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Chronique   

Fates Warning – Long Day Good Night


Lorsque Fates Warning a déclaré vouloir se remettre en selle, il n’a pas menti. Depuis 2013 et un long silence de neuf ans, le groupe enchaîne à nouveau les sorties à un rythme tout à fait respectable, avec trois albums en sept ans. Fates Warning tient à conserver son statut de figure de proue de la scène progressive, fort de trente-huit ans d’expérience. Darkness In A Different Light (2013) a été le point de départ d’une « rénovation » de l’identité sonore de Fates Warning. Long Day Good Night ne tranche pas avec ses prédécesseurs, il est la continuation logique d’une dynamique positive pour le groupe désormais de retour sur son label d’origine, Metal Blade. Il est l’album le plus long de la formation, fort de treize chansons (pour un treizième album) d’une durée de près de soixante-treize minutes. Fates Warning n’a pas voulu opérer de coupe ou brider son inspiration pour correspondre à une identité musicale définie au préalable. Pourtant, malgré l’apparente diversité et la longueur de Long Day Good Night, il y a une homogénéité en filigrane. Fates Warning joue avec les frontières de la cohérence, du confort et de la redite.

Le contexte de pandémie a permis à Long Day Good Night de voir le jour cette année, puisque le batteur Bobby Jarzombek a pu finir d’enregistrer ses parties en raison d’une tournée annulée avec Sebastian Bach. Chacun a enregistré chez soi, le chanteur Ray Adler a fait preuve de dévouement en déménageant dans un studio pour les biens de l’album, contraint par les mesures sanitaires espagnoles. Sur ce plan, Long Day Good Night s’en sort admirablement et bénéficie de l’intuition renommée de Joe Barresi (Tool, Queens Of The Stone Age, Tomahawk, The Melvins, Kyuss…). Chaque instrument se voit allouer un spectre adéquat et respecte le chant de Ray sans accuser de déséquilibre : plus facile à dire qu’à réaliser lorsqu’on constate la densité de Long Day Good Night. Ce foisonnement est une conséquence directe de l’ambition de Fates Warning qui use et abuse des contrastes (ce jeu entre « lumière et ombre » cher au groupe) au sein de ses compositions. « The Destination Onward » se veut le parfait exemple, où la longue introduction, faite de nappes atmosphériques puis d’une progression pleine de finesse, se fait briser par une accélération propulsée par Bobby. Fates Warning prône un riffing rapide extrêmement articulé, incarné par le jeu très souple de Jim Matheos, ponctué par un pré-refrain servant de respiration et valorisant la richesse du jeu de batterie. « Shuttered World » maintient cette intensité en proposant un riffing syncopé et tricoté, orné de leads mélodiques. Fates Warning se rapproche parfois d’un vocabulaire power metal en conservant toujours une part de subtilité due à l’ingéniosité de l’écriture. Il n’est pourtant pas à l’abri d’une baisse de régime : l’accessibilité relative d’un « Alone We Walk » ne provoque pas le même investissement malgré des accroches mélodiques plus marquées et une performance toujours classieuse. À ce titre, les accents de power-ballade rock de « Now Comes The Rain », ses arpèges de guitare savamment distillés, ses lignes mélodiques accrocheuses et cette (trop) courte accalmie crépusculaire se montrent davantage attrayants.

Long Day Good Night paraît presque surchargé. Fates Warning n’évite pas quelques longueurs pour un propos similaire à ses œuvres adjacentes. On se surprend à « chasser » les instants les plus audacieux de l’album plutôt que de se laisser guider. C’est ce jam, à coups d’accords jazz délicats et de phrasés de basse typés fretless, qui ouvre l’ambitieux « The Longest Shadow Of The Day » ; Fates Warning a toujours su faire vivre ses longs morceaux, celui-ci en est une nouvelle démonstration. Ce sont les jeux de syncope rythmique de « The Way Home » à la mise en place chirurgicale. C’est l’intensité de la section de cordes d’« Under The Sun » (une première pour le groupe) qui transcende le morceau et tempère ses phrasés plus mielleux. C’est enfin l’atmosphère électro qui enveloppe « When Snow Falls » bénéficiant de la subtilité d’un Gavin Harrison embauché pour l’occasion, réminiscence de ses expériences passées avec Porcupine Tree. Fates Warning a toujours cette faculté d’exalter ou de surprendre. Elle est simplement diluée au sein d’un contenu presque trop volumineux et parfois confortable.

Long Day Good Night ne déroge pas à la règle : il faut lui allouer du temps car Fates Warning le mérite amplement et sait nous récompenser. L’album s’inscrit dans la droite lignée de ses deux prédécesseurs, peut-être trop justement, pour un groupe connu pour sa capacité à donner une identité maquée à chacun de ses albums, accusant cette fois quelques effets miroir un peu trop prononcés. Si sa longueur nous en donne pour notre argent, elle se révèle être un inconvénient en camouflant malgré elle les épisodes les plus envoûtants. Même les plus grands talents peuvent pécher par excès de zèle.

Lyric vidéo de la chanson « Now Comes The Rain » :

Chanson « Scars » :

Album Long Day Good Night, sortie le 6 novembre 2020 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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  • arsene lupin dit :

    album grandiose , magnifique , qui monte encore le niveau d un cran par rapport aux deux derniers.. je n irai pas jusqu à dire que c est ce qu ils ont fait de mieux , mais….je ne suis pas loin de le penser..( à ecouter de preference sur du matos de qualité )

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