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Interview   

Eyehategod : « je suis un bluesman des temps modernes »


« Nous sommes des survivants », nous disait Mike IX Williams il y a sept ans, lorsque sortait le dernier album d’Eyehategod, qui lui-même suivait quinze années d’attente. Ce constat est d’autant plus vrai aujourd’hui pour le chanteur qui a littéralement frôlé la mort suite à une sévère cirrhose du foie qui lui a valu une greffe. Est-ce que ça l’a arrêté une fois sorti d’affaire ? A part qu’il dit faire un peu plus attention aujourd’hui, pas vraiment ! A peine quelques mois après, on avait pu le revoir sur les routes et les scènes du monde entier, et ce pendant trois années durant. Après tout, c’est en partie la musique, le groupe et la scène qui l’ont motivé à ne pas s’en ficher et à faire ce qu’il fallait pour rester vivant.

D’où le titre du nouvel album d’Eyehategod, A History Of Nomadic Behavior, renvoyant à ce besoin irrépressible de partir sur les routes, de voir du pays, de s’inspirer des gens au gré des rencontres et de sa propre vie tels les bluesmen d’antan. Un album à la conception « dysfonctionnelle » à l’image du groupe, commencée pendant la maladie du chanteur et avant le départ du guitariste Brian Patton, dont nous parle Mike IX Williams.

« Evidemment, ça m’a donné un nouveau regard sur la vie mais, enfin, tout le monde va finir par mourir. Il n’y a pas à avoir peur de la mort. Tout le monde meurt. Tu vas mourir, je vais quand même mourir – une nouvelle fois. »

Radio Metal : Revenons tout d’abord dans le passé : fin 2015 a été un moment critique pour toi. Ça faisait plus de deux ans que tu affrontais de sérieux problèmes de santé. On t’a diagnostiqué une cirrhose du foie et en avril 2016, tu as été retrouvé inconscient dans ta chambre d’hôtel pendant une tournée. Les médecins t’ont expliqué que ton foie et tes reins étaient en train de lâcher et que tu ne survivrais pas une année de plus, donc tu avais besoin d’une greffe de foie en urgence. Comment étais-tu physiquement et mentalement à ce stade ?

Mike IX Williams (chant) : C’est effectivement arrivé en 2015, début 2016, mais j’ai eu ma greffe en décembre 2016. Evidemment, il se passe plein de choses dans ta tête quand ça t’arrive, tu ressens un tas d’émotions différentes. Tu te demandes : « Devrais-je abandonner ? Devrais-je m’en ficher et continuer à boire sans m’en soucier ? Ou devrais-je me battre pour rester en vie ? » J’ai donc opté pour la dernière option. Plein de mes amis et de gens de ma famille m’ont mis dans un état d’esprit positif afin que je décide que je voulais vivre et rejouer dans le groupe, que je voulais remonter sur scène pour chanter. J’ai adopté ce qu’on pourrait qualifier de point de vue positif et j’ai fait tout ce que je pouvais pour rester en vie. Enfin, il y avait non seulement le fait que je pensais au futur, où je rejouerais avec Eyehategod ou n’importe lequel de mes groupes, en me disant que ça allait être super quand ce moment arrivera, mais… J’écoute constamment de la musique et je l’ai également fait quand j’étais hospitalisé. Il y a eu une fois où quelqu’un m’a mis un casque sur les oreilles quand j’étais sous sédatif et je me souviens avoir entendu la musique, donc la musique m’a beaucoup aidé à m’en sortir. Maintenant, plusieurs années plus tard, je pète la forme, mec. Je me sens super bien.

A cause des frais astronomiques pour te sauver la vie, ta femme a dû lancer une campagne de financement participatif via YouCaring. Après avoir vécu cette expérience, quel est ton sentiment sur le système de santé et l’assurance-maladie en Amérique ?

La raison pour laquelle j’avais une assurance à ce moment-là… C’était la première fois de ma vie que j’avais une assurance-maladie ! Et c’est grâce au président Obama et à son Obama Care. Il avait mis en place le plan de santé qui m’a aidé à obtenir une assurance. Le système est dingue en Amérique comparé à tous les autres pays. Je veux dire que j’ai parlé avec des gens en Finlande qui m’ont parlé de leur programme de services de santé et, en gros, leur pays prend soin d’eux. Je sais que ça se passe comme ça dans plein de pays. C’est assez extraordinaire que nous soyons aussi primitifs ici en Amérique et on dirait que les gens veulent ça. Ça ressemble à un système où les pauvres qui sont en mauvaise santé meurent les uns après les autres et ça semble convenir aux gens.

Dirais-tu qu’Eyehategod t’a indirectement sauvé la vie, par le biais des milliers de fans du groupe qui ont été disposés à t’aider ?

Plein de choses m’ont sauvé la vie. Je dirais que la science m’a sauvé la vie. La science et les médecins sont ceux qui m’ont sauvé la vie. Mais oui, l’amour des fans était extraordinaire. J’étais bouleversé. Je le suis toujours. C’est extraordinaire le nombre de personnes qui ont réagi et ont donné de l’argent. Rien que l’amour qu’ils ont témoigné pour moi était incroyable. Les gens se sont mobilisés et ont aidé, c’était génial. Donc oui, dans un état d’esprit positif, ils m’ont aidé à avancer et à ne pas penser négativement à ma situation.

A quel point ton regard sur la vie et ton mode de vie ont-ils changé maintenant comparé à avant ?

Pas énormément, en dehors du fait que je ne prends plus vraiment de drogues dures et je ne bois plus trop d’alcool fort. Je veux dire que je peux me prendre un verre de vin, les médecins ont dit que ça allait. C’est un foie tout neuf, mais un verre de vin de temps en temps… Mais oui, je ne m’autorise plus de drogues dures. Quasiment plus. Evidemment, ça m’a donné un nouveau regard sur la vie mais, enfin, tout le monde va finir par mourir. Il n’y a pas à avoir peur de la mort. Tout le monde meurt. Tu vas mourir, je vais quand même mourir – une nouvelle fois. Donc tout le monde va mourir et je ne crois pas qu’il faille en avoir peur. Notre conscience et notre âme partent je ne sais où, et notre corps pourrit dans le sol. Mais je dirais que oui, ça m’a fait réaliser que j’adore jouer de la musique et j’adore mes amis et certaines personnes. Je me suis dit que c’était plutôt cool d’être vivant, contrairement aux années 90 et peut-être avant quand je me fichais de vivre ou de mourir, ce n’était pas quelque chose auquel je pensais. Je vivais comme je pouvais et au moment où j’ai fini par rencontrer un problème, j’ai décidé qu’après tout la vie était plutôt sympa.

« Nous ne faisons rien de méticuleux, crois-moi [petits rires]. Nous sommes négligents, mec ! Nous ne réfléchissons vraiment pas aux choses autant que nous le devrions. »

D’un autre côté, dirais-tu que dans le temps, vivre dangereusement te faisait te sentir plus vivant ?

Oui, bien sûr. Quand tu fais les choses sans te soucier des conséquences, ça te permet de faire des trucs sympas, mais aussi des trucs vraiment stupides. Ce n’est pas vraiment ainsi qu’il faut agir, je ne veux pas que les gens qui lisent ceci pensent que c’est cool de faire ça, car ça ne l’est pas, mais c’est ainsi que mon esprit fonctionnait à l’époque. Je vivais au jour le jour et je ne me souciais pas du futur, donc oui, ça me donnait l’impression d’être plus vivant.

A partir de 2017, et ce pendant trois ans, à peu près tout ce que vous avez fait avec Eyehategod, c’était tourner, y compris dans des pays où vous n’étiez jamais allés. Comment c’était de remonter sur scène ?

J’ai eu mon opération en décembre 2016 et quatre mois plus tard j’étais de retour sur scène. Nous avons donc commencé à tourner en avril 2017 et nous n’avons pas arrêté jusqu’à mars 2020 quand la pandémie est survenue. Nous avons juste décidé de profiter du fait que j’étais en bonne santé pour foncer et tourner autant que possible dans des endroits où nous avions joué un tas de fois, mais aussi nous avons décidé que ce serait super d’aller dans des pays comme l’Indonésie, Taïwan, la Corée du Sud, les Philippines, la Tasmanie, Tel-Aviv en Israël… Nous trouvions que ce serait une super manière d’entretenir l’excitation. Voilà donc ce que nous avons fait. Les premiers concerts étaient étranges parce que ça faisait un petit moment que je n’étais pas monté sur scène. Enfin, nous étions en tournée quand je suis tombé dans le coma. Donc la dernière chose que j’avais faite avant d’aller à l’hôpital c’était un concert. C’est ma vie. C’est ce que je fais. Je fais ça depuis de très nombreuses années. Même avant Eyehategod, j’étais dans des groupes. Je suis dans des groupes depuis mes quatorze ans. Donc ça fait partie moi. Les premiers concerts étaient extraordinaires, ils étaient amusants et c’était super d’y voir les fans et les gens que je considère comme des amis et qui nous aiment et nous soutiennent.

Pendant que tu étais malade, tes collègues dans le groupe ont composé et enregistré les chansons du nouvel album. Quelle était ta réaction quand tu as enfin pu écouter les nouveaux morceaux ?

J’ai trouvé ça super, mais j’avais déjà tout entendu. Le processus que nous suivons est qu’ils composent les chansons et enregistrent les répétitions, donc j’avais déjà entendu toutes les chansons. Enfin, je ne les avais pas entendues enregistrées dans un vrai studio, mais j’étais déjà familier avec les morceaux.

Apparemment, à un moment donné, ils pensaient avoir fini l’album, mais ensuite ils l’ont réécouté et ont décidé que ce n’était pas au niveau. Ils ont donc pas mal retravaillé ça, réenregistré, ajouté des parties, retiré des parties, etc. Ça a l’air d’avoir été assez méticuleux…

Non, pas du tout. C’est courant. Ce n’était pas du tout méticuleux. Nous ne faisons rien de méticuleux, crois-moi [petits rires]. Nous sommes négligents, mec ! Nous ne réfléchissons vraiment pas aux choses autant que nous le devrions. Non, ils ont enregistré la démo de l’album… Je ne suis pas sûr quelle année c’était, peut-être en 2016 ou 2017, et c’était quand Brian [Patton] était encore dans le groupe. Depuis l’année suivante, 2017, Brian a décidé qu’il fallait qu’il quitte le groupe à cause de toutes les tournées que nous faisions. Il n’avait tout simplement plus le temps parce qu’il devait s’occuper des parents de sa femme qui étaient malades à l’époque. Il avait aussi un autre bébé en route. Il a donc fallu qu’il quitte le groupe. Après son départ, une fois que nous avions écouté les démos, nous avons décidé que nous pouvions faire mieux en réenregistrant les morceaux car le groupe était différent maintenant, nous avions Aaron [Hill] à la batterie, il n’y avait plus Brian – nous adorons Brian, soit dit en passant, et il fait toujours partie de la famille. Nous avons donc décidé de réenregistrer l’album et durant ce processus nous avons rajouté des chansons, composé de nouvelles choses et changé quelques parties, mais il n’y avait rien de méticuleux là-dedans.

Avez-vous l’intention de remplacer Brian ou allez-vous rester à quatre ?

Non, je ne pense pas… Personnellement, j’aime que nous soyons un quatuor. Je veux dire que – si tant est que ça ait du sens ou veuille dire quelque chose – ça confère un côté plus punk au groupe. C’est de là que je viens, la scène punk, depuis que je suis gamin. J’aime le quatuor, c’est plus brut et simple. Enfin, Jimmy [Bower] a toujours ses amplis de chaque côté de la scène, donc en live ça sonnera toujours bruyant et tout. Parfois les larsens ou le son de guitare de Brian me manquent, mais c’est comme ça. C’est le nouveau Eyehategod ; le Eyehategod moderne. Je pense que personne d’autre… Il faudrait vraiment la personne parfaite pour nous rejoindre. Je ne connais personne qui conviendrait. Il faudrait un certain type de personne pour remplacer Brian, et jusqu’à présent personne ne s’est présenté.

« Quand on a ce genre de vie, ça a tendance à te rendre plus sage et ça inspire plein de paroles, d’émotions, de chansons et de riffs. D’une certaine façon, je suis un bluesman des temps modernes. »

Tu as aussi mentionné Aaron, qui est arrivé après que Joe LaCaze ait enregistré l’album précédent. Qu’est-ce qu’Aaron a apporté à Eyehategod ?

De la drogue. Non, il a un style différent de Joey. Joey était en fait son batteur préféré avant même que je ne rencontre Aaron. Je suppose qu’il s’était rendu à nos concerts à La Nouvelle-Orléans et quand il est rentré dans le groupe, il m’a dit que Joey était l’un de ses batteurs locaux préférés à La Nouvelle-Orléans. C’était sympa d’entendre ça. Mais il a un style différent. Aaron vient de différents types de musiques. Evidemment, personne dans le groupe n’est metalleux et Aaron ne fait pas exception. Il était dans un groupe de garage rock qui s’appelait Missing Monument ; il est aussi dans un groupe instrumental baptisé Mountain Of Wizard. Ces deux groupes existent toujours. Il a simplement apporté un autre style, même si ça reste heavy. Il aime aussi les mêmes groupes que nous et la même agressivité dans la musique. Il est aussi super bizarre. Donc il colle parfaitement, car tout le monde dans ce groupe est bizarre ! Je suppose qu’il faut vivre avec nous pour le voir, il y a un côté malade mental. Je l’ai probablement dit dans la biographie : c’est une famille dysfonctionnelle. Donc il est parfait chez nous.

En parlant de famille dysfonctionnelle, tu as aussi déclaré qu’il pouvait y avoir des tensions dans le groupe, mais penses-tu que c’est ce qui fait que la musique d’Eyehategod est ce qu’elle est ? Penses-tu qu’Eyehategod fonctionne paradoxalement parce que ce groupe est dysfonctionnel et tendu ?

Oui, je pense que ça joue beaucoup. Il y a plein de groupes comme ça, comme les Black Crowes, il y a deux frères dans ce groupe qui se disputent tout le temps, mais ils font quand même de la super musique. Je pense que, parfois, cet équilibre et cette tension peuvent apporter un certain feeling à la musique. La musique d’Eyehategod contient cette tension, comme si c’était prêt à se désagréger à tout moment. Enfin, Jimmy et moi sommes grosso modo des frères de mères différentes. Je connais Jimmy depuis plus de trente ans. Nous avons officié dans des groupes ensemble pendant plus de trente ans. Donc évidemment qu’il y aura parfois des disputes, mais nous nous aimons, et tout ceci, on le retrouve dans la musique, je crois.

On retrouve dans l’album un passage jazzy, intitulé « Smoker’s Piece ». Comment se sont-ils retrouvés d’humeur à faire ce genre de chose ?

« Smoker’s Piece » est quelque chose qu’ils ont composé en studio sur le vif sans aucune idée préconçue. Il n’y avait rien. Ils n’y ont pas du tout réfléchi des semaines à l’avance, genre : « Ecrivons un morceau comme ça ! » Personne n’a dit ça, c’était simplement un truc qui est venu sur le moment et ça sonnait cool. Ils l’ont fait plusieurs fois et nous avons conservé une des versions, parce que ça sonnait sympa en tant qu’interlude entre deux chansons. Nous écoutons un tas de styles musicaux différents. Comme je l’ai dit, nous n’écoutons pas vraiment de metal. Enfin, évidemment, il y a des groupes de metal, de vieux groupes surtout, et ce genre de choses que j’aime et que les autres aiment aussi, genre les classiques, mais nous ne suivons pas trop ce qui se fait de moderne. Le blues fait partie de ce que nous écoutons – le blues et les trucs jazzy. Enfin, nous venons de La Nouvelle-Orléans ! On entend constamment ce genre de chose quand on se promène dans le quartier français, on entend du jazz, du blues, du hip-hop et tout.

Il y a une tradition blues particulière en Louisiane et il est clair qu’on la retrouve dans la musique d’Eyehategod mais poussée à l’extrême : te reconnais-tu dans les vieux bluesmen qui utilisaient la musique pour exorciser la misère et les frustrations du quotidien ? Vois-tu Eyehategod comme une continuation de cette tradition ?

A cent pour cent, oui ! Nous avons toujours dit que nous n’étions qu’un groupe de blues hardcore. Nous sommes un groupe de punk blues rock. C’est comme si John Lee Hooker écoutait Black Flag, c’est comme ça que nous sonnons. Je me reconnais complètement dans ces gars. La misère et la souffrance… Les gens ne sont pas obligés d’aller rechercher ça, mais quand on a ce genre de vie, ça a tendance à te rendre plus sage et ça inspire plein de paroles, d’émotions, de chansons et de riffs. D’une certaine façon, je suis un bluesman des temps modernes. Nous écoutons Lightnin’ Hopkins, John Lee Hooker, Mississipi John Hurt, Bukka White… Nous écoutons énormément d’artistes blues. Ceci dit, je ne sais pas s’ils viennent de la Louisiane. Il y a plein de musiciens blues qui viennent d’ici, mais nous sommes influencés par le blues venant de partout : d’Alabama, du Mississippi, de Chicago, etc.

« C’est aussi de l’art. L’art ne doit pas forcément signifier quelque chose ou être à destination des gens. […] Si les gens arrivent à donner un sens aux mots, alors c’est fantastique, et parfois les gens m’apprennent des choses sur mes propres chansons. »

L’album s’intitule A History Of Nomadic Behavior, un titre qui reflète en partie le chaos et l’euphorie qu’a vécus le groupe Durant les trois dernières années. Comment décrirais-tu ce « comportement nomade » ?

Le titre de l’album a été écrit bien avant que l’album ne soit enregistré. J’avais noté ce titre dans un de mes carnets. Il était inscrit là-dedans, attendant quelque chose. Quand nous avons enregistré cet album, ça collait bien avec les trois années passées à tourner. Donc ce n’était pas très intentionnel, mais après lui avoir donné ce nom, nous avons réalisé qu’il décrivait bien notre style de vie durant les trois dernières années. Je ne peux pas parler à la place de qui que ce soit, mais personnellement j’adore voyager et tourner, et je le ferai jusqu’à ma mort, si je le peux. Même sans le groupe, je pense que j’adorerais tourner, juste voyager et voir le monde. Pour moi, la connaissance, c’est l’éducation. Si tu veux mon avis, les voyages, c’est une expérience d’apprentissage et ça nous rend plus intelligents. Voir d’autres cultures et comment les gens vivent et être respectueux de ça, je trouve que c’est super. C’est assez dur quand je dois rester à la maison pendant un certain temps, mais durant la pandémie, je suis resté tout le temps à la maison et j’aime aussi être chez moi. C’est un peu la contradiction. J’aime être à la maison et le confort de la vie chez moi, mais au bout d’un moment, j’ai envie de partie, de voyager, de voir des choses et tout – pas forcément les gens, mais juste le fait même de voyager.

Tu as déclaré que « les émeutes, les élections et le Covid-19 étaient en train de se produire et [tu avais] tout ceci à l’esprit pendant que [tu faisais] le chant pour l’album. » Comment est-ce que ça a impacté ta prestation vocale ?

Je ne sais pas ! Je me contente de faire ce que je fais. Ce n’était pas quelque chose auquel je pensais en permanence. Ça se produisait autour de moi, mais c’est juste la vie, il se passait ces choses. Donc il n’y a pas de narration linéaire dans les chansons. C’est moi qui chante, donc je fais ce que je fais toujours. Les paroles sont prononcées un peu mieux, ceci dit, et on peut comprendre ce que je dis, mais il y a toujours la rage et l’agressivité que nous avons toujours eues. Le fait que je n’étais pas complètement bourré et que je ne jurais pas à chaque mot avec de la distorsion sur mon chant ne signifie pas que ce n’est pas le même Eyehategod.

Tu ne considères pas Eyehategod comme un groupe politique et tes chansons sont toujours énigmatiques et abstraites. Penses-tu que ce soit avant tout des outils thérapeutiques pour toi plus qu’une manière de transmettre des messages et de communiquer avec l’auditeur ?

A cent pour cent, oui. Je ne songe jamais vraiment à ce que les gens vont penser. Un certain nombre de ces textes sont assez anciens, d’autres ont été réécrits en studio. Il y a quelques paroles qui ont été directement écrites sur le vif, en studio. Ma méthode est juste de trouver des trucs, j’aime bien comment ça sonne, et je les assemble. J’aime l’allure qu’ont les mots ensemble sur un papier et comment ils sonnent, surtout dans la musique. Je n’écris pas d’histoire. Je n’écris pas des chansons pour d’autres gens. Si les gens arrivent à donner un sens aux mots, alors c’est fantastique, et parfois les gens m’apprennent des choses sur mes propres chansons. Ils viennent me voir et disent : « Je pense que cette chanson parle de ça. » J’y réfléchis pendant une minute et je dis : « Ouais, tu mets le doigt sur quelque chose, c’est une bonne idée ! » C’est plus ou moins ainsi que ça fonctionne. J’en reviens à ce terme : « abstrait ». C’est aussi de l’art. L’art ne doit pas forcément signifier quelque chose ou être à destination des gens. Je veux dire que ça peut en avoir pour l’artiste et les gens peuvent y voir le sens qu’ils veulent.

Tu as déclaré qu’en tant que groupe, vous avez mûri et que, d’une certaine manière, vous êtes devenus plus professionnels. Comment ? Quelle différence vois-tu aujourd’hui ?

C’est quelque chose que nous n’avons pas vraiment remarqué. Je veux dire que nous le remarquons maintenant que l’album sort et que les gens nous disent ce qu’ils pensent de l’album. Donc ils nous mettent des idées dans la tête. Mais nous avons abordé cet album comme n’importe quel album d’Eyehategod. Nous sommes plus vieux aujourd’hui, et de toute évidence, on gagne en maturité avec l’âge. La vie des gens change en trente ans. Les gens qui veulent que nous sortions le même album à chaque fois, qu’ils aillent se faire foutre ! C’est stupide. Nous sommes un groupe. Nous devons évoluer et mûrir. Nous restons Eyehategod, mais peut-être que le son est plus en phase avec 2021 que nous le réalisions. Enfin, « professionnel », c’est relatif. Tout dépend ce qu’on met derrière ce terme.

Interview réalisée par téléphone le 29 janvier 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Eyehategod : eyehategod.ee

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