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Chronique   

Erlen Meyer – Erlen Meyer


A la lecture de la biographie d’un jeune groupe, souvent s’y retrouvent de nombreux superlatifs galvaudés, tournures un peu pompeuses, voire prétentieuses et qui s’appliquent à pléiade d’autres formations. Le tout sans donner le moindre aspect concret sur la musique elle-même. Il est vrai que se définir avec des mots n’est pas chose aisée, d’autant plus quand sa propre musique se veut complexe, intime ou tout simplement des plus soignées et pensées. Ainsi, il est plus sage de donner aux potentiels futurs auditeurs quelque chose de concret, quelque chose qu’ils puissent visualiser. Dans le cas d’Erlen Meyer, jeune formation sludge limougeaude, le combo compare sa musique aux récits de l’éminente auteure de romans policiers anglaise Agatha Christie ou aux films du respecté Alfred Hitchcock. Le titre « Agatha » est même, par son titre, directement dédié à l’écrivaine. Mais pas que. De fait, c’est tout un univers visuel et contextuel qui se profile dans l’esprit de l’auditeur. Une base comparative parlante. Et une chose est sûre : Erlen Meyer ne se trompe pas. Car diable ! que son sludge résonne de manière vicieuse, malsaine. Noir, tout simplement. Erlen Meyer, voici donc le nom du premier album de ces jeunes Français qui ressort désormais sous la bannière de la Klonosphere.

Agatha Christie, Hitchock, deux maîtres du suspens qui sont sources d’inspiration pour Erlen Meyer. Et le suspens, c’est bel et bien la clé de voûte de cet opus. Tempo caverneux, vrombissant, massifs, soutenus, toujours dans le doute, abruptes mais toujours dérangeant. Erlen Meyer n’aborde pas sa musique avec lenteur et lourdeur parce que celle-ci se doit d’être ainsi. Non, la formation aborde sa musique avec cette noirceur car c’est ainsi qu’elle doit vivre. En cela, les Français s’approchent d’un certain Triptykon dans cette volonté d’évoluer vers quelque chose de particulièrement profond bien qu’en soi les premières références soient Cult Of Luna, Neurosis ou encore Amenra. De toute évidence guère tourné vers la technique, le combo mise sur la manière d’exercer une véritable pression ou tension chez l’auditeur. C’en devient maladif. D’autant plus que l’oppression va crescendo, bien que l’opus soit aéré par trois phases purement musicales – « Gamla Stan », « Les Caprices de Remington » et « Exvoto » – également réparties dans l’album et qui servent de « havres de paix » pour l’auditeur, et il n’en demeure pas moins que le tout se clôture sur l’imposant « Bec et Ongles » au riff ravageur, point final d’une traversée fantasmagorique de cinquante-trois minutes intenses.

Album majoritairement conceptualisé, chanté en français, à la troisième personne, hurlé d’une voix hardcore écorchée, jouant sur la phonétique des mots, Erlen Meyer pose de solides bases surpassant aisément le simple carcan du sludge. Polar musical en quelque sorte, plongeant l’auditeur dans les ruelles sombres londoniennes où il faudra fuir votre agresseur la boule au ventre (« Nuit »), se confronter à lui, à sa folie meurtrière (« Temple du Cri »). Une angoisse sans fin décuplée, volontairement, par la longueur des morceaux surpassant majoritairement les six minutes. Erlen Meyer démontre par cet album un talent certain, déjà aiguisé et tranchant, assurément.

Ci-dessous les titres « Agatha » et « Bec et Ongles » :

Album Erlen Meyer, sorti le 27 juin 2014 chez Klonosphere/Season Of Mist.



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