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Interview   

Eric Martin raconte l’histoire du nouvel album de Mr. Big


Peut-être qu’avec tous ces projets montés par des musiciens vétérans désireux de s’éclater dans des groupes où ils peuvent faire parler la poudre avec leurs instruments sous couverts de chansons rock accrocheuses et efficaces – comme Chickenfoot, Black Country Communion, California Breed ou The Winery Dogs – l’époque était propice au retour de Mr. Big, quatuor formé du guitar-hero Paul Gilbert, du bass-hero Billy Sheehan, du drum-hero Pat Torpey et du chanteur (singer-hero ? Ça existe ?) Eric Martin. Toujours est-il que ce retour, depuis 2009, à l’air de fonctionner puisque le combo propose aujourd’hui son deuxième opus depuis sa reformation, intitulé …The Stories We Could Tell. Un album qui, encore une fois, fait du bien, mêlant – et c’est la marque de fabrique du groupe – une qualité de jeu époustouflante à une musique rock qui nous parle facilement.

Mais, ce que nous explique le chanteur Eric Martin dans l’entretien qui suit, c’est que la conception de cet album s’est montrée particulièrement difficile. Pour plusieurs raisons qu’il évoque, mais la principale est évidemment la maladie de Parkinson que le batteur Pat Torpey a contracté, posant des difficultés à l’enregistrement et une ombre sur l’avenir de Mr. Big. Martin nous raconte donc, avec beaucoup de bagout, de sincérité et de bonne humeur, l’histoire, parfois touchante, de cet album qui se savourera avec d’autant plus de délectation.

Eric Martin (chant) : Metal.. Ouais !

Radio Metal : [Rires].

Hey mec, ne te moque pas de moi, même si Mr. Big n’est pas metal ! J’étais dans Avantasia, alors je porte mon insigne metal là tout de suite…

Ouais. Eh bien, Mr. Big fait du hard rock, et le hard rock et le metal, c’est presque la même chose…

C’est complètement la même chose, c’est juste que vous portez des vêtements différents.

Très bien. Comment vas-tu ?

Je vais bien ! Je joue à Assassin’s Creed là tout de suite, en faisant une pause. Je ne sais pas si tu connais les jeux vidéos ou la Playstation, mais lorsque j’ai enfin du temps libre – ce que je n’ai pas eu en, disons, quatre mois – je joue à Assassin’s Creed.

Ok. Tu es donc un gamer ?

Je suis un gamer ; j’aime tuer des choses en ligne. [Rires]

« Billy, Pat et Paul sont des leaders mais j’en suis un aussi ! Je suis un leader mais je suis aussi un cheerleader, car quelqu’un doit équilibrer tout ça. »

Mr. Big s’est reformé en 2009 à la suite de quoi, vous avez sorti un premier album en 2011. Comment est-ce que tout ça, les concerts et l’album, ont été accueillis ?

2009 était une année fantastique car nous n’avions pas joué ensemble pendant près de 7 ans. Et à chaque fois que nous faisions des concerts pour nos projets solos, des fans nous attendaient à l’entrée après le concert et voulaient qu’on leur signe des albums de Mr. Big. C’est comme ça qu’on s’est dit « hey, je crois qu’il est temps de reformer le groupe. » Donc on s’est remis ensemble. Nous avions beaucoup de concerts qui affichaient complet, mais notre tournée n’a duré que trois mois environ en 2009. Ensuite, lorsque nous nous sommes à nouveau retrouvés en 2011 pour faire l’album, la tournée était géniale. Mais c’était presque trop long, nous avons passés dix mois sur la route. Nous étions à deux doigts de nous entre-tuer. Donc on s’est arrêté, on a pris du recul. Enfin, nous n’allions pas nous entre-tuer comme dans les années 1990… Nous sommes trop vieux. Ce que je veux dire c’est que tout le monde a une famille, et là il y a toute cette histoire autour de la reformation de Mr. Big. A l’époque, certains d’entre nous ont divorcé à cause du groupe. Notre maison de disque nous faisait tourner pendant tellement longtemps. Tout le monde était là : « Donnez-nous un autre ‘To Be With You’. » Il y avait tant de pression inutile que ça a rendu le groupe fou et notre amitié s’est brisée. Et ensuite, en 2011 pendant nos dix mois de tournée, on n’en est pas arrivé à ce point mais c’était un peu « Oh non… On va vraiment reproduire le même schéma ? Sept ans plus tard, on essaie encore de s’étriper ? » Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles nous avons mis tant de temps… Nous sommes en 2014 et nous avons enfin notre nouvel album. Nous essayons de rendre les choses le plus agréable possible, pas de pression et aucune maison de disque n’est impliquée. La seule pression que le groupe a subit venait de moi, parce que je disais : « Bon, on le fait cet album ?! » [Rires]

Comme tu l’as mentionné, je sais que dans le passé vous avez eu des « pannes de communication », surtout entre Billy et toi. Est-ce que ces problèmes sont entièrement résolus ?

C’est drôle, c’est moi qui avait parlé de « panne de communication ». [Rires] Quoi qu’il en soit, Billy et moi, nous nous sommes donnés des coups pendant près de vingt ans, voire pire, sur internet, dans les magazines, etc – pas comme Mötley Crüe, nous nous disputions mais personne n’a mis quiconque au tapis, ni n’avait de problèmes de drogue ou d’alcool. Nous avions des différends, mais comme je l’ai dit auparavant, nous sommes tous les deux passionnés par la musique que nous créons. A l’époque, il voulait aller dans un sens, et je voulais aller dans un autre… Donc il est allé à gauche, et je suis parti à droite. C’est notre plus gros point de tension. Nous ne pouvions pas nous mettre d’accord. Maintenant il est davantage question de respect. Après tant d’années, Billy Sheehan me manquait. Paul Gilbert et Pat Torpey me manquaient. Ça me manquait de jouer avec des musiciens d’un tel calibre. J’ai joué avec beaucoup de musiciens géniaux, mais jamais avec des gens aussi bons que ces gars. Et donc, j’ai peut-être perdu la notion du respect dans le passé, mais années après années ce respect est revenu. Je pense que c’est la raison pour laquelle nous nous entendons mieux maintenant. Maintenant j’écoute et je dis : « Ouais, ok, on peut faire ça ! Faisons-le ! » Et si ça ne fonctionne pas : « Est-ce qu’on peut faire ce que je suggère ? » Et ils disent : « Ouais, ok ! » C’est davantage basé sur la réciprocité. Je n’ai jamais eu de problème avec Paul Gilbert, c’est un saint. Tout comme Pat Torpey. Je veux dire que ces gars sont vraiment bien et ils ont des idées. Mais principalement, Billy et moi nous avons accepté d’être en désaccord tant de fois dans le passé, mais maintenant tout est question de respect.

Votre dernier album s’appelait What If… et se terminait par des points de suspension et ce nouveau commence par des points de suspension…

Bon dieu, tu as raison ! Haha, mon vœu s’est réalisé! [Rires] Les points de suspension au début de …The Stories We Could Tell sont surtout là pour l’aspect narratif. Tu sais, comme dans les scénarios de film où les points sont là pour appuyer, un peu dans le sens [avec une voix suggestive] « Oh oh oh… Les histoires qu’on pourrait raconter… » (ndlr : traduction de « the stories we could tell »), c’est moi qui verse dans le dramatique. S’il y a des points de suspension à la fin de What If… c’est certainement de ma faute aussi, je suis la reine du drame dans le groupe. Je suis désolé ; je t’ai complètement coupé, quelle était ta question ?

Ma question était simplement : devons-nous considérer ce nouvel album comme une suite du précédent puisqu’ils sont plus ou moins liés par leurs titres ?

Liés par ces points de suspensions ? Ouais, ça c’est drôle ! Comme si c’était un long et même récit ? Et bien… La vie n’est-elle pas un long récit ? [Rires]

Donc il n’y a pas de lien en fait ?

Non, non. Ça n’était pas du tout intentionnel ! L’ironie c’est que je n’y avais même pas réfléchi. J’ai pensé à ces titres, mais jamais à comment on peut les lier. « What If… », « …The Stories We Could Tell ». Je ne sais pas, c’est drôle. Tu peux écrire quelque chose à ce sujet, essayer de donner du sens à tout ça, parce que j’en suis incapable ! [Rires]

Le titre …The Stories We Could Tell est écrit au conditionnel. Donc quelles sont ces histoires que vous ne nous racontez pas en réalité ?

Oh, les histoires… [Rires] Nous n’avons pas d’histoires de drogues. Nous ne nous sommes pas littéralement entretués, aucune histoire de morts. Nous n’avons pas d’histoires à la Mötley Crüe. L’histoire c’est simplement Billy Sheehan, Paul Gilbert et moi dans le studio de Paul. Paul est arrivé avec cet air de blues. Billy ne l’avait pas vu depuis quelques mois, donc il est passé au studio et a dit « On doit réfléchir à un titre pour l’album. » C’est toujours la dernière chose que nous faisons, nous détestons faire ça parce, comme le dit toujours Billy, « quand tu réfléchis, tu crains. » Quand vous réfléchissez trop à un titre ou que vous prévoyez de faire une blague sur la pochette d’un album, ça ne marche pas… Ça ne fonctionne que lorsque tu t’y attends le moins, que ça te vient à l’esprit tout seul et alors tout le monde dit : « Hey mais c’est drôle ! Qu’est-ce que vous dites de ça ? » Billy parlait du fait que les gens connaissaient certains pans de notre histoire, mais ils ne connaissent pas les tribulations liées à la survie du groupe, la création, la disparition. Même la résurrection du groupe était chargée en émotions. Il examinait tout ça et a dit « Mon Dieu, les histoires qu’on pourrait raconter… » Nous étions tous plutôt d’accord : « Ouais, sans déconner ! Personne ne sait… Attendez ! Ce titre est génial ! » Et ensuite, Paul jouait ce plan, comme « Going Down » de Jeff Beck [il chante le riff], comme un morceau de blues et j’ai chanté par-dessus [il chante] « The Stories We Could Tell » et là je dis « Oh mon Dieu ! Deux pour le prix d’un : un titre et une chanson. » Donc, les histoires que nous pourrions raconter sont des histoires que vous connaissez déjà mais avec quelques détails en moins. Ce sont les hauts et les bas du groupe. Notre musique existe depuis vingt-cinq ans mais nous ne sommes pas toujours restés ensemble. Mais pour une raison inconnue, nous revenons toujours. A chaque fois qu’on veut arrêter, on finit toujours par revenir. C’est parce que nous adorons la musique, nous adorons faire des concerts, et nous nous aimons encore comme des frères.

On peut voir sur la pochette de l’album un homme un peu bizarre…

Très bizarre.

Un homme bizarre qui pourrait sortir tout droit d’un cirque ou quelque chose du genre…

Je le considère comme une star de film muet, à cause de sa fausse moustache laineuse. Dans ces films muets – et justement parce qu’ils étaient muets – les acteurs devaient tout faire par le regard, ils font un peu « Oh mon Dieu, quelque chose va arriver ! » Nous avons trouvé ça et je ne sais pas pourquoi, j’y ai ajouté quelques impacts de balles pour le rendre plus intense. Nous parlions du titre tout à l’heure. Un titre c’est un peu : vous composez toutes ces chansons et puis vous trouvez un titre, et ce titre, cette seule phrase, définit tout l’album. Et toutes les paroles que vous avez pu écrire importent peu. C’est le titre qui compte. Donc j’essayais de penser à …The Stories We Could Tell, mais en essayant de faire en sorte qu’il n’y ait pas trop de choses sur la pochette. Je voulais juste mettre un gars dessus. En fait, nous avons trouvé cette photo et elle était parfaite pour …The Stories We Could Tell. C’est aussi simple que ça, juste une blague stupide. Ce gars est là : « Oh mon dieu, quelque chose va arriver ! » et nous avons trouvé cette image avec un train pour l’arrière de l’album. Le train a une signification particulière pour les fans de Mr. Big, il y avait le train de Lean Into It, ensuite il y a la moto de Get Over It. Tout est un peu ironique mais on voulait que ça reste simple, laisser réfléchir ceux qui regarderont la pochette. Quand vous regardez …The Stories We Could Tell, vous vous dîtes « il y a quelque chose dans cette boîte » et tadam ! Ce sont les chansons !

« Nous nous respectons les uns les autres parce que nous respectons nos talents et nous nous respectons en tant qu’homme, encore plus aujourd’hui que par le passé. »

L’album a été produit par Pat Regan, qui avait déjà travaillé avec vous sur l’album Get Over It. Est-ce la raison pour laquelle vous l’avez rappelé ? Parce que vous aviez aimé ce qu’il avait fait sur cet album ?

La raison principale c’est que Patrick est un ami en qui nous avons confiance. Lui et Pat Torpey se connaissent depuis plus de vingt ans. Ils ont travaillé en étroite collaboration sur l’enregistrement de la batterie avec Pat, à cause de sa maladie. Tu sais, Pat a été diagnostiqué avec la maladie de Parkinson. Il n’en est qu’au premier stade, [mais c’était dur]. Ça lui prenait un moment pour [enregistrer]. Quand nous jouions une chanson, il devait faire une pause de deux ou trois heures parce qu’il était essoufflé ou parce qu’il tremblait. C’était vraiment difficile, mais Pat Reagan était très présent pour Torpey. Pat Reagan avait aussi travaillé sur l’album solo de Billy Sheehan. Lorsque j’ai travaillé avec Pat sur l’album Get Over It, je l’ai adoré parce que c’est un très bon ingénieur. Mais il n’est pas comme le cinquième Beatles ; il n’apporte pas un cinquième avis. Il y a déjà quatre gars qui ont des opinions fortes et qui sont un peu bornés. Nous n’avions pas besoin de quelqu’un d’autre pour ficher en l’air la démocratie. Ce qui est bien avec Pat, c’est que c’est un arrangeur. Lorsqu’il écoute une chanson, il ne va pas prendre une transition et simplement dire « on n’a pas besoin de cette transition. » Par contre il dira « Oh, tu sais, peut-être que ce refrain est un petit peu trop long. » Il rajoutait aussi quelques nuances, mais il n’était pas vraiment ce « genre » de producteur. Il est davantage un ami en qui on peut avoir confiance. Je posais tout le temps des questions à Pat : « Penses-tu que je devrais faire ceci ? Penses-tu que je devrais faire cela ? » Et Pat est le genre de personne qui vous répond : « Oh, pourquoi pas ceci ? Que penses-tu de ça ? » Il s’y connaît vraiment, je le vois un peu comme le Magicien d’Oz de cet album. Il est très différent des autres, Kevin Elson, Kevin Shirley et même Richie Zito qui ont travaillé sur nos albums précédents. Ce sont des créatures totalement différentes. Mais nous connaissions Pat Reagan depuis plus de vingt ans…

Tu as mentionné la maladie de Pat Torpey, est-ce que dans le groupe vous étiez au courant depuis longtemps ?

Nous savions qu’il avait un genre de problème en 2011, son pied droit tremblait légèrement et sa main droite était noueuse. Mais nous pensions que c’était parce qu’il est sportif. Il fait du baseball, du football, nous pensions que c’était peut être une épicondylite (tennis-elbow) ou un problème de canal carpien. On vieillit, tu sais, donc on a souvent ces sortes de spasmes musculaires où on se demande : « Pourquoi mon œil cligne tout seul ? Pourquoi mon genou se disloque ? » Nous avons mis ça sur le compte de la vieillesse ou le fait qu’il était très physique, comme je disais il jouait au baseball, au basketball, il joue de la batterie toute la journée et il fait de l’exercice. C’est le genre de mec à côté duquel tu as honte de ton propre corps et qui fait 200 pompes juste devant toi. C’est ce type de mec. Nous pensions qu’il était peut-être surmené. Nous sommes un groupe de rock’n’roll, nous composons ensemble, nous jouons ensemble, et nous sommes amis, nous restons en contact. Mais nous ne traînons pas ensemble, nous avons nos propres vies. Quelques années étaient passées et J’appelais Pat pour lui demander « Comment vas-tu ? » et il lui me répondait « Très bien ! » Je ne me doutais de rien.

Lorsque nous faisions cet album, il y a à peu près trois mois, Pat Regan, Pat Torpey et moi faisions des démos, et Pat jouait de la batterie et semblait un peu fatigué. Et il a commencé à dire : « Mec, il faut que je te dise quelque chose : j’ai la maladie de Parkinson. » Et j’étais là : « C’est quoi ce bordel !? » J’ai vu ça chez d’autres personnes et certaines tremblaient un peu et d’autres tremblaient vraiment beaucoup, au point de ne plus pouvoir sortir du lit. Et j’étais là : « Est-ce que ça va ? » Et il m’a répondu : « Ben, non ça va pas. Je ne peux pas dormir, je ne peux pas manger, je ressens mon corps tout entier qui fait une crise… » Il avait les larmes aux yeux, il était vraiment détruit car il est une machine et tout d’un coup, la machine tombe en panne, il ne sait pas pourquoi et quelqu’un lui dit qu’il est atteint de Parkinson et qu’il n’y a pas de remède. Mentalement il n’en pouvait plus. Et mon rôle, en tant qu’ami, en tant que chanteur et en tant que personne qui coordonne plus ou moins tout l’album, c’était de ne pas le traiter comme un malade. Je l’ai traité comme ce bon vieux Pat Torpey et j’ai simplement dit : « Hey mec, on va mettre tout notre cœur dans cet album. » Je l’ai regardé et il était vraiment motivé à faire cet album. C’était une étincelle pour le pousser à faire quelque chose. Tu sais, Parkinson ça te rend vraiment déprimé. A la fois physiquement et mentalement, ça pèse sur toi. Il était vraiment enthousiaste à l’idée de faire cet album. Ça lui a pris du temps de l’enregistrer mais il était… Et une autre chose, il a commencé à faire beaucoup plus de trucs de nutrition et de thérapie physique, car il avait une sorte de but. Il a cette maladie incurable et là on lui dit : « Bon, on a besoin de toi pour ce projet. » Il se sentait nécessaire… Nous n’arrêtions pas de lui expliquer : « Pat, on a besoin de toi, on ne fera pas cet album avec un autre batteur. On va le faire avec toi, on attendra et on te donnera tout le temps dont tu auras besoin. » Pat a d’ailleurs apporté une des premières chansons. J’avais écrit la chanson « I Forget To Breathe » et Pat nous a apporté la première ballade de l’album « East West ». Il a mis tout ce qu’il pouvait dans cet album.

Il ne fera pas la tournée avec nous, mais il a aidé à choisir un nouveau batteur pour nous. Pat nous a donc donné sa bénédiction. Je veux dire que nous étions très sceptiques, nous ne voulions pas… Nous avons songé à arrêter le groupe en fait. Nous pensions que nous n’allions pas continuer sans Pat Torpey. Certains tourneurs voulaient que nous repartions sur la route. Surtout les Japonais, ils voulaient qu’on joue au Budokan à nouveau. Pat voulait le faire, il voulait vraiment le faire en concert mais ensuite il a dit : « Je ne crois pas que je puisse y aller. » Il peut jouer mais il était inquiet de « et si j’ai une crise en plein concert ? Bon Dieu, je ne veux pas de ça ! Je ne veux pas de ça pour vous, je ne veux pas de ça pour moi, et pour les fans. » Il a donc dit que nous avions besoin d’un nouveau batteur et Billy a suggéré cet autre gars. Ironiquement son nom est Matt. Donc nous avons ce gars qui s’appelle Matt Starr en tant que nouveau batteur pour la tournée. Mais quand bien même, pour tout le reste, l’album ou les albums futurs ou quoi que ce soit, ce sera Pat Torpey : album, posters, chœurs…

Il a chanté et joué la batterie sur l’album. Ça lui a juste pris du temps, c’était difficile mais nous l’avons assemblé ensemble, pièce par pièce. Tout l’album a été écrit comme ça. J’ai pris de vieilles idées et riffs et ce que nous n’avions pas gardé en 2011. Et je parle bien de riffs, pas de chansons. Nous n’avions aucune chanson en réserve, nous les avions toutes utilisées sur What If… J’ai pris cette centaine d’idées et de riffs, je les ai retaillés, ré-assemblés, j’ai écrit des mélodies et des paroles. C’est moi qu’il faut blâmer pour le côté blues de l’album, c’est moi qui voulait cette thématique un peu blues rock. Personne n’était dans le coin alors je l’ai fait ! Paul Gilbert a beaucoup apporté aussi. Lorsqu’il a fini la tournée de son album solo, sa femme venait juste d’avoir un bébé donc il l’a soutenu pendant un long moment. Mais lorsqu’il est revenu dans l’équipe, nom de Dieu, il est arrivé avec de sacrément bonnes chansons. Mais comme je le disais, c’était l’album le plus compliqué à enregistrer parce que Billy Sheehan était parti avec The Winery Dogs, nous avons beaucoup communiqué par email et par téléphone. Nous avons pratiquement écrit des chansons par téléphone. [Petits rires] Et ensuite, Paul Gilbert avec sa femme et son bébé, et son album solo. Et enfin, Pat Torpey et sa maladie… Je veux dire, c’était vraiment difficile d’en arriver à bout. Mais c’était un travail passionné. Qu’est-ce que je viens de faire ? Je viens de répondre à, à peu près, dix questions d’affilées, non ? [Rires]

Ouais, on dirait bien ! [Rires]

« Lorsque quelqu’un me dit que je semble jeune, je fais tout ce que je peux pour briser cette idée. Je lui dis que je bois trop ou que je ne dors pas bien. [Rires] »

Dans Mr. Big tu chantes aux côtés de trois musiciens incroyables qui aiment frimer, être sous les projecteurs, et qui peuvent presque chacun être considérés comme des leaders en tant que tel. Comment est-ce d’être un leader avec ces mecs ? Que faut-il faire pour trouver sa place et se démarquer en tant que leader à leurs côtés ?

Comme tu l’as dit, Billy, Pat et Paul sont des leaders mais j’en suis un aussi ! Je suis un leader mais je suis aussi un cheerleader, car quelqu’un doit équilibrer tout ça. Comme ce que je disais tout à l’heure à propos du respect, nous frimons un peu, mais quand tu regardes certains groupes, le guitariste est toujours à l’avant de la scène parce qu’il doit appuyer sur tout un tas de bouton à côté de son micro et il doit rester là. J’ai vu beaucoup de guitaristes rester planté là pendant toute la durée d’un concert. Ils bougent un peu à droite à gauche, mais ils restent là devant. Chez Mr. Big nous nous respectons. Lorsque quelqu’un joue un solo au milieu d’une chanson, les trois autres – enfin, pas Pat à la batterie – mais Paul et moi, nous reculons. Purement par respect. Les concerts sont avant tout une question de respect. C’est la même chose lorsque nous écrivons des chansons. Certains d’entre nous sont plus doués pour composer que d’autres, mais puisque nous sommes une sorte de confrérie un peu particulière, nous avons eu des hauts et des bas mais nous nous respectons les uns les autres parce que nous respectons nos talents et nous nous respectons en tant qu’homme, encore plus aujourd’hui que par le passé. C’est aussi une question de maturité, je pense. Ça semble vraiment nunuche, mais c’est ça ! Il y a le facteur maturité auquel nous ne faisions pas attention. Paul est dans sa quarantaine mais trois d’entre nous atteignons le milieu voir la fin de la cinquantaine. Quand tu arrives à ce stade, tu t’octroies du répit. Quand quelqu’un parle, ou joue, tu ne l’interromps pas. Nous avons vraiment un côté frimeur, mais c’est ce qui nous différencie. Nous sommes des musiciens et des interprètes !

C’est drôle parce que tu ne sembles pas vieillir, aussi bien sur le plan vocal que physique. Tu ressembles encore à un jeune homme, au sens positif du terme. Quel est ton secret ?

Tu sais quoi ? Lorsque quelqu’un me dit que je semble jeune, je fais tout ce que je peux pour briser cette idée. Je lui dis que je bois trop ou que je ne dors pas bien. [Rires] Je ne sais pas trop… Lorsque je regarde dans un miroir, je vois un mec qui a la cinquantaine. Je suis heureux. Je souris beaucoup, je suis drôle. L’humour me fait tenir. J’ai encore beaucoup d’énergie pour mon âge. Je ne prends pas autant soin de moi que Pat Torpey, pourtant j’aimerais bien. Peut-être que si je commençais à vivre de manière saine, je commencerais à paraître plus vieux, je ne sais pas… Je n’ai aucune idée de ce que ça peut être, mais j’ai beaucoup d’énergie et j’aime les gens. Je ne sais pas si ça peut faire paraître plus jeune… En tout cas, je ne prends pas de drogues !

Comment parviens-tu à maintenir ta voix après toutes ces années ?

Je vais tout de suite te dire exactement comment ! Je suis parti en tournée avec Avantasia pendant cinq mois l’année dernière, ensuite tout au long de l’année j’ai fait des concerts acoustiques. Cette année j’ai fais des concerts acoustiques de janvier à aujourd’hui, et puis j’ai fait l’album de Mr. Big, j’ai chanté dessus, j’ai fait quelques titres bonus pour les versions européennes et asiatiques. Ensuite je suis allé directement au Wacken, j’ai joué avec Avantasia, et j’ai joué en Irlande et en Espagne. Lorsque je suis chez moi, je passe mes journées à jouer, je chante sans cesse et c’est ça la clé. Il faut continuer à jouer pour développer la technique, mais après, il faut aussi passer une bonne nuit de sommeil.

Interview réalisée en face à face le 27 août 2014 par Spaceman.
Retranscription et traduction : Mariane Monin.
Fiche de questions et introduction : Spaceman.

Site officiel de Mr. Big : www.mrbigsite.com



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