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Interview   

Exodus : la démonstration par A + B


Exodus est pour beaucoup, encore aujourd’hui, l’incarnation même du thrash californien. La formation n’aura en effet, par le passé, que rarement faibli en intensité et en hargne. Force Of Habit, ou « force d’la bite » comme le surnomme Canard WC de chez nos confrères de Nightfall In Metal Earth, est probablement la seule zone de calme dans leur discographie. Exhibit A : The Atrocity Exhibition, en 2007, fut d’ailleurs une sacrée claque : du thrash moderne et haineux, avec ses longueurs progressives faisant écho au merveilleux The Blackening de Machine Head. Autant dire que les fans attendent avec impatience la suite, Exhibit B : The Human Condition, qui doit voir le jour courant mai.

Nous nous sommes donc entretenus avec l’homme derrière la bête : Gary Holt, façonneur de riffs acérés depuis le début des années 80. Au-delà de ce nouveau méfait, nous sommes revenus sur le revival du thrash de ces dernières années, sur l’actuelle relation de Gary avec le précédent frontman Steve « Zetro » Souza et sur le réenregistrement du légendaire Bonded By Blood – rebaptisé Let There Be Blood – qui a tant fait polémique auprès de certains fans.

A noter que ledit album sera joué dans son intégralité au prochain Hellfest. Un exercice décidément très en vogue !


« Un titre comme « Burn, Hollywood, Burn » reflète tout mon mépris pour les pseudo-célébrités issues de la télé réalité. Certaines personnes sont davantage touchées par cela que par les pires atrocités perpétrées sur cette planète.»
Radio Metal : Exhibit B : The Human Condition ressemble beaucoup à son prédécesseur en termes de composition. Était-ce volontaire de votre part ? Vouliez-vous que la suite forme un ensemble cohérent ?

Gary Holt (guitare) : Non, on se contente d’écrire ce qu’on ressent sur le moment. Trois des chansons ont été enregistrées lors des sessions pour l’album précédent, le reste a été écrit plus tard. C’est un peu plus mélodique, parfois un peu plus old school, mais il y a malgré tout un petit côté moderne. Nous sommes très satisfaits, c’est un pendant idéal à l’album précédent.

Vos paroles, vos artworks et vos visuels tournent exclusivement autour de la guerre et de la brutalité de l’être humain. J’imagine que c’est un moyen de les dénoncer, mais n’êtes-vous pas, quelque part, fascinés par cette violence ?

Nous voulons simplement montrer de quelle violence l’être humain est capable. Notre espèce n’a pas son pareil pour cela. La violence, l’ignorance et l’arrogance : voilà les domaines dans lesquels nous sommes les meilleurs. La race humaine ne cessera jamais de nous inspirer !

Le titre de l’instrumental « A Perpetual State Of Indifference » semble dénoncer le fait que le grand public n’est plus ému ni choqué par la violence dans le monde. À côté de cela, « Beyond The Pale » nous décrit l’esprit d’un meurtrier qui vit en dehors de la loi sans véritablement avoir conscience de ses actes. L’absence de prise de conscience semble être le thème phare de l’album ; es-tu d’accord avec ça?

Oui, tout à fait : on n’est plus choqué de rien aujourd’hui, pas même des pires génocides. Un titre comme « Burn, Hollywood, Burn » reflète tout mon mépris pour les pseudo-célébrités issues de la télé réalité. Certaines personnes sont davantage touchées par cela que par les pires atrocités perpétrées sur cette planète.

Il semblerait qu’Exodus ait toujours essayé d’apprendre quelque chose au public concernant la violence. L’un de vos albums live s’intitule même Lessons In Violence. Vous sentez-vous une âme de professeurs ?

Non, pas vraiment ! D’une certaine façon, nous pouvons peut-être éduquer les gens. Avec un peu de chance, le public apprendra quelque chose de nos chansons ; ils pourront par exemple en savoir plus sur l’occupation de la Chine par le Japon en 1937. Mais nous ne sommes pas là pour donner des leçons. Nous espérons seulement que le public apprendra quelque chose en cours de route.

Peux-tu nous parler de la vidéo récemment tournée pour le titre « Downfall » ? J’imagine qu’elle sera en rapport avec la thématique de la chanson, à savoir la décadence des grandes nations qui les amène vers la récession et la guerre…

Exactement. Nous avons tourné une vidéo pour ce titre ainsi que pour « Hammer And Life » mais je n’ai pas encore réalisé mes parties. La veille du tournage, j’ai dû rentrer chez moi pour raisons familiales. Je ne tournerai mes scènes que le mois prochain, je n’ai encore rien vu de la vidéo !

Justement, « Hammer And Life » est dédiée à feu Paul Baloff, ancien chanteur d’Exodus. J’imagine que la vidéo lui sera également dédiée ?

Comme je l’ai dit, je ne sais même pas à quoi ressemble la vidéo. Je crois que la réalisation a pris une autre direction. Je ne voulais pas écrire une chanson qui parle ouvertement de Paul, ni utiliser des citations, ce genre de choses. C’est une chanson très personnelle, mais je ne voulais pas qu’on lise dans mes sentiments comme dans un livre ouvert.

Dans quel état d’esprit ce titre a-t-il été écrit ?

Dans un bon état d’esprit. La chanson évoque davantage l’esprit de Paul qu’autre chose. Comme je l’ai déjà dit, je ne voulais pas écrire des paroles remplies de toutes les merveilleuses choses que Paul a jamais dites. Cela aurait été trop évident.


L’artwork : De Vinci revisité par Exodus

La pochette de l’album s’inspire d’une ?uvre de Léonard de Vinci, l’Homme de Vitruve. Penses-tu que Léonard aurait apprécié ?

Oui, je crois qu’il aurait adoré ! Je pense qu’il serait flatté.

Jusqu’où comptez-vous poursuivre la série « Exhibit » ? Avez-vous l’intention de continuer ?

Non, je pense que c’était le dernier. C’était une série en deux parties. Je ne sais jamais ce que nous allons faire si longtemps à l’avance, mais nous y penserons le moment venu. Pour l’instant, je dirais que non.

Vous auriez pu utiliser tout l’alphabet !

Cela ferait un paquet d’albums ! Je ne sais pas si nous aurons encore l’occasion d’en faire autant !


« Nous sommes toujours aussi immatures. Dans tout ce que nous faisons, nous sommes de grands gamins idiots !»
En 2008, vous avez sorti Let There Be Blood, une version ré-enregistrée de votre grand classique Bonded By Blood. Cet album a été très critiqué par les fans de thrash. En dehors du fait que seuls Tom et toi avez participé à l’original, les critiques ont porté sur la production trop « propre » et sur le fait que les chansons avaient par conséquent perdu de leur charme ? Qu’en penses-tu ?

Certaines personnes ne sont pas à l’aise avec l’idée de ré-enregistrer de vieux titres. Je n’en veux à personne de penser cela. Après tout, ces gens ne font que protéger et défendre un album auquel j’ai moi-même participé. La production est effectivement moderne, mais nous n’avons pas fait ça « proprement » : nous avons enregistré la nouvelle version en moins de temps que Bonded By Blood. Je n’ai aucun regret, nous avons fait cela pour rendre hommage à ceux qui ont enregistré l’album d’origine. Par la même occasion, nous avons également fait connaître l’original à notre public, car la plupart de nos fans ne sont pas si vieux que cela. Nous avons enregistré cet album de façon indépendante, sans passer par les voies traditionnelles.

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N’est-ce pas un peu étrange de voir un album enregistré lorsque vous étiez adolescents devenir un tel classique ?

Nous n’avions jamais imaginé cela. Nous pensions que l’album était génial, nous en étions très satisfaits, mais nous ne faisions que jouer le genre de metal que nous voulions entendre. Après toutes ces années, l’album est encore considéré comme important dans l’histoire du metal. C’est un honneur et un compliment de voir que les gens le tiennent en si haute estime.

Avant de le ré-enregistrer, quand tu écoutais Bonded By Blood, t’arrivait-il de penser : « Nous étions tellement jeunes, ça ne sonne pas très professionnel. Peut-être que si on remettait cela en tant qu’adultes, en tant que musiciens plus matures… » ?

Quand nous étions en train d’enregistrer ce Let There Be Blood, Tom et moi passions notre temps à plaisanter et à penser au bazar qui s’était produit lors de l’enregistrement d’origine. À l’époque, c’était la fête en permanence ! Notre studio se trouvait dans une ferme. Tous nos amis se pointaient, on se mettait à boire, on se battait, on cassait des trucs tous les jours… C’était de la folie. Je n’en reviens pas que nous ayons réussi à terminer cet album ! On buvait comme des trous tous les soirs, et le matin, on se levait pour enregistrer. C’était vraiment sympa. Et le fait est que cela n’a pas vraiment changé aujourd’hui ! On s’amuse tout le long, on passe notre temps à rire et à plaisanter. J’ai juste besoin de plus de sommeil qu’avant !


« Le thrash old school n’est pas le seul style à vivre un revival. […] Aujourd’hui est une excellente époque pour jouer du metal»

Serais-tu en train de vieillir ?

Oui, il faut que je prenne un peu plus soin de moi.

Musicalement, penses-tu que cette nouvelle version soit plus mature que celle que vous avez sortie à l’époque ?

Nous sommes toujours aussi immatures. Dans tout ce que nous faisons, nous sommes de grands gamins idiots !

Exhibit A, votre précédent album, mais surtout The Blackening de Machine Head, semblent avoir lancé la mode du thrash à sonorités progressives, avec des titres longs et alambiqués. Quel est ton regard là-dessus ?

Musicalement, chacun est libre de faire ce qu’il veut faire. On ne planifie pas, on ne se dit jamais qu’il faut absolument écrire un titre long. Quand la chanson est bouclée, elle est bouclée. Pour moi, musicalement, écrire ce que je veux est libérateur. Faites ce que vous voulez faire en tant que musiciens, et si le résultat vous satisfait, c’est tout ce qui compte.

Cette année, les affiches cultes pour les fans de thrash pleuvent. On a le Big Four au cours du Sonisphere Festival, mais il y a aussi eu récemment le 20è anniversaire du Rust In Peace de Megadeth avec Testament et Exodus. Cette célébration du thrash est-elle selon toi la conséquence de ce revival auquel on a pu assister ces dernières années, avec des groupes comme Municipal Waste, Violator ou Bonded By Blood ?

Exodus a travaillé non-stop pendant les sept dernières années, et il n’est pas impossible que le revival auquel tu fais allusion ait quelque chose à voir avec notre travail. Mais ce revival se produit avec toutes les formes de metal, pas seulement le thrash. Le death et le metal traditionnel font aussi leur retour. Aujourd’hui est une excellente époque pour jouer du metal, peu importe le genre, du moment que c’est fait avec honnêteté.

Il existe un groupe appelé Bonded By Blood. En as-tu entendu parler ?

Ils ont déjà participé à quelques concerts avec nous. J’ai entendu leur nouveau disque, c’est très bon.

Quel est ton sentiment à l’égard d’un groupe dont le nom est un hommage à Exodus ?

C’est un énorme compliment. Il ne sont pas les premiers à baptiser leur groupe d’après une chanson connue, c’est un truc vieux comme le monde. Mais quand c’est à toi qu’on rend hommage, c’est un honneur !

Comment se sont passés les concerts anniversaires avec Machine Head et Testament ?

C’était génial. Les concerts étaient pratiquement tous complets. Tout le monde a passé un très bon moment. C’était très agréable de se retrouver entre amis et de discuter du bon vieux temps. On s’est vraiment amusés.

Avez-vous pensé à jouer Bonded By Blood en intégralité sur scène ?

Nous jouerons Bonded By Blood entièrement au Hellfest cette année. Nous sommes en train de réfléchir à l’idée de retourner en Europe l’année prochaine dans le cadre d’une tournée de commémoration pour Bonded By Blood. On verra si ça se fait.


«Je ne suis pas très doué pour en vouloir aux gens et rester en colère. Je passe rapidement à autre chose. Parfois, j’aimerais être capable de rester en colère plus longtemps ! »

Exhibit B est votre troisième album avec Rob Dukes. Penses-tu qu’il a été facilement accepté par les fans d’Exodus ?

Il a été accepté dès le début, c’est le frontman idéal pour le groupe. Il y a toujours des gens pour préférer l’ancienne période. Mais sur 20 fans qui regrettent nos débuts, il y en a 19 qui adorent malgré tout ce que nous faisons aujourd’hui. Les amateurs de l’époque old school vont écouter ce nouvel album, apprécier l’extraordinaire travail de Rob et leur opinion changera. La plupart de nos fans n’étaient même pas nés lorsque nous avons sorti Bonded By Blood, les seuls à apprécier et connaître cette époque sont des types de 50 balais. Lorsque les spectateurs voient un type chauve sur scène, ils se disent peut-être : « Mouais, ce gars-là n’est pas bien thrash ». C’est ridicule : Kerry King et Scott Ian sont on ne peut plus thrash et ils n’ont pas un poil sur le caillou !

Steve Souza a aujourd’hui un nouveau groupe, Tenet, qu’il a monté avec quelques gars de Strapping Young Lad. As-tu écouté leur album ?

Oui, je l’ai entendu avant même qu’il sorte. C’est un excellent album.

Je crois savoir que votre séparation avec Steve ne s’est pas faite en bons termes. Quelle est ta relation avec lui, aujourd’hui ?

Nous sommes à nouveau amis. Certes, on ne passe pas notre temps à se téléphoner. Cela dit, je ne téléphone globalement pas beaucoup. Il est venu nous voir jouer à San Francisco et il est monté sur scène pour chanter « The Toxic Waltz » avec Rob. Malheureusement, j’en ai manqué la plus grande partie parce que mes amplis ont cessé de fonctionner au milieu de la chanson. Au lieu de m’intéresser à ces deux gars qui chantaient ensemble pour la première fois, j’essayais de résoudre le problème avec mon technicien. Vraiment nul. Nous sommes à nouveau en bons termes, je ne suis pas très doué pour en vouloir aux gens et rester en colère. Je passe rapidement à autre chose. Parfois, j’aimerais être capable de rester en colère plus longtemps !

Tu n’es pas comme Dave Mustaine ou Kerry King, dans ce cas ?

Non, la vie est trop courte pour en vouloir à quelqu’un.

Entretien réalisé par Spaceman et Metal’o Phil par phoner le 20 avril 2010.

Traduction : Saff

Myspace Exodus :
www.myspace.com/exodus




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