dire ça [rires]. Enfin, d’une certaine façon, nous serons toujours des enfants, car nous voulons vivre des choses et partir dans des aventures, mais concernant les thèmes et les sujets, je pense que tu as raison. Sur nos premiers albums, quand j’écrivais sur la mythologie, les contes et les histoires fantastiques, je pense que c’était un bon point de départ, mais j’ai eu le sentiment que nous avions besoin d’aller plus en profondeur. Et puis, nous avions écrit suffisamment d’albums sur des thèmes fantastiques. Peut-être était-ce un genre de processus de maturation ou, disons, de développement. Je trouve que c’est toujours important de pouvoir changer et grandir, peu importe dans quelle direction. C’est bien d’embrasser le changement. Je veux dire que notre approche n’était pas forcément d’être différents des autres groupes, c’est arrivé naturellement pendant que nous faisions cet album. En fait, c’est déjà très différent de nos propres vieux albums, mais si on regarde la discographie d’Equilibrium, je pense qu’on peut réaliser qu’à chaque album il y avait un changement. Surtout Armageddon, qui utilisait déjà des trucs modernes. Avec Renegades nous avons simplement été plus loin dans cette direction.

Tu as confié que vous étiez « tombés dans une sorte de routine avec certaines de [vos] anciennes chansons » et qu’il t’a « fallu du temps pour le réaliser ». A quoi fais-tu référence ?

Ouais, en général, mais surtout sur Edentempel et peut-être quelques chansons sur Armageddon, tu sais, ces chansons qui ont ce truc standard des mélodies un peu folk, l’utilisation des sons de flûte et d’accordéon… Comme je l’ai dit, j’avais l’impression de l’avoir déjà trop souvent fait et je commençais à m’ennuyer en utilisant ces éléments un peu toujours… pas forcément de la même façon, mais évidemment c’était dans le même style. Quand j’écoutais les derniers albums, j’ai découvert que cette musique ne m’intéressait plus pour le moment, je ne la ressentais plus. J’écoutais les derniers albums et il y avait une part de nostalgie, donc c’était sympa évidemment, mais quand je pensais à l’avenir ou même au présent, je me disais : « Je ne sais pas si j’écrirais ce genre de chanson aujourd’hui. » Donc j’ai simplement réalisé que cette musique ne me touchait plus autant aujourd’hui. Donc ça n’avait aucun sens d’écrire dans cette direction quand on ne la sent plus. Donc j’ai pensé : « Balance toutes ces pensées, ces idées prédéfinies sur ce que les chansons et la musique doivent être, et écris ce qui te vient à l’esprit. » Et c’est ce que nous avons fait. Cette fois, je n’ai pas réfléchi à ce qui était typique d’Equilibrium ou quel était le son du groupe. J’ai juste écrit de la musique et ceci est ce qui est sorti. Je sais que c’est très risqué, surtout avec les fans, mais je sais aussi qu’il est important qu’on reste fidèle à soi-même et qu’on fasse ce qu’on a envie de faire avec l’art et la musique, car c’est seulement ainsi que c’est authentique. Je sais de ma propre expérience que quand un groupe change, soit on aime, soit on n’aime pas. Soit on suit le groupe, soit on ne le suit pas, et il n’y a absolument aucun problème. Je pense que certaines personnes n’aimeront pas les nouvelles musiques, mais d’autres pourraient l’apprécier.

Renagades comprend un éventail éclectique d’éléments et d’influences, y compris de l’électronique et même un passage rap par The Butcher Sisters, ce qui est assez audacieux pour un groupe de folk metal épique ; d’un autre côté, vous n’êtes pas étrangers à l’expérimentation. Avez-vous un côté intrépide lorsqu’il s’agit d’abattre les frontières artistiques ?

[Rires] Peut-être, oui. Notamment sur cet album, et peut-être même plus que tu les précédents. Evidemment, parfois, quand on a une idée, on se demande : « Est-ce qu’on peut faire ça ? Est-ce qu’on peut faire ça avec ce groupe ? Est-ce qu’on peut faire ça dans un album de metal ? » Je pense que ces questions devraient disparaître. Si tu as une idée que tu as envie d’essayer, alors essaye-la ! C’est ce que nous avons fait avec cet album. Donc c’est pourquoi nous avons un passage rap [petits rires]. D’ailleurs, autant que je me souvienne, j’ai écrit cette chanson et je crois qu’au même moment, Skadi m’a fait écouter des chansons qu’elle écoutait dernièrement. Il y avait des chansons de rap et j’ai pensé que ce serait sympa d’avoir une partie rappée. Ensuite, nous avons trouvé que cette chanson, « Path Of Destiny », irait parfaitement pour une collaboration, et par chance, elle s’est concrétisée. Je ne connais aucun rappeur personnellement sur la scène musicale allemande mais, par hasard, j’ai découvert The Butcher Sisters sur Facebook. Pour moi, c’était parfait car ils combinaient du metal avec du chant rap en allemand. J’ai beaucoup aimé leur voix, donc je leur ai demandé si une collaboration les intéressait. Il s’est trouvé qu’ils connaissaient Equilibrium, et même étaient fans du groupe, donc c’était une collaboration vraiment sympa, très naturelle. Ils ont écrit cette partie rappée tout seuls, avec leur propre texte, et ils l’ont également enregistrée tout seuls et nous ont renvoyé les pistes. C’était super sympa !

« Parfois, quand on a une idée, on se demande : ‘Est-ce qu’on peut faire ça ? Est-ce qu’on peut faire ça avec ce groupe ? Est-ce qu’on peut faire ça dans un album de metal ?’ Je pense que ces questions devraient disparaître. Si tu as une idée que tu as envie d’essayer, alors essaye-la ! »

Penses-tu que vos fans aimeront ce genre d’expérimentation ? Je veux dire que le rap n’a pas trop la cote dans la communauté metal…

Oui, je sais. De façon générale, il existe plein de groupes qui combinent le rap avec le metal, comme Body Count. Mais tu as raison, je sais que dans la scène metal, il y a des sous-genres dont les fans détesteraient cette chanson [rires]. Je m’en fiche. Il n’y a pas de place en musique pour dire des saloperies sur d’autres types musiques ou pour les détester. Si tu ne te limites pas, si tu t’ouvres à de nouvelles choses et de nouvelles idées, alors tu peux découvrir un tas de trucs et t’éclater avec la musique. C’est ce que nous faisons avec Equilibrium, nous ne nous limitons pas, surtout sur le nouvel album. Ça fait du bien. Mais ouais, je pense que plein de gens vont détester ça, mais d’autres apprécieront [petits rires].

Vous avez un autre invité : Julie Elven…

Oui. En fait, c’était une décision qui a été prise très peu de temps avant la date butoir. L’album était presque terminé et nous avons trouvé que sur cette chanson, « Hype Train », ce serait vraiment sympa d’avoir du chant féminin, avec un côté pop. Donc j’ai fait un post sur ma page Facebook personnelle, j’ai reçu plein de candidatures, de différentes chanteuses. Je suis tombé sur l’e-mail de Julie et la décision de faire appel à elle a été intuitive, et nous étions très contents du résultat. Il s’est avéré qu’elle avait déjà participé à de gros projets, elle a chanté pour des musiques de jeux vidéo, comme World Of Warcraft. Donc elle est créditée sur de gros jeux vidéo. Comme certains d’entre nous sont aussi fans de jeux vidéo, c’était sympa d’avoir ce genre d’éminente chanteuse sur notre album. Il s’est également avéré qu’elle était elle aussi fan d’Equilibirum. Donc ces deux collaborations – The Butcher Sisters et Julie Elven – étaient très naturelles. Je ne sais pas, c’était comme un cadeau que l’univers nous a fait [petits rires].

Il y a beaucoup d’éléments dans votre musique, entre les guitares, tous les claviers, tous les chants, etc. Comment parvenez-vous à organiser tout ceci pour éviter que ça devienne un grand foutoir ?

C’est ce qu’il y a de plus compliqué, surtout par rapport au mixage de l’album. Je pense que ce qui aide le plus est de ne pas surcharger en y mettant trop de mélodies et autres. Pour le mixage, ça aide de se focaliser sur un instrument. Bien sûr, les autres instruments sont toujours là et jouent également, mais lors du mixage, on peut changer les fréquences ou le volume des instruments, et je pense que ça aide toujours de se concentrer sur une chose et de mettre le reste un peu en retrait. Ça, déjà, ça y fait beaucoup. Mais évidemment, ça commence encore avant, avec la composition de la musique. D’une certaine façon, étaler la musique sur les fréquences… Au final, c’est quelque chose qui se fait naturellement. Je n’aimerais pas réfléchir aux fréquences pendant que je compose, mais au fil des années, d’une certaine façon, on trouve le moyen de le gérer.

L’album s’intitule Renegades : est-ce ainsi que vous vous considérez, comme des renégats ?

Oui, d’une certaine façon, surtout par rapport à l’époque dans laquelle nous vivons. Comme je l’ai dit, il y a beaucoup de pression venant de l’extérieur. La société veut nous dicter ce qu’on doit être ou ce qu’on doit faire. Je pense qu’il faut être fort pour penser par soi-même, et déterminer ce qu’on veut vraiment faire. Je pense que c’est également nécessaire pour avoir une vie heureuse, le fait de décider de ne pas suivre ce que la société veut qu’on fasse, mais de penser par soi-même et se découvrir soi-même, l’enfant en nous, ce qu’on a réellement envie de faire. Ça requiert qu’on soit fort et courageux, et peut-être d’échouer et de risquer des choses à différents niveaux. On prend des risques sur notre existence, des risques financiers… Peu importe, mais au final, je pense que c’est toujours payant de suivre ce qui nous semble naturel, ce qui vient de nous. Je sais que ça peut paraître très spirituel [petits rires], mais au final je pense que ça aide à trouver le bonheur.

Tu dis que la société nous dicte quoi faire et comment être. J’imagine que même la communauté metal fait ça. Est-ce quelque chose que tu ressens ?

Totalement, tu as raison. Même si la communauté metal est un une sorte de communauté à part, en général tu as raison. Il y a cette police de la scène qui dit : « C’est tel et tel type de metal. » Ils te collent des étiquettes et te mettent dans des cases, ils te jugent. On ne fait que faire de la musique dans des groupes, mais d’une certaine façon, c’est globalement comparable à la société. Donc en faisant ce type de musique au sein de cette scène, même musicalement, nous nous sentons comme des renégats [rires].

« Il y a eu divers changements [dans ma vie], ce qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort […], et ça paraissait naturel de les répercuter dans la musique. »

Tu as déclaré que tu penses « toujours à [votre] premier concert au Summer Breeze 2004. Un gars sur internet a posté un commentaire après celui-ci, disant que ce groupe disparaîtra aussi rapidement qu’il est apparu ». Est-ce que ça t’a servi de moteur ?

Je me souviens quand j’ai lu ce commentaire à l’époque. J’étais bien plus jeune et j’étais bien plus sensible à ce genre de commentaire. Je pense que c’est aussi la raison pour laquelle je me souviens de celui-ci en particulier. Mais en y repensant, évidemment, je suis très fier de lui avoir donné tort. De nombreuses années sont passées depuis, donc bien sûr, j’en suis fier, mais ce qui me motive vraiment aujourd’hui, c’est simplement de pouvoir faire de la musique, en vivre et découvrir de nouvelles choses. Encore une fois, pour revenir sur le sujet du changement musical que nous avions besoin d’opérer avec Equilibrium, je pense que c’est aussi très important et sain pour moi afin de pouvoir continuer à faire de la musique, sans nous contenter de nous répéter et rentrer dans un cycle. C’est notre motivation principale, le fait de faire ce que nous voulons et ressentons.

Tu penses que vous êtes parvenus à durer dix-huit ans justement parce que vous cassiez les codes du pagan metal traditionnel ?

Je ne sais pas, car je ne sais pas ce que ça aurait donné si nous n’avions pas cassé les codes. C’est une bonne question, mais je sais juste que pour notre part, ça nous aide. Je ne peux pas dire quel effet ça a sur le succès et l’appréciation des gens de la musique, car on ne peut pas comparer. Il faudrait remonter le temps et essayer différemment. Peut-être que ça a favorisé. Je pense que ça a clairement poussé des gens qui n’étaient pas branchés par le pagan metal typique à s’intéresser à notre musique.

D’un autre côté, tu as aussi déclaré qu’à certains moments, tu as songé à mettre fin au groupe, simplement parce que tu ne le sentais plus. Quand cela est-il arrivé ?

C’est arrivé plusieurs fois, en particulier à quelques reprises durant les cycles des deux derniers albums. C’est ce que j’ai dit : je ne ressentais plus vraiment la musque que j’avais écrite. Aussi, j’avais l’impression que certains autres membres eux-mêmes ne la ressentaient plus non plus. C’était une question de feeling et d’émotions que je ne ressentais plus. C’est important d’avoir des émotions quand on fait de la musique. C’est pourquoi c’était si important d’opérer ces changements et pourquoi nous avions besoin de regarder en nous afin de savoir exactement ce que nous voulions faire. Je sais que ça peut paraître dingue, car on pourrait dire : « Eh bien, tu as un groupe, tu peux tourner et faire des concerts, tu devrais être content et apprécier ce que tu as. » Mais quand même, je pense qu’il est surtout important d’être authentique et de faire ce qu’on a envie de faire. Faire de la musique ou de l’art, ce n’est pas un boulot où l’émotion n’est pas nécessaire, comme, je ne sais pas, un boulot plus technique qu’on peut faire sans y mettre trop de notre âme. Pour la musique, c’est important. Mais ma plus grande motivation quand ces doutes sont survenus, c’était l’occasion de voyager à travers le monde avec le groupe et rencontrer les fans, rencontrer des gens et apprendre à les connaître. C’était ma motivation principale, voir d’autres pays et cultures, et rencontrer des gens. Aussi, j’ai beaucoup discuté avec Skadi à ce sujet – elle jouait déjà tous les synthés dans le groupe – et elle aussi m’a motivé, en me disant de ne pas penser à ce que les autres gens exigent du groupe, mais de penser plus à ce que moi je voudrais faire.

L’illustration de l’album est assez différente de vos précédentes et vous avez changé le logo du groupe au profit d’un logo plus moderne : Renegades est-il un nouveau départ pour Equilibrium ?

Je ne dirais pas que c’est complètement un nouveau départ mais un changement nécessaire. Au sujet du logo, nous avons déjà pensé à le changer lors des deux derniers albums, car nous aimions l’ancien logo mais il ne semblait pas vraiment coller à la direction que nous prenions. Et avec ce nouvel album, il était vraiment temps de le changer. C’est aussi un truc dans la scène metal, je trouve : les gens se soucient trop des logos des groupes. Je crois qu’il n’y a aucune autre scène musicale où les gens se soucient autant des logos. Ces choses ne devraient pas être prises trop au sérieux. J’ai rencontré plein de fans hardcore qui ont dit : « Vous auriez dû conserver l’ancien logo. » Je veux dire que nous avons déjà fait un changement il y a quelques années, mais au final, il faut rester ouvert aux changements et ne pas être trop négatif par rapport à ça. L’illustration a été une nouvelle fois réalisée par Skadi, je pense qu’on peut reconnaître son style. Elle aime travailler avec la géométrie, dessiner avec un crayon, etc. mais il y a assurément de nouveaux éléments également.

Tu as établi un parallèle entre le groupe et ta vie qui a drastiquement changé. Peux-tu nous en parler ?

Oui. C’était surtout des changements personnels que j’ai connus, niveau relation, après de nombreuses années ; j’étais dans une relation où tout était devenu une routine. C’est donc un changement qui est survenu l’année dernière. J’ai aussi déménagé au nord de l’Allemagne. Il y a donc eu divers changements, ce qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort. Quand on a l’habitude de vivre à un même endroit pendant des années, avec la même personne, c’est un grand changement, et aussi un grand défi. Donc ça a fait beaucoup de changements, et ça paraissait naturel de les répercuter dans la musique. J’ai simplement appris à vraiment embrasser les changements, l’évolution, je suis devenu vraiment ouvert à tout. Je pense que c’est très important dans la vie en général, de ne pas forcer les choses à rester immuables.

Interview réalisée par téléphone le 3 juin 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Equilibrium : equilibrium-metal.net.

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