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Chronique   

Eyehategod – Eyehategod


Quatorze ans après leur dernier opus en date, Eyehategod émerge à nouveau de la vase, plus vilains que jamais. Mais comme toujours ils se fichent bien de ce dont ils ont l’air car quel que soit leur état, ils sont les patrons du sludge. En effet, parler de sludge, c’est parler d’Eyehategod (EHG pour les intimes), ce mélange de hardcore et de doom (selon la définition) nécessairement boueux pour correspondre aux marécages où il prend racine, et bruyant, presque bruitiste, sculptant son son dans une distorsion permanente. En cela, EHG a une vraie maîtrise. Et sans grands efforts : en plus vingt-cinq ans d’existence, voici son cinquième album faisant enfin suite à un Confederacy Of Ruined Lives (titre qui les résumait déjà bien) en début de siècle…

Néanmoins, on ne saurait dire que Mike IX Williams et ses potes envapés se soucient de ce qui se passe sur ce territoire qu’ils dominent. Pourtant ils reviennent pour lâcher un nouveau mètre-étalon dans la mare, redéfinir ce qui est déjà défini : ce mélange de Black Sabbath et de Black Flag, comme ils sont communément décrits, mais en parvenant encore à surprendre. Ainsi « Agitation! Propaganda! » est sans doute le démarrage d’album le plus inattendu de toute leur carrière. Le larsen d’intro habituel vite dégagé, pas le temps de jouer la première mid-tempo, on embraye direct sur la quatrième hardcore, avant un ralentissement aux deux-tiers du parcours, pour mieux faire rentrer le marteau-pilon en deuxième piste qui prend le temps de vous écraser en seconde, avec en permanence ce chant de Williams moins vomi que d’habitude, plutôt expulsé avec une rage punk, le poing jeté à travers le micro à chaque mot.

Galette de gras fourrée au speed, voilà le meilleur moyen de comprendre Eyehategod, l’album. La description même d’un « Medicine Noose » au noyau hardcore entre deux couches de doom, suivant un « Flags And Cities Bound » qui englue les pieds du punk dans la vase dans une lente danse qui s’achève dans la ronde de la mort d’un alligator en slow-motion, au rythme des battements de LaCaze (dernier témoignage musical du batteur) sur des lignes de guitares drone, pendant les deux dernières minutes (sur sept) du morceau. La seule façon d’expliquer comment on passe de l’étouffe-chrétien « Nobody Told Me » et de la patte sudiste de « Worthless Rescue » au pogotant « Framed To The Wall », punk dans sa définition la plus primaire : voyou, crasseux, bruyant, je-m’en-foutiste. Et nul doute qu’EHG n’en a rien à péter, laissant toujours trainer ses larsens comme on laisse moisir ses chaussettes trois semaines sur le lino. Larsens qui parfois donnent le tempo : omniprésents dans l’ultime « The Age Of Boot Camp », ils en deviennent, par leur répétition, le riff du morceau.

L’album éponyme d’un groupe est généralement interprété comme une volonté de retour aux sources, ou une borne dans son histoire résumant son savoir-faire. Chez EHG, on fait table rase pour revenir à ce qu’il y a de plus « do it yourself », et sans doute une part de « no future » : qu’importe que ça marche, que les fans même ne comprennent pas, ne retrouvent pas les rondeurs doom, voire groovy, d’un Take As Needed For Pain, qu’on casse les riffs et les rythmes au risque de perdre l’auditeur, EHG réalise l’œuvre la plus anti-commerciale qu’on puisse faire à ce stade de sa carrière, tout en gravant sur un disque auquel on ne file même pas de nom (pour quoi faire ?) une nouvelle définition du sludge.

Ci-dessous les titres « Agitation! Propaganda! » et « Robitussin And Rejection » :

Album Eyehategod, sortie le 26 mai 2014 chez Century Media Records.



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