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Interview   

La face tendre de Kirk Windstein


Samedi 14 décembre 2019, premier jour d’enregistrement du douzième album de Crowbar. Kirk Windstein est au four et au moulin : c’est en direct du studio, pendant que son batteur se prépare à poser ses premiers rythmes, que nous le joignons pour échanger sur son album solo, le premier du nom. Kirk Windstein n’arrête jamais : il a conçu l’opus sur deux ans entre les tournées et pendant ses vacances. La musique c’est sa vie, c’est son rêve. Dream In Motion. Tout est dans le titre.

Si Crowbar représente la face dure et rageuse de sa fibre artistique, Dream In Motion est au contraire sa face tendre et mélancolique. C’est aussi et surtout deux déclinaisons, deux extrémités d’une même sensibilité, qui parfois se rejoignent. Car Kirk Windstein est un artiste plus complexe qu’il n’y paraît, aux affinités vastes, allant de Trouble ou Type O Negative à Toto ou Seal.

La sortie de cet album solo est donc l’occasion idéale d’en savoir plus sur Kirk Windstein, l’homme et l’artiste, que ce soit lesdites affinités, sa carrière, sa ville de cœur La Nouvelle-Orléans, etc. Sans oublier Crowbar puisque le groupe fête tout juste ses trente ans, mais aussi Down que le guitariste nous informe réintégrer après l’avoir quitté en 2013.

« Je ne suis pas du tout un grand guitariste, mais pour ce qui est de ma composition et mon jeu de guitare, je crois vraiment être un petit peu plus polyvalent que les gens le pensent quand ils entendent Crowbar. »

Radio Metal : Tu sors ton tout premier album solo, intitulé Dream In Motion. Ça fait trente ans maintenant que tu es dans ce business, alors pourquoi est-ce qu’il t’a fallu autant de temps pour réaliser un album solo, et pourquoi maintenant ?

Kirk Windstein (chant & guitare) : Vraiment, j’ai très peu de temps libre ! Au fil des années, l’idée m’a traversé l’esprit de faire quelque chose de plus doux que Crowbar et de faire un album solo, mais j’ai juste… C’était en fait en juin 2017 et j’étais là : « Tu sais quoi ? J’ai envie de faire un album solo » [petits rires]. Ça m’a pris environ deux ans. Nous avons commencé en juin 2017 et fini en juillet 2019. Donc, avec le peu de temps que j’ai quand je ne suis pas en tournée, occupé avec des trucs familiaux et autres, je pouvais me rendre en studio une journée, après avoir écrit une chanson, et tout enregistrer, et ensuite, il pouvait arriver que je ne revienne pas pendant deux mois. Ça a donc pris un petit moment, mais c’était très détendu, pas de pression, il n’y avait pas de limite de temps, pas de date butoir ou quoi que ce soit de ce genre. Heureusement, eOne, le label, m’a donné carte blanche. Ils étaient là : « Fais ce que tu veux ! » C’est ce que j’ai fait. J’ai beaucoup apprécié faire cet album.

Tu as fait tout l’album toi-même, à l’exception de la batterie jouée par Duane Simoneaux. Comment s’est déroulé le processus ?

J’écrivais une chanson, j’allais au studio et j’enregistrais la chanson sur une piste de click, et ensuite Duane Simoneaux, qui est le producteur et l’ingénieur du studio – c’est son studio –, faisait la batterie. Nous posions des guitares heavy dessus, je jouais de la basse dessus, il posait éventuellement un peu de clavier sur deux ou trois chansons ici et là. Pendant que j’écrivais les textes, je n’avais même pas de titres de travail, je l’appelais ou même lui envoyais un SMS, et je disais : « Ecoute, est-ce que tu es disponible la semaine prochaine ? » « Ouais, d’accord. » « Je veux venir mercredi, je veux chanter le morceau numéro trois. » Et je venais et travaillais sur le chant pendant quelques heures, j’enregistrais ça, et puis la chanson était finie et nous passions à la suivante. C’était un processus vraiment très simple qui fonctionnait très bien. Il n’y avait jamais personne au studio en dehors de moi et Duane, et nous sommes de très bons amis, donc nous étions totalement concentrés sur le boulot, en étant détendus, sans boire, sans faire la fête ou quoi que ce soit. Simplement, je venais et je faisais de la musique.

Tu as donc fait ça entre les tournées et pendant les vacances : est-ce que ça veut dire que tu ne fais jamais de pause avec la musique ?

A peu près. En dehors de ma famille, évidemment, la musique est vraiment ma vie. C’était marrant de faire cet album solo, vraiment. J’ai pu étendre mes horizons et me diversifier, je dois dire, et faire un style d’écriture qui représente une autre facette de ma personnalité artistique. Je trouve du plaisir à faire ça et le résultat est bien meilleur que ce que je pensais, pour être honnête [petits rires]. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais le produit final, je l’ai entendu une fois au casque, en étant très concentré sur tout, et j’étais là : « Mec, franchement, ça tue ! » J’en suis très content. Je ne m’attends pas à ce que tous les fans de Crowbar l’aiment mais j’espère que certains d’entre eux l’aimeront et peut-être que ça pourra toucher un public plus large, parce que c’est un style de musique différent de Crowbar.

Tu as déclaré avoir fait sur cet album solo de la musique que tu ne pouvais pas faire avec Crowbar. T’es-tu parfois senti restreint avec les paramètres artistiques de Crowbar, surtout depuis que tu as quitté Down ?

Oui. Avec Crowbar, tu as totalement raison. Je veux dire qu’il y a des restrictions parce que Crowbar est Crowbar, il a son propre son, c’est un truc à part, et j’adore, évidemment. C’est ma création et je l’adore. J’adore écrire les chansons, les enregistrer, les jouer en concert, tout. Mais j’écoute plein de styles de musique et ceci m’a offert l’opportunité de ne pas me soucier du règlement de Crowbar, pour ainsi dire, et faire ce que j’avais envie. Tu as mentionné Down et c’était la même chose : avec Down, surtout sur le second et le troisième album, nous nous sommes vraiment diversifiés – particulièrement sur Down II, j’ai beaucoup apprécié la majorité de cet album – et nous avons dit : « Merde, on va faire tout ce qu’on veut. » Led Zeppelin avait pour habitude de faire ça : ils avaient des chansons de folk et ensuite une chanson heavy. Ils n’avaient aucune règle et je pense que c’était l’attitude que j’avais avec cet album solo, c’était : « Tu sais quoi ? Je vais écrire ce que je veux, peu importe ce que c’est. »

D’un autre côté, tu as déjà fait des chansons plus douces avec Crowbar. Alors pourquoi les morceaux plus heavy, comme la chanson éponyme ou « Toxic », n’auraient pas pu être des chansons de Crowbar ?

Oui, peut-être. En fait, je parlais à Duane plus tôt parce que je suis venu en voiture avec lui au studio ici aujourd’hui, et nous disions que ça va si on retrouve une chanson de ce type dans un album de Crowbar, comme « Song Of The Dunes » sur le dernier album ou « Amaranthine » sur Symmetry In Black. Ce n’est pas un souci d’en avoir une mais ça l’est si c’est un album rempli de musiques douces. Mais oui, une chanson comme « Toxic », si elle avait été accordée en Si dans le style de Crowbar, aurait pu être une chanson de Crowbar. Et c’est vrai pour une grande partie de cet album, que je considère comme étant du Crowbar doux, parce que c’est sombre, de nombreuses progressions d’accords sont similaires à ce que je fais dans Crowbar, mais l’absence de contraintes a fait que c’était très amusant pour moi de faire autre chose que ce que je fais d’habitude.

Tu as choisi la chanson éponyme en tant que premier single et titre d’ouverture, or c’est probablement une des chansons, comme je l’ai dit, qui sont les plus proches de ce que Crowbar pourrait produire. Etait-ce fait exprès pour proposer une transition vers le monde de Kirk Windstein, l’artiste solo ?

C’est une très bonne question parce que le fait de dévoiler comme premier morceau et clip une des chansons les plus heavy de l’album – pas qu’elle soit vraiment heavy, c’est loin d’être aussi heavy que Crowbar –, je pense effectivement que ça permet une bonne transition pour présenter le projet solo de Kirk Windstein, et ensuite, quand les gens se procureront l’album et l’écouteront, avec un peu de chance, ils apprécieront aussi les morceaux qui sont bien plus calmes. Pour moi, les deux seules chansons heavy sur l’album sont « Dream In Motion » et « Toxic », et puis bien sûr la reprise d’« Aqualung » qui est plus ou moins heavy aussi. Tout le reste est bien plus léger, avec bien plus de guitares clean et tout.

« [La musique] panse vraiment les plaies, ça guérit de la dépression, ça guérit de tout ce qui est négatif dans notre vie. »

Tu es connu de la plupart des gens pour ton riffing hyper heavy et gras et ta voix rauque, mais cet album montre des côtés très délicats de ta personnalité et tu es même représenté de manière très belle, presque poétique, sur l’illustration. Penses-tu être un homme et un artiste plus complexe que les gens ne le supposent ?

Une autre excellente question. Oui ! Enfin, j’aime à le croire. J’aime à croire que je suis capable de faire plus que seulement Crowbar. J’ai par exemple pu pas mal me diversifier dans Down, aborder différents styles, jouer des solos et des choses que je ne fais pas avec Crowbar. Il est clair que je suis un artiste complet, j’en suis convaincu. Je ne suis pas du tout un grand guitariste, mais pour ce qui est de ma composition et de mon jeu de guitare, je crois vraiment être un petit peu plus polyvalent que les gens le pensent quand ils entendent Crowbar, en disant : « Oh, voilà le type de chose qu’il fait. » C’est super heavy, c’est cool, mais avec l’album solo, je peux montrer d’autres facettes de mon écriture et de mon jeu.

Quelles sont les plus grandes idées fausses à ton sujet ?

C’est dur de répondre à cette question ! Je ne sais vraiment pas ce qui, selon moi, serait la plus grande idée fausse. Je suppose que si on se réfère à l’album solo, en l’occurrence, je crois que vocalement, tout le monde pensait : « D’accord, il a cette voix rocailleuse avec laquelle il aboie. Ça convient à Crowbar mais il ne sait pas vraiment chanter. » En aucun cas j’ai une super voix mais j’ai toujours pu montrer un autre style avec mon chant. Je suis très content de ma voix sur cet album. Ça pourrait ouvrir les yeux et les oreilles de certaines personnes quand elles entendront certaines des harmonies et mélodies que je fais avec ma voix claire, par opposition à la voix rugueuse et agressive de Crowbar.

C’est d’ailleurs frappant à quel point tu peux être délicat en tant que chanteur – surtout sur des chansons comme « Once Again » ou « Enemy In Disguise ». Qu’est-ce qu’il a fallu pour que tu développes cette délicatesse ? Est-ce le résultat d’un travail sur ta voix au fil des années ?

Non. Honnêtement, tout ce que j’ai eu à faire, c’est vraiment de mettre de la retenue sur ma façon de chanter la note. Ça me prenait vingt à trente minutes dans la cabine de chant, quand j’allais chanter une chanson, pour trouver la bonne quantité d’air à expulser du diaphragme ou je ne sais quoi, de façon à ce que ma voix reste claire et ne se casse pas comme elle le fait dans Crowbar où je force beaucoup. Dans Crowbar, tout est tellement plus agressif, c’est comme mettre un ampli sur dix avec ma voix. Sur ma musique solo, j’ai donc dû apprendre à y aller vraiment mollo et essayer de maintenir la clarté dans ma voix pour qu’elle ne sonne pas aussi rugueuse.

Comment vois-tu ton évolution en tant que chanteur au fil des années ?

C’est très étrange parce que ma tessiture vocale est en fait bien meilleure aujourd’hui qu’il y a trente ans. La plupart des gens perdent en tessiture. Enfin, pas que je chante super haut mais ma tessiture a augmenté. Et ça ne vient pas que des albums. Je veux dire que nous commençons l’enregistrement du douzième album de Crowbar aujourd’hui, mais il n’y a pas que ça, ce sont les milliers de concerts aussi. Je ne me souviens même pas du nombre de concerts que j’ai donnés depuis que j’ai quinze ou seize ans, en tant que chanteur. Surtout en tournée, tu apprends à changer ton approche du chant, parce que si tu fais vingt concerts d’affilée sur une tournée européenne ou autre… Il m’est déjà arrivé d’en faire trente d’affilée, me réveillant dans un avion en direction d’un autre pays pour jouer tel concert, puis me réveillant très tôt dans un autre avion pour aller jouer ailleurs et ainsi de suite. Quand tu joues autant de soirs d’affilée, tu apprends à changer ta voix un petit peu, de manière à ce que ça fonctionne en live. Je pense que ce sont tous les concerts que j’ai faits au fil des trente dernières années qui m’ont aidé avec l’âge à développer ma voix.

Cet album est plein de mélancolie et même de désespoir. D’où ces sentiments proviennent-ils ?

Quand je prends une guitare, généralement, j’ai déjà… J’écris en quelque sorte un riff dans ma tête. Puis je prends la guitare et, à partir de là, je travaille dessus. Je veux dire que j’aime mon style de jeu, avec mes progressions d’accords, mes harmonies sombres, mes harmonies à deux guitares, etc. C’est devenu mon style au fil des années. J’aime faire ça. C’est qui je suis en tant que musicien et compositeur, tout simplement. Ce genre de riff que l’on entend dans Crowbar et leurs versions allégées sur cet album solo, c’est la seule manière de composer que je connais. C’est pareil avec mon approche des textes : l’album solo n’est pas si différent de Crowbar. Je ne connais qu’une manière d’écrire des paroles. Je dis toujours aux gens que je ne fais qu’écrire des sentiments. J’appelle ça des « bon mots », c’est-à-dire que je vais penser à une phrase, je me demande si ça signifie quelque chose pour moi et je la note, et ça va se développer à partir de là. Souvent, je vais penser à une ou deux phrases et je vais tout écrire sur-le-champ. Je dis à Duane : « Donne-moi une minute, j’ai une idée » et j’ai mon calepin et un stylo dans la cabine de chant, et j’écris une autre phrase et je dis : « Qu’est-ce que t’en penses ? » « C’est super ! Cette phrase est excellente. » Donc ce sont surtout des pensées, des sentiments et des émotions. Ça ne parle pas d’une chose ou d’une histoire en particulier. J’écris juste des pensées et des sentiments, et ça a toujours été comme ça.

Ceci étant dit, tout le processus avec les paroles a évolué vers quelque chose de… Avec chaque chanson que j’écris, c’est très thérapeutique pour moi. En général, je suis quelqu’un de très positif. Tous les matins, je me réveille, je suis là : « Je vais être positif à propos de tout aujourd’hui. Je ne vais pas laisser la négativité entrer dans ma vie aujourd’hui. » Nombre de mes textes peuvent paraître sombres, pessimistes, sinistres et tout, mais vraiment, si tu prends n’importe laquelle de mes chansons et que tu lis tout le texte, pour la plupart – pas toutes –, ça parle toujours de trouver la lumière au bout du tunnel. Ça parle de trouver du positif dans une situation négative, et de se battre pour vaincre nos démons, se battre pour vaincre la dépression, se battre pour vaincre tout ce qui nous démoralise et au final on en ressort vainqueurs, par le haut, positifs en ayant conquis tout ce qui est négatif dans notre vie.

« Toute l’attitude à La Nouvelle-Orléans, c’est de profiter de la vie, de s’amuser, et la musique en est une part vitale. Ça rassemble notre communauté de musiciens, les hommes et les femmes, les Noirs et les Blancs, toutes les nationalités, et on se retrouve avec cette belle chose que nous avons en commun, la musique. »

« Hollow Dying Man », surtout, paraît très sombre et désespéré…

Encore une fois, ça ne parle pas de moi ou d’une personne en particulier. Ce ne sont que des pensées et émotions que j’ai écrites. C’est d’ailleurs une de mes chansons préférées dans l’album. J’adore comment elle est ressortie. Le riff du break central sur « Hollow Dying Man » allait à l’origine être un riff pour Crowbar. Je veux dire qu’il y a deux ou trois riffs là-dedans qui auraient pu être des riffs de Crowbar, et celui de cette section centrale est l’un d’entre eux. Ça me rappelle aussi beaucoup Type O Negative, d’une certaine façon, ce riff en particulier.

Tu as une instrumentale intitulée « The Healing » (« la guérison », NdT) : c’est à ça que sert la musique pour toi, à panser les plaies ?

Oui, absolument ! Ce morceau en particulier, j’ai voulu y mettre des paroles, je n’ai pas arrêté de l’écouter et Duane écoutait avec moi, et nous nous disions tous les deux : « Je ne crois pas qu’il y ait vraiment besoin de paroles. » J’étais là : « Mec, je suis en phase avec toi là-dessus. Peut-être qu’on ajoutera juste quelques parties guitares. » Je trouve que c’est un très joli morceau de musique, mais il est clair que la musique… Pour moi, personnellement, oui, ça panse vraiment les plaies, ça guérit de la dépression, ça guérit de tout ce qui est négatif dans notre vie. Dieu sait combien de personnes j’ai rencontrées au fil des années à tourner partout dans le monde et qui disent : « Tes textes et ta musique m’ont aidé à traverser mon divorce ou la mort de mes parents… », des tragédies dans leur vie. Ils me disent qu’écouter ma musique les aide. Ça m’aide de l’écrire, mais c’est pareil. Quand j’écoute un groupe comme Type O Negative, en l’occurrence, ou surtout Thin Lizzy… Je suis un énorme fan de Thin Lizzy, Phil Lynott, ses textes, la musique, les harmonies, tout est juste magnifique. Quand j’écoute ce genre de chose, ça me met de bonne humeur et dans un état d’esprit positif. La musique est vraiment le langage du monde. On peut jouer n’importe où dans le monde, je suis peut-être sur scène et eux dans le public, mais nous sommes tous ensemble à ressentir l’énergie et l’émotion de la musique. Je trouve que c’est la chose la plus extraordinaire qui soit au sujet de la musique, le fait qu’elle ait vraiment le don de guérir.

As-tu une musique en particulier en tête qui ait guéri certaines de tes blessures ?

Non, pas de chanson en particulier, mais juste de la musique, tous les groupes que j’aime. J’ai des goûts musicaux très éclectiques. Je dirais que les trois ou quatre derniers mois, il y a une chaîne musicale sur le câble, ça s’appelle Soundscape et ils ne diffusent que de la musique très douce, sans batterie, sans chant. Ce sont juste de belles mélodies au piano, au violon, il y a des sons de vagues dans l’océan et ce genre de choses. Ma femme et moi, quand nous allons nous coucher maintenant, nous mettons cette chaîne, nous mettons le son très bas, et si tu t’allonges et te détends, c’est tellement apaisant. Ça te détend vraiment. Je veux dire que plein de gens méditent, font du yoga et ce genre de choses, mais moi, le fait d’écouter ce type de musique ambiante est extrêmement relaxant. Ça fait beaucoup de bien.

L’album a été enregistré en Louisiane, d’où tu es originaire. J’imagine que c’était aussi pratique qu’important pour toi d’enregistrer ton album solo dans cet endroit qui t’est cher. Comment la Louisiane et La Nouvelle-Orléans ont façonné l’homme et l’artiste que tu es ?

Memphis et Nashville sont considérées comme des villes musicales, tout comme Chicago, mais La Nouvelle-Orléans est vraiment une toute petite ville. Je veux dire que niveau population et géographie, c’est une toute petite zone, et la musique c’est tout pour cette ville. Ma femme, Robin, et moi, nous nous rendons souvent au Vieux Carré Français. Nous buvons de la bière la journée, nous nous promenons dans différents clubs et allons voir différents groupes jouer. Toute l’attitude à La Nouvelle-Orléans, c’est de profiter de la vie, de s’amuser, et la musique en est une part vitale. Ça rassemble notre communauté de musiciens, les hommes et les femmes, les Noirs et les Blancs, toutes les nationalités, et on se retrouve avec cette belle chose que nous avons en commun, la musique. C’est très important. Je veux dire que quand tu atterris à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans, il y a souvent un groupe de jazz qui joue quand tu sors. Ou quand tu arrives à l’aéroport, il y a un groupe qui joue avec une section de cuivres et autres instruments pour t’accueillir. C’est donc une ville qui s’est construite sur la musique, sur la vie nocturne, c’est une ville où on boit beaucoup, et la cuisine, la nourriture… Je veux dire que j’ai été partout dans le monde plusieurs fois, et malgré tout, certains plats que je mange ici sont les meilleurs que j’ai jamais mangés.

Quelles sont les valeurs les plus importantes pour un homme élevé à La Nouvelle-Orléans ?

Les valeurs importantes… Aucune autre ville aux Etats-Unis ne lui ressemble. Elle a un côté européen, à bien des égards, mais La Nouvelle-Orléans et ses habitants se battent vraiment pour rester fidèles – à défaut de meilleur terme – à la vieille école. Par exemple, les familles possèdent des restaurants, des business, les gens essayent de soutenir les affaires familiales plutôt que les gros… J’achète ma nourriture dans une épicerie, un supermarché ou peu importe comment tu appelles ça, il y en a deux ou trois qui sont des affaires familiales et qui existent depuis longtemps, plutôt que d’aller à Walmart ou ce genre de connerie et entretenir ça. Donc je pense que les citoyens ici essayent vraiment de se soutenir les uns les autres et nous essayons de faire en sorte que cette ville maintienne sa différence avec le reste des Etats-Unis, où il y a partout les mêmes chaînes de restaurants et tout. En l’occurrence, quand je suis en tournée, au Royaume-Uni par exemple, je vais dîner et prendre quelques pintes de bières dans un pub qui existe depuis longtemps ; c’est un pub qui a son propre caractère. Aux Etats-Unis, c’est partout pareil. Ce sont les mêmes entreprises, les mêmes commerces, etc. Ce qui est donc très important dans cette ville, c’est que nous soutenons les affaires des uns et des autres. C’est simplement un mode de vie ici qui est différent de partout ailleurs aux US.

Comme sur de nombreux albums de Crowbar, on peut retrouver le symbole de la fleur de lys sur l’illustration, qui est le symbole de La Nouvelle-Orléans et de son héritage français. Mais qu’est-ce qu’il signifie pour toi ?

C’est français, bien sûr. Je crois que ça veut dire « fleur de vie », mais c’est vraiment le symbole de la ville de La Nouvelle-Orléans. Ça apparaît sur les casques de notre équipe de football. Que ce soit une société de plomberie du Sud ou autre, on retrouvera la fleur de lys dans leur logo. Toutes les entreprises l’utilisent. C’est en gros le symbole de notre ville. C’est important pour moi simplement parce que ça fait partie de La Nouvelle-Orléans. Je suis un natif de La Nouvelle-Orléans et le symbole de la fleur de lys que nous mettons partout fait partie de La Nouvelle-Orléans.

« Mon rêve a toujours été, depuis tout jeune, de jouer de la musique, d’écrire de la musique, d’enregistrer de la musique et de tourner dans le monde. […] C’est le rêve que je vis tous les jours. Je suis dans un studio en ce moment même, donc je vis le rêve en ce moment même [petits rires]. »

J’ai remarqué sur ta page Wikipedia qu’en tant que lieu de naissance, c’est mentionné : « base U.S. Air Force inconnue ». Peux-tu nous parler de l’histoire de ta naissance ?

Ma mère et mon père viennent tous les deux de La Nouvelle-Orléans – bon, ma mère est décédée il y a un moment – et mon père, après le lycée, s’est marié avec ma mère et il a rejoint l’armée de l’air. Il était en poste en Angleterre pendant deux ou trois ans sur base de l’armée de l’air et c’est là que j’ai été conçu et que je suis né. Je ne me souviens de rien, parce que j’étais de retour aux Etats-Unis avant même d’avoir un an [petits rires]. Mais j’aime beaucoup l’Angleterre et ce pays tient vraiment une place spéciale dans mon cœur, car j’y suis né.

L’album s’intitule Dream In Motion. A quel rêve fais-tu référence ?

En gros, c’est ma vie. Quand je suis tombé amoureux de la musique quand j’étais jeune, c’est devenu ma vie. C’est comme si je vivais un rêve. Mon rêve a toujours été, depuis tout jeune, de jouer de la musique, d’écrire de la musique, d’enregistrer de la musique et de tourner dans le monde. Je suis béni et chanceux de pouvoir travailler à fond dans la musique. C’est donc mon boulot, c’est ma vie, donc c’est un rêve que j’avais et qui est en cours. Dans les paroles, ça dit qu’il ne s’arrêtera jamais. C’est ça le truc : tant que je serai en vie, je jouerai de la musique et je vivrai mon rêve, et c’est formidable de pouvoir faire ça. Plein de gens détestent leur boulot, or même si c’est beaucoup de travail, j’adore mon boulot. C’est merveilleux. Donc pour moi, c’est juste le rêve de vouloir jouer de la musique et tourner à travers le monde. C’est le rêve que je vis tous les jours. Je suis dans un studio en ce moment même, donc je vis le rêve en ce moment même [petits rires].

As-tu encore des rêves à réaliser ou bien te considères-tu comblé ?

Je ne dirais pas qu’il y ait des rêves que je n’ai pas réalisés, car mon état d’esprit est que tout ça est un rêve. Je n’ai jamais eu pour objectif d’être une rock-star riche et célèbre. Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir échoué, même si Crowbar n’est pas un gros groupe ni un grand nom, et je ne suis pas une énorme rock-star, car rien de tout ça m’intéresse. Tout ce qui compte pour moi, c’est d’aimer la musique que je fais, qu’elle vienne du cœur, que ce soit authentique. Je suis comblé parce que, comme je l’ai dit, je me donne à cent pour cent dans tout ce que je fais, que ce soit dans les concerts, la composition, le chant ou la guitare. J’ai donc clairement le sentiment d’avoir accompli et de continuer à accomplir ce que je voulais faire. Je suis très en paix avec moi-même, et c’est super de pouvoir dire ça, car malheureusement, beaucoup de gens ne sont pas en paix avec eux-mêmes.

L’une des surprises dans l’album pourrait bien être ta reprise d’« Aqualung » de Jethro Tull… Quelle est ton histoire avec Jethro Tull ?

J’ai toujours été un grand fan et cette chanson en particulier et cet album, Aqualung, ont toujours été parmi mes préférences depuis que je suis gamin. Je crois que cet album est sorti vers 1971. La chanson « Aqualung » était en fait un gros hit à la radio ici aux Etats-Unis. On peut encore l’entendre sur les radios classic rock. C’est une chanson que j’ai toujours trouvée très intéressante. En termes de composition, il y a plein de choses dans cette chanson. Ce n’est qu’un riff, mais les changements métriques, la section centrale, le solo de guitare, extraordinaire, c’est un très long solo, mais c’est aussi un solo incroyable et mémorable. C’est donc juste une chanson que j’ai toujours adorée et je me suis dit : « Tu sais quoi ? Pourquoi ne pas tenter le coup ? » Heureusement, je trouve le résultat super. Si je n’avais pas pensé rendre justice à cette chanson, je ne l’aurais jamais mise sur l’album, j’aurais juste écrit un autre morceau original pour le mettre à la place, mais le résultat est vraiment très bon, je trouve. J’en étais donc content et j’étais ravi de la mettre sur l’album.

C’est toi qui chantes sur cette chanson ? Car on ne te reconnaît pas !

Je fais tout le chant sur tout l’album. Donc tout est moi, en dehors de l’effet sur la partie centrale pour que ça sonne un peu comme, je ne sais pas, une radio AM ou quelque chose comme ça. Hormis ça, il n’y a rien de spécial. Nous ne corrigeons pas la hauteur de la voix ou ce genre de connerie. Donc oui, c’est moi qui chante, en faisant ma meilleure imitation d’Ian Anderson, j’imagine [petits rires]. Mais tout, sauf la batterie, est de moi sur cet album.

Tu as dit plus tôt que tu écoutais de nombreux styles de musique, et cette chanson en est une preuve. Mais y a-t-il des musiques que tu écoutes qui surprendraient vraiment les gens ?

J’écoute plein de soft rock des années 70, des groupes dont plein de gens n’ont même pas entendu parler, comme England Dan & John Ford Coley et Seals And Crofts, j’écoute beaucoup de trucs comme Toto… Le rock plus soft, les trucs des années 70 et 80, ça fait partie de mes styles préférés de musique. Tout ceci a influencé cet album solo, honnêtement. En général, c’est parmi ce que je préfère écouter. Enfin, j’adore Sade, j’adore Seal, j’adore plein de trucs plus calmes. J’aime la bonne musique ! Ça peut être dans n’importe quel style. Enfin, il y a des styles que je n’aime pas tellement, comme peut-être le hip-hop, mais en général, je suis vraiment ouvert à tout. Si j’entends une chanson que j’aime, alors tout simplement je l’aime.

A l’origine, tu as envisagé de faire un album acoustique, ce que, au final, cet album n’est pas, même s’il y a beaucoup de guitare claire. Mais à quel point la guitare acoustique fait partie de ton univers en tant qu’artiste ?

Je joue très rarement de l’acoustique. J’ai commencé sur une guitare acoustique quand j’étais enfant et j’en possède une, mais j’ai des guitares qui traînent partout dans la maison, toutes accordées différemment et tout. J’ai commencé en voulant faire un album acoustique, puis j’y ai réfléchi et vraiment, j’étais là : « Tu sais quoi ? J’ai juste envie de montrer une autre facette de ma personnalité, en tant que compositeur. Je veux que ce soit bien plus doux que Crowbar, et je veux que ce soit très mélodique et émotionnel. » Et c’est ce que c’est devenu. Je ne suis pas tellement un guitariste acoustique. Même sans ampli, je préfère gratter une guitare électrique et composer comme ça, plutôt que de le faire sur une acoustique. Enfin, ça aurait été cool, mais pour moi et mon style, ceci correspond bien plus à ce que j’avais besoin de faire.

« Crowbar n’est pas un gros groupe ni un grand nom, et je ne suis pas une énorme rock-star, car rien de tout ça m’intéresse. Tout ce qui compte pour moi, c’est d’aimer la musique que je fais, qu’elle vienne du cœur, que ce soit authentique. […] Je suis très en paix avec moi-même, et c’est super de pouvoir dire ça, car malheureusement, beaucoup de gens ne sont pas en paix avec eux-mêmes. »

Penses-tu que cet album solo aidera les gens à avoir une vision plus juste de qui est vraiment Kirk Windstein ?

Oui. Je l’espère vraiment. J’espère que plein de fans de Crowbar l’apprécieront. Je pense que tout le monde comprend que ce n’est pas censé être heavy, ce n’est pas Crowbar [petits rires], mais j’espère qu’ils apprécieront les chansons et la musique, les accords, les mélodies, le chant, tout, et je pense que ça aidera les gens à avoir une meilleure vision de qui je suis vraiment.

As-tu l’intention de tourner pour ton album solo ?

Peut-être une toute petite tournée mais pas beaucoup. Je veux dire que ce n’est vraiment pas un groupe. Enfin, je pourrais monter un groupe mais je n’ai pas vraiment l’intention… Peut-être quelques concerts mais rien d’important.

Cette année marque les trente ans depuis la formation de Crowbar. Prévois-tu de célébrer cet anniversaire ?

Ouais, nous l’avons un peu célébré l’année passée aussi, parce que la première chanson de Crowbar était en fait… Sur Obedience Thru Suffering, notre premier album, probablement quatre ou cinq chansons ont été écrites en 1989, même si le groupe ne s’appelait pas encore Crowbar. Donc ce sont les années 89-90 qui correspondent un peu aux trente ans. Mais nous n’allons rien faire de spécial sous la bannière des trente ans. C’est une autre année, une autre occasion de tourner et de jouer, et nous allons sortir un nouvel album dès que nous le pourrons. Nous avons de la chance, nous sommes bénis de pouvoir faire ça aussi longtemps.

Quels sont tes souvenirs des débuts de Crowbar ? Quelle était ton ambition à l’époque ? Tu imaginais que ça allait durer aussi longtemps ?

Ma vie était complètement différente à l’époque. C’était bien avant que ma fille soit née, avant que je fonde une famille avec Robin, ma femme. Toute ma vie était très différente à l’époque. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, je vivais et respirais pour la musique et je répétais cinq soirs par semaine avec le groupe. Nous répétions du lundi au vendredi. Nous jouions tout le temps, que ce soit en tournée, lors de concerts le weekend et autre. Mais j’ai de super souvenirs des débuts de Crowbar. Le tout début, c’était moi et Jimmy Bower. Nous avions une sorte de vision tous les deux : « Eh mec, faisons un truc différent. » Nous écoutions des groupes comme les Melvins et Carnivore, qui était le groupe de Peter Steele avant Type O Negative. J’ai commencé à écouter plein de hardcore new-yorkais et tous les groupes de doom que je pouvais trouver, vraiment, comme Saint Vitus, Trouble, ce genre de chose, les Melvins… Pour moi, les Melvins sont bien plus ce qu’on appellerait un groupe de sludge que ne l’est Crowbar, mais ce n’est aussi qu’un seul aspect de leur son. Ils ont des trucs rapides, ils ont des trucs mélodiques, ils ont un peu de tout. Donc vers cette époque, 1989, j’ai commencé à écouter plein de choses différentes qui m’ont vraiment ouvert les yeux et les oreilles sur le style de musique que je voulais composer. Quant à savoir si j’imaginais que Crowbar allait durer trente ans, je peux dire que oui et non, parce que j’espérais être toujours là à faire Crowbar et j’ai la chance que ça se soit passé… Comme je l’ai dit, il n’a jamais été prévu que nous fassions deux ou trois albums à succès, que nous gagnions un tas d’argent, pour ensuite retomber dans l’oubli. Le but était que ça dure éternellement.

Tu as toujours mentionné des groupes comme Trouble, Saint Vitus, Melvins et le premier album de Type Of Negative comme étant tes premières influences. Qu’y a-t-il de si inspirant chez ces groupes pour toi ?

Chacun de ces groupes a un truc bien à lui. Personne dans le monde ne sonne comme Trouble. Personne dans le monde ne sonne comme Saint Vitus. Plein de gens essayent, mais… Personne dans le monde ne sonne comme les Melvins. Personne dans le monde ne sonne comme Type O ou Retaliation de Carnivore, le groupe d’avant. Type O est un de mes groupes préférés de tous les temps ! Pour moi, le premier album de Type O est vraiment un album de transition après Carnivore pour aller vers ce qui deviendra la version plus moderne de Type O Negative. C’est un peu comme un album de Carnivore avec du clavier, un côté industriel. J’avais une version promo de Slow, Deep And Hard, le premier album de Type O, bien avant qu’il ne sorte. J’ai reçu un exemplaire de la part de Phil Anselmo avant même qu’il ne soit sorti. Je l’avais sur cassette et c’était déjà mon groupe et mon album favoris, des mois et des mois avant même que ça ne soit sorti. C’est assez drôle, quand nous avons enregistré l’album Obedience Thru Suffering, nous avons pu voir Type O Negative à Chicago, là où nous avons enregistré le premier Crowbar. Ils étaient en tournée avec Biohazard et The Exploited. Ils n’ont joué que trente minutes, environ, ce qui était peu car leurs chansons étaient très longues, mais ça a été une énorme inspiration. C’était mon groupe préféré à l’époque. Cet album était très important pour moi. Tous ces groupes étaient très importants pour moi. C’est pourquoi, avec Crowbar, nous avons toujours voulu faire… Qu’on nous adore ou nous déteste, personne ne sonne comme Crowbar. Nous avons créé notre propre son, nous sommes notre propre style. Les gens nous qualifient de sludge et d’un tas d’autres choses. Nous n’avons rien inventé de tout ça. Nous ne nous sommes pas donné d’étiquette. Nous sommes juste Crowbar. Nous faisons de la putain de musique heavy. De la musique heavy et émotionnelle, avec aussi de la mélodie. Nous sommes ce que nous sommes. Qu’on nous adore ou nous déteste, nous sommes Crowbar. Nous ne sonnons comme personne d’autre et personne ne sonne comme nous.

En fait, pour votre précédent album, The Serpent Only Lies, tu t’es intentionnellement remis à écouter du vieux Crowbar et les groupes qui ont influencé Crowbar au début. Qu’est-ce qui t’avait motivé à faire cette démarche à ce stade de ta carrière ?

Après Sever The Wicked Hand, puis Symmetry In Black, j’ai pensé que nous avions apporté plein d’éléments et innové avec ces albums, et je suis très content des deux. Quelle que soit la raison, pour mon propre plaisir, j’ai commencé à écouter un tas de choses qui m’ont influencé à l’époque où nous formions ce qu’allait devenir Crowbar. Je crois avoir entendu quelques personnes jouant certaines chansons dans un pub, sur un jukebox, ou des fans qui réclamaient des chansons, et j’étais là : « Bon sang, ça fait une éternité que je n’ai pas entendu ça. » Les gens mentionnaient des chansons : « Mec, est-ce que vous allez jouer telle et telle chanson ? », genre à des concerts quand je rencontrais des fans. Et j’étais là : « C’est sur quel album ? » [Petits rires]. Ça les faisait rire : « Tu ne sais pas ?! » « Non, honnêtement, je ne sais pas ! » Donc j’ai réécouté plein de vieux morceaux que j’avais complètement oubliés. Aujourd’hui, nous avons environ cent quinze chansons à notre actif, dont certaines que je n’avais pas entendues depuis des années et que j’avais complètement oubliées. J’étais là : « Wow, ça déchire ! » Ça m’a gonflé à bloc ! J’ai réécouté les groupes qui ont inspiré Crowbar à l’origine, et puis en me remettant à écouter les premiers morceaux de Crowbar, ça m’a donné une toute nouvelle perspective, un nouveau point de vue. C’était très rafraîchissant.

« Qu’on nous adore ou nous déteste, nous sommes Crowbar. Nous ne sonnons comme personne d’autre et personne ne sonne comme nous. »

J’ai réalisé à quel point nombre de vieux riffs étaient puissants mais aussi à quel point ils étaient simples. Ça m’a ramené au style d’écriture de… Les meilleures chansons de Crowbar n’ont que trois ou quatre riffs maximum, mais ils sont très bien arrangés. Vocalement, j’ai abordé cet album un petit peu comme je l’ai fait par le passé. Sur Sever The Wicked Hand et sur Symmetry In Black, même si je suis très fier de ma prestation vocale, il y avait bien trop de mots, trop de chant, je réfléchissais trop, et je ne laissais pas le riff respirer, alors que sur celui-ci tu entends plein de riffs. J’ai intentionnellement écrit moins de paroles sur plein de chansons, pour laisser les riffs principaux respirer et ensuite ajouter le chant par-dessus, sans trop réfléchir. Ça m’a donc donné une nouvelle perspective pour proposer une nouvelle version du style de composition que j’avais dans le temps. Je crois que cet album a un côté Crowbar classique, comme à l’époque, mais avec une bien meilleure production, une meilleure composition, un meilleur chant, une meilleure maîtrise musicale. Pour moi, c’est album old school qui sonne très frais. Si c’était à refaire, je ne changerais rien, mais il y a plein de choses que nous avons faites à nos débuts et que je ne ferais pas aujourd’hui, à ce stade de notre carrière, et c’est en partie la raison pour laquelle j’ai essayé de revenir au feeling classique mais avec un nouvel état d’esprit, plus mature.

Quelles sont les choses que tu ne referais pas aujourd’hui ?

Surtout sur Obedience Thru Suffering, notre premier album, qui pour moi était vraiment… Nous essayions encore de trouver notre son. Je pense qu’avec l’album Crowbar, nous avons complètement trouvé notre son. Peut-être que niveau textes… J’ai tellement changé en tant que personne que peut-être, si je devais les écrire aujourd’hui, une grande partie de ces textes serait très différente. Pareil pour ma voix, mon style vocal. Il m’a fallu du temps pour vraiment trouver un style de chant avec lequel je me sente à l’aise, et je pense vraiment que ce qui m’a le plus aidé était d’avoir eu une longue période à l’écart de Crowbar quand j’étais à plein temps dans Down. Je me consacrais à cent pour cent à Down, je ne faisais rien avec Crowbar, même si le groupe n’était pas séparé. Si bien que quand je m’y suis remis à plein temps, à ne chanter et jouer rien d’autre que du Crowbar, ça m’a donné un tout nouveau point de vue et j’aime beaucoup la façon dont ma voix a changé au cours des derniers albums.

Tu as dit que tu avais commencé à enregistrer le nouvel album de Crowbar. Que peux-tu nous dire à son sujet ?

C’est Crowbar ! Je crois qu’il n’y a vraiment qu’un seul riff rapide sur tout l’album – enfin, ce que je qualifierais de riff rapide, au niveau rythme de batterie. Il y a un tas de refrains qui sont très sombres et mélodiques, assez doom. Il y a aussi du mid-tempo. C’est Crowbar, mais une bonne partie sonne plus comme du Crowbar old school, je trouve, que les derniers albums que nous avons faits. En fait, je pense que le nouvel album sera même encore plus old school que le précédent, The Serpent Only Lies. J’adore la direction que toute la musique a prise durant la composition. C’est vraiment un album solide. J’ai hâte de l’entendre enregistré ! Je suis excité à l’idée de lui donner vie.

Down a annoncé qu’ils joueront un certain nombre de concerts spéciaux pour célébrer les vingt-cinq ans de l’album NOLA. Vas-tu y participer ? Car je sais que Phil Anselmo voulait que tu y prennes part…

Oui, j’ai d’ailleurs parlé à Phil hier. Donc nous essayons de concrétiser tout ça. Cet album est un classique, ça ne fait aucun doute. C’est un album extraordinaire. Tout le monde semble l’adorer. Je l’adore moi-même, donc je suis très fier et content d’en avoir fait partie. Quoi qu’ils finissent par décider de faire, j’en ferai partie et je serai content d’en faire partie. Nous essayons de déterminer tout ça en ce moment.

T’est-il arrivé de regretter d’avoir quitté Down en 2013 ?

Non, pas du tout. C’était une question de temps. J’avais besoin de faire une pause. Nous avions tous besoin de faire une pause et, comme tu peux le voir, Down n’a presque rien fait durant les six années et demie passées depuis que je suis parti du groupe. Je pense que tout le monde avait besoin de faire ses propres trucs. Je veux dire que Pepper [Keenan] est revenu dans C.O.C. et a fait un superbe album. Phil [Anselmo] fait son truc. Je fais mon truc avec Crowbar. J’ai longuement discuté avec Phil Anselmo hier. Nous nous sommes dit que si quelque chose se passait avec Down, ça serait en revenant au concept originel de Down, c’est-à-dire un projet parallèle qu’on fait quand on n’a rien sur le feu avec un autre de nos groupes. Si nous voulons nous réunir pour jammer, faire quelque chose, composer une chanson, faire des concerts par exemple, pas de problème. Mais c’est complètement redevenu un projet parallèle, ce que de toute façon c’était au départ. Donc s’ils font quelque chose, quoi que ce soit, je pense que j’en ferai partie. S’ils ne veulent rien faire, ok. S’ils veulent faire des trucs, ok. Tant que ça n’interfère pas avec Crowbar, ça me va et je serai content d’y prendre part.

Tu veux dire que tu enregistrerais le prochain album si le groupe en faisait un ?

Exact.

As-tu des plans avec Kingdom Of Sorrow ?

Pas pour l’instant. Je veux dire que Jamie Jasta est très occupé, tout comme moi. Là tout de suite, je suis en train de donner une interview pour l’album solo pendant que nous nous préparons à enregistrer l’album de Crowbar [rires], donc… Nous sommes tous les deux occupés avec un tas de choses. Enfin, j’aimerais faire un album supplémentaire avec Kingdom Of Sorrow. Je pense que Jamie aussi aimerait. De temps en temps, nous faisons des trucs en live ici et là avec lui, ou il fait des trucs avec son groupe solo et je débarque pour jouer quelques chansons de Kingdom Of Sorrow avec eux. C’est donc très amusant mais avec nos emplois du temps chargés… Je sais qu’il est en studio avec Hatebreed en ce moment et je suis en studio avec Crowbar, et j’ai cet album solo qui sort, donc je ne vois pas comment nous pourrions trouver le temps dans un avenir proche.

Interview réalisée par téléphone le 14 décembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Crowbar : www.crowbarnola.com.

Acheter l’album Dream In Motion.



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  • Un petit bonhomme, mais un grand artiste.

    Ca fait un paquet de temps que je sens une connexion avec ce mec et sa musique. En lisant ses propos, je comprends mieux pourquoi.
    Je partage ce qu’il raconte.

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