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Metalanalyse   

Et si Deep Purple n’en était qu’au début ?


Quand Deep Purple sort un album et qu’il part ensuite en tournée, il n’y va pas, comme on peut le dire pour la plupart des groupes, pour le promouvoir ou pour le défendre face au public. Car Deep Purple, sur scène, n’a rien à défendre. Car personne n’irait les voir pour les assaillir ou leur contester quoi que ce soit étant donné qu’il est unanimement reconnu que c’est un territoire qui leur appartient. Ils l’occupent. Ils l’occupent bien. Et ils peuvent l’occuper longtemps sans que quiconque se plaigne car c’est un plaisir de les rencontrer fréquemment dans le théâtre de leurs opérations live, de les voir épanouis sur les planches, toujours heureux de jouer, comme à la maison, des chansons qu’eux-mêmes continuent à apprécier et, parfois, à retoucher, légèrement, face à son public.

Et quand le besoin d’apporter quelque chose de vraiment neuf à leur musique se fait plus fort, alors Deep Purple prend tout son talent pour jammer et composer ensemble (et pas seulement un compositeur principal et d’autres musiciens qui exécutent ses désirs) avec pour objectif de retourner sur son autre territoire aussi bien conquis depuis des décennies : le studio, où la magie va s’opérer pour enfanter ces chansons toute neuves et fraîches sur lesquelles le groupe va pouvoir encore s’amuser pendant des années.

D’un point de vue chronologique, la première chose qui fut dévoilée au sujet de leur nouvel album, c’est le nom de son producteur : Bob Ezrin, un des plus grands producteurs de rock mais aussi de musique classique, de jazz. Un « touche-à-tout » comme le soulignait justement Ian Gillan (chanteur) lors d’un récent entretien avec nous. Et c’est presque la principale (voire la seule) cause d’inquiétude que peut inspirer ce disque avant même sa réception : Ezrin est un producteur qui touche tellement à tout qu’il laisse souvent sa marque sur ses productions (parmi lesquelles du Alice Cooper, Pink Floyd, Kiss, Peter Gabriel, etc), parfois aussi visible que celle des musiciens, touchant parfois à l’identité de l’ensemble. Une appréhension toutefois contrebalancée par ce choix du groupe lui-même : en désignant Ezrin, Deep Purple affirmait dès le départ son intention de faire un grand, voire très grand album de rock.

En second lieu, les Anglais montraient qu’ils avaient autant de choses à questionner qu’à affirmer. Dans les premiers entretiens offerts à la presse, Gillan donnait pour indice concernant le titre de cet album qu’il contenait un point d’interrogation et un point d’exclamation. Pour dire quoi ? Now What?! Autant une marque d’impatience (« Ca suffit maintenant, vous allez faire quoi enfin ?! ») que d’inquiétude sur ce qu’il va se passer. Mais cette inquiétude provenait plus du management du groupe qui se demandait quand ils allaient retourner en studio (« On était heureux de tourner, on s’éclatait : c’était le paradis, car on n’arrêtait pas de faire des concerts, sans être dérangés par notre management ou la maison de disques. Et un jour, le téléphone sonna : ‘Et maintenant quoi ?!’ OK, les gars, on va faire un disque ! »), que du groupe qui se demanderait ce qu’il peut bien avoir à apporter de plus à son œuvre après plus de quarante cinq années passées au service du rock.

Néanmoins, du côté de l’auditeur, le point d’interrogation demeure, la question se pose : peuvent-ils encore surprendre ? Ont-ils fait cet album et maintenant qu’il est sorti : quoi ? Que reste-t-il ? Point d’interrogation immédiatement suivi d’un point d’exclamation. Voilà ! Voilà ce que Deep Purple a encore au fond de lui ! Le groupe ouvre grand sa boîte à malices, boîte à magie, et étale sur la table, comme un éventail de ses compétences, tout ce qu’il sait faire, et le résultat est là. Depuis dix-sept ans, soit depuis l’arrivée de Steve Morse (et donc le départ définitif de Ritchie Blackmore) dans l’œuvre discographique du groupe, leurs albums sont les meilleures musiques pour un voyage dans de grands espaces, la vitre ouverte, sur une route pas trop exigeante pour avoir l’esprit assez libre pour être attentif à la richesse de ces galettes. Mais cette fois, cet album ne va pas vous accompagner dans vos voyages : il est le voyage, le continent à arpenter, dans la multiplicité de ses paysages.

En commençant par vous ramasser sur le bord de la route. « A Simple Song » où Ian Gillan, dans l’un des démarrages d’album du groupe les plus calmes, voire mélancolique, qu’on ait connu de leur part, semble regarder passer le temps ou sa vieillesse, tout en chantant : « Time doesn’t matter » (le temps n’a pas d’importance), « Roads have no end » (les routes n’ont pas de fin). Et effectivement, Deep Purple n’est pas là pour zieuter la grande aiguille faire le tour du cadran et ne contemple pas encore le bout du chemin. On s’arrache ! Au bout de deux minutes, orgue et guitare s’allient pour une explosion de décibels qui prend presque l’auditeur par surprise après une telle introduction. Et on se rend compte alors à quel point ils sont peu nombreux les groupes qui aujourd’hui allient aussi bien ces deux instruments (qui joue encore de l’orgue comme Don Airey, surtout maintenant que Jon Lord est parti ?) et qu’on pourrait même n’écouter un album de Deep Purple que pour les solos de Morse et Airey comme ceux qu’on entend sur « Out Of Hand », « Hell To Pay » ou « Body Line ».

Mais avant de s’aventurer plus loin, il faut se débarrasser de l’appréhension de voir Ezrin ajouter ce disque à ceux auxquels il aura collé son indélébile sceau. Un soupçon naît quand on entend tous ces effets spéciaux et ces violons sur « Weirdistan » et « Out Of Hand » où elles prennent presque la place de la basse. Mais, en se dirigeant vers la fin, au moment de la traversée du très progressif et épique (l’adjectif n’est absolument pas usurpé pour une fois) « Uncommon Man », véritable périple aérien au-dessus de paysages faits de plaines immenses, de pics rocheux vertigineux et de vertes forêts musicaux, puis grâce au titre « Vincent Price » que (c’était à prévoir) ne renierait pas Alice Cooper, on comprend à quel point Bob Ezrin – monsieur « Welcome To My Nightmare » (album sur lequel l’acteur Vincent Price prêtait sa voix justement – et la boucle est bouclée) ! – était indispensable pour les ambitions de Deep Purple sur cet opus qui affiche une nuance différente de leurs talents morceau après morceau, à mesure qu’on se déplace sur leur palette.

Car il fallait bien tout le savoir-faire et l’art de cet homme pour être la colle et le vernis qui font tenir cet ensemble et lui offrir une homogénéité dans sa multiplicité. En onze titres (douze si on prend en compte la reprise de « It’ll Be Me », classique du rock’n’roll, présent en bonus sur la version CD), Deep Purple ne se contente pas de faire une liste de nouveaux hits du hard rock à clavier. Le single « Hell To Pay » en est un, certes, et il a tout le potentiel pour devenir un hymne en concert. Mais le groupe sait aussi se faire funky dans « Body Line », véritable jam (et comme le don qu’ils ont pour cet exercice est évident en bien d’autres endroits) qui part d’un beat de batterie (Paice prouve d’ailleurs sur cet album qu’il a toujours cette frappe de mule, même à 65 ans), auquel vient ensuite s’ajouter la guitare suivant le rythme, puis la basse de Glover qui vient épaissir le groove, et enfin le clavier pour aboutir à une pièce funk rock où se greffe finalement la voix de Gillan et sur lequel le public pourra danser, taper des mains pendant le refrain et chanter. Le groupe flirte même avec la soul sur « Blood From Stone », incitant à allumer quelques bougies et faire couler un bon bain plein de bulles pour apprécier la sensualité des couplets de cette chanson (même si le texte ne correspond pas à l’atmosphère créée) et appelant sur ses refrains, couplés aux solos électrisants de Steve Morse, à pousser plus loin, plus fort, les caresses. Et si les parts d’électroniques (qu’elles soient à mettre ou non sur le compte de l’influence d’Ezrin) font tendre l’oreille à l’auditeur, ce n’est pas parce qu’elles choquent mais parce qu’elles interpellent par l’inventivité encore fraîche du groupe, et notamment de son organiste qui fait tout ce qu’il veut de son instrument, tout particulièrement sur « Weirdistan » et « Vincent Price » où on reconnaît l’homme déjà derrière la célèbre intro du « Mr Crowley » d’Ozzy Osbourne.

Finalement, Deep Purple ayant à peu près l’âge du hard rock et du metal dont il a posé les fondations avec d’autres, c’est presque une première d’assister à la naissance d’un nouvel opus réalisé par un artiste ou un groupe d’une telle longévité (malgré les quelques hiatus) et composé de matériel neuf. Et donc de pouvoir se rendre compte que, au bout de tant d’années, un groupe de hard rock peut encore étaler son jeu, riche en atouts, puis récupérer ses cartes et partir pour longtemps, aussi longtemps que la vie leur laissera, avec tous les moyens de nourrir l’appétit de nouveautés des amateurs de bon vieux rock. Car avec l’arsenal qu’il dévoile, Deep Purple pourrait encore offrir une demi-douzaine de nouveaux albums en explorant simplement un peu plus chacune des facettes présentées sur ce Now What?!.

Album Now What?!, sorti le 29 avril 2013 chez earMusic/Edel



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  • Il est vrai que le son est monstrueux et les compos réellement dignes de ce nom.
    Une très bonne surprise, une bouffée d’oxygène au milieu de trop de suffocations en ces jours sombres.

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