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Chronique   

Evanescence – The Bitter Truth


Dix ans qu’Evanescence n’avait plus proposé d’album de chansons originales. Même si Synthesis (2017) peut être considéré comme canonique, il revisitait très majoritairement les classiques du groupe en multipliant les arrangements symphoniques ou électroniques. The Bitter Truth marque donc le retour d’un des groupes phares du début des années 2000. Evanescence entend d’ailleurs renouer avec le flair de sa jeunesse, un retour à des racines heavy loin des atmosphères ampoulées des nappes orchestrales. The Bitter Truth se veut plus sombre, plus agressif et met en lumière le désenchantement devant l’état de notre monde actuel. Un état d’esprit marqué par le décès du frère de la chanteuse Amy Lee il y a trois ans. The Bitter Truth a tout du retour précautionneux et Evanescence se veut prestidigitateur : ces dix années de quasi-hiatus créatif n’existent pas.

Les deux minutes d’introduction d’« Artifact/The Turn » ne trompent pas quant à l’intention d’Evanescence de nous faire replonger dans un univers mélancolique et sinistre. Les arrangements électroniques, réalisés en collaboration avec Tiago Nuñez, se distinguent de Synthesis par leur dépouillement et leur caractère machiniste voire cinématographique. De quoi lancer les rythmiques mécaniques de « Broken Pieces Shine », une faille temporelle vers la fin des années 90 élégamment produite par Nick Raskulinecz, soucieux de respecter une époque sans se noyer dans le formol. On retrouve ce contraste entre un riffing groovy et incisif à l’appréhension facile et les vocalises d’Amy Lee. Le titre permet d’imaginer un Evanescence ravi de retrouver ses repères et de reprendre la formule qui a fait sa renommée. « The Game Is Over » – un titre qui évoque la nécessité de se comporter en accord avec sa nature profonde – se veut la quintessence du mode opératoire du groupe. Amy Lee se doit d’apporter toutes les articulations mélodiques sur une instrumentation grave et presque aride. « Better Without You » et ses guitares sous-accordées s’élèvent justement grâce au timbre d’Amy, comme si elle libérait la chanson de ses samples anxiogènes et d’un riffing à la pesanteur certaine pour nous emmener vers la catharsis d’un « Bring Me To Life ».

Heureusement, Evanescence n’a pas fait table rase de ses expérimentations des dix dernières années. Si The Bitter Truth réutilise le lexique poussiéreux du néo-metal pour l’essentiel, il laisse apparaître des velléités davantage rock, à l’instar du refrain de « Take Cover » à l’agencement plus sautillant et entraînant. Il y a en outre un recours plus prononcé à l’électronique comme colonne vertébrale de la composition, à l’image là encore de « Take Cover » aux sonorités indus qui apportent toute sa lourdeur et sa rugosité au morceau, du sarcastique « Yeah Right » et des plages quasi trip-hop de « Wasted On You ». On reconnaîtra toutefois que la recette Evanescence est surtout propice aux élans épiques, tels que la ballade grandiloquente « Far From Heaven », « Part Of Me » ou « Blind Belief », plus en phase avec la théâtralité du chant d’Amy Lee et sur lesquels on retrouve les arrangements de cordes, autrement inexistants sur le reste du disque. Evanescence profite toujours de son aura d’antan pour attirer une myriade d’invités prestigieux. Rien que « Use My Voice » – un hymne largement porté par le jeu percutant du batteur Will Hunt – fait participer Lzzy Hale d’Halestorm, Sharon den Adel de Within Temptation et Taylor Momsen de The Pretty Reckless dans ses chœurs. Evanescence peut toujours se targuer d’être fédérateur.

The Bitter Truth est la concrétisation du fantasme de l’auditeur nostalgique de ces émotions à fleur de peau qui siéent parfaitement aux tumultes de l’adolescence. Il est effectivement une machine à remonter le temps. Evanescence n’en est pas pour autant devenu désuet. Il y a toujours ce timbre de voix unique et ce riffing à capuche qui s’immisce dans notre esprit, qu’on le veuille ou non. The Bitter Truth a l’allure d’un album d’un autre temps qui ravira ceux qui l’ont connu et qui n’ont pas conspué leurs premiers affects.

Chanson « Better Without You » :

Clip vidéo de la chanson « Use My Voice » :

Clip vidéo de la chanson « The Game Is Over » :

Clip vidéo de la chanson « Wasted On You » :

Album The Bitter Truth, sortie le 26 mars 2021 via Columbia. Disponible à l’achat ici



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  • Pat du 12 dit :

    S’il est vrai que la bande d’Amy ( je l’ai déjà faite mais elle me plaît) a ressorti les guitares et branché l’overdrive, il n’en reste pas moins que l’on retrouve tous les petits défauts récurrents des compositions d’Evanescence : à commencer par les lignes mélodiques qui se ressemblent beaucoup avec le doublement des voix systématique, un aveu de faiblesse dans la tenue des notes ou épaisseur un peu juste ? L’ajout de parties samplees clairsemées un peu partout pour ajouter de la couleur n’est pas du meilleur goût, quand au mixage de la batterie, c’est un peu aléatoire suivant les morceaux !
    Bien sûr,on »reconnaît » la griffe Amy Lee, mais quand elle tente le registre des graves à la Annah Reid, elle est un peu en dessous !
    Pour le positif,on repère quelques mini soli ( le guitariste a un peu d’espace !!!)et on revient à l’essence du genre en s’éloignant de la catastrophique tentative du précédent album, c’est déjà ça ! Bien sûr, les fans seront déjà convaincus, pour les autres, on pourra toujours préférer Lacuna Coil ou même Forever Still, à chacun sa chanteuse…

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