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Chronique   

Exodus – Blood In, Blood Out


L’histoire liant Steve « Zetro » Souza à Exodus n’était donc pas définitivement achevée, groupe avec qui il enregistra cinq albums mais dont il fut invité à prendre la porte à deux reprises, en 1992 puis en 2004. Le chanteur à la voix singulièrement éraillée revient d’un exil durant lequel il s’affaira à créer les groupes Dublin Death Patrol, Tenet et Hatriot, et se retrouve réhabilité par ses anciens compagnons suite à l’éviction surprise d’un Rob Dukes dont on pensait pourtant qu’il avait irrévocablement creusé sa place au sein de la formation californienne en presque dix ans de bons et loyaux services. Exodus arrive donc à un nouveau carrefour de sa carrière. Blood In, Blood Out constitue un nouveau chapitre gravé dans un granit « old school » plus direct et rapide que jamais, empruntant en majeure partie au diptyque Fabulous Disaster (1989) et Impact Is Imminent (1990), et rompant inévitablement avec la série d’albums parus au cours des années 2000, en particulier les Exhibit A et Exhibit B qui avaient mis au jour un visage plus progressif, épique et tempéré du groupe.

Exodus brouille un instant les pistes avec l’introduction montante de « Black 13 », mixée par Dan Nakamura (aka Dan The Automator) pour un effet industriel qui prend l’auditeur par surprise. Mais un sentiment de résurrection envahit lentement les battements de cette ouverture, faisant gonfler la tension, puis se concrétise lorsque surgissent les premiers riffs tueurs, couplés à la diatribe d’un Steve Souza qui use toujours de son légendaire timbre groovant et nasillard. Exodus renoue pleinement avec ce style californien qui avait tant émaillé la fin des années 80 et le début des « nineties » ; les cendres sont ravivées avec le même soufflet utilisé pour la réfaction de Bonded By Blood en 2008 sous le titre Let There Be Blood – la même clef de voûte agressive que le groupe doit grandement au travail du producteur Andy Sneap. Toutes les forces d’Exodus dans la production sont réunies, avec une basse charpentée, métallique et claquante, des guitares frénétiques acérées, tortueuses et chirurgicales en temps utiles, et une rythmique de batterie pour Tom Hunting qui jongle entre le balancement en mid tempo – avec ce son légèrement réverbéré de la caisse claire martelant les mesures à l’ancienne – puis un jeu de double pédale nerveux mais savamment dosé. Le groupe californien aime à laisser une grande place à l’instrumental, n’hésitant pas à faire tourner inlassablement les riffs incisifs les plus entêtants, comme sur le single vivifiant « Salt The Wound », sorte de « Toxic Waltz » des temps modernes qui représente assez bien le reste de l’album, et qui bénéficie d’ailleurs de la collaboration de Kirk Hammett le temps d’un solo, lui qui fonda Exodus avant d’intégrer guère plus tard Metallica. Le casting de choc est complété par Chuck Billy de Testament, avec qui Souza avait fondé Dublin Death Patrol en 2006, et qui vient poser sa voix sur le thrash’n’roll « BTK » au refrain mélodique entêtant.

La copie rendue est nette et sans bavures, l’un des maîtres les plus respectés de l’ancien thrash de la Bay Area accomplit froidement sa mission sans jamais fléchir. Au milieu de cet inlassable récital, Exodus envoie sans répit un « Blood In, Blood Out » en forme d’ode célébrant l’histoire du combo, un « Body Harvest » dont le refrain quelque peu prévisible est rendu jouissif par le riff qui le porte, un « Collateral Damage » sous haute tension, un « Numb » excitant de par son rythme en cavalcade, le récréatif « Wrapped In The Arms Of Rage » sur lequel déteint gentiment le son power d’un Pantera, ou enfin « Food For The Worms », servant d’embrasement final. Une fois les onze pistes chauffées à blanc traversées, force est de reconnaître qu’en dépit des réels arguments que possédait Rob Dukes, de par sa présence scénique, ainsi que sa voix puissante et mi-saturée qui seyait parfaitement à la musique du groupe, le retour de Steve « Zetro » Souza est clairement gagnant. Le chanteur anthologique d’Exodus retrouve logiquement sa place, comme s’il ne l’avait jamais quittée – dans l’incertitude ayant entouré le renvoi de Dukes, le choix de le réintégrer en connaissance de cause était probablement le plus judicieux que le groupe puisse faire. Plus largement, alors qu’on imaginait la vague de résurgence du thrash tarie, le combo vient contredire ce constat hâtif et sort là une pièce très forte ; en tout cas, dans la musique et l’esprit, Blood In, Blood Out s’impose comme l’un des albums de thrash les plus unis et solides de cette année.

Voir les lyric-vidéos officielles pour « Salt The Wound » et « Blood In, Blood Out » :

Album Blood In, Blood Out, sortie le 10 octobre 2014 chez Nuclear Blast.



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  • si c’est « Salt The Wound » « qui représente assez bien le reste de l’album » cet album risque d’être une déception pour ma part,tant je trouve ce titre moyen …

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