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Chronique   

Eyehategod – A History Of Nomadic Behavior


On ne présente plus Eyehategod : ça fait plus de trois décennies que le combo de Mike IX Williams déverse sa négativité dans des dizaines de milliers d’oreilles avides. Pionniers du sludge façon NOLA (y en a-t-il une autre ?) à la descendance prolifique, ils mélangent inlassablement les riffs poisseux à la Black Sabbath et une hargne à la Black Flag, le tout saupoudré de misère, de drogues diverses et de nihilisme, évidemment avec la désinvolture qu’un tel cocktail exige : A History Of Nomadic Behavior, sixième opus du groupe, sort sept ans après un album éponyme dévastateur, que les fans avaient déjà dû attendre pas moins de… quatorze ans. C’est que l’histoire du groupe et surtout de son chanteur est agitée : après l’ouragan Katrina et les démêlés avec la justice de 2005, c’est cette fois le foie de Williams qui a flanché en 2016 après, on le suppose, des années d’excès. Une greffe plus tard, un certain nombre de mauvaises habitudes remisées au placard – on se souvient du petit panneau « échange merch contre drogues » de la dernière tournée, cela dit –, et avec une pulsion de vie un peu plus affirmée que par le passé, Williams et son équipe reviennent donc en fanfare dans un contexte plus apocalyptique que jamais.

Si le combo a levé le pied sur l’autodestruction, il en a toujours aussi gros sur la patate : dès « Built Beneath The Lies », premier morceau de l’album et premier extrait présenté au public, on retrouve les Américains en grande forme, c’est-à-dire, en l’occurrence, hargneux et remontés à bloc. Larsens à gogo, riffs crasseux, mid-tempo qui pilonne et IX qui éructe « Plate glass shatters in my head », tout ce qui fait le son du groupe est là, jusqu’au ralentissement doom ultra lourd du milieu du titre. L’accélération punk qui, on l’espère, fera sous peu merveille dans les moshpits, ne se fait pas attendre non plus et prend à la gorge à la seconde moitié de « The Outer Banks ». Si Jimmy Bower est désormais seul à la guitare (depuis le dernier album, Brian Patton a en effet quitté le groupe), les riffs ne se retrouvent certainement pas relégués au second plan, comme on peut l’entendre dans un « High Risk Trigger » sur lequel il est difficile de ne pas secouer la tête : au contraire, la production leur fait la part belle, au point d’occulter la section rythmique. Claire, spacieuse, loin du son boueux des années 90, elle n’enlève rien à la puissance de l’ensemble, et comme par ailleurs Williams articule mieux que jamais, on a l’impression de comprendre le chanteur pour la première fois de sa carrière. Mais c’est bien là que la clarté s’arrête : les douze titres sont chaotiques à souhait et s’enchaînent tambour battant sans qu’on sache toujours vraiment où ils veulent en venir (le bien nommé « Current Situation », où un éventuel groove est complètement englouti dans une cacophonie ponctuée de hurlements), dégoulinants de larsens et d’à peu près.

Bref, si les musiciens ont un peu fait le ménage dans leur vie, Williams déverse son fiel avec autant de ferveur que par le passé. Si à l’époque des quarantaines, ce titre, A History Of Nomadic Behavior, semble évoquer un monde désormais lointain – celui des mois passés sur la route –, dans ce qu’il a de plus primal, l’album est parfaitement de circonstance. Fidèle à ses racines, le punk, le blues voire le jazz de l’intermède « Smoker’s Piece », Eyehategod chante le désarroi de la manière la plus viscérale et la plus immédiate possible. Les paroles de Williams sont abstraites mais expriment la rage et la frustration avec une efficacité redoutable. Coincés entre l’insomnie et les cauchemars, la peste et le choléra, la routine assommante – le spectaculaire « Every Thing, Every Day » qui referme l’album sur un furieux « Kill your boss » – et l’ennui, la vie n’a jamais semblé aussi insupportable, mais une fois de plus, Eyehategod offre un épanchement de bile jouissif voire franchement salutaire…

Chanson « Built Beneath The Lies » :

Chanson « Fake What’s Yours » :

Chanson « High Risk Trigger » :

Album History Of Nomadic Behavior, sortie le 12 mars 2021 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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