ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Evergrey pour calmer la tempête


Tom S. Englund - EvergreyAvez-vous déjà assisté à un concert d’Evergrey ? Vous n’y ressentirez certainement pas la même atmosphère qu’à un concert d’AC/DC, toutes considérations quant au style ou à la dimension médiatique du spectacle mises à part. Lors d’un concert d’Evergrey, c’est un dialogue qui s’instaure entre le groupe et le public. Pas forcément par la conversation, ni même par les regards. La musique et les textes, qui ne font qu’un, déclenchent ce petit quelque chose qui nous fait comprendre ce que ces hommes ont vécu ou ressenti et qui nous fait nous sentir proches d’eux. Et ce, sans que le groupe ne fasse preuve d’une familiarité extrême avec le public et sans briser la distance entre l’artiste et celui qui l’écoute. Il n’y a que respect mutuel et compréhension.

S’il fallait isoler un seul moteur émotionnel dans l’oeuvre d’Evergrey et plus précisément de son chanteur Tom Englund, ce serait l’empathie. Car ce projet n’est pas un simple exutoire pour lui. La sincérité de ses textes n’a d’égale que sa volonté de partager et d’aider ceux qui l’écoutent à traverser des moments difficiles. C’est donc bien d’empathie dont il fait preuve lorsqu’il écrit et c’est ce que l’on ressent également en tant qu’auditeur vis à vis d’Englund lorsque l’on fait face à la mélancolie, la colère et la tristesse qu’il exprime avec ses textes mais aussi via sa musique.

Le groupe fête son vingtième anniversaire cette année. A l’occasion de la sortie imminente du nouvel album The Storm Within, toujours aussi mélancolique mais un peu moins explosif que par le passé, c’est surtout de ce rapport à l’auditeur et à l’émotion que nous avons parlé avec le frontman.

Evergrey

« J’ai l’impression que le monde devient de plus en plus désespéré et je pense que c’est parce que de plus en plus de gens déambulent sur cette terre en se sentant horriblement mal à l’intérieur et sans avoir d’exutoire pour en parler à l’extérieur. »

Radio Metal : Le communiqué de presse indique que « le thème principal de l’album est l’un des plus grands concepts auxquels Evergrey s’est jamais attaqué, basé sur quelque chose que tout le monde peut comprendre ; avoir quelqu’un, le perdre et avoir à se relever et passer à autre chose. » En fait, lutter pendant les moments difficiles de sa vie a toujours été le thème principal de votre carrière. Dirais-tu que vous êtes allés encore plus loin avec cet album ?

Tom S. Englund (chant & guitare) : Je dirais que nous avons été plus en profondeur avec ce thème. Des amis autour de moi ont lutté avec leurs relations et c’était facile pour moi de ressentir de l’empathie avec eux. J’avais toute cette idée qui a commencé à se structurer dans ma tête. Je voulais placer une histoire ordinaire de tous les jours, vraiment, dans… Je veux dire que je ne pouvais pas imaginer un endroit plus désolé que d’être seul sur une planète. Donc ça, c’était un peu le point de départ pour moi et les idées créatives. Aller plus en profondeur, pour sûr, et être aussi capable de porter dès le départ toutes les idées créatives que nous avions avec les vidéos, l’imagerie et les paroles. Donc ouais, je dirais que tout le concept est le plus loin où nous ayons été jusqu’à présent. C’est l’œuvre dont nous sommes le plus satisfaits de toute l’idée conceptuelle.

Tu as dit que c’est le premier album d’ « amour » du groupe, mais que ce n’était pas un sujet à prendre à la légère dans l’univers d’Evergrey. Du coup, quelle a été ton approche ?

Les gens disent : « Ça sonne super mais vous êtes le premier groupe de metal à chanter sur l’amour, ça sonne bizarre, d’une certaine façon. » [Rires] Nous chantons à propos de cœurs brisés et d’obscurité, d’irrationalités, de pensées immorales, de colère et de chagrin, comme tu l’as dit au début, de se retrouver lorsque tu es dans une position où tu as peut-être perdu une bonne part de ton identité. Donc je dirais que c’est plus à propos de la perte d’amour qu’à propos d’amour.

Penses-tu que l’amour mène toujours à la tragédie ?

Non, je pense qu’il y a quelques âmes chanceuses qui n’ont pas à traverser la partie tragique. Mais, bien sûr, il est certain que presque tout le monde a traversé des moments où ils ont eu le cœur brisé et où ils se sont sentis abandonnés.

Que veux-tu transmettre à l’auditeur avec cet album ? Veux-tu lui donner la force de surmonter ces types de situation ?

Je ne sais pas si je veux forcément leur donner… Je veux dire que le dernier album s’appelait Hymns For The Broken, peut-être que ça aurait été un titre qui aurait mieux convenu à celui-ci ! [Petits rires] Comme avec chaque album, je pense que je veux juste transmettre le sentiment qu’ils ne sont pas seuls là-dedans, qu’il y a plein d’autres gens qui vivent ou ont vécu la même chose. Donc si je voulais transmettre quelque chose, ce serait ça, j’imagine.

Tu as déclaré que « comme d’habitude, les paroles sont basées sur quelqu’un ou des événements dans [ta] vie. » N’es-tu pas tenté, parfois, d’écrire à propos de sujets moins personnels ou bien est-ce une nécessité pour toi ?

Je pense qu’il y a plein de groupes qui écrivent au sujet de problèmes moins personnels et je pense aussi que tout le monde a toujours écrit sur la part sombre de la psyché humaine. Je pense que nous sommes l’un des groupes qui représentent un exutoire pour les gens. Je veux dire que nous ne sommes pas AC/DC, nous ne sommes peut-être pas le groupe que tu écoutes avant de partir chahuter en ville, pour faire la fête ou peu importe, mais nous offrons quelque chose de différent et je pense que c’est ce que nous continuerons à faire jusqu’à ce que nous ayons le sentiment d’en avoir fait assez [petits rires].

N’est-ce pas trop exigeant émotionnellement d’écrire sur des thèmes aussi difficiles ?

C’est sûr ! Je veux dire que ce n’est pas quelque chose que nous faisons en un claquement de doigts ou à la légère. C’est quelque chose qui me prend du temps, personnellement, évidemment, d’être en quelque sorte dévoré par ça et ressentir l’empathie pour les sujets que nous avons. C’est beaucoup de travail ! Je ne vais pas essayer de raconter autre chose que ça. Mais il faut que ce soit authentique pour que ce soit ressenti, et si je ne peux pas le ressentir moi-même, alors personne d’autre ne le ressentira.

Tu as dit que « The Storm Within parle de la recherche d’identité, d’essayer de te remplir lorsque tu te sens à moitié vide, et [tu as] placé l’histoire dans un monde interstellaire. » Peux-tu nous en dire plus sur l’histoire et son contexte ?

Le contexte de l’histoire commence avec le sentiment, lorsque tu es dans une relation, de ne pas pouvoir être dans une même pièce avec quelqu’un avec qui tu as peut-être vécu longtemps, qu’il y a une grande distance entre vous ; c’est là que l’histoire est déjà allée trop loin et tu te rends compte que tu dois faire quelque chose afin de raviver un cœur mourant ou peu importe comment tu veux appeler ça. Donc voilà où ça commence. Ensuite, tu dois mettre en perspective ces sentiments et lorsque tu le fais, la chanson « Passing Through » arrive où je chante à propos de choses plus grandes dans la vie, comme le fait que nous ayons peu de temps sur terre et que nous sommes juste de passage. Je pense que mon idée était : « Devons-nous vraiment nous restreindre pendant cinq ans et nous battre pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine ou devons-nous passer à autre chose ? » Je pense que c’était un peu ça l’idée que j’avais. Ensuite, ça plonge dans la colère et beaucoup de chagrin, bien sûr, le sentiment de solitude et de vide, comme si tu marchais sur une planète tout seul, peut-être que ton ancien partenaire ou peu importe est sur une autre planète et des années lumière vous séparent. L’histoire principale, c’est le fait que tu peux être dans une relation et avoir une grande distance entre vous, ou vous vous tournez autour, sans pouvoir parler le même langage, même si vous vivez ensemble depuis vingt ans, ou dix ans, ou cinq ans ; la personne qui fut un temps était très importante pour toi ne l’est plus. Et la dernière chanson parle de célébrer peut-être ce que tu avais et le sentiment que ce n’est pas en vain et avoir le désir de regarder vers l’avenir.

Evergrey - The Storm Within

« The Storm Within est un album qui est assez froid dans sa première approche. Il est censé créer ce sentiment d’étrangeté et de désolation. Alors nous avons besoin de tous ces trucs organiques pour pas que ce soit complètement plat. »

Est-ce que tu places l’histoire dans un autre monde pour prendre de la distance avec ces thèmes autrement personnels ?

Honnêtement, je pense que je l’ai placée dans un monde interstellaire pour ma propre créativité. Je voulais avoir un monde dans lequel je pouvais vivre et lorsque j’écrivais, d’en quelque sorte… Simplement parce que ça ne doit pas devenir trop personnel, comme tu l’as dit en fait [petits rires]. Donc ouais, peut-être as-tu raison ! Bonne analyse !

Quel sens donnes-tu au titre The Storm Within (NDT : la tempête intérieure) ?

Le titre provient d’une phrase dans la dernière chanson, où ça dit : « There’s not a sound, just a storm within » (NDT : « Il n’y a pas un son, juste une tempête intérieure). Et je pense que c’est quelque chose que nous devons garder en tête lorsque nous croisons des gens dans la rue ou lorsque nous parlons à des amis qui n’ouvrent pas aussi facilement leur cœur que certains, ces gens dont tu ne peux pas tout voir de l’extérieur et il se peut qu’il y ait une guerre qui se déroule à l’intérieur sans que nous le sachions, surtout quand on voit comment c’est aujourd’hui. J’ai l’impression que le monde devient de plus en plus désespéré et je pense que c’est parce que de plus en plus de gens déambulent sur cette terre en se sentant horriblement mal à l’intérieur et sans avoir d’exutoire pour en parler à l’extérieur.

As-tu déjà rencontré des auditeurs qui t’ont dit que le fait d’écouter tes chansons et tes paroles les ont aidés à surmonter des moments sombres ?

Oh, mon Dieu, chaque jour dans mes emails ! Honnêtement, chaque jour je reçois un email ou un message sur Facebook ou… Je veux dire que c’est fantastique mais, à la fois, je dois aussi prendre mes distances par rapport à ça parce que je ne veux pas avoir l’impression d’être un prophète ou quoi. Je pense que le truc, c’est que j’écris des paroles auxquelles les gens peuvent s’identifier et elles deviennent importantes pour eux et ça les transportent à travers les moments plus sombres vers de meilleurs jours. C’est un outil que j’ai et que je trouve important d’utiliser. Donc c’est super.

Comment fais-tu pour ne pas te retrouver submergé par l’émotion en chantant ces types de chansons ?

Eh bien, parfois je n’y arrive pas ! Parfois elles sont trop personnelles. Bien sûr, il faut comprendre qu’Evergrey écrit à propos de la solitude, le vide, la tristesse, le chagrin, la colère et ainsi de suite depuis vingt ans. Et bien sûr, c’est basé sur quelque chose. Je veux dire, en prenant ça à un niveau psychologique, je viens d’un background où il est évident que je ne me suis pas senti le meilleur mec au monde dans ma vie au quotidien lorsque je grandissais ou peu importe. Evidemment, ça influence mes paroles et bien sûr, ça fait que je me sens connecté à chaque chanson. Même s’il se peut que la chanson ne parle pas de moi, c’est basé sur les sentiments que j’ai éprouvés.

Ne te sens-tu pas parfois déstabilisé ou, au sens figuré, nu en chantant ouvertement ces mots qui sont directement inspirés de ta propre vie, surtout lorsque tu le fais en concert ?

Je pense que le moment où j’en fais des paroles, c’est un long processus, tu sais. Pour ma part, je les écrit lorsque je les ressens et j’essaie de peindre des images avec mes mots, ensuite ça prend un moment avant qu’elles ne se retrouvent dans le livret ou sur l’album, peu importe. Donc, pour ma part, l’aspect thérapeutique des paroles est déjà passé lorsqu’elles vous arrivent et lorsque le reste du monde peut les lire. Donc, pour moi, c’est comme si j’avais réglé ça lorsque je les ai écrites. Mais, comme je l’ai dit, certaines chansons, lorsque je les chante en live, lorsqu’elles parlent de quelqu’un qui est dans l’assistance ou d’un proche ou peu importe, alors bien sûr, ça me touche. Ce serait étrange si ce n’était pas le cas, car autrement ça signifierait que je suis totalement [amorphe].

La musique d’Evergrey a toujours été mélancolique, mais il semblerait que ce thème particulier t’as poussé à écrire des chansons encore plus mélancoliques. On peut clairement l’entendre avec les chansons d’ouverture et de clôture de l’album qui ne sont pas très rapides, techniques ou heavy, mais plutôt lentes, mélancoliques et presque tragiques. Est-ce que cette direction musicale est directement inspirée par l’histoire ?

Ouais, bien sûr, absolument. Je veux dire que c’est ce que je voulais dire au début aussi lorsque j’ai dit que pour la première fois, les paroles et la composition se sont faites main dans la main. Chaque aspect de cette histoire conceptuelle, des images aux vidéos aux paroles à la musique ont été fait tout du long en même temps. C’est facile de… Bon, ce n’est pas facile mais c’est plus facile de créer de la musique sur un motif de paroles que j’avais avant plutôt qu’après. Donc ouais, absolument, tu as raison.

En fait, par rapport à avant, tu sembles avoir moins de colère ou peut-être de désespoir dans ta voix, te concentrant plus sur la pure mélancolie. Penses-tu qu’avec le temps tu as dompté et compris ces sentiments que tu as en toi. Penses-tu être un homme moins en colère désormais ?

[Rires] C’est certain que je suis moins en colère mais ça ne veut pas pour autant dire que je suis plus triste. Honnêtement, je pense que sur « My Allied Ocean », je suis plus agressif que jamais et je pense que l’avant dernière chanson contient également une des techniques de chant les plus agressives que j’ai jamais utilisé. Mais par rapport à la colère, oui, je suis moins en colère car j’ai appris bien plus sur moi-même et d’où la colère provient. Est-ce que ça a répondu à la question ? [Petits rires]

Evergrey 2016

« Les objectifs irréalistes sont la clef pour faire des efforts et la clef pour aller de l’avant et progresser. »

Oui [petits rires]. Floor Jansen chante sur deux chansons, « In Orbit » et « Disconnect ». C’était apparemment l’idée de Carina de faire contribuer Floor sur l’album. Pourquoi pensait-elle que ce serait mieux que Floor chante ces chansons plutôt qu’elle, comme d’habitude ?

Elle a eu cette idée afin de créer différentes couches de musique. Je pense que c’est important aussi de ne pas stagner au sein d’une idée mais, honnêtement, je n’avais jamais pensé à faire appel à Floor. Je veux dire que Floor est une amie à nous, à un niveau personnel. Donc nous traînons ensemble mais nous essayons de ne pas parler de musique lorsque nous sommes ensemble, car c’est moi et c’est Floor et c’est Hannes [Van Dahl], le gars de Sabaton, donc ce sont trois groupes qui tournent dans le monde et jouent de la musique, et nous voulons parler d’autres choses lorsque nous le pouvons. Mais ensuite, ma femme a dit « hey, peut-être devrais-tu demander à Floor » car c’est une énorme fan d’Evergrey depuis très longtemps, elle nous fait de la pub dans les interviews, etc. Donc ma femme a dit que peut-être ça l’intéresserait. Et je me suis dit : « Ok, je n’y ai pas encore réfléchi. » Mais lorsque j’ai commencé à y réfléchir, j’ai dit : « Ouais, c’est une bonne idée à tous points de vue. » Elle a une super voix et ne nous voilons pas la face, elle est dans un super gros groupe et ça nous aidera. Ensuite nous avons écrit la chanson, les lignes de couplet et le refrain pour elle, dans son style de chant, je suppose. Donc ouais, je trouve que c’est une super contribution !

Est-ce la première fois que tu envisages d’inviter quelqu’un ?

Eh bien, nous avons eu des guitaristes auparavant. Nous n’avons pas vraiment été plus loin que ça. Des guitaristes, des violons, des chœurs et une harpiste, mais pas d’autres artistes à proprement parler, non. Nous avons eu des discussions au sujet de quelqu’un que nous voulions inviter auparavant mais ça ne s’est jamais fait. C’était une chanteuse suédoise à qui nous voulions demander. En fait, elle est partie chanter pour In Flames à la place ! [Rires]

On peut entendre un chœur d’enfants sur « Distance ». Est-ce la chanson « The Fire » sur l’album précédent qui vous a motivé à utiliser encore une fois ce type de chœur ?

Ouais, c’est clairement inspiré par ça, mais il n’y a qu’une des filles qui est encore sur celle-là, les autres sont des filles différentes. Ma fille chante dessus, donc c’est elle et ses amies de l’école de musique. C’est un truc cool à… Je veux dire que j’aime inviter ces différents aspects d’Evergrey, le chœur d’enfants, les violons, tous ces éléments organiques, car aussi, The Storm Within est un album qui est assez froid dans sa première approche. Il est censé créer ce sentiment d’étrangeté et de désolation. Alors nous avons besoin de tous ces trucs organiques pour pas que ce soit complètement plat. J’aime la combinaison de la rigueur, de la froideur et de la chaleur humaine.

On dirait maintenant que tout le monde dans ta famille chante pour Evergrey !

[Rires] Ouais ! Ceci dit, pas encore mon père…

Je sais que l’album précédent, Hymns For The Broken, était un album très important pour toi et le groupe. Penses-tu que The Storm Within a été nourris avec la même énergie ?

Absolument. Nous avons fonctionné à la même énergie que lorsque nous avions enregistré l’album Hymns For The Broken et ensuite été en tournée pour celui-ci, et fait tout ce que nous avons fait jusqu’à aujourd’hui. Je veux dire que nous n’avons même pas encore donné nos derniers concerts pour l’album Hymns For The Broken ! Nous avons encore quelques concerts supplémentaires. Nous avons simplement pris cette créativité et l’avons mise au même endroit et essayé de commencer à composer pour cet album lorsque nous avions l’inspiration. Je suis juste stupéfait qu’il ait été fait si vite et que nous soyons parvenus à écrire des chansons d’une telle qualité, à mon sens, aussi rapidement. Je crois qu’il sort exactement deux ans après Hymns For The Broken. Nous avons beaucoup tourné et aussi composé pour cet album, à la fois. Je suppose que c’est de la pure inspiration !

Cette année marque les vingt ans du groupe. Qu’est-ce que ça te fait ?

Dit simplement : je suis fier. Nous n’y avons jamais pensé, honnêtement, et notamment du fait que, certes le groupe a été formé en 96, mais nous avons sorti notre premier album en 98, donc je suis encore en train de débattre avec moi-même pour savoir si oui ou non c’est le vingtième anniversaire. Ça l’est en tant que groupe, mais en tant que groupe qui sort des albums, il reste encore deux ans [petits rires]. Mais je veux dire, bien sûr, le fait de sortir un album tous les deux ans depuis vingt ans, c’est un accomplissement dont je suis très fier, et je sais que je n’ai jamais sorti d’album que je ne défendais pas à cent pour cent ; ils étaient tous les meilleurs que nous pouvions faire à l’époque. Donc je suis fier, je suis content, et je ne m’attendais pas à quitter ce monde – enfin, je ne quitte pas le monde maintenant [petits rires] – au moins avec cent-vingt chansons ou je ne sais combien ça fait, donc c’est super !

Tu as déclaré que tu voulais « faire dix albums et ça comblerait [ton] objectif dans la vie. » C’est un objectif très spécifique ! Pourquoi dix ? Est-ce un nombre symbolique pour toi ?

Non mais j’étais très jeune et je pensais y parvenir plus rapidement mais, logiquement, lorsque tu es gosse, tu n’es pas très malin parfois [rires] et tu peux avoir des objectifs irréalistes. Mais je pense que les objectifs irréalistes sont la clef pour faire des efforts et la clef pour aller de l’avant et progresser. Le nombre dix était juste quelque chose que je voyais comme étant monumental. Je veux dire que si tu fais dix albums, c’est assez impressionnant, je trouve. Je ne suis pas en train de me cirer mes propres pompes mais lorsque tu as fait dix albums, alors, ouais, je suppose que tu as fait quelque chose. Composer un album, c’est facile, en composer deux, c’est difficile, en composer trois, ça devient encore plus dur… Je sens honnêtement que nous n’avons pas stagné, je sens que nous sonnons frais, que nous sonnons actuels. Nous nous sentons actuels, nous ne nous sentons pas frais [rires], l’âge nous rattrape. Mais musicalement, je pense que nous sommes à notre place.

Evergrey

« Je ne suis pas en train de me cirer mes propres pompes mais lorsque tu as fait dix albums, alors, ouais, je suppose que tu as fait quelque chose. »

Du coup, te sens tu comblé ?

Non ! [Rires] Je ne me sens pas comblé mais désormais, il y a d’autres buts. Et, je veux dire, maintenant nous avons le sentiment que nous pourrions éternellement enregistrer des albums mais ça, bien sûr, c’est aussi une pensée illogique. Mais nous continuerons jusqu’à ce que ça ne nous paraisse plus amusant. Je pense que nous aurons toujours un vif désir de créer parce que c’est important pour nous en tant qu’artistes, mais je ne vois pas ça comme « ok, maintenant nous avons fait dix albums, je vais arrêter Evergrey parce que c’était mon objectif dans la vie. » Ça ne marche pas comme ça.

Comment est-ce que ce groupe t’a changé toi et ta vie depuis le début jusqu’à aujourd’hui ?

Je ne sais pas parce que je ne… Honnêtement, ce groupe, c’est toute ma vie d’adulte ! J’ai commencé, j’avais dix-neuf ans, donc évidemment, je suppose que j’ai changé avec. Je veux dire qu’à mesure que tu vieillis, avec un peu de chance, tu deviens plus sage [petits rires], moins en colère, comme tu disais. Mais bien sûr, je suis devenu un meilleur compositeur, j’imagine, un meilleur musicien. J’ai peut-être appris, d’un point de vue musical, comment arriver à obtenir ce que je veux plus rapidement, enfin, pas plus rapidement mais plus efficacement, sans que ça ne me coûte trop, notamment en énergie. Apprendre à vivre avec la musique est quelque chose qui prend du temps.

Peut-on s’attendre à un événement spécial pour célébrer cet anniversaire ?

[Réfléchit] Non [éclate de rire]. Bon, peut-être dans deux ans. Peut-être lorsque nous fêterons nos vingt ans en tant que groupe qui sort des albums mais maintenant, cet album va nous donner tellement de travail que nous n’aurons pas du tout de temps pour faire quoi que ce soit. Ce serait super de faire un nouveau DVD peut-être ou quelque chose dans ce genre pour la célébration.

Vous avez une reprise de « Paranoid » sur l’édition limitée de l’album. C’est probablement la chanson de Black Sabbath la plus reprise de tous les temps. Donc, pourquoi avoir choisir de faire votre propre version de cette chanson en particulier ?

En fait, nous n’avons pas choisi ! Cette chanson vient d’un projet où nous l’avons enregistrée pour des sans-abris en Suède, et c’était un des sans-abris qui a choisi cette chanson que nous devions enregistrer. Donc elle est sortie sur un single pour un magazine dont les ventes étaient reversées aux sans-abris. Donc ça, c’était la raison initiale. Mais, bien sûr, le monde ne l’a pas entendue et nous trouvions que c’était une super reprise. Je ne pense pas que vous ayez entendu une reprise de « Paranoid » comme celle-là, c’est certain, car elle est très différente. Je pense que nous sommes parvenus à faire que cette chanson sonne comme Black Sabbath à la sauce Evergrey. Mais lorsqu’au départ nous avons eu l’offre de faire cette chanson, nous étions là : « Oh mon Dieu ! Qu’est-ce qu’on va faire avec cette chanson ? » Car tout le monde l’a faite, mais maintenant nous en sommes très contents !

Quelle est ta relation à la chanson d’origine ?

Je pense que c’est une des chansons qui a créé le heavy metal. Ça doit être ça ma relation à cette chanson. C’est l’une des premières chansons que j’ai entendues et c’est l’une des choses qui sonnent les plus diaboliques qui soit, et Ozzy à l’air d’un démon [petits rires], c’est l’image que j’avais dans ma tête lorsque j’étais gamin. Aussi, étant un groupe anglais, je pense que toute cette époque des groupes anglais était un genre de mystère pour moi.

Tu as publié une déclaration à propos d’un viol qui a été perpétré au Bråvalla Festival en Suède. Tu as déclaré : « J’ai honte d’être un homme. Le fait de répandre l’insécurité et la peur par notre seule présence est très loin de tout ce avec quoi je veux être lié. L’idée que les femmes doivent traverser simplement en coexistant dans la vie de tous les jours dans ce monde avec nous les hommes me remplit de honte. » C’est une pensée intéressante. Penses-tu que, en dehors des violeurs, le problème principal est que les hommes ne se rendent pas compte que leur comportement de tous les jours peut faire en sorte que les femmes ne se sentent pas en sécurité ?

Merci ! Tu as compris ! Oui, c’est un gros problème. Ça a à voir avec la norme que nous créons. Ce dont je suis le plus surpris, c’est les contre-attaques venant d’hommes sur le sujet, affirmant : « Je ne suis pas un violeur, tu ne peux pas dire ça à propos de tous les hommes. » Mais je n’ai pas dit ça à propos de tous les hommes, j’ai dit ça à propos des violeurs. Si tu n’es pas un violeur, pourquoi te sentirais-tu mis en danger par cette phrase ? Pour moi, c’est une putain de honte que je puisse marcher dans la rue et qu’une fille se sente en insécurité à cause de ce qu’un autre homme lui a faite. Et hier, il y avait un autre viol en Suède dans un festival, et une fois ce weekend de festival terminé, il y avait eu quinze viols. Là, il y a quelque chose de clairement déglingué qui se passe. Et ce sont des hommes qui violent des femmes, ce ne sont pas des femmes qui violent des hommes. Et même si ceci est un problème, c’est aussi un problème différent. Je ne suis pas en train de séparer les problèmes les uns des autres mais ça me met vraiment en colère que nous ne puissions pas prendre nos responsabilités ou que nous dévions une telle conversation vers quelque chose qui n’est pas du tout important pour ce sujet. J’ai vu des hommes sur Facebook qui racontaient « tu ne peux pas me qualifier comme ça ou comme ci, » eh bien, je ne t’ai pas qualifié ainsi, je ne me suis pas qualifié ainsi, j’ai dit que j’avais honte du fait que certaines filles ne se sentent pas en sécurité à cause de ce que des hommes leur ont fait, et je suis un homme.

Interview réalisée par téléphone le 9 juillet par Philippe Sliwa.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Evergrey : www.evergrey.net

Acheter l’album The Storm Within.



Laisser un commentaire

  • Lord Satanubis dit :

    Autant le premier video-clip (« Distance ») est dantesque de par sa musique, le chant de Tom et les paysages désolés que l’ont peut voir, autant le deuxième extrait (« The Paradox Of The Flame ») ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, si ce n’est que l’on est toujours subjugué par ces contrées désolées et désertiques et que l’on découvre enfin le visage et la stature de Carina, la femme de Tom (pourtant je suis un fan absolu de la première heure). Quelqu’un peut-il me renseigner sur le lieu de tournage des deux clips car vraiment, j’ai adoré ce décor naturel !!!

    [Reply]

    Pat

    c’est marrant , j’ai exactement l’impression inverse. je préfère ce titre qui est plus dans la continuité du sublime précédent album Hymns for the Broken.
    Pour info , tu pouvais admirer Carina dans le DVD live « A Night to Remember » sorti en 2005. Elle fait entre autre un duo avec Tom sur « Every Tear That Falls ».
    pour les lieux du tournage de ce très beau clip , ça semble être capter en Islande , au vu des plages de sable noir et des geysers . Tarja en avait un dans le même style .

    Lord Satanubis

    « The Paradox Of The Flame » mérite plusieurs écoute pour l’apprécier à sa juste valeur quand à « Passing Trough », le troisième extrait disponible sur Youtube, il sonne un peu électro, ce que le groupe nous avait pas habitué mais perso, je préfère encore et toujours « Distance », parmi les trois titres proposés avant la sortie du skud…

    Pat

    très bon titre que ce « Passing Through » , plus léger que ce qu’on a l’habitude d’entendre avec Evergrey mais agréable à écouter .
    il est vrai que « Distance » se bonifie au fil des écoutes. je préfère l’ écouter sans regarder la vidéo pour apprécier vraiment le travail mélodique . je la regarderai plus tard , une fois familiarisé avec le titre .
    « The Storm Within » s’annonce de mieux en mieux.

    STEPH

    L’Islande bien sûr, le plus beau pays du monde 🙂
    Regarde aussi les clips de Solstafir, ils sont beaux à en pleurer…

  • Arrow
    Arrow
    Dana Fuchs @ Massy
    Slider
  • 1/3