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Interview   

Exanimis tire ses premières ficelles


Le death metal symphonique aurait-il un nouveau grand nom en France ? Peut-être bien. Initialement formé à Nancy en 2015, Exanimis est un projet qui a pris forme à la Music Academy International. Articulé autour d’un trio central composé de Julien Marzano, Julien Prost et Alexandre Dervieux, le groupe a longuement médité la direction vers laquelle il allait lancer son premier opus, Marionnettiste, qui est sorti en mars. Au regard de cette œuvre imposante, il est aisé de concevoir le temps de réflexion nécessaire afin de penser et concrétiser un tel projet, aussi bien inspiré de la scène extrême symphonique que de la scène progressive, et qui se montre résolument à la hauteur de ses ambitions.

Le concept de Marionnettiste est soigné, son imagerie est finement pensée, et sa musique est puissante. Il est pourtant quelquefois difficile de s’élancer dans un registre musical aussi exigeant, et parfois assez risqué, si l’on n’est pas prêt à fournir un travail méticuleux : un impair qu’Exanimis n’a pas commis puisque c’est bien armé que le groupe s’est lancé dans son aventure musicale, avec de nombreux invités, une production massive et même des cours avec Francesco Ferrini de Fleshgod Apocalypse. Nous nous sommes entretenus avec les trois musiciens pour évoquer ces sujets, les premiers pas du groupe et leurs projets futurs.

 » [Exanimis] Ça vient du latin, ça veut littéralement dire « sans vie ». Ça rejoint plusieurs concepts qui sont abordés dans ce premier album, Marionnettiste. […] Il y a aussi tout le délire que nous abordons autour des marionnettes, et des vies des gens contrôlés par des choses plus grandes qu’eux. C’est le fait de devenir des êtres un peu lunaires, qui n’ont pas le contrôle de ce qu’ils sont vraiment. »

Radio Metal : Il y a un trio central derrière Exanimis, il s’agit donc de vous. Pensez-vous le projet comme un groupe, ou comme un collectif ? Il y a quand même pas mal d’invités parmi les musiciens, et même du point de vue de la narration, sur Marionnettiste. Comment concevez-vous ce projet ?

Julien Marzano (guitare) : En effet, il y a un noyau central, c’est nous trois. Et plus particulièrement, ce sont Alexandre et Julien qui sont beaucoup plus en charge que moi de l’écriture des morceaux, surtout pour le premier album, parce que je suis arrivé en cours d’enregistrement, quand le guitariste de la formation originelle est parti. Donc il y a vraiment ce noyau central de nous trois, maintenant. Il y a eu beaucoup de guests, en effet, sur cet album. Par contre, tout cela s’est fait parce que nous avons eu des besoins ponctuels pour mettre au clair des idées musicales que nous avions, et nous avons fait appel à des amis pour pouvoir enregistrer, et avoir vraiment la vision de ce que nous avions musicalement sur l’album. En réalité, quand nous serons prêts en live, ça sera nous trois plus un hypothétique batteur lorsque nous en trouverons un !

Julien Prost (basse & arrangements orchestraux) : Nous avons aussi pas mal de guests parce que nous avons fait appel à des gens qui savaient faire des choses mieux que nous. Typiquement, je prends toujours l’exemple de l’orgue Hammond. Nous avons demandé à un ami à nous, qui est claviériste de base, de nous enregistrer ça, car c’est toujours plus agréable d’avoir quelqu’un qui joue vraiment, plutôt qu’un truc en full MIDI. Et puis c’est pareil pour certains chœurs sur certains morceaux. Comme l’a dit Julien, au tout début de la formation, il y avait un guitariste, qui nous a lâchés en plein milieu de l’enregistrement, ce qui fait que c’était un peu la course à ce moment-là, parce que nous avons dû demander à un ami à nous, Morgan Koch, guitariste de Swarmaggedon, d’enregistrer les solos que devait faire l’ancien guitariste. Ça a un peu été la course, mais je trouve que nous ne nous en sommes pas trop mal sortis finalement !

Alexandre Dervieux (chant, guitare & arrangements orchestraux) : Heureusement que nous avons de bons musiciens qui nous entourent pour nous dépanner au cas où, quand même.

Quel est votre parcours musical à chacun ? Avez-vous eu d’autres groupes avant Exanimis ?

Julien P. : Oui ! Moi, j’ai commencé la musique quand j’avais quatorze ans, je crois. J’ai fait comme tout le monde, on a tous commencé tout seuls, dans sa piaule, à reprendre des morceaux de groupes qu’on aimait bien. En ce qui me concernait, c’était Iron Maiden, par exemple. Ensuite, j’ai rejoint une formation de thrash metal, qui existe toujours mais qui, je crois, n’est plus trop en activité. A l’issue de ça, comme je voyais que ça ne menait clairement nulle part, j’ai décidé de tout quitter et de partir à Nancy faire cette fameuse école de musique où nous nous sommes tous rencontrés, la MAI. Et c’est là qu’Exanimis a commencé.

Que vous a apporté la MAI ? En quoi cela a porté l’émergence de ce projet ? Vous en parlez sur le communiqué de presse…

Julien M. : En fait, la MAI, c’est vraiment le dénominateur commun de notre rencontre, c’est clair. Et puis c’est là que nous nous sommes formés. En plus, c’est curieux car nous avons tous fait des cursus à des années différentes, mais malgré tout, du fait que nous nous connaissions entre générations qui sortent de cette école-là, et entre les promos sortantes, nous nous rencontrons. Ça fait que nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes mis en commun, nous nous sommes vraiment retrouvés avec des influences communes. Par rapport à l’école, ce qu’elle nous a vraiment apporté, c’est qu’en fait, la MAI est une école de musiques actuelles, dans laquelle on ne fait pas forcément du death metal. Par contre, pour tout ce qui est connaissances théoriques de la musique, ça nous a apporté beaucoup. Je pense que maintenant, grâce à cette école-là, on peut vraiment dire que nous arrivons à mettre le doigt sur la musique que nous écoutons et que nous apprécions. Nous savons dire pourquoi, d’un point de vue théorique, expliquer ce qu’il se passe, nous arrivons à comprendre et à le retranscrire pour notre musique. Au-delà de ça, d’un aspect technique ou composition, ce n’est pas là-bas que nous avons appris à composer cette musique-là. Je pense que nos influences viennent vraiment de notre culture propre, qu’il y a derrière. Ce n’est pas dans cette école que nous avons appris à composer du death metal orchestral.

Alexandre : Au-delà de ça, en plus, j’ai créé le projet avec un camarade qui a fait la MAI en même temps que moi, il y a maintenant plus de sept ans. On peut vraiment dire que le projet est né grâce à ça, parce que c’est là que nous nous sommes rencontrés. Nous ne nous connaissions pas du tout avant, je ne suis pas de Nancy. Ça a apporté beaucoup, même si ce n’est pas là que nous avons appris à composer, mais le projet est né grâce aux rencontres qui ont été faites au sein de l’école.

Quelle est l’origine du nom Exanimis ?

Alexandre : Ça vient du latin, ça veut littéralement dire « sans vie ». Ça rejoint plusieurs concepts qui sont abordés dans ce premier album, Marionnettiste. Forcément, le côté « sans vie », pour un groupe de death metal, ça va avec. Il y a aussi tout le délire que nous abordons autour des marionnettes, et des vies des gens contrôlés par des choses plus grandes qu’eux. C’est le fait de devenir des êtres un peu lunaires, qui n’ont pas le contrôle de ce qu’ils sont vraiment. Ça rejoint ce côté « sans vie », et ça rejoint aussi les personnages que nous incarnons nous, au sein du groupe, qui sont un peu des êtres désincarnés, qui sont des manifestations d’émotions primaires, et qui sont là uniquement pour représenter ça, donc pareil, dénué de vie. Ça rejoint un peu tous ces concepts-là.

« Nous ne voulions pas passer par l’étape « EP puis album ». Il y a plein de groupes qui font ça, il n’y a pas de souci, c’est cool. Mais nous ne voulions pas passer par cette étape-là, nous voulions vraiment apporter un truc relativement abouti. »

Pour un premier album, Marionnettiste est très dense, très maîtrisé aussi. Sachant que le projet a été fondé en 2015, combien de temps a duré le processus entre la réflexion sur le projet, l’écriture, l’enregistrement, et tout ça jusqu’à la sortie ?

Julien P. : C’était un peu le parcours du combattant. Effectivement, on a beau dire comme ça, ça fait depuis 2015, c’est long, c’est vrai, on ne peut pas le nier. Mais ça n’a pas été cinq années intensives. Nous avons fait des pauses à cause d’un manque d’inspiration, du syndrome de la page blanche, nous ne savions pas trop où aller… Nous avons même fait des essais d’écriture plus ou moins avortés, où nous sommes revenus sur des compos, etc. Pour le processus d’écriture, nous nous voyions ; soit j’allais chez Alex, soit il venait à la maison. C’était plus souvent chez moi, car j’avais de quoi enregistrer et faire des démos à peu près propres. C’était plus Alex qui écrivait de son côté, et puis il venait chez moi et nous enregistrions, nous arrangions des trucs, nous regardions comment les agencer. Ça s’est fait gentiment, mais sûrement.

Julien M. : De mon point de vue, vu que je suis arrivé en 2019 et que l’album était déjà écrit, j’ai l’impression que ça fait à peu près trois ans que nous nous disons qu’il faudrait quand même en faire quelque chose et sortir un album, travailler le concept et voir pour les visuels… On va dire que ça fait à peu près un ou deux ans qu’il y a une volonté de rendre le projet « professionnel » – le mot est un peu fort, mais vous voyez où je veux en venir, le fait d’amener ça concrètement et d’en faire un bel album, quelque chose que nous soyons fiers d’écouter, même des années plus tard. C’est devenu un peu plus sérieux il y a deux ou trois ans.

Julien P. : Je peux en témoigner par mes anciens projets, mais à chaque fois, quand on me disait : « Vas-y, fais-moi écouter ton groupe ! », j’étais presque obligé de lire la Déclaration des Droits de l’Homme en disant : « Bon, je te fais écouter, mais le mix est pas ouf, et puis ce n’est pas trop masterisé, etc. » Là, c’est vraiment : « Pose le CD sur la table, et écoute. » Je n’ai pas envie de m’excuser pour des problèmes ou pour des trucs qui n’ont pas été faits.

Julien M. : Il y a une autre idée derrière en plus de ça, c’est que nous voulions aller commencer à démarcher, que ce soit les maisons de disques ou quoi que ce soit, avec un projet qui soit suffisamment abouti. Nous ne voulions pas passer par l’étape « EP puis album ». Il y a plein de groupes qui font ça, il n’y a pas de souci, c’est cool. Mais nous ne voulions pas passer par cette étape-là, nous voulions vraiment apporter un truc relativement abouti.

Julien P. : Ça fait très prétentieux de dire ça, mais sans arrière-pensée, le fait est qu’avec tout ce que nous avions à dire, un EP n’aurait jamais été suffisant. Il aurait fallu en sortir quatre d’un coup. Donc au lieu de sortir quatre EP sur deux ans, autant sortir un album direct.

Ce qui est particulièrement réussi dans Marionnettiste, c’est l’équilibre que vous avez dans les morceaux. C’est-à-dire que même si vous vous revendiquez des influences assez évidentes de Fleshgod Apocalypse ou Obscura, ce sont quand même deux groupes qui peuvent être très chargés techniquement ; ou même si vous vous revendiquez du progressif avec Dream Theater, c’est pareil, ils sont assez intenses dans les prouesses progressives, quitte à parfois faire un peu décrocher l’auditeur qui ne serait pas un afficionado du prog. Vous, vous parvenez à ne pas trop basculer vers l’un ou vers l’autre. Recherchez-vous vraiment un équilibre entre la technique et les évasions progressives de toutes vos influences ?

Alexandre : Je crois que nous ne nous sommes même pas posé la question. Nous écrivons vraiment ce qui nous passe par la tête, ce que nous avons envie de raconter musicalement, que ça vienne d’idées qui viennent d’autres médias ou quoi. Ça vient comme ça. Je pense que c’est un mélange naturel qui se fait entre nos influences death et nos influences prog, et nous les retranscrivons vraiment telles qu’elles viennent.

Julien M. : Du coup, le deuxième album est en cours d’écriture, et nous ne cherchons pas à nous dire : « C’est déséquilibré entre ce morceau-là et ce morceau-là. » Pour l’instant, tout vient comme ça, et nous espérons juste créer de la dynamique dans les morceaux. Je pense que ça s’arrête là. C’est peut-être le seul truc que nous nous disons. Nous voulons qu’il y ait des passages calmes, qu’il y ait des passages techniques parce que c’est fun à jouer et que nous aimons ce genre de truc-là, et ce n’est pas plus réfléchi que ça.

Alexandre : Oui, nous n’allons pas nous dire : « Tiens, ce moment-là, il faudrait que ça fasse plus tech-death, et celui-là plus prog à la Dream Theater. » Nous faisons vraiment comme les choses viennent.

Julien P. : Tout ce que mes camarades ont dit est vrai, mais je pense qu’on peut vraiment résumer le truc à : « Est-ce que ça nous plaît ? » Si ça nous plaît, nous ne nous posons pas de question. Nous créons le truc, nous l’écoutons, et si ça nous plaît, ça roule.

Alexandre : Si l’idée est nulle, nous allons la trouver nulle, nous allons la dégager, mais c’est tout [rires].

Julien M. : Nous avons la chance de tous assez bien nous entendre là-dessus. C’est que quand un truc est pourri, nous savons tous nous le dire, nous sommes tous d’accord et ça facilite beaucoup !

« Je pense qu’au final, ce sont aussi des influences qui viennent d’ailleurs, surtout de la musique de film, comme Danny Elfman ou Howard Shore. Je pense que c’est ça qui nous démarque un peu du lot, et qui est venu tout aussi naturellement. »

Par rapport à ça, vous n’avez pas forcément essayé de vous démarquer consciemment de toutes vos influences ?

Alexandre : C’est pareil, c’est venu naturellement à la base. Quand nous avons commencé à écrire avec l’ancien guitariste, nous nous sommes directement dit que nous voulions faire des compos de death, bien écrites de base, et avec l’idée de rajouter un orchestre dessus. Je pense qu’au final, ce sont aussi des influences qui viennent d’ailleurs, surtout de la musique de film, comme Danny Elfman ou Howard Shore. Je pense que c’est ça qui nous démarque un peu du lot, et qui est venu tout aussi naturellement. Ce sont ces influences qui sont venues faire la différence, mais nous ne nous sommes pas posé la question. Je sais que c’est quelque chose d’ancré en nous, qui nourrit notre musique naturellement. C’est venu comme ça.

Du coup, la partie symphonique, qui porte la théâtralité de Marionnettiste, est venue après la composition des instruments metal ?

Julien P. : Non, nous faisons tout en même temps. En ce qui me concerne, je trouve un riff de guitare, et quand je le trouve, je ne me dis pas : « Je vais faire tout le metal d’abord et ensuite l’orchestre. » C’est-à-dire que je trouve mon riff et je fais directement l’orchestre par-dessus, comme ça, ça me donne une idée claire de ce à quoi ça va ressembler presque à la fin. En termes d’écriture, ça s’est vraiment fait tout en même temps. Nous ne nous sommes pas dit : « Tiens, ça serait cool si, sur ce morceau, on rajoutait de l’orchestre. » Nous nous sommes dit que nous ferions tout en même temps, comme ça quand nous finissons le morceau, il est fini et nous ne revenons plus dessus.

Alexandre : Ceci dit, le metal vient souvent avant l’orchestre, même si les deux viennent de pair. C’est plus rare que nous trouvions une idée orchestrale d’abord et que nous rajoutions un riff dessus après. C’est souvent le metal qui vient en tout premier.

Julien P. : Ce que je voulais dire par là, c’est que nous ne faisons pas toute la partie metal pour ensuite intégrer l’orchestre. Si nous avons trouvé une partie metal qui nous convient, nous ajoutons directement l’orchestre dessus.

Julien M. : Par rapport au visuel, il est arrivé un peu après. C’est quasiment ce qui a été terminé en dernier sur l’album, que ce soit la pochette, les illustrations par morceaux ou même nos styles avec les masques, les costumes et tout ça. C’est arrivé relativement tard, mais je crois que c’est une idée qui avait été pensée assez en amont. Mais la concrétisation, là où nous avons voulu amener le visuel, c’est venu un peu plus tard. L’aspect théâtral et visuel est une chose à laquelle nous sommes attachés. C’est quelque chose que nous voulons poursuivre et que nous espérons même un jour bien mettre en valeur, quand nous pourrons refaire des concerts. Pas au début bien sûr, car il faut quand même des moyens, mais c’est sûr que nous voudrions y penser.

Pour ce qui fait le lien entre la musique et l’aspect visuel, il y a toute une narration dans cet album. Est-ce que les paroles, le contenu thématique, c’est quelque chose que vous aviez en tête dès le départ ? Est-ce que c’est venu avec chaque morceau ?

Alexandre : On va dire que c’est un peu propre à chaque morceau. En ce qui me concerne, avant de trouver la moindre note ou le moindre riff, il y a toujours un concept que j’ai piqué à droite à gauche, que ce soit dans un bouquin, dans un jeu ou dans un film. Il y a toujours un concept, une idée, une histoire que je vais essayer de traduire musicalement à notre sauce. Du coup, c’est un peu propre à chaque morceau, même si pour cet album-là, il y a une espèce de fil conducteur thématique, plus qu’une vraie histoire conceptuelle, qui lie le tout.

Julien P. : C’est-à-dire que chaque morceau, au niveau de la narration, est indépendant, mais tous les morceaux abordent le même thème ; ce sont des histoires différentes mais avec le même thème comme fil conducteur. C’est un peu comme ce que fait Carach Angren. Ils prennent un mythe, une légende, une histoire, un truc, et ils brodent plusieurs petites histoires autour. C’est un peu le même principe. Nous ne nous sommes pas dit : « Il faut absolument faire comme Carach Angren car c’est trop bien. » Non, ça s’est fait naturellement, mais c’est pour donner une idée aux gens qui connaissent Carach Angren. En termes de narration, c’est un peu pareil pour nous.

Est-ce que vous vous situez dans un univers horrifique ou dans autre chose ?

Alexandre : C’est un mélange de plusieurs choses. Il y a un peu de fantastique, mais il y a pas mal d’horrifique qui nous nourrit.

Julien P. : Si on devait définir le genre, ce serait un peu le genre à la Lovecraft, du fantastique horrifique.

Alexandre : C’est un peu à l’image de nos personnages de scène : c’est horrifique, mais avec une redingote, avec élégance [rires].

Julien P. : Avec un jabot, quoi ! [Rires]

« L’aspect théâtral et visuel est une chose à laquelle nous sommes attachés. C’est quelque chose que nous voulons poursuivre et que nous espérons même un jour bien mettre en valeur, quand nous pourrons refaire des concerts. »

Justement, l’aspect symphonique renvoie à tout un univers imaginaire. Vous avez parlé de Danny Elfman, qui est une musique qui a une coloration très particulière car elle est associée à des films assez marqués stylistiquement. Malgré ça, vous semblez quand même traiter des problématiques assez réelles, comme le côté « manipulé / manipulateur » qui est très humain. Avez-vous une démarche comme les contes, de passer par le fantastique, l’imaginaire, pour parler du réel ?

Alexandre : Honnêtement, vu que c’est en majorité moi qui écris les paroles, je ne pense pas du tout.

Julien P. : Si c’est le cas, nous n’avons pas fait exprès !

Alexandre : Comme je dis, nous ne sommes pas là pour parler de politique ou de problèmes de société. Nous sommes plus là pour parler d’histoires fantasmagoriques. Ce sont des écrits fantaisistes pour parler fantaisiste. Après, oui, comme vous l’évoquez, ça peut rejoindre des thématiques humaines qui sont très vraies, mais au final, c’est plus un concept qui servirait de support à la thématique plus fantastique et horrifique du morceau.

Julien M. : Après, il y a des morceaux comme « Cogs, Gears & Clockworks » qui se rapprochent peut-être un peu plus de ce truc-là, où il va vraiment y avoir un concept qui va se rapprocher encore plus du thème de l’album, qui est l’aspect d’être manipulé, et d’avoir quelque chose de supérieur à soi qui va se conclure soit par la mort, soit par la destruction des choses par le temps, et ce genre de truc-là. Après, si on prend un morceau comme « Stampede Of The 10,000 », on parle d’une armée qui va tout défoncer… [Rires] Ce sont des thèmes qui n’ont plus vraiment à voir avec du très concret, c’est plus dans du fantastique.

Alexandre : Ça serait concret, mais d’une autre manière !

Les personnages que vous évoquez, ou peut-être même les auditeurs qui écoutent Exanimis, dans quel environnement ou contexte historique voulez-vous les amener ?

Alexandre : Comme j’aime dire à chaque fois, il faut voir l’album comme une série de cauchemars qui est vécue par l’auditeur. Si on devait choisir une époque, un lieu, il y a quelque chose qui nous sied bien, c’est toute l’époque victorienne, fin du XIXe siècle. Ça serait l’environnement visuel qui nous correspondrait. Ça serait une nuit de cauchemars que vivrait quelqu’un, avec des créatures issues du début du XXe ou fin XIXe.

Julien P. : Après, je pense aussi que ça, c’est beaucoup au niveau de l’interprétation de l’auditeur. Parce que comme l’a dit Alex, ça raconte une série de cauchemars, et dans un cauchemar, tu ne décides pas où tu te situes, avec qui, comment, pourquoi… Donc finalement, il peut se projeter. S’il veut aller dans le futur, il peut aller dans le futur. S’il veut aller dans le passé, il peut aller dans le passé. S’il veut rester dans le présent, il peut rester dans le présent, ce qui est plutôt cool, je pense. Effectivement, pour nous, ça serait plus l’époque victorienne, mais si ça évoque à l’auditeur plus quelque chose qui se passe plus loin dans le passé, ou dans un futur proche ou lointain, libre à lui, c’est très bien.

Alexandre : Après, nous sommes forcément conditionnés par nos visuels. Nous les avons faits en connaissance de cause. Quelqu’un qui tombe sur nos morceaux, qui lit les paroles, et qui n’a pas du tout le visuel en tête, il peut le mettre dans le contexte qui lui plaît, comme tu dis.

Justement, pour les visuels, il y a une intention cinématographique à la fois dans la musique et dans l’esthétique. Est-ce que c’est quelque chose que vous voulez développer, par exemple en multipliant les clips, ou justement en développant vraiment toute une scénographie ?

Julien M. : Tout à fait ! Nous avons sorti un premier clip, « Cogs, Gears & Clockworks ». Nous avons voulu faire un petit court métrage. Et il y a quelque chose sur quoi nous sommes assez d’accord tous les trois, c’est que dans nos clips, nous voulons raconter des histoires. Nous ne voulons pas faire un clip où on nous voit avec nos instruments. Pour l’instant, nous ne sommes pas dans ce truc-là, ce n’est pas ce que nous voulons montrer. Nous voulons vraiment raconter des histoires. Et le fait de nous montrer en tant que personnages qui sont des reflets d’émotions, c’est un peu le concept que nous cherchons à mettre en place. Après, les gens vont nous découvrir avec une guitare sur scène, ça va être un peu autre chose, mais pour l’instant, c’est ça.

Alexandre : Un des grands buts, à terme, c’est de mettre en place tout un univers, toute une mythologie autour du groupe, dans l’absolu.

Julien P. : Même dans un cas plus concret, si un jour, par un alignement de planètes, nous arrivons à refaire des scènes, nous aimerions beaucoup plus nous rapprocher de la « pièce de théâtre » que du vrai concert. C’est-à-dire que nous avons vraiment envie de proposer un vrai spectacle, plus que « on arrive, on joue, et on se casse ». Donc avec un peu de mise en scène, avec certains effets scéniques, etc. Mine de rien, ça permet beaucoup d’être identifiables, parce que les costumes, parce que la musique. Pour nous, l’idée, ça serait que si quelqu’un passe, il tilte tout de suite que c’est nous et qu’il ne soit pas obligé de chercher : « Ah, tiens, c’est qui ? », parce que nous avons vraiment un univers visuel personnel, je pense, donc c’est ce que nous voulons faire.

« Si on devait choisir une époque, un lieu, il y a quelque chose qui nous sied bien, c’est toute l’époque victorienne, fin du XIXe siècle. Ça serait l’environnement visuel qui nous correspondrait. Ça serait une nuit de cauchemars que vivrait quelqu’un, avec des créatures issues du début du XXe ou fin XIXe. »

Avez-vous une formation en théâtre, ou dans le cinéma, par exemple ? Quels sont les autres arts que vous touchez en dehors de la musique ?

Julien P. : Aucun d’entre nous n’a pris de cours de théâtre. Après, les arts qui nous touchent, je pense que ce sont les mêmes. Il y a effectivement le cinéma, qui nous a beaucoup influencés. On en a parlé tout à l’heure avec Danny Elfman, Howard Shore, John Williams, des gens qui font des choses comme ça. La littérature, ça sera plus pour Alex, avec Lovecraft, parce que je ne suis pas un très grand lecteur, j’avoue. Même les jeux vidéo, avec la série de jeu Dark Souls, etc. Nous en avons vraiment pris un peu partout, nous l’avons adapté à notre univers, et ça a donné quelque chose dont nous sommes très fiers.

Julien M. : Je ne pense pas que les arts que nous faisons à côté soient quelque chose qui influence l’aspect « mise en scène ». Je pense que nous allons un peu partir de « zéro ». Mais c’est un truc que nous voulons mettre en place.

Alexandre : Il y a peut-être quelques films par-ci, par-là qui nous aiguilleraient, mais plus en termes de thématiques à aborder, ou d’un point de vue « spectacle », mais effectivement, ça ne serait pas des influences directes pour la scénographie.

Je pense à certains morceaux fleuves comme « Cathedral », est-ce que vous voudriez le porter avec un clip qui soit presque un court métrage ou est-ce que pour l’instant ce n’est pas vraiment d’actualité ?

Julien P. : Alors « Cathedral » est un morceau qui fait à peu près seize minutes quarante… Je ne pense pas que ce soit notre priorité. Déjà, le clip que nous avons sorti du morceau « Cogs, Gears & Clockworks », nous avons dû le raccourcir, parce qu’à la base, il fait un peu moins de douze minutes et nous l’avons raccourci à neuf. Pour l’anecdote, quand nous avons dit à l’équipe de tournage que le morceau faisait onze minutes, ils nous ont dit : « Bon, les gars, c’est chaud, il va falloir couper » [rires]. Donc porter « Cathedral » en clip ou en court métrage, en tout cas à notre niveau actuel, ça va être compliqué.

Alexandre : Ça demanderait beaucoup de moyens, de temps, et un travail assez conséquent en amont du moindre tournage.

Julien P. : Et puis mine de rien, le morceau parle d’une cathédrale assez grosse, donc il va falloir la trouver, elle aussi !

Alexandre : Et puis de quelqu’un qui mange des gens ! Alors si on fait un film d’horreur, ça promet d’être assez gore…

Julien P. : On va être obligés de le mettre sur Vimeo, parce que YouTube va le flagger… [Rires]

Et pour développer cet univers, comment s’est passée votre collaboration avec l’illustrateur Loïc Muzy ?

Julien P. : Loïc est coupable de toute la direction artistique. Il nous a sorti une énorme épine du pied et que ce qu’il a fait est absolument fantastique. Pour l’anecdote, quand nous l’avons rencontré, nous étions à la FNAC en train de regarder un bouquin sur Lovecraft, et nous nous sommes dit : « Putain, il dessine quand même vachement bien, ce mec ! C’est qui ? Ah, Loïc Muzy ! » Quand nous avons cherché où il était, c’était encore un coup de pot, car j’ai vu qu’il était sur Nancy !

Alexandre : Donc nous nous sommes dit : « On va lui envoyer un message immédiatement ! » [Rires].

Julien P. : Nous lui avons envoyé un message, nous nous sommes rencontrés, le courant est bien passé, nous avons discuté, et il nous a dit : « Bon bah les gars, allez, ça roule ! » Une fois que nous avons fini de composer tous les morceaux et que nous avons eu des démos à peu près écoutables, nous lui avons envoyé les démos avec quatre ou cinq mots-clés par morceau, pas plus. Et lui a dessiné, tout simplement. C’était vraiment simple, et à chaque fois qu’il nous disait : « Voilà, j’ai fait ça. Ça vous plaît ? », nous lui répondions : « Ben… Oui ! »

Julien M. : C’est ça qui était fou. C’était à chaque fois la claque. C’est-à-dire que nous avions l’idée d’un concept, et même avec ce que nous pouvions nous représenter dans notre petite tête à nous, avec les mots que nous lui donnions, il arrivait avec un truc qui était à chaque fois plus recherché. Il mettait en avant une idée d’un des mots-clés que nous avions cités, et à chaque fois, nous étions là à nous dire : « Ah bah ouais, ça marche trop bien ! » Loïc, c’est clairement son métier, il fait plein de bouquins, il travaille aussi pour des boîtes qui font des jeux de rôles, des jeux de plateau, etc. Il n’avait pas spécialement l’habitude de travailler pour un groupe, et il a travaillé avec autant de professionnalisme que quand il travaille avec les entreprises pour lesquelles il travaille, pour les jeux, etc. Il a poussé le détail vraiment loin, pour que les couleurs et tout le reste soient raccord. Nous avons vraiment été ravis. Nous avons juste eu un petit retour sur la pochette, parce qu’il est parti sur deux concepts différents. C’est là que nous avons eu notre mot à dire et que nous avons poussé un peu plus loin, mais c’est tout. Pour le reste, nous lui avons vraiment fait confiance jusqu’au bout.

Julien P. : En fait, pour chaque illustration, c’était : « Ne touche plus à rien ! » Comme disait Julien, à part sur la pochette où Loïc a dû changer le concept, qui pour le coup nous convenait mieux, dès qu’il nous proposait une illustration, nous lui disions oui. C’est-à-dire que nous avions un truc en tête, et quand il nous montrait ce qu’il avait fait, nous réalisions que ce à quoi nous avions pensé, c’était nul [rires].

Alexandre : Avant nous, il n’avait bossé qu’avec un seul groupe, avec qui il n’avait fait que la pochette et le boîtier carton de l’album. L’avantage qu’il a eu avec nous, c’est qu’il a tout de suite saisi l’idée de l’univers que nous voulions développer, un truc qui soit à la fois sombre et élégant. Au-delà des illustrations par morceaux de la pochette, il nous a aidés à essayer d’intégrer et de mettre vraiment sur papier et avec le plus de précision possible tout l’univers que nous mettons en place, avec les personnages que nous créons et que nous incarnons. C’est vrai que là-dessus aussi, il nous a été d’une aide importante.

Julien M. : C’est clair, il a dessiné les masques. Après, les masques ont été réalisés par Logan Berdah, un autre artiste, qui nous a super bien fait les masques, nous étions contents. En tout cas, Loïc, si tu nous lis, encore une fois, merci pour ce fabuleux travail !

« Un des grands buts, à terme, c’est de mettre en place tout un univers, toute une mythologie autour du groupe, dans l’absolu. »

Pour revenir à la question initiale de l’interview, avec Exanimis, vous allez faire venir différents intervenants pour la suite, ou vous allez garder plus ou moins la même équipe ? Comment envisagez-vous cela ? Vu que vous parlez déjà d’un deuxième album…

Alexandre : Ce qui serait bien, c’est que nous trouvions un batteur attitré.

Julien P. : Oui, mais même sans parler de ça, est-ce qu’il y aura d’autres guests ? Honnêtement, pour l’instant, ce n’est pas parti pour, je pense. Peut-être. En vrai, nous ne savons pas nous-mêmes. Nous ne nous posons pas la question. Encore une fois, pourquoi y a-t-il autant de guests sur le premier album ? C’est parce qu’il y avait des gens qui savaient faire des choses mieux que nous. Sauf qu’entre-temps, nous avons pris du niveau et maintenant, il y a des choses que nous savons faire. Je prends mon cas, pour le premier album, l’orchestre est fait avec des banques de sons, donc en MIDI, puisque nous n’avons pas les moyens de nous payer un vrai orchestre, et nous avons demandé à quelqu’un qui avait tout ce matériel de le faire pour nous. Ce sont des frais en plus, du temps en plus, etc., et je ne voulais plus faire ça pour le deuxième album. Du coup, je me suis formé, en prenant des cours avec Francesco Ferrini de Fleshgod Apocalypse. C’est donc une chose que nous allons faire nous-mêmes pour le deuxième album, donc ça fera des guests en moins, forcément. C’est pour faire des économies, et c’est un peu prétentieux de dire ça, mais c’est vraiment pour pouvoir dire : « C’est notre album », parce qu’effectivement, nous avons plein de guests. Là, ça sera vraiment notre album, que nous aurons fait nous-mêmes de A à Z.

Julien M. : Après, s’il y a un besoin très particulier qui vient pour un interlude ou un truc comme ça, et que nous avons besoin de rappeler la pianiste qui nous a fait les interludes sur le premier album, nous le ferons. Déjà, c’est parti pour qu’il y ait moins d’interludes. Ça va être autre chose. Il y aura peut-être encore des narrateurs, des interventions de ce genre-là, mais moins de guests, ça c’est sûr.

Julien P. : Après, si effectivement, nous avons besoin par exemple d’une flûte de Pan sur un morceau, nous allons demander ça à un mec qui joue de la flûte de Pan.

Julien M. : Voilà, nous n’allons pas la sampler ou trouver une banque exprès. S’il y a des trucs que nous pouvons faire naturellement, sans banque de sons, ça peut être cool. Mais évidemment, pour tout ce qui est des orchestrations, nous ne pouvons pas nous le permettre. D’autant que nous avons des outils en place, et comme tu le dis Julien, tu t’es sacrément formé ces derniers temps, donc ça devrait le faire.

Julien P. : Je pense que le deuxième album aura vraiment une autre gueule.

L’idée est aussi qu’il y ait de plus en plus d’instruments réels et qu’on ait de moins en moins affaire à de l’orchestration et de la programmation ?

Julien P. : C’est ça. Je suis partisan de dire : « Si on peut le faire en vrai, on le fait. » C’est-à-dire que si pour une partie de piano, nous avons l’occasion d’enregistrer un vrai piano, ou un vrai orgue Hammond, je pense que c’est toujours mieux. Après, effectivement, il y a des choses où nous n’avons vraiment pas d’autre choix que de passer par les banques de sons, notamment l’orchestre. C’est pareil pour les chœurs et pour certains instruments, comme la harpe.

Julien M. : Mais dans la situation actuelle, pour ce qui est du futur d’Exanimis, ça restera majoritairement de la banque de sons, car là, le besoin ne s’est pas présenté d’aller chercher un orgue Hammond, ou un piano, ou quoi. Nous faisons aussi avec nos connaissances, et pour l’instant, nous avons encore ces limites-là.

Julien P. : Après, avec les technologies d’aujourd’hui… Je prends toujours cet exemple car c’est le plus frappant, mais quand on écoute la version orchestrale de l’album King de Fleshgod Apocalypse, à aucun moment on ne peut se dire que c’est du MIDI. C’est tellement bien fait ! C’est d’ailleurs pour ça que je me suis formé avec lui, car que je voulais atteindre ce niveau-là, et pour le coup, j’y suis presque. Avec les technologies d’aujourd’hui, on ne peut plus dire si c’est du MIDI ou si c’est du vrai. Finalement, est-ce que nous prendrons un jour un vrai orchestre ? Je ne sais pas.

Tu l’as évoqué à plusieurs reprises, tu t’es donc formé avec Francesco de Fleshgod Apocalypse…

Julien P. : Oui, et même encore là, j’ai cours demain avec lui ! [Rires] Je prends des cours d’arrangement. A une époque, j’étais moins bon en tant qu’arrangeur, mais c’est surtout que j’avais tendance à souvent faire les mêmes choses, à toujours avoir recours aux mêmes techniques d’orchestration, etc. Donc je prends des cours avec lui pour notamment pouvoir sortir de ma zone de confort, et aussi pour pouvoir programmer le MIDI pour que ça fasse vraiment le plus réaliste possible.

Julien M. : Oui, parce que rien que sur les démos que nous sommes en train de faire pour le deuxième album, l’humanisation de l’orchestration n’a déjà plus rien à voir avec l’orchestration seule du premier album. Il y a déjà des choses qui ont changé, qui ont évolué. Au-delà des banques de sons qui ont changé, d’un point de vue technique, ça a déjà une tronche plus humaine à cause des cours que tu as pris avec Francesco Ferrini. Ça t’a quand même déjà pas mal aidé, et ça va continuer. Donc c’est super.

Julien P. : Ça fait à peu près un an que je prends des cours avec lui, donc effectivement, le niveau a explosé. Et c’est entièrement grâce à lui.

« Après, nous avons aussi une grosse inquiétude, c’est : à quoi va ressembler le paysage de l’industrie musicale en France pour les groupes de metal quand tout ça pourra reprendre ? […] Nous avons très peur de tout ça, et nous sommes vraiment de tout cœur avec les promoteurs de salles, qui sont clairement en souffrance. »

Pour parler des choses qui fâchent, aviez-vous des plans pour tourner prévus, ou qui sont prévus ? On imagine que ça devait se faire avec des groupes de symphonique à la Fleshgod, mais ça pouvait aussi se faire avec d’autres groupes. Mais aviez-vous des plans de tournée prévus, ou qui sont prévus ?

Julien M. : Pour la petite histoire, l’album Marionnettiste a fini d’être mixé et masterisé fin 2019, on va dire. Et à part quelques illustrations que nous n’avions pas encore, l’album aurait franchement presque pu sortir au printemps 2020. A cette époque, on était à fond dans l’époque de la pandémie, le premier confinement, où tout le monde se regardait en chien de faïence, sans savoir où tout ça allait mener. Donc nous nous sommes dit que nous n’allions pas non plus faire un coup d’épée dans l’eau et sortir l’album alors que nous n’allions jamais pouvoir défendre cette musique-là sur scène. Et pour aussi parler d’un point de vue business, ça veut aussi dire ne pas vendre de merch, et ne pas avoir de retour sur l’investissement que nous venions de faire. Nous sommes restés très frileux, comme pas mal de monde malheureusement. Nous avons attendu un peu, et à un moment donné, nous nous sommes dit : « L’album est prêt, il faut qu’on se concentre sur l’avenir d’Exanimis. Il faut quand même qu’on sorte l’album car même nous, on va imploser. » D’avoir un truc sous le coude et de ne pas pouvoir le sortir, c’est quand même assez frustrant, donc nous l’avons sorti en toute connaissance de cause, en nous disant : « On fera pas de concert tout de suite. » C’était clair. Donc malheureusement, l’album est sorti alors que nous n’avons même pas de batteur, et que nous n’avons même pas cherché de batteur ! Parce que malheureusement, on en est là. Nous savons que nous n’en referons pas en 2021. Peut-être en fin d’année, on croise les doigts. Après, nous avons aussi une grosse inquiétude, c’est : à quoi va ressembler le paysage de l’industrie musicale en France pour les groupes de metal quand tout ça pourra reprendre ? Où en seront les promoteurs de salles ? Où en seront les groupes ? Est-ce que nous trouverons des tourneurs ? Est-ce qu’il y aura encore des groupes qui voudront faire des tournées ? Dans quel contexte, dans quelle situation sera-t-on ? Nous avons très peur de tout ça, et nous sommes vraiment de tout cœur avec les promoteurs de salles, qui sont clairement en souffrance. Pour l’instant, nous restons observateurs, et puis nous faisons notre promo et tout ça sur Internet, ce qui nous déplaît aussi un peu, car nous ne sommes pas des youtubeurs, instagrammeurs et tout ça, ça reste du réseau. Mais nous nous disons que nous sortons quand même quelque chose, que les gens nous découvrent, que nous nous concentrons maintenant sur l’avenir, le deuxième album, et tout ça. Et si ça se trouve, nous défendrons Marionnettiste sur scène avec des morceaux du deuxième album aussi… Nous ne savons pas comment nous serons.

Julien P. : Je pense que quand tout ce bazar sera terminé, et je ne sais pas si c’est parce que je suis trop optimiste ou quoi, mais je pense que les concerts reprendront de plus belle. Parce que là, les gens sont en train de craquer, en fait. Ils n’en peuvent plus, ils ont envie de retourner dans les restos, ils ont envie de retourner dans les bars, ils ont envie de retourner aux concerts, et moi qui en parle régulièrement avec Ferrini, même les gars de Fleshgod n’en peuvent plus. Ils n’ont qu’une envie, c’est de retourner sur scène. Je pense que quand tout ce cinéma sera fini… Personnellement, je ne me fais pas trop de souci, mais on verra.

Julien M. : Moi aussi. Je sais que les gens seront là pour faire des concerts. Nous crevons tous d’envie d’aller retourner suer à un concert. Ça, c’est clair. Le truc, c’est : est-ce que les structures seront là ?

Alexandre : Quand tu vois qu’ils viennent de dire que le Hellfest allait à nouveau être annulé… Je pense que les concerts qu’il y aura moyen de faire à notre échelle vont sûrement reprendre plus vite que les gros festivals qui rassemblent 10 000 ou 20 000 personnes. Ça peut être une chance à saisir une fois que tout ça sera fini. Comme les gros groupes ont déjà les moyens de subvenir à eux-mêmes, ça ne sera pas eux les plus impactés, parce qu’ils ont déjà le capital, etc. Ce sera plus les moyens groupes, comme la plupart d’entre eux le disent, qui vont être touchés, parce qu’ils ont la fanbase, mais ils n’ont pas toujours les moyens de s’auto-gérer, et ils génèrent peut-être encore trop de monde pour que des concerts à leur échelle reprennent. Je pense qu’il y a moyen pour que les petits groupes arrivent à se démarquer à ce moment-là. Il faudra peut-être saisir sa chance au moment venu.

Julien M. : Peut-être. Sur de petites jauges, en effet.

Julien P. : Après, c’est un pari risqué, mais au bout d’un moment, il faut se lancer.

Puisqu’on parle de groupes locaux et de scène émergente, vous êtes chez Klonosphère. Comment s’est fait le contact avec eux ?

Alexandre : C’était tout bête. J’ai contacté Guillaume Bernard de Klonosphère, sous les conseils de nos amis du groupe Howard qui sont passés par eux aussi en tant qu’agence de com, et qui m’ont dit qu’ils faisaient du très bon boulot. Nous les avons contactés, nous leur avons présenté le projet, et ils avaient l’air super enthousiastes. Ils ont vu le clip, ils ont vu les visuels, et sachant que nous ne les avions contactés qu’une fois le crowfunding terminé, ce qui aurait peut-être été mieux avant. Ça s’est fait tout simplement.

Julien M. : Aussi, je connaissais déjà Klonosphère d’avant, car lorsque j’allais à des petits concerts dans les MJC et dans les trucs locaux là où j’habitais avant, il y avait un groupe local dans le 78 qui s’appelle Pitbulls In The Nursery, un groupe que j’apprécie d’ailleurs beaucoup, mais qui s’arrête malheureusement. Ils étaient déjà chez Klonosphère quand j’avais leur album. C’était un nom que je connaissais, j’avais vu leur nom sur plusieurs trucs autoproduits, il y avait ce genre de groupe qui sortait chez Klono, et qui était ensuite distribué chez Season Of Mist et tout ça. C’était un nom que je connaissais. Je savais aussi que c’était une structure qui n’est pas toute jeune non plus, qui existe depuis quelques années. Par les retours que j’en avais eus, c’était relativement positif. Nous nous sommes dit : « Cool, allons-y, c’est super ! » Quand nous leur avons proposé le projet, ils nous ont dit : « Oui, ça serait sympa de bosser ensemble. » Le contact avec Guillaume s’est aussi très bien passé, donc ça roule !

Interview réalisée par téléphone le 24 février 2021 par Jean-Florian Garel & Erik Melkhian.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel d’Exanimis : www.facebook.com/ExanimisOfficial

Acheter l’album Marionnettiste.



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