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Interview   

Exocrine et l’exercice du tech-death


La scène death metal technique hexagonale est une illustration du paradoxe à la française. Alors qu’elle regorge de groupes talentueux souvent reconnus à l’international, le public français se montre lui bien souvent assez timide dans les salles obscures. L’heure de gloire pour ces formations vient souvent au moment des festivals, à commencer par le Hellfest qui permet de jouer devant des milliers de personnes, même tôt dans la journée. Exocrine fait partie de ces groupes qui, de l’aveu de son compositeur Sylvain Octor-Perez, sont encore bien méconnus par chez nous. Pourtant le groupe est signé chez Unique Leader Records, une aubaine dans ce registre musical, et vient de sortir son cinquième album en moins de dix ans d’activité. Si quantité ne veut pas forcément dire qualité, Exocrine a clairement son mot à dire dans le milieu et prouve que l’on peut être prolifique sans pour autant bâcler son travail. Au contraire même, le sens du perfectionnisme lui nuirait et savoir s’arrêter pour aboutir à son œuvre peut s’avérer compliqué selon la tête pensante du groupe…

Nous nous sommes entretenus avec le guitariste quelques jours avant la sortie de leur nouvel album et de leur première prestation matinale au Hellfest. Sylvain revient sur le genèse de The Hybrid Suns, du concept-album qui a évolué à l’artwork affiché pendant le processus de composition en passant par la construction de leur propre studio, tous ces éléments s’inscrivant comme des indicateurs de l’approche du groupe à son art dans sa globalité. Parsemé de quelques anecdotes pour ces habitués « aux gros fails d’intention » et des regards sur la scène actuelle, l’entretien présente un groupe dénué d’une quelconque posture ou d’autres artifices, bien au clair avec sa musique.

« Je ne comprends pas les groupes qui mettent huit ans entre deux sorties, il y a toujours des trucs à dire. »

Radio Metal : Question assez légère pour démarrer cet entretien : que se passe-t-il dans le sud-ouest de la France ? C’est quand même un terreau très fertile pour les formations de death technique et progressif !

Sylvain Octor-Perez (guitare) : Je ne sais pas, nous n’avons peut-être que ça à foutre [rires]. Nous perdons moins de temps que nos amis de la capitale dans les transports, c’est déjà du temps de gagné sur le reste. C’est vrai qu’il y a du monde. Rien qu’à Bordeaux, sur le Hellfest on a : Seth, The Great Old Ones et nous. Et il y a un autre groupe aussi, un truc un peu plus stoner. Il y a peu de groupes français sur ce Hellfest, mais il y en a déjà quatre bordelais.

Exocrine c’est moins de dix ans d’existence et un album tous les deux ans depuis 2015. Comment expliques-tu cette cadence ?

Le vrai rythme c’est que, pour me calmer [rires], nous avons créé un deuxième groupe un peu plus deathcore, qui s’appelle Empyreal Vault, avec Jordy [Besse], le chanteur d’Exocrine. Rien qu’à nous deux, ça fait sept albums que nous avons faits en quelques années, ça commence à piquer. Exo c’est tous les deux ans, nous avons un rythme de croisière qui est assez sympa. Après, je ne comprends pas les groupes qui mettent huit ans entre deux sorties, il y a toujours des trucs à dire. Les trucs gênants, ça va être les frais inhérents à la production, mais, concrètement, l’envie et la compo, nous l’avons toujours.

Il y a pas mal de contraste dans votre son : vous êtes très puissants et massifs, mais vous n’hésitez pas à mettre de nombreuses respirations avec des riffs parfois très aériens et lumineux. Est-ce que ce travail de composition c’est surtout un travail de jaugeage entre ces deux dimensions ?

Oui, c’est essentiel. Tu as souligné ce qui fait tout le travail de composition. Je pense vraiment que le contraste et gérer les dynamiques, comme dans les musiques de film, c’est hyper important dans le metal actuel. Nous sommes obligés, sinon tu as un truc très plat et un peu triste.

Même si l’aspect technique est évident, il ne me semble pas pour autant démonstratif, mais au service de l’ambiance – on peut faire un parallèle avec Gorod ou Fractal Universe pour nommer des groupes français. Est-ce que ça c’est important pour toi de ne pas non plus faire de la complexité « par principe » ?

Oui ! Mais c’est tellement nul ! Je trouve ça triste. Déjà, il faut savoir jouer les morceaux sur scène. Je n’ai pas la science infuse, il y a plein de gens qui vont faire de super albums studio et qui seront très contents, et les gens seront heureux d’écouter ça, mais moi, je ne le conçois pas. J’essaie de faire en sorte qu’au moins quatre-vingt-dix-neuf pour cent des chansons soient jouables sur scène. Dans le tech-death, tu as quand même pas mal de cheaters, de mecs qui vont jouer à la moitié de la vitesse puis l’augmenter. Tu ne vois pas ces gars sur scène, c’est dommage. Je préfère un groupe comme Gojira, qui va faire des riffs beaucoup plus basiques, mais qui vont être tellement carrés et puissants que ça va mettre la claque. Après, tu peux très vite te perdre, c’est très dangereux. La technique j’adore, je viens du jazz. Même si le jazz est technique, ce n’est pas souvent démonstratif à la Dream Theater ou les groupes très progs qui font de la complexité pour la complexité. Nous, il y a beaucoup de quatre-quatre, des passages où c’est limite grind. On a vu plus démonstratif. De toute façon, nous n’avons pas le niveau pour faire du Rings Of Saturn en live [rires].

Quand tu composes, tu penses avant tout au rendu que ça va donner en question ou bien ce sont des questions que tu vas te poser un peu plus tard ?

Non, tout de suite. Si tu sens qu’il y a un truc un peu tendu sur l’album, ça veut dire que nous l’avons bien réfléchi, et que nous l’avons joué quinze fois en nous disant : « Bon, est-ce que c’est juste chaud ou impossible ? » Concrètement, il y a des trucs que nous faisons et que nous devons bosser, et d’autres où nous nous disons que c’est mort et nous ne les mettons pas, nous bossons autre chose. Je fais plus souvent la marche arrière de rendre le truc plus accessible que de mettre un truc trop dur et de me dire que c’est dommage mais que nous ferons avec. Même les morceaux que nous ne jouerons jamais, ce n’est vraiment pas l’idée.

C’est toi le compositeur principal d’Exocrine ?

Oui. Je compose et produis Exo, et Jordy fait toute l’écriture. Nous pensons le concept à deux, et lui va pousser les choses et se prendre la tête. Sur cet album-là, il a vraiment des paroles dingues, il y a un gros travail là-dessus. Après, les autres membres du groupe mettent leur patte. Théo [Gendron], je lui file des parties que j’ai écrites en MIDI et parfois il me les change complètement. Nous réadaptons carrément des parties parce qu’il n’est pas d’accord ou il se dit : « Ça c’est trop dangereux » ou « Ça ce n’est pas assez débile ». Il est souvent dans cette optique-là. C’est un des rares batteurs que j’ai vus qui te demande de complexifier les choses au lieu de te demander de lever le pied.

« L’album est écrit quasiment entièrement au niveau du squelette avant même qu’il n’y ait la première note. »

Théo, qui est aussi dans Dagoba, est au sein du line-up depuis quatre ans. Dans Exocrine, il n’y a que les batteurs qui ont tourné : vous avez trouvé la bonne alchimie maintenant ?

Oui. Humainement, ça n’a été qu’avec le deuxième batteur que ça a été compliqué. Le premier, c’était une question de dispo. Nous l’apprécions beaucoup, nous avions vraiment envie de pousser le truc et lui non. Et puis Théo, c’est quelqu’un qui a repoussé les limites dans Exo. Humainement, c’est un frangin, nous l’adorons. Vraiment, partir en tournée ensemble, c’est avec plaisir.

Comment composes-tu un album d’Exocrine : est-ce qu’il y a d’abord les guitares, la rythmique puis les expérimentations comme une sorte d’assemblage, ou tout est un peu pensé simultanément ?

Il n’y a pas du tout d’assemblage. C’est un plan général. L’album est écrit quasiment entièrement au niveau du squelette avant même qu’il n’y ait la première note. J’écris même les tempos, je me fais une route, comme une wishlist : « Tiens, j’aimerais bien un morceau avec un passage à la Mastodon, un morceau où on est un peu au-dessus techniquement. Un morceau un petit peu plus grind, brutal-death, avec des passages à la Aborted. » Des mots forts, des mots clés. Et là-dessus, je compose les morceaux quasiment en simultané. C’est-à-dire que je fais le squelette de tous les morceaux en même temps. Je ne fais pas un morceau que j’assemble, puis un autre, etc. Les premiers morceaux que je présente aux gars, ils les ont par packs de trois ou quatre.

Sur les précédents albums, on avait vraiment l’impression d’avoir des monolithes, des morceaux qui allaient ensemble quasi inséparables. Sur The Hybrid Suns chaque titre a une place qui est la sienne, qui peut s’écouter séparément du reste. Est-ce que tu avais une intention plus claire à ce niveau-là ?

The Hybrid Suns, c’est un concept-album qui est un peu bizarre d’un point de vue temporalité. C’est-à-dire qu’on commence par le passé, au milieu de l’album c’est le présent, et après on a le futur. De base, nous avons collé une structure un peu complexe dans la création de l’album. Et j’ai vraiment voulu faire des arcs, comme des chapitres. Chaque chapitre est très important, jusqu’à l’utilisation de grattes et de synthés différents. Plus on va dans la temporalité futuriste, plus il y a de l’électronique. Plus on va dans le passé, plus il y a de l’orchestral. Des petits trucs comme ça, les gens s’en branlent, mais nous avons fait ça avec plaisir.

Vous avez choisi pour les deux premiers singles de prendre le « passé » et ce côté orchestral…

Je vais être beaucoup plus basique, c’est juste qu’il y a trois morceaux que j’ai vraiment kiffés sur l’album et je voulais vraiment que ce soit des singles, c’étaient : « The Hybrid Suns », « Dying Light » et surtout « Blast », qui arrive bientôt. Pour moi, c’étaient les morceaux les plus forts. Nous n’avons pas été d’accord, ça a été complexe. Il y en a qui préféraient le morceau « Watchtower », qui était très tubesque, un peu plus commercial. Ces morceaux-là me parlaient plus. Après, je ne sais pas si j’ai fait le bon choix, on verra. L’avenir nous le dira.

« The Hybrid Suns » et « Dying Light » sont assez taillés pour le live, ils ont eux-mêmes un côté tubesque. C’est peut-être aussi le chant féminin qui apporte cette dimension…

Oui, c’est des morceaux qui sont vraiment faits pour le live. Pour le tout début de « The Hybrid Suns », j’étais avec Nico, le gratteux. Nous avons monté un studio exprès pour faire cet album, nous avons fait du béton, nous l’avons monté, nous avons fait des murs en parpaings, après nous l’avons isolé : nous avons créé ce studio. Donc nous étions dans notre studio, qui était un peu notre chez-nous pendant les neuf mois où nous avons créé The Hybrid Suns, et j’étais là : « Imagine, on fait un morceau et on ouvre le Hellfest avec ça. » Nous nous sommes dit que nous n’allions pas mettre un truc trop chaud, que nous allions faire un truc puissant, genre metal extrême un peu à la Aborted ou un truc comme ça. En fait, nous nous sommes complètement chiés. Nous avons mis du sweeping, des trucs très compliqués, dans les trucs les plus durs de l’album direct. Encore un gros fail de notre part. Ce n’était pas voulu, mais c’était pas mal. Ce n’était pas calculé, c’est un gros fail. Nous nous sommes enjaillés à faire : « Ah ouais, ça, c’est cool, c’est marrant, on va faire un gros blast. ». Et puis faut le jouer… La V1 était beaucoup plus dure et j’ai dit non. Nous devions revenir en arrière. Ça fait trois albums que j’essaie de faire une putain d’intro, très cinématique, très trailer de film. Ça fait surtout deux albums où nous commençons direct in your face, sans intro. Nous sommes habitués aux gros fails d’intention. Nous faisons une route d’écriture au début de la composition, et souvent nous nous chions sur pas mal de trucs. La fameuse intro que j’essaie de placer depuis deux albums, nous la chions tout le temps. Nous partons sur un truc in your face : dès que tu allumes l’album, tu t’en prends plein la gueule.

« Nous avons monté un studio exprès pour faire cet album, nous avons fait du béton, nous l’avons monté, nous avons fait des murs en parpaings, après nous l’avons isolé : nous avons créé ce studio. »

Chaque album semble avoir une petite part d’expérimentation, vers des sonorités électroniques, vers le jazz, là on peut percevoir quelques inspirations symphoniques. Sur quoi as-tu voulu vraiment mettre l’accent sur ce nouvel album ?

Déjà, un truc un peu plus beau, un peu plus lumineux. Nous avions fait un truc assez cool sur Maelstrom en mettant des effets d’eau et la trompette, que nous avions collée comme narrateur de l’histoire. Là, je ne voulais pas tomber dans le Rivers Of Nihil, où nous sommes affiliés au groupe de tech death qui a mis de la trompette, donc nous nous sommes forcés à ne pas en mettre, à faire un truc différent, plus symphonique ou plus électro par moments, jusqu’à des phases bluesy sur le milieu de l’album, même flamenco. L’idée était de ne pas faire pareil et aussi d’avoir un son un peu plus organique. Nous avons beau dire que nous n’écoutons pas les gens, que nous faisons notre propre musique, nous nous étions pris des remarques sur Maelstrom comme quoi ce n’était pas assez organique au niveau du son, donc nous avons fait une batterie un poil plus organique. C’est que des micros, hormis la grosse caisse où y a du trigger. Il y a assez peu d’édition. Au final, nous avons pris le temps de l’enregistrer, beaucoup plus de temps, mais nous avons fait un truc un peu plus joué, pas trop édité. Même dans les grattes, si tu écoutes bien : il n’y a quasiment pas de copier-coller, j’ai laissé intentionnellement des trucs baver, tout en restant assez clean. Le but était de faire un truc plus organique et lumineux.

Le chant féminin c’est ce qui marque un tournant pour vous sur la composition de quelques titres, vous avez fait appel à Clémentine Browne de Matrass. Quel était pour vous l’apport de ce chant dans le concept et l’idée globale de l’album ?

Concrètement, Jordy a une super voix, mais on ne peut pas faire passer toutes les émotions. A un moment, je voulais mettre des chœurs. D’ailleurs, il y a des chœurs à la Miyazaki par moments. C’est des samples, mais il fallait quelque chose de joué. Nous cherchions quelqu’un qui a la voix pour ça, qui soit aussi humainement super cool. On nous a présenté Clem, sa voix était super. Elle devait passer au studio faire un petit guest, et elle est repassée deux ou trois jours pour faire des trucs. Nous avons expérimenté, elle a fait des screams, et ça le faisait trop ! Elle est là pour rendre la narration de l’acte passé un peu plus dramatique.

Tu as évoqué que tu as une formation dans le jazz. Est-ce que les autres musiciens du groupe ont ce genre de formation ? Et comment ça influe sur votre univers death metal ?

Théo a fait une école de jazz. Nico [La Rosa] est un monstre de théorie, c’est la personne que je connais qui a le plus de théorie. C’est une bible, un peu le Wikipédia des modes et de l’harmonie, c’est très pratique. Ce que ça amène, c’est que nous parlons le même langage et que si nous voulons un truc, nous avons le vocabulaire et nous savons mettre des termes sur ce que nous voulons. L’influence jazz est mineure dans un groupe comme Exo, mais elle peut permettre que nous nous comprenions.

Tu es à la production sur quasiment tous les albums, sauf sur Molten Giant de 2018 il me semble…

J’avais fait tout l’enregistrement sur Molten Giant, hormis les drums, c’était Matt [Pascal] de Gorod, parce qu’à l’époque, je n’avais pas mon studio, et le seul truc que nous ne pouvions pas enregistrer, c’était les drums. Le mix nous l’avions fait faire par HK, un pote de Nantes qui bosse super bien. C’était une bonne expérience. Par la suite, j’ai préféré tout faire par moi-même, pour savoir vraiment où je voulais aller. Quand tu délègues un truc à quelqu’un, c’est bien, ça te soulage, mais en même temps, tu n’as pas forcément ce que tu veux. Je ne sais pas si le prochain je le ferai, c’est en pourparlers. En tout cas, c’est bien pratique d’avoir le gars qui produit à domicile s’il y a une demande. Si un jour nous ne sommes pas bien sur une session, nous savons que nous n’allons pas la payer, nous la reportons. Nous faisons toujours des sessions où nous nous sentons bien. Je pense que c’est quand même pratique. Quelqu’un d’autre de plus fort aurait pu mieux produire, sûrement. Mais là où je voulais amener le groupe, c’est bon. Pour tout t’avouer, je suis quelqu’un d’assez casse-couilles. J’ai toujours un truc à redire. L’exercice de style, c’est de s’arrêter à un moment et dire qu’il y a une deadline, que nous aurions pu faire mieux, mais il faut s’arrêter là. Il y a donc un peu ce côté control freak. Je pense qu’y a des mecs comme Christian Donaldson ou Dave Otero – avec qui j’ai beaucoup parlé et avec qui je suis en contact – qui sont géniaux et pas avares en tips, qui pourraient faire un meilleur boulot, mais je ne suis pas sûr qu’ils mettent autant de temps que moi dans le projet, ou il faudrait que je gagne à l’Euromillion.

Il y a une part con conceptuelle importante dans les albums d’Exocrine. On est entre les problématiques existentielles réelles et la science-fiction. The Hybrid Suns parle du voyage entre la vie et la mort. Même si tu en as déjà donné une idée, quel instant de ce processus vous avez voulu saisir spécifiquement ?

L’année avant The Hybrid Suns, le monde n’allait pas bien, on a passé deux ans de Covid-19. Nous avons sûrement passé les pires années de notre existence, d’un point de vue perso, et au lieu de nous renfermer sur nous-mêmes, nous avons préféré libérer ça. Donc clairement, The Hybrid Suns a plusieurs lectures, mais c’est très personnel entre les membres du groupe. Il y a une double lecture qui est évidente. Si on regarde bien, il y a aussi un clin d’œil aux autres albums. C’est un concept-album qui réunit les autres albums. C’est intéressant de laisser les gens découvrir, il faut qu’ils lisent. Mais il y a des faits réels qui sont évidents dans tout ça. Jordy a tellement bien bossé sur les paroles de cet album, nous sommes hyper contents.

« Ça fait trois albums que j’essaie de faire une putain d’intro, très cinématique, très trailer de film. Ça fait surtout deux albums où nous commençons direct in your face, sans intro. Nous sommes habitués aux gros fails d’intention. Nous faisons une route d’écriture au début de la composition, et souvent nous nous chions sur pas mal de trucs. »

C’est donc une thématique que vous n’aviez pas forcément depuis longtemps. C’est ce climat mortifère qu’on a pu vivre ces deux dernières années qui a précipité l’idée du concept ?

Le concept, tu l’as sur la pochette, il y a deux versions : une vinyle et une digipack. La vraie version, c’est la version vinyle où on retrouve l’intégralité du dessin — qui a été fait par Tania [Sanchez-Fortun], une amie qui habite vers chez nous, qui bosse beaucoup dans le jeu de rôle. Tu peux renverser la pochette et la voir à l’envers et tu auras un truc différent. À la base, nous voulions faire un concept-album un peu à la Stargate, un peu science-fiction/Égypte. Mélanger beaucoup de trucs ethniques et un gros côté science-fiction, vraiment typique à la Stargate. Nous nous sommes complètement chiés. Nous n’avons pas du tout respecté ça, hormis les deux ou trois pyramides qu’il y a sur la cover. Si on pousse le bouchon, il y a des modes égyptiens dans l’écriture des grattes, mais nous ne pouvons pas justifier le concept-album sur l’Égypte. Malheureusement, nous sommes passés à côté du concept de base. Du coup, nous nous sommes un peu rattrapés sur ce que nous ressentions à ce moment-là, cette espèce de voyage entre la vie et la mort, quelque chose qui n’allait pas bien.

Tu parles de l’artwork : est-ce que vous aviez des directives spécifiques ?

Nous procédons tout le temps pareil : nous avons la cover pendant la création de l’album et je ne finalise jamais un album avant d’avoir tout l’artwork. Il est essentiel, nous l’imprimons et le collons sur des écrans pendant que nous composons et que nous mixons. Ça fait vraiment partie du truc. Tania est venue au studio, et nous avons parlé. Au début, nous étions sur notre idée d’Égypte, et puis elle a fait des propositions. Nous avions des directives sur les couleurs, ce concept très léché, très lumineux, et tout de suite, elle a crayonné. Pas d’ordi, à l’ancienne, crayon et papier. Elle nous a sorti le monstre en deux-deux. Elle est hyper douée. Après elle nous a fait des works in progress assez rapidement, et nous avons eu la pochette très rapidement. Ça nous a bien aidés.

Est-ce qu’il y a des œuvres artistiques – littérature, cinéma ou autre – qui vous ont particulièrement intéressés pour le concept de cet album, à part Stargate ?

Il y a un jeu de rôle, édité par un Allemand, qui s’appelle Degenesis. Un jeu de rôle post-apo, extrêmement violent et pessimiste. Le mec est auteur et dessinateur en même temps. En gros, c’est mille et quelques pages de pures baffes dans la gueule, entre les questions que ça soulève, que ce soit sur le plan social, éthique ou écologique. Ça nous a beaucoup marqués, nous en avons beaucoup parlé. Il y a aussi quelques œuvres de cinéma et de série, mais concrètement c’est plus ce jeu de rôle qui nous a parlé au tout début. Pareil, parmi les jeux vidéo, nous avons pas mal scotché sur Horizon Zero Dawn. Ce côté un peu science-fiction, mais sans les vaisseaux. On n’est pas dans du space-op’ à la Star Trek, on est vraiment plus dans un truc d’anticipation à la Fondation.

Si on s’intéresse au titre de l’album The Hybrid Suns, qu’est-ce que cette image représente pour toi ?

C’est que tout n’est pas blanc ou noir. Il y a du bon dans tout, mais pas forcément que du bon. Quoi qu’il arrive, il y a quelque chose qui se trame, à la fois bien et pas bien. Un peu comme le karma. Je déteste le côté très manichéen, les gentils et les méchants. L’histoire nous l’a prouvé, c’est compliqué : l’être humain n’est pas top.

Vous êtes chez Unique Leader Records, qui est un label assez pointu dans le death metal sous diverses formes. Est-ce que c’était aussi pour afficher une volonté de vous tourner vers un public de niche spécialisé, et aussi parallèlement d’avoir des retentissements à l’international ? Qu’est-ce que ça vous a apporté ?

Au début, pas grand-chose. Puis, plus nous avancions, et plus ça nous a énormément apporté. L’histoire est assez marrante. Nous étions chez Great Dane Records, nous avions fait Ascension et nous commencions à faire Molten Giant. Nous allions partir au Japon avec Archspire et Obscura. Notre manager de l’époque nous dit qu’Erik Lindmark, le mec de Deeds Of Flesh — dont je suis assez fan —, l’a contacté et lui a demandé si nous étions libres. Il voulait absolument nous signer pour trois albums, il avait adoré l’album et en voulait plus. Nous avons signé et silence radio, un gap de neuf mois où nous n’avons aucun contact avec eux. Nous avons appris plus tard qu’Erik était très malade et que c’était compliqué pour lui, mais à cette époque-là, nous nous sommes posé des questions : nous avions signé, mais on ne nous parlait pas, qu’est-ce que nous avons branlé ? Puis nous avons sorti Molten, ça s’est bien passé. Malheureusement, Erik est décédé. Il y a eu une phase un peu obscure. Jamie Graham, qui était chanteur dans Sylosis avant et qui est maintenant dans Viscera, a repris et a monté une équipe. Il nous a tout de suite beaucoup aidés. C’est le mec le plus accessible du monde, tu lui demandes un truc, tu l’as. Il est génial. Et clairement, il nous a fait un step-up de fou à l’international. Les ventes à l’étranger étaient vraiment cool. Le public des États-Unis, du Canada et du Japon qui était vraiment motivé. Après, c’est vrai que c’est compliqué pour nous en France, le public n’est pas encore super fan de tech-death. Nous sommes encore un peu inconnus en France.

« Pour tout t’avouer, je suis quelqu’un d’assez casse-couilles. J’ai toujours un truc à redire. L’exercice de style, c’est de s’arrêter à un moment et dire qu’il y a une deadline, que nous aurions pu faire mieux, mais il faut s’arrêter là. Il y a donc un peu ce côté control freak. »

C’est justement ce que j’allais te demander. Vous avez un certain rayonnement à l’international. En France, pour le tech death, ce n’est qu’à partir du moment où on est sur un gros label que ça marche ?

Je ne sais pas, mais je considère que dans le style, Unique Leader c’est quand même un gros label. Je pense que tant que tu n’as pas prouvé que tu étais ultra-valable à l’international, en France c’est compliqué. Ou faut vraiment être que sur la France. Après, nul n’est prophète dans son pays, comme on dit. Je trouve que c’est dur pour nous, beaucoup moins depuis un petit moment, mais on n’est pas le style le plus représenté ici. Même pour trouver des concerts c’est ultra-galère. Clairement, ce n’est pas le style le plus vendeur en France.

Vous avez une tournée à venir pour la promotion de l’album ?

Nous avons une tournée au Japon ; c’est booké avant la France. Nous avons les États-Unis et le Canada pour le début d’année prochaine. Ça devait être en fin d’année, mais au final c’est repoussé pour une question de logistique. Une très grosse tournée là-bas, nous en dirons plus dans quelque temps. Et, avec Jordy, je suis en train de caler des dates pour faire une tournée française à partir de septembre-octobre. Avant le Hellfest, ça faisait deux ans que nous n’avions pas joué en concert. Nous avons sorti un album à vide, puisqu’on s’est pris le Covid-19 en pleine gueule : zéro concert sur Maelstrom, c’est compliqué. Nous n’avons pas arrêté de jouer et de composer, donc maintenant nous sommes chauds !

Avec Exocrine, vous êtes donc très productifs : est-ce qu’il y a déjà un nouveau cycle qui est en cours ?

J’ai déjà le concept et la deadline, nous commençons à composer cet été. Nous nous sommes mis un temps de réflexion pour ne pas faire un The Hybrid Suns 2. Nous espérons enregistrer au retour de la fameuse tournée américaine. Nous sommes déjà sur le feu.

Tu as parlé tout à l’heure de ton autre groupe, Empyreal Vault, avec lequel vous avez déjà deux albums. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?

À la base, c’est un projet que nous avons fait pour ne pas tout donner dans Exo et calmer un peu les ardeurs, car sinon nous sortions un album tous les six mois. C’est un peu le groupe détente, nous jouons avec des potes, nous faisons des répètes. Exo, c’est compliqué. Théo étant à Paris, nous ne répétons qu’avant les concerts. Nous faisons trois jours de résidence en studio et puis basta. Empyreal Vault c’est le groupe détente, nous avons fait deux albums, nous nous éclatons. Nous jouons peu, mais nous nous marrons bien. C’est moi qui produis, je ne compose pas tout. Je fais des bases, mais il y a quand même des morceaux entiers qui ont été faits par Thom [Kaduk], l’autre gratteux, et tout le monde met la main à la patte. C’est un peu plus partagé.

Vous avez rendu hommage à Trevor Strnad de The Black Dahlia Murder récemment sur vos réseaux. Tu me disais qu’il avait eu un écho au sein de l’histoire d’Exocrine, que c’était quelqu’un de très accessible. Au-delà de la tristesse de son décès, qu’est-ce que ça a suscité chez vous en fait en tant qu’artistes ?

Comme tu as pu le voir, ça a été un raz-de-marée. Ce gars était ultra-adoré. Déjà, parce qu’il a beaucoup apporté musicalement et d’un point de vue culturel, c’était quelqu’un de très cultivé et très accessible, d’une gentillesse infinie. Nous écoutions Black Dahlia Murder, c’est un groupe que nous adorons, et un jour, pendant Ascension, je reçois une notif de lui. Je regarde deux fois si je n’ai pas bu. Le mec m’a envoyé un message qui dit que notre album est trop bien et qu’il a fait une chronique dessus et qu’il espère que ça nous plaira. Il a été trouvé un petit groupe sur un label associatif lillois ! Nous n’avions aucune exposition à l’époque, nous n’étions pas chez Unique. Le mec était vraiment super. C’est une grande perte, ça a été dur. Il y a eu beaucoup de pertes ces derniers temps, et Trevor, ça a fait mal. Je ne m’y attendais pas. Je n’étais pas un proche, je ne vais pas m’inventer une fausse amitié. C’était cordial parce que le mec était adorable. C’était quelqu’un que nous adorions, avec qui nous avons pu parler, et qui nous a même aidés à sa façon. C’était insoupçonnable.

Interview réalisée par téléphone le 1er juin 2022 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Antoine Moulin.

Facebook officiel d’Exocrine : www.facebook.com/Exocrine

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