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Chronique   

Evergrey – The Atlantic


Evergrey avait amorcé un cycle avec ses deux précédents albums, Hymns For The Broken (2014) et The Storm Within (2016). Si le premier avait été loué pour le regain de forme et d’inspiration dont le groupe faisait preuve avec les retours d’Henrik Danhage (guitare) et Jonas Ekdahl (batterie), le second avait reçu un accueil un peu plus mitigé, bien que le talent des musiciens restait une constance. Entre-temps, le frontman Tom S. Englund a rejoint Redemption et a livré une excellente prestation sur l’album Long Night’s Journey Into Day (2018). De quoi raviver les attentes quant au nouvel opus d’Evergrey, la troisième partie sur l’ « aventure de la vie » intitulée The Atlantic, analogie aisée entre les épreuves personnelles du chanteur, les changements opérés dans sa vie (Carina n’apparaît pas dans l’album pour une bonne raison…) et le voyage sur l’océan. Ce n’est pas forcément pour cette métaphore que l’on retiendra The Atlantic, mais bien pour un véritable regain de puissance.

Si l’on veut persister dans l’utilisation de la métaphore, le voyage est loin d’être de tout repos. Le sonar de l’introduction d’ « A Silent Arc » confère à l’auditeur quelques secondes de concentration avant de se voir submergé par un riff aux accents black, peut-être pas aussi proche de Behemoth que le prétend le groupe (même si on comprend la comparaison), mais suffisamment agressif pour surprendre. Evergrey aurait-il retrouvé son attrait pour la noirceur et la violence ? Le riffing « djent » et balançant de « Weightless » laisse présumer que oui, le groupe a retrouvé une certaine verve. Il est plus condensé, brut et direct, sans se noyer dans des orchestrations outrancières (exit les violons et chants féminins de The Storm Within). En réalité, à part le plus soyeux et onirique « Departure » et la transition de synthé « The Tidal », les Suédois ne changent jamais de cap et suivent les courants les plus vigoureux. « Currents », justement, illustre la volonté d’Evergrey de ne pas être un marin d’eau douce pour amorcer ses compositions d’emblée avec un riffing massif. La formation n’a bien évidemment pas délaissé son penchant pour les mélodies appuyées, portées par le chant impeccable de Tom S. Englund qui réalise certaines de ses lignes les plus poignantes et accrocheuses, à l’instar du doom langoureux d’ « All I Have », du refrain de « Weightless », qui possède une certaine familiarité (à l’instar de cette petite ligne de clavier sur « Currents »), ou des variations sur « End Of Silence ». Quel que soit le registre emprunté, le frontman, et sa voix chaude, s’adapte parfaitement et devient la raison première de notre immersion.

Bénéficiant d’une orientation musicale rafraîchissante et d’une production revigorée (cette basse sur « Departure »…), The Atlantic reste en outre très attaché à son concept qui se matérialise de nombreuses façons, que ce soit par ce bruit de sonar en incipit, des fredonnements de marins au début d’ « A Secret Atlantis », les bruits de rivage du mélancolique « Departure » ou encore les mouettes dans l’introduction de « The Beacon ». Ce respect du détail se ressent jusque dans l’interprétation des soli, à l’image de la fin floydienne de « Currents » qui pourrait se rapprocher de chants de baleines… Enfin, The Atlantic doit beaucoup à l’inspiration du claviériste et arrangeur Rikard Zander. Ce dernier fait vivre à lui seul « Departure » avec ses mélodies cycliques de piano, jouant parfois un jeu de séduction avec la guitare acoustique, puis confère une tonalité électro froide à « The Beacon » et nous permet de naviguer au sein du cyclone de notes qu’est « End Of Silence ».

Les eaux de ce The Atlantic sont bien plus troubles que les précédents efforts. On ne peut que s’en réjouir. En amenant des racines plus sombres dans son riffing, que ce soit le black, le death et même le doom avec « All I Have » (et ses accents à la Gojira, par ailleurs), Evergrey est porté par des vents favorables. Oui, The Atlantic est l’album le plus noir d’Evergrey à ce jour, et la conclusion abrupte de « This Ocean », aboutissement d’un final flirtant avec black metal, indique qu’il n’est pas nécessairement la fin du voyage entrepris avec Hymns For The Broken (2014). Le voyage est (on espère) encore long, et si la métaphore océanique est d’une évidence naïve (surtout lorsqu’on la force légèrement…), la musique qui l’illustre fait naître la certitude qu’Evergrey devrait arriver à bon port.

Clip vidéo de la chanson « A Silent Arc » :

Album The Atlantic, sortie le 25 janvier 2019 via AFM. Disponible à l’achat ici



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