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Chronique   

Exodus – Persona Non Grata


Exodus inquiétait. L’un des cadors du thrash made in USA n’a pas pour habitude de se montrer silencieux aussi longtemps. La formation emmenée par Gary Holt et Tom Hunting a beau n’avoir cessé de tourner depuis Blood In, Blood Out (2014), elle commençait à faire douter de la réalisation d’un onzième opus. Sans faire de vagues, Exodus a pourtant remis le pied à l’étrier en dépit d’un contexte difficile, motivé par une atmosphère de « dégradation et de dégoût social ». De quoi nourrir l’agressivité de leur nouvel effort adéquatement intitulé Persona Non Grata. Exodus s’est vraiment attelé à écrire lorsque la pandémie a frappé les Etats-Unis et a pu constater la croissance des clivages : une raison suffisante pour appeler à l’unité en mettant en exergue les dysfonctionnements. Persona Non Grata avait toute la matière nécessaire pour qu’Exodus la présente de la meilleure des manières possible.

Exodus s’est permis de célébrer ses quarante ans de carrière et le lien très fort entre ses membres en composant de manière isolée, à la montagne dans la maison du batteur Tom Hunting reconvertie en studio pour l’occasion. Persona Non Grata se rapproche d’un album « fait maison », enregistré dans divers home studios et profitant de l’expertise d’Andy Sneap au mix et au mastering pour affiner les contours. Persona Non Grata est tout d’abord le résultat d’une alchimie éprouvée entre les musiciens, trop « heureux » de se retrouver ensemble avec des impératifs temporels forcément remaniés. « Persona Non Grata » ouvre le bal et met d’emblée fin à toute interrogation : Exodus pratique un thrash incisif d’un classicisme apparent et d’une efficacité louable. Gary Holt et Lee Altus n’ont rien perdu de leur dextérité et décident d’introduire l’opus à toute vitesse en multipliant les leads athlétiques. Surtout, Exodus se démarque des standards du format en faisant de « Persona Non Grata » une pièce de plus de sept minutes. L’occasion de démontrer une maîtrise dans les variations rythmiques et l’intégration pertinente de soli. Comme si Exodus voulait rappeler son statut alors qu’il n’en a plus besoin. « R.E.M.F » ne tarde pas à mettre en valeur l’une des caractéristiques principales de l’album : le chant écorché caractéristique de Steve Souza qui varie les intensités et présente une prestation équilibrée. Il offre le parfait contraste avec les chœurs hardcore bas du front qui marquent les ruptures rythmiques et font tout le sel de « Slipping Into Madness », tout en sachant accompagner le refrain « à la suédoise » de « The Years Of Death And Dying », l’un des plus mélodiques qu’ait jamais proposés Exodus.

Là où Exodus se montre plus frileux, c’est lorsqu’il s’adonne à un thrash de série sans véritable audace. On pourra louer l’agressivité de « The Beatings Will Continue (Until Morale Improves) » ou de « Clickbait » mais les deux compositions ne bénéficient pas de la même profondeur que le reste. Exodus gagne à complexifier ses structures et à tout simplement oser, à l’instar de « Lunatic Liar Lord », de ses gimmicks de guitare qui se calquent sur les phrasés acoustiques d’ouverture, de ses variations d’ambiance et de sa théâtralité dissonante, le tout précédé d’une introduction, « Cosa Del Pantano », qui prépare le terrain en nous plongeant dans le bayou. Persona Non Grata sait construire des ambiances crédibles : le riffing de « Prescribing Horror » repose justement sur ce sens de la gravité et du menaçant (les arrangements de cloches y sont pour beaucoup). Exodus aurait pu se permettre de simplement exceller dans l’académisme : Persona Non Grata prouve que son thrash est en progrès constant malgré les décennies d’érosion. Il y a parfois une simplicité stupéfiante qui sonne comme un rappel bienvenu : les guitares qui ouvrent « The Years Of Death And Dying » sont l’essence de ce qui fonctionne dans le thrash, sans fioritures. Limpide.

Persona Non Grata est peut-être la réalisation la mieux calibrée d’Exodus à ce jour, tant par ses performances instrumentales que par le songwriting. Le thrash d’Exodus a tout le cachet du vieux loubard sans pour autant accuser le poids des années au point de sentir le rance et la poussière. Au contraire, mis à part quelques élans qui révèlent davantage des automatismes qu’une inspiration, Persona Non Grata est un édifice subtilement construit où chaque riff s’imbrique parfaitement et où chaque mélodie est mise en valeur sans gros sabots ou discours pompeux. Exodus peut prendre le temps qu’il veut, sa musique vieillit parfaitement.

Lyric vidéo de la chanson « The Years Of Death And Dying » :

Lyric vidéo de la chanson « Clickbait » :

Clip vidéo de la chanson « The Beatings Will Continue (Until Morale Improves) » :

Album Persona Non Grata, sortie le 19 novembre 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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