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Chronique   

Fear Factory – Aggression Continuum


Fear Factory aurait pu tout simplement s’arrêter pour les raisons les plus insipides possible : des conflits légaux sur la propriété du groupe impliquant d’anciens membres. Au terme de quatre ans de batailles juridiques acharnées, Dino Cazares a fini par obtenir la possession du nom Fear Factory suite à un rachat, permettant la survie de l’entité. Cette dernière pouvait enfin sortir en toute tranquillité son dixième opus, Aggression Continuum, déjà en grande partie enregistré en 2017. C’était sans compter sur un ultime rebondissement : le chanteur et membre fondateur Burton C. Bell qui jette l’éponge, non sans égratigner le guitariste au passage. Difficile de faire la part des choses dans ce qui ressemble à un véritable sac de nœuds relationnel et juridique, alors le mieux est encore de s’en tenir à la musique. Aggression Continuum symbolise la fin d’une ère pour Fear Factory, dernier album qui permet à Burton C. Bell de s’illustrer au sein du groupe. Il est aussi paradoxalement synonyme d’une pulsion de vie. Fear Factory redouble d’intensité pour clamer haut et fort son intention de continuer, peu importe les entraves.

Fear Factory peut être considéré aujourd’hui comme un trio comprenant le guitariste Dino Cazares, le bassiste Tony Campos et Mike Heller à la batterie. Aggression Continuum profite effectivement des lignes de chant de Burton C. Bell et accueille Igor Khoroshev (ex-Yes) au clavier ainsi que Rhys Fulber en guise de collaborateur à la programmation sur deux titres. Dino Cazares a conservé les compositions réalisées en 2017, en décidant de procéder à des améliorations sonores, principalement avec l’enregistrement de batteries acoustiques pour remplacer les programmations rythmiques, ce qui l’a aussi poussé à faire de nouvelles prises de guitare et de basse. Fear Factory a de nouveau sollicité les services du producteur français Damien Rainaud et d’Andy Sneap pour le mix. En résulte une production reconnaissable entre mille avec ces sons de guitare chirurgicaux et froids propices à illustrer un monde gangrené par la technologie. Aggression Continuum s’inspire du contexte politique délétère de 2017 et ne jure évidemment pas avec la « dystopie » contemporaine. « Recode » honore la facette cinématographique du groupe en laissant un message enregistré d’une certaine résistance (façon John Connor dans Terminator Renaissance) sur un fond de cordes qui en vient à voler en éclats dès l’irruption des premiers riffs qui nous happent par leur puissance. Les claviers se chargent de conférer cette dimension hollywoodienne aux compositions. Burton C. Bell incarne toujours la dualité de la musique de Fear Factory, allant des cris/growls les plus abrupts qui ouvrent et jalonnent « Disruptor » aux élancées mélodiques qui imprègnent la seconde moitié d’« Aggression Continuum ». L’opus se plaît à jouer les équilibristes entre des extrêmes plus affirmés.

Fear Factory se permet néanmoins quelques incartades, à l’instar d’un « Purity » à l’esprit presque heavy rock et qui n’hésite pas à rendre ses rythmiques moins austères. Des velléités très vite contrebalancées par le metal robotique et frénétique – voire carrément bourrin quand Burton s’époumone à hurler « I hate everything » – de « Fuel Injected Suicide Machine ». Parfois Fear Factory alourdit son propos pour se rapprocher des productions djent actuelles via « Collapse ». Le groupe met cependant un point d’honneur à conserver sa brutalité sans concessions en profitant d’un Burton C. Bell habité. Ce dernier en vient même à surpasser en intensité les autres musiciens par ses cris martelés à outrance, scandant ses paroles comme un possédé jusqu’à l’égosillement. Toutefois, malgré cette agressivité présumée, Fear Factory cherche toujours à « ouvrir » ses compositions, ne serait-ce qu’un instant. La brutalité de « Fuel Injected Suicide Machine » est elle-même nuancée par un refrain, un break et un final aux consonances étonnamment optimistes. « Cognitive Dissonance » multiplie certes les riffs rouleau-compresseur mais laisse s’immiscer des arpèges mélodiques en gage de relief. Comme si Fear Factory se refusait à abandonner complètement l’humain bientôt phagocyté par la technologie. « End Of Line » souligne davantage ces plages plus sensibles en allant jusqu’à autoriser Burton C. Bell à effectuer quelques crescendos de voix claire.

Aggression Continuum s’inscrit pleinement dans l’univers machiniste post-apocalyptique de Fear Factory. Dino Cazares a raison en prétendant qu’il explore le versant le plus agressif du groupe. Pourtant Fear Factory n’abandonne pas l’organique/mélodique, comme s’il voulait mettre en scène un semblant de résistance face à la croissance d’une technologie oppressante. Violent et conscient en somme. Les qualités d’Aggression Continuum, dont la prestation de Burton C. Bell fait partie, laissent cependant un arrière-goût amer puisqu’il faudra désormais compter sans le chanteur. Espérons tout de même que le travail réalisé sur cet opus servira d’étalon pour le nouveau chapitre qui s’ouvre à présent.

Chanson « Fuel Injected Suicide Machine » :

Clip vidéo de la chanson « Disruptor » réalisé par Patrik Nuorteva et Tuomas Kurikka de Riivata Visuals :

Chanson « Disruptor » :

Album Aggression Continuum, sortie le 18 juin 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Fear Factory a été un de mes grands coups de coeur de jeunesse mais vous devez avoir de la merde dans les oreilles ou ne pas les avoir vu sur scene les 10 dernieres années : Burton n’a plus sa voix d’antan, il se barre 10 ans trop tard.

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  • Foncez. L’usine tourne à plein régime

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