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Chronique   

Evergrey – Escape Of The Phoenix


Depuis le classique In Search Of Truth sorti il y a déjà vingt ans, Evergrey est progressivement devenu l’une des figures les plus importantes du metal progressif avec toute la science mélodique que l’on connaît des formations scandinaves, et cette couleur gothique propre au combo de Tom S. Englund. Hymns For The Broken (2014) inaugurait un nouvel élan avec le retour du guitariste Henrik Danhage, mais aussi une trilogie, en précédant The Storm Within (2016) et The Atlantic (2019). Un projet ambitieux et très personnel que le fondateur du groupe Tom S. Englund a mené à bien comme une véritable thérapie, symbolisant les frustrations d’une période de sa vie et la nécessiter de changement, avec le doute et la peur qui vont avec. Le frontman étant arrivé à sa finalité, le douzième opus d’Evergrey, Escape Of The Phoenix, entend se libérer de ces contraintes conceptuelles en embrassant une approche plus directe, mettant l’accent sur l’énergie avant tout. Escape Of The Phoenix est aussi l’occasion pour Tom S. Englund de se vider l’esprit, une autre forme de thérapie, en somme.

Escape From The Phoenix prend la forme d’un constat sur le rôle de la musique dans la vie de Tom S. Englund, une nécessité évidente dans son existence, et ce malgré les difficultés inhérentes à ce mode de vie. En d’autres termes, le phœnix n’a pas toujours envie d’émerger à nouveau et de lutter sans interruption. Escape Of The Phoenix était déjà dans les tuyaux en 2019, lorsque Tom S. Englund et le batteur Jonas Ekdahl ont commencé à composer les premiers morceaux. Si l’influence de la pandémie sur le processus n’a pas modifié la méthodologie à proprement parler d’Evergrey, celle-ci leur a offert du temps, leur permettant de se livrer à de longues sessions d’écriture et d’arrangements, grâce à ou à cause d’un emploi du temps libéré des impératifs de tournée. Le désir d’« immédiateté » est perceptible dès les premières secondes de « Forever Outsider » et son riffing aussi débridé que gargantuesque. La production d’Escape Of The Phoenix honore le statut de la formation : tout est limpide et massif avec une prédilection pour le spectre des guitares, censées dominer les samples et nappes de clavier. « Forever Outsider » ne lève jamais le pied et honore presque les canons instrumentaux d’un death mélodique où le timbre chaleureux de Tom S. Englund s’élève élégamment, sans peiner. Ce sentiment de puissance – presque d’abréaction – survient à de nombreuses reprises tout au long d’Escape Of The Phoenix, à l’image de la brutalité du riffing de « Leaden Saints », « Run » ou d’« Eternal Nocturnal », toujours nuancé par la mélancolie et un sens de l’accroche affuté, à l’image du refrain revigorant de ce dernier, profitant de la rythmique binaire plombée de Jonas.

Au premier abord, en comparaison des derniers albums, Escape Of The Phoenix pourrait faire penser qu’Evergrey a simplifié sa formule pour la rendre plus accessible. Il s’agit davantage d’un effort de concision qui bénéficie grandement à la dynamique de l’album. Certes, Evergrey s’est toujours reposé sur son affect pour les mélodies à la limite de l’extravagance, mais toujours crédibilisées par l’interprétation poignante de son frontman, à l’image de la pseudo-ballade « Stories » ou des arrangements qui renforcent le pouvoir immersif d’« In The Absence Of Sun ». Il n’a pas pour autant délaissé des agencements de composition qui viennent briser le cadre traditionnel couplet-refrain qu’il se plaît à installer en premier lieu. « A Dandelion Cipher » s’élève dès lors qu’Evergrey lâche complètement les chevaux quitte à flirter avec le djent. « The Beholder » se voit quant à lui sublimé par la participation de James LaBrie qui offre un duo avec Tom qui aurait pu prendre l’allure d’une performance d’Eurovision sans un songwriting et une instrumentation chiadés. Dans tous les cas, le mot d’ordre est limpide : instantanéité de l’émotion sans compromettre la composition, en évitant pour autant de devenir l’antagoniste de la trilogie précédente.

Evergrey revient à l’essentiel voire à des formats plus convenus : c’est l’interprétation légèrement hâtive qui découle des premières écoutes d’Escape From The Phoenix. En réalité, le douzième album des Suédois profite d’un soin maniaque apporté au moindre de ses arrangements, avec toujours ce dessein cathartique qui oriente chaque titre. Escape From The Phoenix délivre une musique truffée d’accroches et de moments libérateurs. A défaut de vouloir ressusciter à tout prix, Tom S. Englund sait comment se soigner.

Clip vidéo de la chanson « Where August Mourn » :

Clip vidéo de la chanson « Eternal Nocturnal » :

Clip vidéo de la chanson « Forever Outsider » :

Album Escape Of The Phoenix, sortie le 26 février 2021 via AFM Records. Disponible à l’achat ici



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